Introduction : S'engager dans la viticulture biologique, un choix d'avenir
L'agriculture biologique, et plus spécifiquement la viticulture biologique, connaît un essor considérable, portée par une demande croissante des consommateurs pour des produits respectueux de l'environnement et de la santé. Cet engagement, bien que gratifiant, représente un défi pour les vignerons qui doivent adapter leurs pratiques et faire face à des coûts de conversion et de gestion spécifiques. En France et en Europe, diverses aides et subventions sont mises en place pour faciliter cette transition et soutenir les agriculteurs dans leur démarche biologique. Cet article se propose de détailler les principales de ces aides, d'explorer les spécificités de la production de plants de vigne bio et de mettre en lumière les pratiques culturales qui fondent la viticulture biologique.
Les subventions européennes et nationales pour la conversion et le maintien en agriculture biologique
Les aides et subventions pour l’agriculture biologique sont nombreuses et accessibles en France et en Europe. Elles couvrent l'aide à la Conversion en Agriculture Biologique (CAB), l'aide au maraîchage et l'écoRégime.
L’aide à la Conversion en Agriculture Biologique (CAB) : Un pilier du soutien à la transition
Parmi les aides et subventions pour l’agriculture biologique, l’aide à la Conversion en Agriculture Biologique (CAB) vise à compenser les coûts et pertes de revenus associés à la période de transition vers des pratiques agricoles conformes aux normes de l'agriculture biologique. Cette subvention peut être reçue pendant 5 ans maximum.
Conditions d’accès à la CAB :
Pour bénéficier de la CAB, plusieurs conditions doivent être remplies :
- Engagement : L'agriculteur ou agricultrice doit s'engager à convertir toute ou partie de son exploitation à l'agriculture biologique pendant une période donnée, habituellement 5 ans.
- Moment de la conversion : L’exploitation doit être en première ou deuxième année de conversion. Les terres en question ne doivent pas avoir bénéficié d’aides dans les 5 dernières années. Les surfaces sont en première ou en deuxième année de conversion au 15 mai de l'année concernée.
- Certification biologique et enregistrement auprès de l’Agence bio : Vous devez vous faire certifier auprès d’un organisme certificateur agréé (comme Ecocert, Qualité France, Ulase…). Il est généralement nécessaire de faire cette démarche avant le 15 mai de l’année. Vous devrez également notifier votre activité auprès de l’Agence bio.
- Respect des bonnes pratiques environnementales : L'agriculteur, agricultrice doit respecter les exigences de bonnes pratiques environnementales et agronomiques de l’agriculture biologique.
- Surface minimale : Certaines régions peuvent imposer une surface minimale d'exploitation pour être éligible à l'aide. N’hésitez pas à vous renseigner en amont auprès de la chambre d’agriculture régionale ou de la Direction Départementale des Territoires (DDT). Des critères en fonction du type de production sont également à prendre en considération.
- Agriculteur actif et cultures éligibles : Il faut être agriculteur actif et avoir des cultures éligibles.
- Taux UGB (Unité Gros Bétail) : Les surfaces relevant des catégories « prairies » et « landes, estives, parcours » peuvent être engagées dans une aide à la conversion seulement si elles sont associées à un atelier d’élevage. La direction départementale des territoires de la mer vérifie annuellement si le taux de chargement respecte le seuil minimal des 0,2 UGB/ha sur la base des seuls animaux bio (certifiés AB ou en cours de conversion).
Montants de la CAB :
Son montant varie en fonction de la surface convertie sur une base par hectare :
- Landes, estives et parcours associés à un atelier d'élevage : 44 (€/ha/an)
- Prairies (temporaires ou permanentes) associées à un atelier d'élevage : 130 (€/ha/an)
- Cultures annuelles, comprenant les légumineuses fourragères et mélanges composés d'au moins 50 % de légumineuses à l'implantation, les surfaces en jachère (un seul paiement au cours des 5 ans d'engagement), les semences de céréales, protéagineux et semences fourragères : 350 (€/ha/an). Les prairies artificielles de légumineuses, seules ou en mélange avec des graminées fourragères (>50 % légumineuses semis) peuvent rester présentes durant les 5 ans du contrat (suppression de l’obligation de faire une année de culture annuelle). Les jachères sont toujours limitées à une seule année au cours du contrat.
