Si l’on parle d’absinthe, le surnom de “Fée Verte” vient rapidement à l’esprit. Cette boisson mythique, à la robe verte émeraude et au parfum anisé, traîne derrière elle une réputation sulfureuse : elle aurait, dit-on, la capacité de rendre fou ceux qui s’en délectent. Mais pourquoi l’absinthe rend fou, selon la légende ? Est-ce un simple mythe, ou y a-t-il un fond de vérité scientifique ?

Les racines antiques et la naissance d'un mythe
Depuis l’Antiquité, l’absinthe est utilisée, en infusion ou macération, dans une multitude de potions médicinales. Le mot « absinthe » vient du grec antique, d’« apsintos », « privé de douceur » pour certains, ou d’ « apsinthion » pour d’autres, qui signifie - et c’est cocasse ! - « qu’il est impossible de boire ». À cette époque, la plante d’absinthe, Artemisia Absinthium, est habituellement consommée en tisane. Ses feuilles, aux huiles essentielles curatives, entrent dans la composition d’une multitude de potions plus ou moins magiques qui soigneraient les maux d’estomac, les règles douloureuses, la goutte, la fièvre.
Le saviez-vous ? Artemesia, le nom latin de la plante d’absinthe, est dérivé d’Artémis, la fille de Zeus et sœur d’Apollon, déesse de la nature sauvage, de la chasse et des accouchements. Aussi belle que capricieuse, elle est l’incarnation de la vertu… et du vice.
C’est à Couvet, dans le Val-de-Travers, que la mère Henriod la distille pour la première fois avec de l’alcool, à la fin du 18ème siècle. Marguerite Henriette Henriod (1734-1801), dite la Mère Henriod, est réputée pour ses remèdes à base de plantes. Elle a l’idée de créer ce premier « élixir à base d’absinthe » pour soigner les estomacs douloureux, en infusion d’abord, en distillation ensuite. En 1797, l’absinthe de la Mère Henriod se popularise dans la région, désormais moins consommée pour ses propriétés médicinales qu’en boisson apéritive. C’est à cette époque que, flairant la bonne affaire, le major Daniel Henri Dubied-Duval (1758‐1841), marchand de dentelles, lui rachète sa recette. Il fonde, probablement en 1798, la première distillerie d’absinthe de l’histoire, « Dubied, Père et Fils », avec son fils Marcelin et son gendre Henri-Louis Pernod.
L'âge d'or et la démocratisation de la "Fée Verte"
Le gendre du major Dubied, Henri-Louis Pernod, fonde bientôt sa propre distillerie. D’abord à Couvet puis, face à la demande croissante de sa clientèle française, à Pontarlier dans le Doubs. Pernod disperse dans tout l’Hexagone des voyageurs de commerce qui popularisent le nouvel apéritif.
À 2500 kilomètres de là, l’armée française est engagée dans la conquête de l’Algérie dès 1830. Pour assainir l’eau, les soldats emmènent de l’absinthe dont ils versent quelques gouttes pour se prémunir de la dysenterie et de la malaria. Et quelques autres pour soulager leurs troubles digestifs. L’un d’eux écrit, en 1865 : « En Afrique, on ne pense pas, on ne lit pas, on ne cause pas, on boit de l’absinthe. Voilà pour la vie morale (…). » Et elle continuera à sonner à leur retour en France. Aux cafés parisiens du Helder ou du Madrid, les militaires jouent au billard et aux dominos, sirotant leur absinthe. Qu’elle est chic, cette boisson « tropicale » qui fleure bon l’exotisme.
À la fin des années 1850, des pucerons, les phylloxéras de la vigne, déciment en moins de 10 ans les deux tiers des vignobles européens. Le prix du vin s’enflamme jusqu’à la pénurie. Seule la bourgeoisie a les moyens de s’en offrir, obligeant la classe moyenne à chercher une alternative moins chère : l’absinthe est toute trouvée. Ce spiritueux anisé, meilleur marché que le vin, est aussi bien plus fort. Rapidement, l’absinthe est produite en masse et son prix chute. Elle envahit l’Europe et séduit la culture bohème et artistique émergente sur le vieux continent.
