Stratégies de gestion des adventices : de la compréhension biologique à l'innovation technologique

La gestion des adventices, communément appelées « mauvaises herbes », constitue l'un des défis les plus persistants pour les jardiniers amateurs comme pour les professionnels de l'agriculture. Avec l'arrivée du printemps, il est particulièrement difficile d'éviter la prolifération des mauvaises herbes dans les massifs de fleurs, au pied des arbres ou dans les allées du jardin. La compréhension fine de ces végétaux, de leurs cycles de vie et des outils de protection disponibles est essentielle pour maintenir un équilibre durable.

Schéma illustrant le cycle de vie d'une adventice, de la germination à la production de graines

Comprendre la biologie et le cycle de vie des adventices

Avant de désherber, savoir à qui on a affaire se révèle bien utile… question de stratégie. Ce qui compte : bien cerner la période de levée de l’adventice ainsi que le stade où il faudra agir pour la détruire. La capacité à germer dans le temps comme dans le sol et la production de graines par pied renforcent le pouvoir de nuisibilité des mauvaises herbes.

La grande majorité des graines lèvent dans les premiers centimètres du sol. À 5 cm maximum, elles sont vite activées dès que les conditions climatiques sont réunies. Les levées souvent homogènes sont plus faciles à détruire. Toutefois, certaines graines lèvent profondément, au-delà de 10 cm : c’est le cas de la folle avoine, rendant le labour peu efficace sur cette mauvaise herbe. D’autres témoignent de plus de faculté d’adaptation. Ainsi, si la profondeur de germination optimum du vulpin se situe autour de 1,5 cm, des graines lèvent encore à 12 cm.

La viabilité d’une graine est caractérisée par le Taux annuel de décroissance dans le sol ou TAD. Il exprime le pourcentage de graines du stock d’une espèce qui se dégrade au bout d’une année d’enfouissement dans le sol. Les graminées ont des TAD élevés, donc sont vites dégradées. Le brome a même un TAD proche de 100 % ! Les dicotylédones ont par contre une plus longue durée de vie, surtout pour celles qui lèvent en été comme les renouées ou les amarantes. Une graine de coquelicot pourrait encore être viable au bout de 40 ans ! Cette caractéristique de l’adventice est encore plus dommageable si la plante a une forte aptitude à produire des graines.

La grenaison, liée à une espèce, fluctue selon les conditions pédoclimatiques de la parcelle. Un coquelicot sur chaume produit 20 000 graines par pied. En couvert spontané, il multiplie par deux sa productivité avec 40 000 graines par pied ! De nombreux travaux ont permis d’établir pour les principales adventices le nombre de pieds/m² à partir duquel une chute de 5 % du rendement est observée. Une folle avoine a un seuil de 10 pieds/m² dans le nord et de 15 à 20 dans le sud.

Classification et diversité des adventices

La plus grande partie des plantes comprises dans le terme “mauvaises herbes” appartiennent aux plantes à fleurs dont les dicotylédones sont les représentantes les plus fréquentes. Les monocotylédones ou graminées sont proportionnellement moins nombreuses mais, selon l’espèce, elles peuvent avoir une importance économique importante. La reconnaissance de la graminée est plus facile à son stade 3 à 4 feuilles. En connaissant bien leur cycle, la rotation est optimisée en conséquence pour casser les cycles biologiques.

Infographie comparant les caractéristiques morphologiques des dicotylédones et des monocotylédones

Mécanismes d'action des solutions de désherbage

Un herbicide doit être absorbé par la mauvaise herbe avant d’agir, soit par la bouillie de pulvérisation (herbicide foliaire) soit par la solution du sol (herbicide racinaire).

Les herbicides de contact et systémiques

Les herbicides de contact pénètrent uniquement ou avant tout par les feuilles. Ils agissent à proximité de l’endroit de pénétez. L’efficacité des herbicides de contact se limite aux mauvaises herbes ne disposant d’aucune réserve comme les mauvaises herbes annuelles. Composé d'acide pélargonique, une substance naturelle présente dans l'environnement, un désherbant non sélectif de ce type agit par contact sur les feuilles. Efficace, il permet un désherbage réussi en un temps record. À titre d'exemple, en 2011, Bayer Jardin a lancé Natria, une nouvelle gamme naturellement efficace, en complément de sa gamme de produits de synthèse.

Les herbicides foliaires systémiques sont absorbés avant tout par les feuilles et sont ensuite répartis dans toute la plante. Les représentants les plus connus de cette catégorie sont les hormones.

Les herbicides racinaires

Les matières actives sont absorbées par les racines et sont ensuite réparties dans la plante. Ce type d’herbicide est à appliquer au mieux sur un sol humide car en cas de sécheresse ils peuvent n’avoir absolument aucune efficacité. Les herbicides racinaires importants sont appliqués contre graminées et dicotylédones principalement en pré-levée ou en post-levée précoce. Certains herbicides agissent aussi bien par les feuilles que par le sol.

Optimisation des interventions et stratégies de lutte

Le choix de l’herbicide doit se faire en fonction de la flore adventice présente sur la parcelle et uniquement lorsque le seuil de tolérance est atteint. Les applications d’automne sont idéales en cas de semis précoce et de forte pression de graminées. Les applications de printemps sont quant à elles recommandées contre les dicotylédones et les vivaces.

Les herbicides à action foliaire uniquement doivent être appliqués lorsque la masse foliaire des adventices est suffisante, à savoir dès le stade 2-3 feuilles. Ces produits agissent indépendamment de l’humidité du sol et des conditions météorologiques. Cependant, l’activité foliaire peut être influencée négativement par d’autres produits mélangés et peut conduire à de la phytotoxicité envers la culture. Les herbicides d’automne agissent presque tous par le sol. L’application d’automne est destinée à éliminer de petites mauvaises herbes en germination ou peu développées.

Par antidote, on désigne les adjuvants rajoutés aux herbicides afin d’accélérer leur dégradation et les rendre inoffensifs pour les plantes cultivées sans pour autant influencer leur efficacité sur les mauvaises herbes à combattre. En tant qu’outils du système de lutte intégrée contre les adventices, les herbicides à base de glyphosate sont un moyen de désherbage efficace, sûr et économique depuis plus de 40 ans. Il convient toutefois de noter que les monocultures ou l’emploi répété d’herbicides contenant des matières actives au mode d’action similaire peuvent conduire à l’apparition de mauvaises herbes résistantes.

LA LUTTE INTEGREE

Innovation et enjeux de la protection des cultures

Grâce aux nombreuses innovations mises en œuvre dans l’agriculture moderne, les agriculteurs produisent des cultures saines en limitant au maximum l’utilisation des ressources naturelles. À notre sens, l’innovation est fondamentale pour répondre aux enjeux auxquels l’environnement et le système alimentaire mondial sont confrontés. Chaque année, les adventices, les insectes ravageurs et les maladies provoquent la perte de 26 à 40 % de la production agricole potentielle mondiale, et ces pertes pourraient doubler sans l'utilisation de produits de protection des cultures.

Grâce aux outils et aux technologies numériques, les agriculteurs peuvent identifier au champ, de manière précoce et avec précision, les plantes qui subissent la concurrence de mauvaises herbes ou la menace d'insectes ou de maladies. Ils peuvent ainsi réagir rapidement et de manière ciblée pour protéger leurs cultures. L'évolution constante des pratiques, couplée à une connaissance biologique approfondie, permet aujourd'hui de concilier performance agronomique et respect de l'environnement, assurant ainsi la pérennité des systèmes de production face aux défis climatiques et démographiques mondiaux.

tags: #bayer #mauvaises #herbes