La Permaculture et la Gestion de l'Eau : Vers une Vie Durable et Abondante

Dans un monde où la conscience environnementale devient de plus en plus cruciale, la permaculture apparaît comme un phare de la vie durable. Dérivée des termes « agriculture permanente » et « culture permanente », la permaculture est une approche holistique qui intègre les principes écologiques dans tous les aspects de la vie humaine. En s’harmonisant avec la nature plutôt qu’en l’imposant, la permaculture offre une feuille de route pour un mode de vie résilient et régénérateur.

Schéma des principes fondamentaux de la permaculture

La France a été pionnière en agroécologie, qui recouvre un ensemble de méthodes de production agricole respectueuses de l’environnement. En effet, la permaculture n’est pas seulement une nouvelle pratique culturale. Elle se revendique comme une démarche éthique, qui préserve le capital naturel (eau, sol, biodiversité) et qui garantit une activité viable pour les agriculteurs. Cette approche va au-delà du jardinage traditionnel en créant des écosystèmes autonomes et régénératifs, imitant la diversité et la résilience des paysages naturels. L'objectif est de tendre vers plus de résilience et d'autonomie de l'ensemble de votre écosystème, quel qu'il soit.

Les Fondements Éthiques et Principes de la Permaculture

La permaculture est une approche régénératrice et scientifique qui s’appuie sur trois principes éthiques fondamentaux : la protection de la terre, la protection des personnes et la protection de l’avenir. En permaculture, ce sont ces trois éthiques, ainsi que les principes universels de la nature, qui guident nos décisions, nos résolutions de problèmes, nos conceptions, nos interactions, nos observations et nos réflexions. David Holmgren et Bill Mollison, les fondateurs du concept de permaculture, estiment que cette éthique ne s’applique pas seulement au jardinage ou à l’agriculture, mais à tous les systèmes, à toutes les économies et à tous les contextes sociaux. Cela inclut notre façon de vivre, de penser, de parler et d’agir.

La protection de la terre était particulièrement importante pour ces cultures, car elles reconnaissaient que l’eau, la nourriture, les abris et les outils provenaient de la terre. Ils estimaient qu’ils avaient la responsabilité de se comporter de manière à respecter les cycles naturels et leur biorégion spécifique. La deuxième éthique reconnaît le fait que nous sommes tous liés les uns aux autres et que nous dépendons les uns des autres. Nous devrions avoir de la compassion pour les autres au sein de nos familles, de nos communautés et même pour les étrangers. La troisième éthique peut également être considérée comme le partage équitable, le retour des excédents et la fixation de limites à la consommation.

Les principes de la permaculture sont les méthodes universelles qui vont « plus loin » dans ces trois éthiques. Ils sont au nombre de 12 et visent à créer un écosystème durable de manière indépendante des ressources extérieures.

  1. Observer et interagir : La permaculture commence par une compréhension profonde de l’environnement naturel. En observant attentivement les schémas et les cycles de la nature, les praticiens acquièrent des connaissances qui les aident à prendre des décisions durables.
  2. Capter et stocker l’énergie : L’énergie est une monnaie, et la clé est de la capter et de la stocker efficacement. Ce principe encourage l’utilisation de sources d’énergie renouvelables, telles que la lumière du soleil et le vent, et la préservation prudente des ressources en vue d’une utilisation future.
  3. Obtenir un rendement : L’efficacité est une valeur fondamentale de la permaculture. Les systèmes créés doivent être non seulement durables, mais aussi productifs.
  4. Appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction : Ces systèmes sont conçus pour s’autoréguler, minimisant ainsi le besoin d’apports extérieurs.
  5. Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables : La permaculture met l’accent sur l’importance de l’utilisation des ressources renouvelables et des services écosystémiques.
  6. Ne pas produire de déchets : La notion de « déchets » est redéfinie en permaculture. Tout a une utilité et rien ne doit être jeté sans réfléchir.
  7. Concevoir à partir des modèles jusqu’aux détails : La conception de la permaculture consiste à reconnaître les grands schémas de la nature, puis à en approfondir les détails.
  8. Intégrer plutôt que séparer : En permaculture, la diversité est une force. Elle suit harmonieusement les schémas complexes de la nature, en reconnaissant et en adoptant la sagesse encodée dans les écosystèmes naturels.
  9. Utiliser des solutions à petite échelle et lentement : Commencer petit, observer, et faire évoluer les systèmes progressivement.
  10. Utiliser et valoriser la diversité : Tirer parti des forces de diverses espèces végétales et animales pour améliorer la résilience et la productivité.
  11. Utiliser les bordures et valoriser les éléments marginaux : Or ces bordures ont la particularité d'être très fécondes et riches en vie, car elles bénéficient des bienfaits des deux milieux qui les forment en y apportant en plus une singularité particulière !
  12. Utiliser et réagir de manière créative au changement : S'adapter aux évolutions et innover pour maintenir la durabilité des systèmes.