Au tournant du siècle, la France consomme à elle seule 36 millions de litres d’absinthe chaque année. À Marseille plus que partout ailleurs, où on en avale 3 litres par habitant et par an. Le saviez-vous ? Le 11 août 1901, l’usine Pernod de Pontarlier prend feu. Les cuves d’absinthe sont précipitamment vidées dans le Doubs pour éviter qu’elles n’explosent. Deux jours plus tard, on découvre que la source de la Loue présente la couleur, l’odeur et le goût de l’absinthe. Ce qui permet d’en déduire qu’elle est une résurgence du Doubs.
La construction de la folie : entre abus et légendes
Après avoir été l’apanage de la bourgeoisie, l’absinthe se démocratise. Son prix chute, en même temps que sa qualité. Son titrage alcoolique grimpe, tout comme la polémique. Le docteur comtois Ledoux déplore ce temps où « l’absinthe était encore une boi# L'Absinthe : Mythes, Législation et Renaissance de la Fée Verte
Si l’on parle d’absinthe, le surnom de “Fée Verte” vient rapidement à l’esprit. Cette boisson mythique, à la robe verte émeraude et au parfum anisé, traîne derrière elle une réputation sulfureuse : elle aurait, dit-on, la capacité de rendre fou ceux qui s’en délectent. L'absinthe, souvent surnommée la "fée verte", est une boisson alcoolisée mystérieuse et envoûtante, qui a traversé les siècles et les controverses. Accusée à tort de provoquer des effets hallucinogènes et des troubles mentaux, elle a été interdite en France en 1915, ainsi que dans de nombreux autres pays. Mais pourquoi l’absinthe rendait-elle fou, selon la légende ? Est-ce un simple mythe, ou y a-t-il un fond de vérité scientifique ?
L’absinthe tire son nom de la plante éponyme, l'Artemisia absinthium, également appelée "grande absinthe". Le mot « absinthe » vient du grec antique, d’« apsintos », « privé de douceur » pour certains, ou d’ « apsinthion » pour d’autres, qui signifie - et c’est cocasse ! - « qu’il est impossible de boire ». Ce n'est pas un hasard si l’absinthe a été surnommée la Fée Verte, car la boisson a inspiré de nombreux écrivains et peintres, qui y voyaient une sorte de muse. Après une longue période d'interdiction, elle connaît aujourd'hui un véritable renouveau.

Les Origines Anciennes et la Naissance d'un Spiritueux
L’absinthe trouve ses racines dans l’Antiquité. Déjà à cette époque, on mêlait des plantes médicinales à de l’alcool pour en faire des remèdes. L'Artemisia absinthium, cette plante aux vertus médicinales, était déjà utilisée par les anciens Grecs et Égyptiens. À cette époque, la plante d’absinthe, Artemisia Absinthium, est habituellement consommée en tisane. Ses feuilles, aux huiles essentielles curatives, entrent dans la composition d’une multitude de potions plus ou moins magiques qui soigneraient les maux d’estomac, les règles douloureuses, la goutte, la fièvre. Le nom latin de la plante d’absinthe, Artemesia, est dérivé d’Artémis, la fille de Zeus et sœur d’Apollon, déesse de la nature sauvage, de la chasse et des accouchements. Aussi belle que capricieuse, elle est l’incarnation de la vertu… et du vice.
Mais c’est à Couvet, dans le Val-de-Travers, en Suisse, que la Mère Henriod la distille pour la première fois avec de l’alcool, à la fin du 18ème siècle. Marguerite Henriette Henriod (1734-1801), dite la Mère Henriod, est réputée pour ses remèdes à base de plantes. Elle a eu l’idée de créer ce premier « élixir à base d’absinthe » pour soigner les estomacs douloureux, en infusion d’abord, en distillation ensuite. En 1797, l’absinthe de la Mère Henriod se popularise dans la région, désormais moins consommée pour ses propriétés médicinales qu’en boisson apéritive. C’est à cette époque que, flairant la bonne affaire, le major Daniel Henri Dubied-Duval (1758‐1841), marchand de dentelles, lui rachète sa recette. Il fonde, probablement en 1798, la première distillerie d’absinthe de l’histoire, « Dubied, Père et Fils », avec son fils Marcelin et son gendre Henri-Louis Pernod. Le gendre du major Dubied, Henri-Louis Pernod, fonde bientôt sa propre distillerie. D’abord à Couvet puis, face à la demande croissante de sa clientèle française, à Pontarlier dans le Doubs. Pernod disperse dans tout l’Hexagone des voyageurs de commerce qui popularisent le nouvel apéritif.
