La fusariose des épis est une maladie complexe qui affecte les céréales à paille, dont le blé tendre, le blé dur et le triticale. Cette problématique sanitaire représente un défi majeur pour les agriculteurs, non seulement en raison des pertes de rendement qu'elle engendre, mais également pour les enjeux de sécurité alimentaire liés aux mycotoxines. La maîtrise du risque nécessite une approche systémique intégrant la connaissance des agents pathogènes, les facteurs environnementaux, les pratiques culturales et le choix variétal.

Les agents responsables et le complexe des fusarioses
La fusariose n'est pas le fait d'un seul organisme, mais le résultat d'un complexe de champignons appartenant principalement aux genres Fusarium et Microdochium. Le genre Fusarium regroupe des espèces telles que F. graminearum, F. culmorum, F. tricinctum, F. poae, F. avenaceum, F. langsethiae et F. sporotrichoïdes. En parallèle, le genre Microdochium comprend les espèces M. majus et M. nivale.
Parmi ces espèces, F. graminearum est considérée comme la plus problématique. Sa dangerosité provient de sa capacité à produire des mycotoxines, notamment le déoxynivalénol (DON), une substance toxique pour l'homme et le porc. Bien que F. culmorum puisse également produire du DON, sa présence est très secondaire en France. La compréhension de ce complexe est essentielle car, bien que les symptômes sur épi soient souvent convergents, les risques sanitaires diffèrent selon les espèces présentes.
Symptomatologie et diagnostic
Les symptômes apparaissent généralement après la floraison, le stade de sensibilité maximale. Ils se traduisent par une décoloration progressive d'un ou plusieurs épillets, souvent visible deux à trois semaines après la floraison. À ce stade, écarter la glume et la glumelle permet de constater plus aisément la contamination de l'épillet, parfois associée à une auréole brune. Les symptômes évoluent ensuite et s'étendent aux épillets voisins, voire à l'ensemble de l'épi lorsque le champignon envahit le système vasculaire de l'épi, ce qui est caractéristique des attaques de F. graminearum.
Le col de l'épi présente parfois un brunissement, correspondant à la progression descendante du champignon via le système vasculaire, de F. graminearum issu d'une contamination de l'épi. Microdochium spp. ne produit pas ce type de symptômes. Toutefois, les symptômes sur épi ne permettent pas d'identifier précisément l'espèce de fusariose responsable, tout au plus ils fournissent des indices. La présence de taches de Microdochium spp. sur feuilles est un bon indice de présence sur épi. Pour un diagnostic formel, une analyse microbiologique ou moléculaire est nécessaire.

Impacts agronomiques et sanitaires
Les pertes de rendement peuvent aller de 30 à 70 % selon la gravité des attaques. Elles sont à mettre en lien avec l'échaudage des grains issus des épis attaqués. D'autre part, une diminution de qualité boulangère des blés tendres est souvent constatée, tout comme de la moucheture sur blé dur. L'enjeu majeur réside dans la contamination par les mycotoxines. La concentration de DON pour l'alimentation humaine ne doit pas dépasser la limite maximale réglementaire de 1 250 µg/kg. À noter qu'en blé dur, cette limite maximale est portée à 1 750 µg/kg. Il est donc impératif de maîtriser le risque DON.
Les facteurs favorisant l'infection
Le principal facteur favorisant de la maladie de l'épi est le climat. Une forte humidité ou un temps pluvieux durant la période de floraison (+/- 7 jours) augmente sensiblement le risque. 40 mm de pluies à cette période augmentent considérablement le risque. La période de floraison s'achève dans les régions les plus méridionales et devrait s'étaler jusqu'à début juin pour les régions les plus septentrionales. Il est donc primordial d'observer le climat à l'approche de la floraison pour évaluer au mieux le risque fusariose final.
La nature du précédent et le type de travail du sol ont également une grande importance dans la maîtrise du risque d'infection par les fusarioses. La présence sur le sol de résidus de culture contaminés constitue le réservoir primaire. Les systèmes en non-labour sont les plus exposés car ils laissent en surface des résidus potentiellement contaminés. Le risque est encore plus grand s'il s'agit de précédent maïs ou sorgho. Pour ces raisons, il convient de ne pas irriguer les blés pendant une durée de 8 jours après la sortie des étamines, sauf en cas d'ensoleillement important, limitant le taux d'humidité au niveau de l'épi.
Stratégies de gestion des risques
La gestion du risque repose sur une hiérarchisation des interventions, allant du système de culture aux mesures préventives directes.
Gestion au niveau du système de culture
Pour les situations de risque élevé (niveaux 6 et 7), modifier le système de culture pour revenir à un niveau de risque inférieur est nécessaire. Modifier votre rotation ou labourer sont les solutions techniques les plus efficaces et qui doivent être considérées avant toute autre. Labourer ou réaliser un broyage le plus fin possible des résidus de culture avec une incorporation rapidement après la récolte sont les solutions techniques les plus efficaces. À défaut, réaliser un broyage complémentaire du broyage sous bec et une incorporation rapide des éléments fins après récolte.
Choix variétal
La sensibilité des variétés aux fusarioses est un levier majeur. Aujourd'hui, aucune variété de céréales d'hiver n'est totalement résistante à Fusarium graminearum. Bien que le nombre de variétés peu sensibles augmente, il reste limité. Néanmoins, pour les niveaux de risque intermédiaires (niveau 3), le risque peut être encore minimisé en choisissant une variété moins sensible. Pour les niveaux 4 et 5, il est préférable d'implanter une variété moins sensible. Le classement des variétés de blé tendre et de triticale selon leur résistance au risque DON est un outil d'aide à la décision incontournable.