Ces principes sont des guides pour créer des écosystèmes durables et régénératifs, en collaborant avec l'environnement plutôt que de lutter contre lui.

La Permaculture en Action : Du Jardin Amateur à la Ferme Expérimentale

La permaculture a d’abord été testée sur de petites parcelles, par des jardiniers amateurs ou des petits producteurs. L’idée est d’organiser la parcelle par rapport aux besoins, à la disponibilité en eau, à l’environnement proche, pour installer les conditions optimales de production. Finies les rangées linéaires de poireaux et de carottes ! L'accent est mis sur une planification réfléchie, des plantations d'accompagnement, la conservation des sols, la gestion de l'eau et l'intégration d'éléments tels que le compostage et les espèces sauvages bénéfiques.

Exemple d'une micro-ferme en permaculture avec diversité des cultures

Ensuite, la permaculture a gagné de plus grandes surfaces. En 2014, un jeune agronome Maxime de Rostolan lance le projet « Fermes d’avenir » pour soutenir le développement de l’agroécologie en France, tout en s’inspirant le plus possible de la permaculture. La première micro-ferme expérimentale ouvre alors ses portes en Touraine. Depuis, le réseau « Fermes d’avenir » s’est étoffé, offre des formations et développe des projets avec les pouvoirs publics, comme le projet « Sésame » dans l’Essonne. Le réseau parle désormais davantage d’agroécologie.

Le dernier baromètre Agreste 2021 constate que les micro-fermes sont dirigées par des agriculteurs plus jeunes que la moyenne et par davantage de femmes, ce qui témoigne de l'attrait de la permaculture pour les personnes en reconversion professionnelle. Cependant, peu d’études existent sur la rémunération des agriculteurs en permaculture, essentiellement des maraîchers, avec quelques données la situant autour du Smic. Le développement de la permaculture est, par ailleurs, souvent associé à celui de l’écotourisme et les formations axées sur la vente de produits transformés à la ferme, générant ainsi des revenus complémentaires.

Actuellement, il n’existe pas de label « permaculture » reconnu, comme il en existe en « bio ». Ce sont souvent à travers les circuits courts que les consommateurs découvrent la permaculture et l’adoptent aussi dans leurs jardins.

La Gestion de l'Eau en Permaculture : Une Ressource Précieuse à Préserver

L’eau douce, indispensable aux besoins humains, est présente en quantité très limitée sur notre planète : elle représente moins de 3 % de la ressource en eau totale. Et sur ce faible pourcentage, seulement 0,028 % sont disponibles pour les besoins humains. Autant dire que la ressource est extrêmement rare et demande à être soigneusement préservée. L’agriculture conventionnelle et son lot de traitements chimiques, ainsi que les activités industrielles polluantes, sont en partie responsables de ce phénomène. Le gaspillage gigantesque de l’eau douce via nos toilettes « modernes » augmente aussi de façon significative la raréfaction de cette précieuse ressource, et le réchauffement climatique n’arrange rien à la situation !

Gestion de l'eau en Permaculture, comment faire ?

En permaculture, l’eau est considérée comme un flux énergétique précieux qu’il est nécessaire de capter, stocker et gérer en fonction des exigences de votre jardin. La permaculture ne consiste pas à arroser davantage, mais à retenir l’eau. Chaque terrain est différent, donc seule une période d’observation pourra indiquer le ou les moyens d’utiliser l’eau raisonnablement.