L'Âge d'Or et la Conquête du Monde : Boisson des Soldats et des Poètes
Rapidement, le spiritueux devient l’apéritif fétiche du tout Paris, devenue même « Boisson nationale » française. L'absinthe était prisée pour ses arômes portés sur l'anis. Le XIXème siècle et le début du XXème siècle sont l'âge d'or pour l'absinthe, où elle coulait à flots dans les bistrots.
À 2500 kilomètres de là, l’armée française est engagée dans la conquête de l’Algérie dès 1830. Pour assainir l’eau, les soldats emmènent de l’absinthe dont ils versent quelques gouttes pour se prémunir de la dysenterie et de la malaria. Et quelques autres pour soulager leurs troubles digestifs. L’un d’eux écrit, en 1865 : « En Afrique, on ne pense pas, on ne lit pas, on ne cause pas, on boit de l’absinthe. Voilà pour la vie morale (…). » Et elle continuera à sonner à leur retour en France. Aux cafés parisiens du Helder ou du Madrid, les militaires jouent au billard et aux dominos, sirotant leur absinthe. Qu’elle est chic, cette boisson « tropicale » qui fleure bon l’exotisme.
À la fin des années 1850, des pucerons, les phylloxéras de la vigne, déciment en moins de 10 ans les deux tiers des vignobles européens. Le prix du vin s’enflamme jusqu’à la pénurie. Seule la bourgeoisie a les moyens de s’en offrir, obligeant la classe moyenne à chercher une alternative moins chère : l’absinthe est toute trouvée. Ce spiritueux anisé, meilleur marché que le vin, est aussi bien plus fort. L’absinthe titre souvent entre 45 % et 74 % d’alcool.
Rapidement, l’absinthe est produite en masse et son prix chute. Elle envahit l’Europe et séduit la culture bohème et artistique émergente sur le vieux continent. Et elle s’exporte. Jusqu’aux Amériques, en Asie. Elle conquiert l’Europe, Belgique, Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne. À Paris, l’heure de l’apéritif, entre cinq et sept, est surnommée « L’Heure Verte », « l’heure sainte où, sur les tables des cafés, chacun va prendre son absinthe » (Maurice Millot, Le Rire 1895). Chacun y va de son dialecte d’initié pour chatouiller la Fée. La Franche-Comté compte alors une cinquantaine de distilleries. Mais tout le pays se met à distiller la si rentable Fée verte. Dans le Val-de-Travers, son berceau natal, l’horlogerie et la dentellerie sont abandonnées au profit de la production industrielle de l’absinthe. La culture de sa plante s’intensifie dans tout le canton de Neuchâtel qui compte, en 1900, 17 distilleries, dont 13 dans le seul district Val-de-Travers. La fabrication d’absinthe s’étend à d’autres cantons, notamment à Genève et ses 11 distilleries. Au tournant du siècle, la France consomme à elle seule 36 millions de litres d’absinthe chaque année. À Marseille plus que partout ailleurs, où on en avale 3 litres par habitant et par an.

Le mystère qui entoure l’absinthe a été amplifié par les récits littéraires et artistiques. Grand amateur d’absinthe, Paul Verlaine voyait en elle une source d’inspiration, mais aussi la cause de ses excès et de ses violences, notamment envers Arthur Rimbaud. Jeune prodige de la poésie française, Arthur Rimbaud fréquentait souvent les cafés où l’on sirotait de la Fée Verte. Charles Baudelaire, connu pour ses “Fleurs du mal”, voyait dans l’absinthe et d’autres substances un moyen d’explorer de sombres territoires de l’âme humaine. Une des légendes les plus persistantes veut que Vincent Van Gogh se soit tranché l’oreille sous l’influence de l’absinthe, voire d’hallucinations liées à la thuyone. Mais le saviez-vous ? Toulouse-Lautrec dégustait son absinthe mélangée… à du cognac !
