L'observation de deux tortues terrestres qui se montent dessus est une situation qui interpelle fréquemment les propriétaires. Si l'on pense initialement détenir un couple, la répétition de ce comportement de monte réciproque peut semer le doute sur le sexe des individus. Pour comprendre ces interactions, il est essentiel d'analyser les mécanismes de la maturité sexuelle, les critères de différenciation morphologique et la nature des comportements sociaux, qu'ils soient liés à la parade nuptiale ou à la hiérarchisation territoriale.

La détermination du sexe chez les tortues
Les tortues sont sexuellement matures à partir d'une certaine taille, qui varie selon l'espèce. Avant toute interprétation comportementale, il est impératif de confirmer le sexe des individus. Pour distinguer un mâle d'une femelle, l'observation doit se porter sur la zone caudale. Il convient d'examiner l'écaille supra-caudale, située au-dessus de la queue : elle est généralement courbée vers l'intérieur chez les mâles, alors qu'elle est plutôt orientée vers l'extérieur chez les femelles.
Une seconde différence notable concerne le plastron, la partie ventrale de la carapace. Le plastron des mâles est légèrement creux sur sa partie arrière, une adaptation morphologique facilitant le chevauchement de la femelle, tandis que celui des femelles est plat. L'envoi de photos vues de l'arrière, sous un angle légèrement plongeant, est souvent nécessaire pour obtenir une confirmation par des experts.
La parade nuptiale : un rituel complexe
S'il s'agit de rituels d'accouplement, sachez qu'elles ne font pas que se monter dessus. Dans la nature, le mâle cherche la femelle et la touche avec son nez. Durant la parade, il secoue la tête et salue la partenaire à plusieurs reprises en la touchant avec le bout de son bec. Le mâle donne également des coups de carapace à la femelle, va parfois jusqu'à la mordre, selon les espèces, et finit par lui monter dessus en poussant des cris, la gueule ouverte.
Ce comportement de cognement, bien que surprenant pour un observateur humain, est parfaitement normal et indissociable de la parade nuptiale. Le son émis par le mâle, bouche ouverte, est assez puissant pour un animal de si petite taille et accompagne les mouvements réguliers de l'accouplement. Lors de l'acte, le mâle utilise son long pénis, qui peut atteindre près de la moitié de la longueur de sa carapace, pour inséminer la femelle. L'accouplement peut avoir lieu aussi bien sur terre que sous l'eau, selon les espèces.
Reconnaître les mâles et femelles chez les tortues terrestres ?
Hiérarchisation et comportements agressifs
La cohabitation chez les tortues adultes est plus complexe que durant la phase juvénile. Dans la nature, les mâles s’affrontent en se battant non seulement pour une femelle, mais également pour le territoire. Entre les tortues, il se crée une hiérarchisation qui peut provoquer des conflits. Une tortue sera dominante et l’autre sera dominée, ce qui peut se traduire par des comportements de monte réciproque même entre deux mâles pour marquer leur autorité.
Si vous observez deux tortues qui se poursuivent, se donnent des coups de carapace et se mordent, il est probable qu'il s'agisse d'un affrontement entre deux individus du même sexe. Les mâles ont tendance à se battre plus que les femelles. Lors de ces combats, l'un des mâles abandonne rapidement le combat et s’enfuit au pas de course, poursuivi par l'adversaire qui tente de lui mordre les membres postérieurs ou de le renverser sur le dos. Ces affrontements sont particulièrement marqués lors de la période de reproduction ou dans des espaces restreints, où le cognement devient un signal d'hostilité ou de stress.
Gestion de la cohabitation et bien-être
L'idée qu'un couple doit cohabiter en permanence est une erreur fréquente. Une tortue mâle et une tortue femelle ne devraient idéalement cohabiter que lors de la reproduction, sinon il existe des risques réels d’affrontements et de harcèlement constant. Les femelles sont sans cesse harcelées par les mâles, ce qui les empêche de s'alimenter et de se réchauffer au soleil tranquillement. Il est donc essentiel d'élever plus de femelles que de mâles, l'idéal étant d'avoir plusieurs femelles pour un seul mâle, ou mieux encore, de disposer de deux enclos distincts.
Dans une situation de concurrence et de stress permanent, comme celle vécue par deux mâles dans le même enclos, la santé des animaux peut être préjudiciable. Bien que les morsures soient rarement graves, cette tension constante n'est pas agréable pour eux. Il est préférable de séparer les individus si vous constatez des poursuites incessantes.
Le cycle de reproduction et la ponte
Après l'accouplement, qui dure entre 2 et 10 minutes, les tortues se séparent. Une femelle peut s'accoupler avec plusieurs mâles dans une même journée. Après cette phase, la femelle manifeste un appétit plus important, ayant un besoin accru en calcium et en vitamines. 3 à 8 semaines après l'accouplement, la femelle prend du poids et cherche le meilleur endroit pour pondre, flairant et touchant la terre.
Le processus de ponte est un travail exténuant. La poussée exercée sur les œufs peut durer entre quelques secondes et quelques minutes. La femelle tâte chaque œuf avec ses pattes avant de le mettre en place, puis referme le trou avec ses pattes postérieures une fois la ponte terminée. Le nombre d'œufs varie généralement de 4 à 6 en captivité, bien que ce nombre puisse aller de 2 à 13 selon l'espèce, avec la possibilité d'effectuer jusqu'à 3 pontes par saison.

L'éclosion et les premiers pas
L'éclosion a lieu au bout d'environ 55 à 65 jours. Les bébés tortues pèsent environ 10 à 15 g à la naissance. Ce processus est long et exigeant : l'éclosion peut durer entre 10 et 28 heures, le temps que la tortue brise la coquille grâce à des mouvements de tête et des pattes antérieures. Durant cette période, le nouveau-né fait plusieurs pauses de 1 à 3 heures.
Une fois sortie, la jeune tortue se repose dans sa coquille avant de la quitter définitivement après avoir résorbé le sac vitelin par l'ombilic, qui s'ouvre directement dans le plastron. Ce cycle naturel souligne l'importance d'un environnement calme et adapté, aussi bien pour les adultes en phase de reproduction que pour les jeunes spécimens lors de leurs premiers jours de vie.