Techniques de Captage et de Stockage de l'Eau

  • Récupération de l'eau de pluie : Renouvelable et gratuite, l’eau de pluie est la solution idéale pour arroser votre jardin en toute sérénité. Captez l’eau des toits de la maison, du garage, des dépendances, etc. Profitez de toutes les toitures sauf celles contenant de l’amiante. Vous n’avez juste qu’à installer un récupérateur afin que les gouttières s’y déversent à l’intérieur.
  • Utilisation des cours d'eau et sources souterraines : Si vous avez la chance d’avoir un ruisseau qui traverse votre terrain, profitez-en. Mettez en place une solution pour collecter cette eau, voire pour créer un bassin de rétention lors de périodes sèches. Vous disposez peut-être d’une source souterraine sur votre terrain. Lors de la conception du design de votre jardin, incluez des zones de captation.
  • Baissières (Swales) : Les baissières sont des talus qui permettent de profiter des eaux de ruissellement. Elles facilitent les infiltrations d’eau de pluie sur nos terrains pour le plus grand bonheur de nos sols, nos arbres et nos plantes. Découvrez comment créer une baissière en permaculture pour capter l’eau de pluie, améliorer la fertilité de votre sol et rendre votre jardin plus résilient face aux sécheresses.
  • Mares : Vous pouvez également aménager une mare afin de récupérer une plus grande quantité d’eau. Pour cela, il suffit de creuser un trou, installer un liner et un biofiltre.

Techniques d'Irrigation et de Conservation

  • Systèmes d'irrigation adaptés : Vous pouvez installer un dispositif d’irrigation si votre sol est bien drainé et sableux. Prévoyez d’enterrer un réseau de tuyau à environ 30 cm du sol ou juste posé à la surface. Le goutte-à-goutte dispose d’un faible débit pour alimenter la racine des plantations. L’aspersion est un système de microjet pouvant couvrir une surface jusqu’à 6 m.
  • Oyasses : Les oyas sont une solution écologique. Ce sont de petites poteries que l’on enfouit à côté des cultures. Remplissez-les d’eau 1 fois par semaine.
  • Paillage : Le paillage est une étape indispensable dans un jardin en permaculture. Il permet de couvrir le sol pour garder la fraîcheur naturelle en été et aide à conserver l'eau. Un sol nu est une invitation aux mauvaises herbes et au dessèchement.
  • Enrichissement des sols : Enrichissez la terre avec de la matière organique pour l’aider à conserver l’eau. La valorisation de vos déchets grâce au compostage vous permettra d’obtenir un compost riche en humus.
  • Plantation d'espèces résilientes : Plantez des espèces végétales qui acceptent de longues périodes de sécheresse. Les jardins riches en espèces sont souvent moins vulnérables.
  • Agroforesterie et brise-vent : Plantez des arbres pour préserver le sol de l’érosion et limiter le ruissellement. D’autre part, les arbres récupèrent l’eau en profondeur et la distribuent aux cultures avoisinantes. Pour limiter l’assèchement ou la casse de vos plants, aménagez des haies ou des brise-vent. Ils créeront des microclimats et protégeront vos cultures.

La gestion de l’eau sur votre site doit être passée au crible avec l’aide de ce principe ! Bien gérer l’eau sur votre site est primordial pour pouvoir tendre vers plus de résilience et d’autonomie de l’ensemble de votre écosystème.

La Permaculture et la Biodiversité : Au Cœur de la Régénération des Écosystèmes

Une nouvelle étude a confirmé que plus de la moitié des espèces de la planète vivent dans le sol, ce qui en fait l’habitat le plus riche en biodiversité de la planète. Si l’on considère uniquement les conséquences de la déforestation et des pratiques agricoles industrielles, la perte de biodiversité augmente considérablement ! Si l’on se souvient de ce qui précède, la moitié des espèces de la planète vivent dans le sol. Cela montre également à quel point la chaîne alimentaire va loin ! La permaculture, en cherchant à recréer des écosystèmes fonctionnant au plus près de ce qui se passe dans la nature, contribue activement à la protection et à l'enrichissement de cette biodiversité.