- Surfaces viticoles : 350 (€/ha/an) en 2023, dans la limite de 25 000 € / an.
- Plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) : lavande et lavandin 350 (€/ha/an)
- Cultures légumières de plein champ et betterave sucrière : 450 (€/ha/an)
- Surfaces en maraîchage et en arboriculture, autres PPAM, semences potagères et semences de betteraves industrielles : 900 (€/ha/an)
Démarche de demande :
Pour bénéficier de cette subvention pour l’agriculture biologique, vous pouvez faire une demande d’aide via les services en ligne de la PAC ou en contactant la DDT. Des pièces justificatives précises vous seront demandées. Il est bon de savoir que l’aide au maintien en Agriculture Biologique (MAB) n’existe malheureusement plus depuis 2023, la réforme de la PAC ayant fait disparaître cette aide au profit de la seule aide à la conversion.

L’aide au maraîchage : Un soutien spécifique pour les petites surfaces
Si vous êtes spécialisé dans le maraîchage, cette aide pour l’agriculture biologique peut vous être utile. Vous pouvez bénéficier d'une subvention sous réserve de détenir entre 0,5 et 3 hectares de Surface Agricole Exploitable (SAU). Un montant de 1588 € par hectare sera attribué uniquement pour les cultures admissibles. Certaines cultures comme l’arboriculture, les champignons, la chicorée, les légumes secs, les plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM) ne sont pas éligibles à cette aide.
Démarche de demande :
Comme pour les aides bio citées précédemment, vous devez déclarer sur TéléPAC avant le 15 mai de l'année. Il vous suffira alors de cocher l’aide correspondante. Des pièces justificatives vous seront demandées.
L’écoRégime : Encourager les pratiques agricoles durables
L'écoRégime est une aide à l’agriculture bio versée sous forme de paiement direct, instaurée dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC). Elle vise à encourager les pratiques agricoles durables et respectueuses de l'environnement.
Conditions d’accès à l’écoRégime :
Pour bénéficier de l'écoRégime, les agriculteurs et agricultrices doivent répondre à certaines conditions qui varient selon les régions, mais peuvent inclure :
- Pratiques culturales spécifiques : Utilisation de techniques agricoles respectueuses de l'environnement telles que la rotation des cultures, le maintien des couverts végétaux, etc.
- Certification bio ou environnementale : Les exploitations certifiées en agriculture biologique ou ayant des certifications environnementales peuvent être privilégiées. Les agriculteurs biologiques peuvent prétendre à l’écorégime par la voie de la certification environnementale. Le montant était de 96,17 €/ha. Cette aide est soumise à des conditions : toutes les surfaces de l’exploitation (SAU) doivent être en AB (pas d’exigence de posséder des animaux) ; les exploitants ne bénéficient pas d’aides à la conversion à l’agriculture biologique (au titre du second pilier) sur l’ensemble de leur surface pour une campagne donnée.
- Surface agricole engagée : Les agriculteurs et agricultrices doivent souvent consacrer une certaine proportion de leurs terres à des pratiques écologiques.
- Agriculteur actif et DPB : Le demandeur doit être agriculteur actif et activer au moins une fraction de DPB.
- Bonus « haies » : Non spécifique à l’agriculture biologique, cette aide bio monte à 110€/ha en agriculture bio. Vous pouvez également bénéficier d’un bonus « haies » de 7€/ha.