[DOCUMENTAIRES SOMMEIL] La Fée verte : L'absinthe et la folie des artistes parisiens du XIXe siècle
Le Déclin et l'Interdiction : Quand la Fée Verte Devient la "Boisson du Diable"
Après avoir été l’apanage de la bourgeoisie, l’absinthe se démocratise. Son prix chute, en même temps que sa qualité. Son titrage alcoolique grimpe, tout comme la polémique. Face à la réputation de “boisson du diable”, l’absinthe est progressivement interdite au début du XXe siècle dans plusieurs pays, dont la France et les États-Unis. On lui attribuait non seulement la folie, mais aussi la débauche et même des crimes violents. Le docteur comtois Ledoux déplore ce temps où « l’absinthe était encore une boisson élégante ». Quand le docteur Legrain affirme que « le phénomène de contamination le plus grave est celui qui a entraîné l’ouvrier sur la piste du bourgeois. Poétisée par les Romantiques, voilà l’affreuse sorcière verte décriée, dépeinte dans des scènes sociales crues, mettant en scène la déchéance des personnages. « Boche avait connu un menuisier qui s’était mis tout nu dans la rue Saint-Martin, et qui était mort en dansant la polka ; celui-là buvait de l’absinthe. Ces dames se tortillèrent de rire, parce que ça leur semblait drôle tout de même, quoique triste.
En Suisse comme en France, les débats sur la nocivité de l’absinthe s’intensifient. Sa popularité n’a-t-elle pas fait exploser le nombre de débits de boissons - 480’000 en France en 1909, soit 1 pour 80 habitants ? En 1860, Henri Balesta raconte : « Au Quartier Latin, ces dames boivent de tout, de peur de ne boire de rien. » Bientôt, on attribue à l’absinthe tous les maux de la société. « Pernod Fils perd nos fils » dit-on à l’époque.
La principale substance pointée du doigt dans l’absinthe est la thuyone, un composé naturellement présent dans l’Artemisia absinthium, la plante d’armoise dont est issue la boisson. Ce serait la thuyone, une substance neurotoxique naturellement présente dans la plante d’absinthe, qui grillerait les neurones. Cependant, le véritable problème tient plutôt à son prix très accessible qui permettait d’en boire en grandes quantités. Sa teneur en alcool avoisinait à cette époque les 70° et sa qualité était souvent douteuse, due à des ingrédients bas de gamme choisis par les producteurs pour en baisser encore le prix. L'absinthe est le seul alcool qui a donné son nom à une forme d'alcoolisme, l'absinthisme.
L'Affaire Lanfray et la Prohibition en Suisse
Le 28 août 1905, un dénommé Jean Lanfray, ouvrier vigneron d’origine française, commet l’innommable dans la tranquille commune vaudoise de Commugny. C’est un buveur d’absinthe notoire, comme le relate, le 29 août 1905, la Feuille d’avis de Lausanne : « Grand, solide, taillé en véritable hercule, il se faisait un jeu de boire des quantités considérables d’absinthe. » Ce soir du 28 août, l’homme, qui « avait encore bu plus que de coutume », empoigne son fusil et tue sa femme enceinte et ses deux enfants de 6 et 2 ans.
Les producteurs de vin blanc romands, alliés aux producteurs alémaniques de Schnaps, trouvent là le prétexte idéal pour réclamer l’interdiction de l’absinthe, « la morphine des gueux ». Peu importe si le procès de Lanfray démontre que, s’il a bien bu deux absinthes vers midi, il a surtout ingurgité plusieurs litres de vin durant la journée - 5 à 6 litres dira son avocat, « ce que boivent beaucoup de nos concitoyens à la campagne ! ». Peu importe si le Dr Mahaim, cité en expert lors du procès, déclare que l’absinthe ne peut expliquer ce massacre.