Le Sol Vivant : Fondation de la Biodiversité

Pour les praticiens de la permaculture, les sols doivent être vivants pour bien assurer leur fonction nourricière sans apport extérieur. Nous évitons donc le labour pour ne pas tuer les vers et autres « habitants » qui œuvrent à sa régénération permanente. On paille les sols pour garder la fraîcheur naturelle en été, et on laisse sur place. Avec la décomposition, de la matière organique vient enrichir le sol. Lorsque vous paillez le sol et ajoutez de la matière organique, vous obtenez une structure grumeleuse, une meilleure rétention d’eau et une vie microbienne plus saine.

Toutes ces mises en œuvre permettent d’améliorer grandement les taux de matière organique et de minéraux dans les sols, mais aussi maximisent la vie microbienne, la mégafaune, la microfaune, la mésofaune, la microflore, la présence de champignons « auxiliaires » (ceux qui mycorhizent avec les racines, puisent l’eau très profondément et empêchent la prolifération de maladies telluriques) dans nos parcelles agricoles dégradées par l’agriculture intensive, épuisées, vidées… et cependant prêtes à laisser refleurir le miracle de la vie si nous leur en donnons les moyens.

Diversité des Cultures et Associations Bénéfiques

La permaculture inclut la gestion de la forêt, des haies, le développement de la polyculture, des associations culturales et horticoles, mais aussi la présence des animaux. En permaculture, la diversité est une force. Elle imite les relations interconnectées et les processus cycliques que l’on trouve dans la nature.

  • Polyculture et Agroforesterie : L’agriculture permaculturelle intègre des principes écologiques pour créer des systèmes agricoles autonomes et résistants. Mettant l’accent sur la diversité, la santé des sols et l’efficacité des ressources, les fermes permaculturelles utilisent la polyculture (animaux, plantes, vie du sol), l’agroforesterie et le compagnonnage pour imiter les écosystèmes naturels. Une forêt nourricière, également appelée jardin forestier ou forêt comestible, est un système agricole durable et régénérateur conçu pour imiter la structure et la fonction d’un écosystème forestier naturel tout en produisant une variété d’aliments, de plantes médicinales et d’autres produits utiles.
  • Plantations d'accompagnement : Une idée classique de la permaculture est d’imiter un jardin-forêt, où les plantes exploitent l’espace en hauteur et dans le sol. La milpa (ou « les 3 sœurs ») est une pratique ancestrale mésoaméricaine, associant 3 types de culture : le maïs, le haricot grimpant et la courge. Le maïs sert de tuteur au haricot et l’abrite du soleil. Le haricot enrichit le sol en azote grâce à ses racines. Associer les parfums pour attirer ou repousser. Parmi les aromates, la ciboulette permet d'éloigner les doryphores pouvant dévaster la récolte de vos pommes de terre.
  • Gestion de l'espace et de la densité : La permaculture valorise la biodiversité, en tirant parti des forces de diverses espèces végétales et animales pour améliorer la résilience et la productivité. Les végétaux ont besoin de plus ou moins d’espace pour croître. Par exemple, compter environ 70-80 centimètres entre chacun de vos pieds de tomates. Cependant, cet espacement n’a pas à rester vierge ! Bien au contraire, saisissez l’occasion de rentabiliser votre espace et renforcer l’équilibre naturel. Planter vos salades aux côtés des tomates permettra de les protéger de la chaleur.

La difficulté principale est qu’il faut beaucoup expérimenter, car il faut tester toutes les interactions entre les plantes, les animaux, le climat, la terre… Les espèces doivent se protéger entre elles.

Permaculture Urbaine et la Reconquête de la Nature en Ville

Cultiver en milieu urbain implique de petites surfaces, comme les 7 000 m2 pour la ferme Le Champ des possibles. En revanche, nous densifions au maximum, avec une biodiversité optimisée : plantes aromatiques, fruits, légumes, fleurs… Car on l’oublie souvent, de nombreuses fleurs peuvent être mangées ! C’est très important dans cette approche, car l’objectif est aussi d’encourager la diversité alimentaire auprès des publics. À terme, l’espoir est de vendre aussi à des restaurants de la région pour toucher un maximum de gens.