Démarche de demande :
Pour bénéficier de cette aide pour l’agriculture biologique, lors de votre connexion à Telepac, vous devez remplir un dossier de demande d'aide. Des pièces justificatives vous seront évidemment demandées. Lors de sa déclaration, l’exploitant devra cocher une case dédiée à l’écorégime. Il choisit la voie d’accès dans laquelle il s’engage (voie des pratiques, voie de la certification environnementale ou voie des éléments favorables à la biodiversité). Il peut en changer d’une année sur l’autre, le paiement étant annuel. Si les exploitants demandent l’aide à la conversion sur 100 % de leur SAU, ils ont accès à l’écorégime par les autres voies (voies des pratiques ou la voie des éléments favorables à la biodiversité (IAE et Jachères).
Les aides fiscales : Encourager la conversion et le maintien par des allégements fiscaux
Les aides et subventions pour l’agriculture biologique recouvrent aussi quelques aides fiscales, telles que le crédit impôt en faveur de l’agriculture biologique et les exonérations de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB).
Le Crédit d'impôt en faveur de l’agriculture biologique : Une réduction directe de l'impôt
Le crédit d'impôt pour l'agriculture biologique vise, via une réduction directe de l’impôt, à inciter à la conversion et soutenir le maintien des pratiques biologiques, en compensant les coûts et les revenus potentiellement inférieurs associés à ces pratiques.
Conditions d'éligibilité :
Pour être éligible au crédit d'impôt bio, les agriculteurs et agricultrices doivent répondre à certains critères :
- Certification bio : L'exploitation doit être certifiée en agriculture biologique par un organisme certificateur agréé.
- Proportion du Chiffre d'Affaires (CA) : Au moins 40 % du chiffre d'affaires annuel de l'exploitation doit provenir d'activités agricoles biologiques.
- Adhésion à un groupement qualité : Certaines régions peuvent exiger l'adhésion à un groupement de producteurs bio ou une association similaire. Les groupements agricoles d'exploitation en commun (GAEC) nécessite un calcul en fonction du nombre d’associés pouvant aller jusqu’à 14 000 € pour le crédit impôt ou 16 000 € si vous bénéficiez aussi du CAB. Vous pourrez ainsi prétendre à un crédit impôt d’un montant maximal de 4500 €. Le crédit d'impôt bio est généralement applicable chaque année, mais sa reconduction dépend de la législation en vigueur.
Cumul d'aides :
Le crédit d'impôt pour l'agriculture biologique peut être cumulé avec l'aide à la conversion (CAB), avec un plafond global de 4 000 € pour l'ensemble des aides. Les activités entrant dans le champ de ce crédit d’impôt sont décrites dans l’article 63 du Code général des impôts.
Démarche de demande :
Les agriculteurs ou agricultrices doivent remplir le formulaire n°2079-BIO-SD, qui doit être joint à la déclaration annuelle des revenus ou des résultats de l'exploitation. Des documents justificatifs, prouvant votre certification biologique et la proportion de votre CA provenant de l'agriculture biologique, vous seront demandés.
Les exonérations de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) : Alléger la fiscalité foncière
Parmi les aides et subventions pour l’agriculture biologique, les exonérations de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) permettent aux agriculteurs, agricultrices en bio ou situées en zones spécifiques de réduire ou supprimer la taxe sur certaines parcelles de terres agricoles.
Types d’exonérations :
Il existe 3 types d’exonérations :
- L’exonération pour les terres en conversion à l'Agriculture Biologique (AB) : Les terres agricoles en conversion à l'agriculture biologique peuvent être exonérées de la TFNB pendant une période donnée.
- Exonération pour les terres certifiées en AB : Les terres déjà certifiées en agriculture biologique peuvent également bénéficier de l'exonération de la TFNB.
- Exonération pour certaines zones géographiques : Des exonérations spécifiques peuvent être prévues pour les terres agricoles situées dans certaines zones, telles que les zones de montagne, les zones humides ou les zones à contraintes naturelles.