Trois mois plus tard, en mai 1906, une loi interdisant la vente au détail de l’absinthe est adoptée par les autorités vaudoises. Le 5 juillet 1908, une initiative populaire soumet l’interdiction de l’absinthe à l’ensemble du peuple suisse. Le Conseil fédéral ne la soutient pas et ce n’est sans doute pas un hasard si c’est un Neuchâtelois, le conseiller fédéral radical Robert Comtesse, qui prend la parole : « Vous n’obtiendrez aucun résultat par des prohibitions et des interdictions. » La détention de l’absinthe non destinée à la vente n’était pas interdite par la Constitution fédérale. La loi est officiellement appliquée le 7 octobre 1910 à minuit, inspirant à Albert Gantner cette affiche devenue un mythe : un personnage à la tête diabolique, une Croix bleue affichée sur sa chemise et la sainte bible dans la main droite, déclame « Messieurs… c’est l’heure ». Il pointe le 7 octobre 1910 et une horloge affichant minuit. À ses pieds, la fée verte agonisante. Un poignard, dont le manche prend la forme de la croix bleue, est planté dans son flanc sanguinolent.

La loi fédérale précisait : « La fabrication, l’importation, le transport, la vente, la détention pour la vente de la liqueur dite absinthe sont interdits dans toute l’étendue de la Confédération. Cette interdiction s’étend à toutes les boissons qui, sous une dénomination quelconque, constitueraient une imitation de l’absinthe. »
La Prohibition en France et ses Conséquences Économiques
En France également, les ravages de l’alcoolisme inspirent, à la fin du XIXe siècle, la constitution d’une Ligue anti-alcoolique nationale qui va inonder la France de ses tracts, brochures, affiches, revues et pétitions contre l’absinthe. Là aussi, ils s’adjoignent le soutien inattendu des viticulteurs du midi, durement éprouvés par la concurrence de la Fée verte. Ces derniers acculent les politiques à l’interdire.
En 1900, une nouvelle loi précise que « le gouvernement interdira par décrets la fabrication, la circulation et la vente de toute essence reconnue dangereuse par l’Académie de Médecine ». Deux ans plus tard, l’Académie dresse donc la liste de ces 22 « essences dangereuses ». Les travaux expérimentaux qui alimentent ces conclusions sont contestées : on administre à des animaux des taux de thuyone dix fois supérieurs à ceux d’une consommation ordinaire d’un homme. Clémenceau, fervent adversaire de l’absinthe, ordonne alors une enquête nationale pour évaluer le pourcentage d’aliénés en fonction des régions les plus consommatrices d’absinthe. Sans succès : c’est dans le canton de Pontarlier, capitale de la Fée verte, qu’il se révèle le plus bas. Pire : dans cet arrondissement, la progression de la consommation d’absinthe s’accompagne d’une diminution des poursuites pour délits de toute nature. Les spécialistes alertent les autorités sur les dangers de l’alcoolisme en général, fléau à ce tournant de siècle. Art.
Qu’importe ! En 1915, l'absinthe est déclarée illégale en France où les autorités tentent de lutter contre l'alcoolisme. Il était interdit de produire, de consommer, et même de posséder un pied d’absinthe. La raison invoquée était les effets psychotropes de la boisson alcoolisée fabriquée à partir de ses feuilles.
C’est une catastrophe économique pour la ville comtoise de Pontarlier et ses 23 distilleries, 3000 travailleurs de l’absinthe, qui produisaient annuellement 10 millions de litres. Le 11 août 1901, l’usine Pernod de Pontarlier prend feu. Les cuves d’absinthe sont précipitamment vidées dans le Doubs pour éviter qu’elles n’explosent. Deux jours plus tard, on découvre que la source de la Loue présente la couleur, l’odeur et le goût de l’absinthe, ce qui permet d’en déduire qu’elle est une résurgence du Doubs.
À Marseille, qui produisait ses propres absinthes à base de badiane et de réglisse, le jeune Paul Ricard invente un anisé sans absinthe qu’il appelle « Pastis ». Dans une France en veuvage de sa fée verte, le succès est fulgurant. Alors que sont instaurés les premiers congés payés, le Pastis devient, en 1936, le premier apéritif consommé dans le pays. De ce côté-ci de la frontière, l’absinthe est définitivement enterrée.
Le Mythe de la Folie : Science Contre Folklore
Le peuple a voté, l’absinthe est morte. Vraiment ? Au final, dire que l’absinthe rend fou relève davantage du mythe que de la réalité scientifique. Le mystère qui entoure l’absinthe a été amplifié par les récits littéraires et artistiques. Aujourd’hui, les scientifiques s’accordent à dire que la folie attribuée à l’absinthe est grandement exagérée.