Exemple de jardin potager en permaculture urbaine

La permaculture urbaine est une approche qui marche très bien dans les quartiers, car on privilégie l’appropriation personnelle : qu’est-ce que je peux faire avec ces légumes en fonction de mes goûts et de mes capacités ? Beaucoup de gens découvrent avec bonheur, par exemple, qu’il est très facile de faire une soupe ! Nous nous amusons à comparer ensuite avec des soupes achetées en supermarché : que ce soit sur le goût comme sur le prix et la composition, le verdict est sans appel ! Changer l’agriculture passe aussi par le changement des comportements alimentaires et la façon dont on achète ce qu’on mange.

Il faut en effet changer le visage des villes pour les reconnecter à la nature. Les usagers peuvent venir cueillir eux-mêmes leurs fruits et légumes près de chez eux. C’est une expérience qu’ils apprécient, adultes comme enfants. C’est un lieu humain, beau, où l’on a envie d’être, tout simplement ! En ville, ça ne va pas de soi… C’est aussi une façon d’éveiller des vocations chez les jeunes : être maraîcher en ville n’a rien à voir avec le métier d’agriculteur au sens traditionnel, à la campagne. C’est une nouvelle pratique du métier qui est très attractive.

Un exemple concret est la transformation d'un terrain urbain de 400 m2 en jardin-forêt entre 2000 et 2012 au milieu d'une banlieue défavorisée, ainsi que les techniques de permaculture déployées dans cette entreprise. C'est un classique intemporel de permaculture urbaine en action qui démontre clairement l'évolution de la conception globale dans le temps. Notre écosystème planétaire voit son équilibre chamboulé chaque jour, déplorant l'extinction des espèces végétales encore plus rapide que celle des espèces animales. La permaculture nous aide à repenser nos lieux de vie comme des écosystèmes harmonieux et riches en biodiversité tout en répondant à notre désir d’esthétisme ou d’autonomie alimentaire.

Les Avantages et les Défis de la Permaculture

La permaculture, contraction de « (agri)culture permanente », est une démarche de conception d’un lieu de vie naturel. En considérant ce lieu comme un tout, on l'aménage d'un point de vue harmonieux, esthétique, écologique ou encore autonome.

Avantages de la Permaculture

  • Impact positif sur la santé et l'environnement : Rien de mieux que de jardiner à l’air libre pour rester tonique et être revigoré. Une vie du sol saine et la biodiversité signifie que les plantes peuvent obtenir tous les nutriments dont elles ont besoin. Cela signifie que nos aliments sont plus riches en nutriments. Le fait d’être à l’extérieur et en contact avec la terre aide votre corps à suivre son rythme naturel.
  • Bien-être social et communautaire : L’accent mis par la permaculture sur l’engagement communautaire et la coopération améliore le bien-être social en encourageant le partage des responsabilités et le soutien mutuel. L’intégration d’espaces verts, la beauté naturelle et les bienfaits thérapeutiques du travail dans et avec la nature contribuent également au bien-être.
  • Réduction du gaspillage et autonomie : La permaculture vise à réduire le gaspillage. Revaloriser les déchets animaux et végétaux est un des premiers bons réflexes à adopter, comme la création d’un compost. En jetant vos épluchures à la poubelle, elles se retrouveront parmi les ordures ménagères à incinérer et participeront à la pollution. Quel gâchis ! Ces épluchures pourraient fertiliser votre sol et supprimer l’achat d’engrais ! Le potager en permaculture ouvre la voie vers l’autonomie alimentaire.
  • Résilience des systèmes : La permaculture est un modèle agricole résilient. Elle agit de manière à ce que les sols soient capables de s’enrichir et de se régénérer par eux-mêmes.