Conditions requises :
Pour bénéficier d'une exonération de la TFNB, diverses conditions peuvent être requises, selon le type d'exonération :
- Certification : Pour les exonérations liées à l'agriculture biologique, les terres doivent être certifiées par un organisme agréé ou en cours de conversion.
- Respect des normes : Les terres doivent être utilisées conformément aux réglementations locales applicables à l'usage agricole.
Démarche de demande :
Vous devez remplir le formulaire n°6708-D-SD dédié au TFNB en agriculture biologique, à renvoyer au centre des impôts foncier ou au service des impôts des particuliers territorialement compétent. Des justificatifs, tels que la certification bio, le plan de conversion, doivent accompagner la demande.
Les prêts et appels à projets : Des dispositifs complémentaires pour le développement
Il existe d’autres dispositifs pour vous accompagner dans votre installation en agriculture bio. La BPIFrance, les agences de l’eau, l’Ademe, ainsi que divers appels à projets peuvent vous aider dans votre installation en bio.
Les dispositifs de garantie BPI en faveur des agriculteurs et agricultrices : Des solutions de financement diversifiées
BPI France propose des prêts, et parfois des subventions pour financer l’installation des agriculteurs, agricultrices, pas spécifiquement en bio, comme la Garantie Renforcement de la Trésorerie. N’hésitez pas à contacter la BPIFrance pour en savoir plus.
Les aides des agences de l'eau : Un engagement pour la préservation des ressources hydriques
Environ 80 % des conversions agricoles en bio sur les aires d’alimentation des captages sont cofinancées par les agences de l’eau, qui jouent un rôle clé dans le financement de la conversion à l’agriculture biologique et des pratiques agricoles à faible usage de pesticides. Certaines agences de bassin offrent des subventions pour les installations en bio qui contribuent à la protection des ressources en eau. Vous pouvez inscrire votre commune sur la page dédiée aux bassins pour obtenir les coordonnées de celle dont vous dépendez.

Les dispositifs d’aides de l’ADEME : S’engager pour la transition écologique
L’ADEME propose de nombreux appels à projets. Dans la rubrique “aides financières” se trouve la catégorie “sols/agriculture/forêt”. Les appels à projets et subventions sont régulièrement mis à jour.
L’Appel à projets “Fonds Avenir Bio” : Soutenir les projets partenariaux de filière
Parmi les aides et subventions pour l’agriculture biologique, le Fonds Avenir Bio permet de soutenir et de financer des investissements matériels et immatériels de tout opérateur économique, du producteur au transformateur, impliqué dans l’agriculture biologique et dans un projet partenarial de filière. N’hésitez pas à vous renseigner sur la page dédiée au Fonds Avenir Bio qui publie régulièrement des appels à projets. Il est important de noter que ne sont éligibles que les projets partenariaux, les projets limités à votre seule exploitation agricole ne le sont donc pas.
Les autres aides : Indemnités, programmes de développement rural et financements privés
Enfin, il existe d’autres aides pour l’agriculture biologique, telles que l’Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels (ICHN), les Programmes de Développement Rural (PDR), et les financements privés.
L’Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels (ICHN) : Compenser les contraintes géographiques
L'Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels (ICHN) est une aide européenne visant à compenser les surcoûts et les pertes de revenus liés à l'exercice d'une activité agricole dans des zones géographiques soumises à des contraintes naturelles spécifiques (montagne, zones défavorisées). Bien que non spécifiquement dédiée à l'agriculture biologique, de nombreux agriculteurs bio situés dans ces zones en sont bénéficiaires.
Les programmes de Développement Rural (PDR) : Des leviers régionaux pour la bio
Ces programmes, cofinancés par l'Union Européenne et l'État, peuvent inclure des mesures de soutien à l'agriculture biologique. Les Programmes de développement rural régional (PDRR) et Agroécologie, soutiennent, par exemple, d’autant plus les transitions vers une agriculture biologique. Dans la région Centre Val-de-Loire, en 2021, le PDR a permis le financement de plantations de haies. Bien que non obligatoires dans le cahier des charges, elle est souvent intégrée aux projets agroécologiques.