La lutte fongicide : un ultime recours
Les traitements fongicides sont un ultime recours mais sont loin d'être totalement efficaces. Ils atteignent dans le meilleur des cas 60 à 70 % d'efficacité. Ces moyens de lutte doivent impérativement être réalisés préventivement (début floraison) avec des doses suffisantes (60 à 80 % de la dose homologuée minimum, selon le produit). Si des symptômes sont visibles, il est trop tard pour traiter.
Il n'existe pas de traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses quelles que soient les conditions climatiques. Cependant, il faut envisager un traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses en cas de climat humide pendant la période entourant la floraison. Parmi les substances actives les plus efficaces, le prothioconazole est la seule à présenter une grande polyvalence sur les principales espèces du complexe des fusarioses. Elle est généralement proposée sous le nom commercial de Prosaro (ou Piano), Kestrel (ou Onnel) ou Fandango S (Foster). D'autres spécialités à base de tébuconazole, de bromuconazole ou de metconazole permettent également de lutter efficacement contre F. graminearum, mais présentent un intérêt plus limité sur les espèces du genre Microdochium. Enfin, le prochloraze, le methylthiophanate et la dimoxystrobine complètent la liste des molécules actives.
Fusariose : quels symptômes ? Quels moyens de lutte ? - ARVALIS-infos.fr
Analyse par niveau de risque
La grille de décision aide à ajuster les pratiques selon le niveau de pression :
- Niveaux 1 et 2 : Le risque fusariose est minimum et présage d'une excellente qualité sanitaire du grain vis-à-vis de la teneur en DON.
- Niveau 3 : Le risque peut être encore minimisé en choisissant une variété moins sensible. Traiter spécifiquement vis-à-vis des fusarioses en cas de climat humide pendant la période entourant la floraison.
- Niveaux 4 et 5 : Il est préférable de réaliser un labour pour revenir à un niveau de risque inférieur. À défaut, effectuer un broyage le plus fin possible et une incorporation des résidus rapidement après la récolte. Envisager un traitement avec un triazole anti-fusarium efficace, sauf si le climat est très sec pendant la période entourant la floraison.
- Niveaux 6 et 7 : Modifier le système de culture pour revenir à un niveau de risque inférieur. Labourer est la solution technique la plus efficace et qui doit être considérée avant toute autre solution. Choisir une variété peu sensible à l'accumulation de DON et traiter systématiquement avec un triazole anti-fusarium efficace.
Depuis le mois de mars, la pluie tombe de manière très aléatoire à l'échelle de la région. Ainsi, si le risque fusariose peut s'avérer important au sud, les parcelles situées plus au nord, actuellement en situation de déficit hydrique, seront moins concernées par cette maladie. Les blés sont actuellement en pleine floraison ou approchent de ce stade sensible, rendant les précipitations à cette période déterminantes pour le développement final de cette maladie des épis.