Défis et Consdérations

  • Rentabilité à l'échelle agricole : Début 2014, la microferme de Bourdaisière, faisant partie du réseau Fermes d’Avenir, commence l’expérimentation de 1,4 hectare en permaculture. Au bout de quatre ans, les objectifs annoncés de “100 000 €/an en année 4-5 et sortir trois salaires” sont loin d’avoir été atteints : la ferme annonce un déficit annuel de 60 à 90 000 €, mettant un terme à l’expérience. À l’échelle agricole, la permaculture est très peu (voire pas) rentable et reste donc peu concevable.
  • Nécessité d'expérimentation et d'observation : La difficulté principale est qu’il faut beaucoup expérimenter, car il faut tester toutes les interactions entre les plantes, les animaux, le climat, la terre… La permaculture nécessite beaucoup d’observation et de tests avant de trouver les bonnes associations de plantes ou les meilleurs endroits pour planter certaines variétés. Se documenter est important pour connaître les besoins et utilités de chaque espèce, apprendre les différentes pratiques naturelles, créer un équilibre et une harmonie dans son jardin.
  • Adaptation au contexte : La permaculture peut être pratiquée sous différents climats. Les principes généraux et l’éthique sont universels. Cependant, il existe d’innombrables principes spécifiques aux microclimats et aux biorégions. Si vous voulez en savoir plus, essayez de trouver quelqu’un qui pratique dans son jardin ou sa ferme. Cette personne aura une connaissance approfondie des plantes et des méthodes locales.
  • Éviter les erreurs courantes : Les erreurs à éviter sont de commencer trop grand, laisser le sol nu et négliger l’emplacement (soleil, abri, humidité).
  • Pragmatisme : La permaculture n’est pas une doctrine à respecter à la lettre ! Par exemple, plusieurs préconisent le paillage pour garder un sol frais et humide bénéfique aux plantes. Cependant, cette couverture peut attirer des limaces pouvant ravager vos jeunes plantules. Pour éviter cet inconvénient, certains préconisent de semer ses plants en sol nu et de les pailler lorsqu’ils se sont bien développés (par exemple, les salades) ou de les protéger par d’autres plants (semer des fanes de radis pour abriter les carottes).

La Permaculture comme Art de Vivre et Philosophie

La permaculture est plus qu’une technique de jardinage, c’est une philosophie qui nous guide vers un mode de vie plus durable et régénérateur. En adoptant ces principes, nous pouvons créer des espaces qui non seulement répondent à nos besoins, mais contribuent également à la santé de la planète. Que vous ayez un petit jardin ou un grand terrain, les principes de la permaculture peuvent être appliqués.

La permaculture s’infiltre dans tous les domaines de votre vie pour le meilleur. Si la durabilité et la responsabilité sont vos objectifs, vous vous rendrez vite compte à quel point vous devez être connecté à la nature pour les atteindre. Dans la nature, toutes les différences tendent vers l’équilibre. Si nous pouvons comprendre comment contribuer à créer un sol vivant, maintenir l’eau disponible tout au long de la saison de croissance et disposer des bonnes semences au bon moment, nous pouvons préparer le terrain pour que la nature trouve son équilibre. C’est notre rôle, en tant qu’intendants de la terre, d’observer comment la nature tente de trouver l’équilibre dans l’écosystème et de l’aider à prospérer au maximum de son potentiel. Il s’agit alors d’un cycle.

Illustration d'un écosystème en équilibre naturel

La permaculture est à la fois une méthode de conception et une philosophie de culture, où vous créez des jardins et des systèmes de culture qui ressemblent à des écosystèmes naturels. Avant de creuser, regardez le jardin : où y a-t-il du soleil, de l’abri, de l’ombre, des coins secs et des zones humides ? Observer le terrain est essentiel. Le type de sol (sableux, limoneux, argileux, calcaire, humifère) peut empêcher la bonne croissance de certaines plantes malgré tous vos efforts. Par exemple, un sol sableux retient peu l’eau et nécessite donc des plantes capables de résister à la sécheresse comme les lauriers roses. L’exposition du terrain ainsi que le climat (océanique, méditerranéen, continental…) peuvent également jouer.