La principale substance pointée du doigt dans l’absinthe est la thuyone. À l'aide de moyens scientifiques, jugés aujourd'hui peu fiables, on accusait la thuyone, une molécule constituante de la plante d'absinthe, de tous les maux, c'est-à-dire de rendre fou et criminel. Cependant, les études scientifiques modernes ont démontré que le taux de thuyone dans l’absinthe traditionnelle est généralement bien inférieur aux doses susceptibles d’entraîner de réels effets hallucinogènes. Les anciennes études qui montraient des effets hautement toxiques de la thuyone étaient basées sur des doses irréalistes ou sur des absinthes frelatées. En 2005, la médecine est revenue sur les analyses de l'époque, en expliquant qu'il y avait eu du lobbying et que l'absinthe et la thuyone n'étaient pas si dangereuses que cela.
La réputation de rendre fou est donc davantage folklorique : elle vient du contexte de l’époque, des abus liés à la haute teneur en alcool et des éventuelles fraudes lors de la distillation. L’absinthe titrant souvent entre 45 % et 74 % d’alcool était un facteur significatif. Finalement, c'était plutôt les hauts degrés d'alcool qui étaient à proscrire. De plus, certains buveurs d’absinthe du XIXe siècle présentaient déjà des problèmes médicaux non liés à la boisson, comme des crises d’épilepsie et des maladies mentales. Par exemple, les historiens de l’art estiment que Vincent Van Gogh souffrait probablement de troubles mentaux (bipolarité ou épilepsie) préexistants, plutôt que d'hallucinations liées à la thuyone ou à l'absinthe.
En résumé, la croyance selon laquelle l’absinthe rend fou est issue d’un mélange d’excès d’alcool, de fausses croyances sur la thuyone, d’anecdotes historiques et d’une bonne dose de romantisme littéraire. Il s’agit surtout d’un héritage culturel : la “Fée Verte” est associée à la bohème, au génie créatif et à la folie des grands artistes européens de la fin du XIXe siècle.

Le Renouveau de l'Absinthe : Légalisation et Retour en Grâce
Dans le secret de la vallée brumeuse du Val-de-Travers, en Suisse, la résistance à l'interdiction a commencé. On y bidouillait des alambics avec les copains qu’on cachait dans la cave ou derrière des armoires à double fond. On brûlait des pneus pour cacher les odeurs anisées de la distillation. On inventait des mots codés pour s’en procurer sous le manteau. Un incroyable jeu du chat et de la souris s’est engagé avec la Régie fédérale des alcools qui perquisitionnait, amendait, saisissait. Qu’importe.
Depuis la levée progressive de l’interdiction dans plusieurs pays, on assiste à un renouveau de l’absinthe. Un décret européen de 1988 régule la thuyone dans les produits alimentaires, prouvant qu'elle n'est pas si dangereuse que ça. On en trouve dans le génépi, dans la chartreuse, la sauge, la lavande. À partir de 1988, François Guy a essayé de montrer aux autorités qu'on avait interdit l'absinthe à cause de la thuyone… Et que si on pouvait la réguler dans d'autres produits, on pouvait aussi le faire avec l'absinthe. Il s’est cassé les dents sur Simone Veil, ministre de la Santé, qui ne voulait pas relancer un produit en pleine désalcoolisation du pays. François Guy n’a pas lâché, et a réussi à faire des analyses avec des absinthes suisses.
La France amorce elle aussi un assouplissement de la loi dès 1999, autorisant les boissons « à base de plantes d’absinthe ». En 2001, on a réussi à autoriser à nouveau l'élaboration et la commercialisation de l'absinthe, en respectant ce plafond de 35mg/L de thuyone. En 2001, l'absinthe reçoit une autorisation d'élaboration et de commercialisation sous la dénomination "spiritueux aux extraits de plantes d'absinthe". Après des débats avec l'INAO, on s'est rendu compte qu'en dessous de 20mg/L de thuyone, on ne sentait plus l'absinthe. Ce n'est qu'en 2011 que la mention "absinthe" pourra être présente sur les étiquettes et que l'appellation absinthe sera reconnue. L'interdiction de cette boisson était tout autant liée à la lutte antialcoolique qu’à certains de ses composants, la thuyone, un excitant, et le méthanol parfois illégalement utilisé pour sa fabrication. Cette autorisation est intervenue car d’autres pays que la France produisaient des boissons avec la dénomination « absinthe ».
