Planter un arbre fruitier sur son terrain est une excellente idée. Toutefois, cette démarche nécessite une réflexion structurée pour garantir la pérennité et la productivité de votre verger. Dans le numéro de septembre-octobre, l’association Mémoire fruitière des Pays de Vilaine donnait quelques conseils pour se poser les bonnes questions avant de planter (quoi, où et comment).

Fondamentaux de la plantation et choix des porte-greffes
Le choix du porte-greffe est déterminant pour la vigueur, la longévité et l'adaptation au sol. Par exemple, l’Abricot Canino convient très bien en sol sec et calcaire, sensible à l’humidité du sol, vigoureux, grande longévité, bonne productivité, mise à fruit assez tardive. Dans des conditions similaires, le GF 677 (Prunus persica 20% X Prunus amygdalus 80%) offre une bonne tolérance au calcaire actif (jusqu’à 11%), une forte vigueur et est assez résistant en terrain humide, mais craint tout de même les excès d'eau en hiver.
Il est possible, avec des arbres de vigueur faible (croissance modérée, production de feuilles moins abondante et système racinaire moins développé), de respecter le principe suivant : moins de 2 mètres de hauteur pour les plantations situées à moins de 2 mètres de la limite séparative de propriété. Quand on a choisi l’espèce, reste à déterminer la variété ; on entre là dans un critère très personnel : le goût. Ce critère peut lui-même être impacté par un autre : la période de maturité.
Formes de conduite et gestion de l'espace
La dimension et la formation de l'arbre doivent être en adéquation avec votre espace. Le scion est un arbre d'un an non formé, tandis que les fuseaux, issus de scions poussés une année supplémentaire, forment un arbre plus tassé, d'environ 3 mètres de haut pour 3 mètres de large.
Pour une production classique, les formations en tige sont privilégiées :
- Quart de tige : Tronc de 50 à 60 cm. Prévoir un espacement de 5 à 7 mètres.
- Demi-tige : Tronc d'environ 1m50. Espacement de 5 à 10 mètres. C'est une forme appréciée pour sa polyvalence et sa facilité d'entretien.
- Haute-tige : Tronc d'environ 1m80. Espacement de 8 à 10 mètres.
Pour les espaces restreints, les formes palissées en U ou double U permettent de cultiver contre des murs, avec une mise à fruit rapide (1 à 2 ans), bien que la production soit plus limitée et la taille plus rigoureuse.
La stratégie du verger diversifié et résilient
Imaginons un verger circulaire d’espèces d’arbres fruitiers diversifiées, afin qu’elles collaborent les unes avec les autres pour contrer les pathogènes. Le verger expérimental bio à Gotheron teste cette approche : la ceinture extérieure sert de brise-vent (châtaigniers, noyers), suivie de plantes-pièges (pommiers Flora-Akane) pour fixer les pucerons.
Varier les espèces assure une meilleure résilience. Dans ce verger, les abricotiers voisinent avec des pêchers ; en cas d’attaque du champignon « monilia » sur la fleur de l’abricotier, il ne se répandrait pas sur plus de quatre ou cinq arbres, car il n’affecte pas le pêcher. Pour limiter les maladies, on utilise les services de la nature : abris à chauve-souris pour les insectes, perchoirs à rapaces pour les campagnols, et luzerne en inter-rang pour fertiliser le sol.
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Sélection variétale pour le jardin moderne
La gamme des arbres fruitiers est vaste. Parmi les pommiers, le « Grand-Mère » est une variété ancienne angevine tardive, tandis que la « Reine des Reinettes » est essentielle pour la pollinisation. Les poiriers comme le « Doyenné du Comice » ou la « Conférence » offrent une grande qualité gustative. Pour les cerisiers, le « Bigarreau Hâtif Burlat » est une référence précoce, tandis que le « Cerisier de Nankin » est prisé pour sa floraison et ses fruits sans acidité.
L'intégration d'espèces fruitières exotiques rustiques
Si le réchauffement climatique est une source d’inquiétudes, la montée des températures permet d’amener de la variété avec des espèces exotiques rustiques :
- Le Grenadier (Punica granatum) : Apprécié pour ses fleurs et ses fruits riches en antioxydants.
- Le Goyavier du Brésil (Feijoa sellowiana) : Résistant au gel, il offre des fruits au goût de mélange de goyave, d’ananas et de menthe.
- Le Jujubier de Chine (Ziziphus jujuba) : Utilisé depuis 4 000 ans en médecine traditionnelle pour ses effets calmants.
- La Pomme caffre (Dovyalis caffra) : Très robuste, elle supporte des températures proches de -5 °C.
- Le Cerisier du Brésil (Eugenia brasiliensis) : Tolérant au froid jusqu’à -5 °C, ses fruits rappellent la cerise classique et la prune.
- L’Arbre crapaud (Tabernaemontana elegans) : Avec sa rusticité de -4°C, il est idéal pour les jardins méditerranéens.
- Le Paw Paw (Asimina triloba) : Originaire des États-Unis, c'est l'un des rares arbres fruitiers exotiques adaptés aux zones tempérées.
- Le Chagnar (Geoffroea decorticans) : Riche en sucres naturels et protéines, il est très résistant.
- Le Pois Ice-cream (Inga edulis) : Plante fixatrice d’azote, son fruit possède une texture douce et crémeuse.
- Le Xanthoceras à feuilles de sorbier (Xanthoceras sorbifolium) : Une splendeur capable de supporter des gelées jusqu’à -20°C.

Entretien et formation continue
La maîtrise technique est essentielle. Des stages sont organisés régulièrement, notamment sur la taille et conduite des arbres fruitiers, la restructuration d’arbres anciens, la formation de jeunes arbres et le greffage d’hiver. L'entretien régulier, bien que simplifié avec les formes demi-tiges, garantit la santé et la productivité à long terme de votre verger. La méthode traditionnelle angevine, par exemple, assure une mise à fruit rapide et une vigueur optimale par l'écussonnement et la greffe en fente.