Définir ses attentes est crucial. Demandez-vous ce dont vous avez envie et besoin : des plantes médicinales pour votre naturopathie ? Des fruits et légumes pendant toute l’année ? Interrogez-vous aussi sur vos ressources et capacités : quel est votre budget ? Combien de temps pensez-vous accorder au jardinage par semaine ? Concevoir l’espace de manière globale et intelligente. Si vous avez un bel espace, pensez à le zoner en fonction de l’énergie demandée. Si votre source d’eau se situe à 10 minutes à pied de votre potager, vous risquez de ne pas aller l’arroser souvent.

Gestion de l'eau en Permaculture, comment faire ?

On peut pratiquer quelques principes de permaculture dans son potager uniquement, ce qui est déjà très bien. Ou l’embrasser entièrement, vivre et penser en permaculteur ou permacultrice dans chacun de ses choix. Cela n’a rien de révolutionnaire en soi. C'est la sobriété heureuse, chercher à produire en abondance, et considérer son jardin comme une potentielle micro-ferme, ou du moins comme un petit système intensif, vertueux et résilient où « chaque élément remplit plusieurs fonctions et chaque fonction est assurée par plusieurs éléments ». Mais aussi où chaque élément est placé en relation avec les autres (exemple : la haie vive composée de plusieurs espèces différentes produit des petits fruits, mais aussi des fleurs pour les butineurs, de l’ombrage, un effet de lisière, un abri pour la faune auxiliaire, des feuillages pour nourrir les poules quand l’herbe est sèche, une protection contre le vent, un moyen de produire de « l’eau verte » -voir plus loin-, de la biomasse qui servira à fertiliser le sol du potager ou le pied des jeunes fruitiers).

Maximiser les « effets de lisière », véritable interface entre deux milieux où la vie abonde particulièrement, est également une stratégie clé. Observer de près pour interagir rapidement… ou pas ! Car parfois la nature peut se débrouiller sans nous. Mais pas toujours. Accepter d’utiliser de l’énergie (y compris fossile ou électrique) si le résultat permet d’en économiser davantage (penser, par exemple, qu’utiliser un broyeur pour réaliser du BRF au kilomètre zéro permet d’économiser l’achat d’un certain nombre de sacs de terreau, de paillages ou d’engrais bio fabriqués à 800km et packagés en sacs plastique.

Chercher à régénérer plutôt qu’à forcément toujours s’adapter : dans un monde où tout le monde n’a que le mot « résilience » à la bouche (un bien joli mot, mais qui commence à m’agacer quand je le vois utilisé à tous bouts de champ par des politiciens qui ne cherchent ni plus ni moins qu’à nous manipuler : non, nous n’avons pas à être « résilients » quand la situation est inacceptable ! Nous devons être « résistants », c’est très différent…), il faut parfois se rappeler que s’adapter est parfois une preuve d’intelligence, et d’autre fois complètement contre-productif. Tout dépend des cas : exemple parfait avec la gestion de l’eau : plus on plantera dans nos campagnes tempérées d’espèces supposées « résilientes » car issues de biotopes très secs (palmiers, cactus, etc.) pour remplacer nos espèces autochtones (peupliers, ronciers, aubépines, bouleaux, etc. lesquels produisent de « l’eau verte » par tout un écosystème de mycorhization et évapotranspiration), plus on accélérera hélas le processus de désertification ! C’est en plantant densément et intelligemment, en augmentant de quelques points les taux de matière organique de nos sols, que nous allons retenir l’eau sur nos terres, mais aussi faire tomber la pluie. Résister et régénérer plutôt que de « résilier » comme de pauvres moutons résignés… c’est presque aussi difficile à prononcer que les chaussettes de l’archiduchesse ça, mais cela nous parle ! Car relever ses manches et faire front face à un monde où tout fout le camp c’est peut-être un peu plus fatigant (et encore) que de se faire de l’autosuggestion dans son fauteuil en se répétant « tout va bieeen, je reste positiiif », mais c’est tellement plus enthousiasmant ! Et plus utile surtout. Et puis, on peut être positif, enthousiaste, bienveillant MAIS résistant. L’un n’empêche pas l’autre.