De ce côté-ci de la frontière, la production reprend. Plus de 800’000 litres d’absinthe sont distillés dans une quinzaine de distilleries en France. Aujourd’hui, l’absinthe est de retour sur le devant de la scène, débarrassée de la plupart de ses fantasmes et de ses allégations de dangerosité extrême.
Les producteurs artisanaux mettent en avant des méthodes de distillation traditionnelles et transparentes, avec des contrôles rigoureux sur la teneur en thuyone. Maintenant, on n'a plus d'intérêt à élaborer des absinthes avec les hauts degrés d'alcool que l'on trouvait au XIXème siècle (entre 68° et 72°), puisque d'une part cela ne contribue pas à donner une bonne image de cet alcool, et d'autre part cela n'apporte rien en terme gustatif.
Depuis sa légalisation, l'absinthe connaît un véritable renouveau. De plus en plus de consommateurs redécouvrent cette boisson mythique et apprécient ses saveurs complexes et raffinées. Pour déguster et apprécier pleinement l'absinthe, il est important de respecter un certain rituel. Traditionnellement, on verse d'abord l'absinthe dans un verre, puis on pose une cuillère spéciale (perforée) sur le verre, sur laquelle on place un morceau de sucre. Il existe une grande variété d'absinthes, aux saveurs et aux couleurs diverses. Les absinthes traditionnelles sont généralement vertes, mais on trouve également des absinthes blanches, jaunes ou même rouges.
Mise en garde : Comme tout alcool fort, l’absinthe doit être dégustée avec prudence. L'absinthe est une boisson au passé riche et mouvementé, qui mérite d'être redécouverte et appréciée à sa juste valeur. Alors, laissez-vous envoûter par la "fée verte" et partez à la découverte de ses saveurs enchanteresses et de son histoire fascinante. Découvrez notre sélection de carafe pour stocker vos spiritueux préférés.

L'Absinthe, une Plante Ornementale Redécouverte
Jean-Paul Imbault, jardinier d'Orléans, nous éclaire sur l’histoire et les atouts de cette plante autrefois controversée, désormais disponible en jardinerie pour sublimer vos espaces verts. L’absinthe : une plante autrefois interdite. Jean-Paul nous rappelle une page méconnue de l’histoire de l’absinthe. Considérée comme hallucinogène, cette plante a longtemps été bannie en France. « En 1915, il était interdit de produire, de consommer, et même de posséder un pied d’absinthe », explique-t-il. La raison ? Les effets psychotropes de la boisson alcoolisée fabriquée à partir de ses feuilles.
Heureusement, un décret de 1988 a levé cette interdiction, rendant à l’absinthe son statut de plante ornementale tout à fait légale. Aujourd’hui, elle fait son grand retour dans les jardins, où son feuillage gris-bleuté et persistant apporte une touche élégante toute l’année. En plus de son aspect esthétique, l’absinthe séduit par son odeur si particulière. « C’est une plante qui, lorsqu’on la froisse, dégage ce fameux parfum caractéristique », souligne Jean-Paul. Elle est idéale pour ajouter une note originale et persistante à votre jardin.
Et bonne nouvelle : nul besoin de s’inquiéter de la légalité ou d’un contrôle inopiné. « Vous ne serez pas embêté par la police », plaisante notre expert. L’absinthe est aujourd’hui une plante comme les autres, à condition bien sûr de l’utiliser dans un cadre ornemental. Jean-Paul rassure les amateurs de jardinage : l’absinthe est disponible dans la plupart des jardineries. Elle s’adapte facilement et demande peu d’entretien. Voici quelques conseils pour bien la cultiver : privilégiez un emplacement en plein soleil. Peu exigeante, elle supporte bien la sécheresse une fois installée. Préférez un sol drainant pour éviter l’excès d’eau. Avec ses atouts, l’absinthe s’impose comme une plante à la fois pratique et esthétique pour enrichir nos espaces verts.
