Le Dorat, petite commune située au cœur de la Haute-Vienne, a vécu une expérience exceptionnelle en devenant, pendant quatre jours, la capitale mondiale du mouton. Pour la première fois en France, cette bourgade de 1 700 habitants a accueilli le championnat du monde de la tonte, un événement d'envergure internationale qui a transformé le paysage local.

Un événement d'envergure internationale
Pour cette 18e édition, organisée du 4 au 7 juillet, les organisateurs n'ont pas dérogé à la tradition. Le « Mondial de la tonte de moutons » a été créé en 1977 et est organisé par le très sérieux « Golden Shears World Council » et rassemble chaque année des tondeurs du monde entier. La rencontre, qui accueille des compétiteurs de 34 pays, a transformé les pâturages locaux en un village éphémère, construit de toutes pièces par une armée de 450 bénévoles en seulement quelques jours.
Les allées du site résonnaient de l’enthousiasme communicatif des speakers, craché par les haut-parleurs, commentant en français et en anglais des matches qui se succédaient à un rythme endiablé. Avec plus de 60 000 visiteurs, dont 26 200 personnes et 5 000 enfants rien que pour le dimanche, cette édition française fut un véritable succès, récompensant le travail des organisateurs.
Les disciplines en compétition
Trois catégories étaient au programme de cette compétition sportive de haut niveau : la tonte à la machine, la tonte aux forces (à l'aide de ciseaux traditionnels à grandes lames) et le tri de laine. Seuls deux participants de chaque pays sont sélectionnés pour chaque catégorie.
Le « woolhandling », ou tri de laine, est une épreuve empreinte de doigté et de poésie. Qui n’a jamais assisté à un lancer de toison ne peut pas comprendre l’émotion et la beauté de ce geste, pur moment de grâce accompagné à chaque fois des acclamations d’un public, pourtant en grande partie novice, regroupé lors des épreuves dans une halle surchauffée et comble.
Tri de la laine. Entraînement pour le Mondial de la tonte
Les défis physiques et la prévention des risques
La tonte sportive et professionnelle met le corps à rude épreuve. Les tondeurs passent leur vie en extension et penchés en avant, ce qui engendre des lombalgies chroniques, des sciatalgies et de l'arthrose. Comme l’explique Sandrine, kinésithérapeute, les athlètes ont souvent le haut du corps trop musclé par rapport au bas, ce qui crée des déséquilibres.
C’est pourquoi la Mutualité Sociale Agricole (MSA) a déployé les gros moyens au mondial : préventeurs, médecins, infirmières et kinésithérapeutes ont répondu présent. Au cœur du dispositif, la présentation d’une étude sur les troubles musculo-squelettiques (TMS) liés à la tonte d’ovins, menée pendant une année par un ergonome, un préventeur et un médecin du travail dans huit élevages de la région.
L'innovation au service du bien-être
L'environnement de travail dans lequel le tondeur exerce son métier est primordial. Christophe Riffaud, président de l’Association pour le mondial de tonte de moutons (AMTM), souligne que son choix va vers la salle de tonte, car le professionnel arrive dans un endroit adapté, à niveau et propre. Cela simplifie le travail de l’éleveur, réduit les risques de blessures pour l’homme comme pour l’animal, et diminue fortement le risque sanitaire.
Une salle de tonte réalisée en impression 3D a d'ailleurs été présentée lors de l'événement, illustrant les possibilités d'innovation dans la filière. Toutefois, Stéphane Dardillac, conseiller en prévention de la MSA, tempère : la salle de tonte n'est pas l'outil absolu et n'est pas adaptée à toutes les exploitations en raison de l'investissement nécessaire. L'objectif est d'attirer l'attention sur les avantages et les inconvénients de chaque système pour que l'éleveur puisse faire des choix éclairés.

Un ancrage territorial fort
Le déplacement des administrateurs de la Caisse Centrale de la MSA à Limoges, en marge du championnat, a permis de confirmer la volonté du régime agricole de promouvoir la place de la MSA dans la protection sociale. Cette ambition intervient dans un contexte de fracture sociale, territoriale et numérique où une partie de la population rurale a un sentiment de déclassement.
La MSA souhaite rappeler qu’elle porte dans son ADN des solutions qui répondent avec précision aux attentes des populations rurales. Le plan stratégique MSA 2025 conforte sa volonté de garantir aux adhérents un service homogène, d’amplifier ses services de proximité et de développer des activités pour répondre aux besoins des espaces ruraux, qu'il s'agisse de lutte contre la pauvreté ou d'accès aux soins.
La filière ovine française face au mondial
Le succès de l'événement au Dorat est un exploit, tant l’élevage du mouton en France est avant tout orienté vers la production de viande et de fromage, et moins vers la laine. Plus de 90 % des bouclettes « made in France » sont exportées en vrac sans être valorisées.
Pour Christophe Riffaud, ce championnat du monde peut servir de tremplin pour améliorer la filière. En se mesurant aux autres, le niveau de qualité monte, ce qui est bénéfique pour l'animal. De plus, la nature spectaculaire de la compétition suscite des vocations chez les jeunes. Le Golden Shears World Council, qui fixe les règles du championnat, a d'ailleurs déjà choisi l’Écosse pour organiser l'édition 2022, confirmant la dynamique internationale de cette discipline qui continue de gagner en reconnaissance professionnelle.