Vers une Agriculture Régénérative : L'Impératif du Changement

Ces mises en œuvre permettent d’améliorer grandement les taux de matière organique et de minéraux dans les sols, mais aussi maximisent la vie microbienne, la mégafaune, la microfaune, la mésofaune, la microflore, la présence de champignons « auxiliaires » (ceux qui mycorhizent avec les racines, puisent l’eau très profondément et empêchent la prolifération de maladies telluriques) dans nos parcelles agricoles dégradées par l’agriculture intensive, épuisées, vidées… et cependant prêtes à laisser refleurir le miracle de la vie si nous leur en donnons les moyens. Qu’on l’appelle permaculture, agriculture régénérative, agroécologie, agroforesterie, syntropie, etc. cette agriculture respectueuse qui « produit en réparant » et compose avec les forces et les grands principes de la nature plutôt que de lutter contre est la seule et unique solution.

Idéalement, il faudrait surtout une véritable prise de conscience collective dans ce monde où le manque d’espace cultivable devient une vraie quadrature du cercle. Si toutes les familles ayant l’immense chance d’accéder à un bout de terre (ou même un balcon, une toiture d’immeuble…) passaient un peu moins de temps devant Netflix, les jeux vidéos, la télé, les réseaux sociaux etc. mais un peu plus de temps à cultiver en bio toutes sortes de légumes, de fruits, de plantes aromatiques, éventuellement élever quelques poules, et bien tout le monde serait gagnant : bien sûr on ne peut forcer personne, mais la vie de ces familles serait plus belle, leur santé bien meilleure (moins besoin de salle de sport ou de « développement personnel » coûteux si on passe du temps au jardin presque tous les jours), le moral des troupes remonterait en flèche (la biodiversité aussi), les enfants comprendraient mieux par eux-mêmes l’importance d’un monde plus « écoresponsable », c’est toute la société qui y gagnerait (et pas seulement en autonomie alimentaire). Et non ce n’est pas utopique, car c’est ainsi que fonctionnait le monde jusqu’aux années 50, où chacun produisait une partie de sa nourriture, excepté dans les villes où les nombreux marchés proposaient aux citadins des fruits, légumes et produits de la ferme à la fois frais, locaux, sains, et peu chers.

Reste-t-il un petit espoir que la tendance s’inverse ? Car on en est vraiment là, au stade où préserver ce qui existe encore ne suffit plus. Il faut aussi réparer des décennies d’erreurs et de carnages, ré-ensauvager, redonner de la vie et de la biodiversité partout où elles s’éteignent. Tout doit être régénéré : la biodiversité, la vie des sols, le cycle de l’eau… tout. Ce terme d’« agriculture régénérative » est assez parlant.

Pourquoi cette forme d’agriculture n’est-elle pas une priorité absolue ? Pourquoi cela n’est-il pas enseigné à l’école dans le tronc commun, pas au point de remplacer le français et les maths certes mais du moins un minimum évoqué alors qu’il en va de notre survie ? Pourquoi nos agriculteurs qui font les choses bien (pas les énormes requins de l’agrobusiness, non, ceux-là sont généralement pleins aux as, roulent en 4X4 de luxe et choppent toutes les terres qui se libèrent pour toucher encore plus d’aides PAC) meurent-ils d’épuisement, de désespoir ou de faim ? Pourquoi tant de maraichers doivent-ils abandonner, la mort dans l’âme, faute de pouvoir payer correctement des employés bossant 8H par jour en plein soleil (cependant que des politiciens, dans leurs locaux climatisés, votent la loi Duplomb…). Quand on aura des milliards de milliards de données informatiques stockées dans des monstrueux serveurs bouillants comme des cocottes-minute géantes, des milliards de présentations Canva vendues comme des « formations » pour apprendre parfois des trucs complètement perchés, mais qu’il n’y aura plus de bras pour cultiver la terre, et de surcroît pour la cultiver sainement, que mangera-t-on ? L’IA, qui peut nous donner l’illusion d’être tous très puissants, très rapides et très malins, ne sait pas semer, ni récolter, ni traire, ni soigner comme nos paysans… elle n’a pas de bras, l’IA.

« Résilier » à tout prix (un peu comme des moutons) pour tenter de s’adapter à l’inacceptable ou résister ? La question reste posée.

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