Le financement privé avec FEVE et Miimosa : Des solutions agiles pour les projets bio
Certaines structures, comme FEVE, permettent à des agriculteurs et agricultrices en agriculture biologique de s’installer, trouver repreneurs, repreneuses et/ou investisseurs et investisseuses pour votre projet. Le crowdfunding avec Miimosa, premier site de financement participatif de l'agriculture et de l'alimentation, vous permet de financer votre matériel et vos équipements ou besoins en fonds de roulement via un système de dons ou de prêts. N’hésitez pas à proposer votre projet sur leur plateforme en ligne !
Webinaire SAFER « Comment financer son projet agricole ? »
La production de plants de vigne bio : Un défi réglementaire et technique
Actuellement, lorsqu’un vigneron bio souhaite planter de nouveaux pieds, il se tourne vers son pépiniériste pour lui commander des plants non certifiés bio car il n’existe pas encore réglementairement et sur le marché de « plants de vigne bio». Pour certains, cette situation n’apparaît pas comme contraignante car les nouvelles plantations sont déclarées en conversion pour trois ans, durée pendant laquelle elles ne sont de toute façon pas productives. Néanmoins, cette situation n’est pas satisfaisante par rapport à la cohérence recherchée en agriculture biologique.
La réglementation européenne et la dérogation : Une solution temporaire
Selon l’article 12 du règlement européen 834-2007, « seuls les semences et le matériel de reproduction produits selon le mode biologique sont utilisés. L’article 22 vient nuancer la règle par la possibilité d’une dérogation à l’utilisation de semences ou de matériels végétatifs certifiés bio lorsqu’ils sont peu ou pas disponibles sur le marché. Le système de dérogations est actuellement en fonctionnement pour les semences potagères ou de grandes cultures mais elle prévaut aussi pour les différents matériels végétaux à reproduction végétative, donc les plants de vigne, de PPAM et les plants de fruitiers. Or ces dérogations se doivent d’être « limitées au minimum et le cas échéant, limitées dans le temps» !
Mélanie VANPRAET, en charge de la sous-commission plant à l’INAO, commente que « en viticulture bio, ce système dérogatoire est devenu la règle : les vignerons utilisent des plants issus de la filière conventionnelle car il y a une incompatibilité entre le cahier des charges bio et les obligations réglementaires de traitements chimiques préventifs des plants de vigne, notamment contre la flavescence dorée. »
Les pratiques de production des plants de vigne : Un processus encadré
La filière de production de plants viticoles en France compte 967 professionnels en 2016 dont 545 producteurs de plants (source France AgriMer), principalement présents en régions PACA, Nouvelle Aquitaine, Auvergne-Rhône Alpes et Occitanie. La surface totale de vignes-mère a atteint 3 608 ha en 2016 dont 2131 ha de vignes mères de porte-greffe et 1477 ha de vignes mères de greffons. Plus de 226 millions de plants de vigne ont été élaborés en 2016 : 90% en pépinière dite traditionnelle de pleine terre, 7% en pot et le reste en boutures ou en report.
Un plant de vigne est, aujourd’hui, soit un plant raciné composé d’un plant franc de pied, soit, majoritairement, le résultat de l’assemblage d’un porte-greffe résistant (Phylloxera) et d’un greffon. Ces plants greffés-soudés sont produits par les pépiniéristes, qui assurent leur multiplication et leur commercialisation selon des normes sanitaires strictes. Par exemple, en cas de flavescence dorée avérée, la parcelle est mise en quarantaine pendant 2 ans et le matériel végétal issu de cette parcelle en année n-1 doit obligatoirement être détruit ou traité à l’eau chaude.
Les vignes mères de porte-greffes sont rarement palissées et sont établies en « tête de saule » au niveau du sol. Elles produisent des rameaux vigoureux (10 m). Les bois récoltés considérés comme utilisables sont appelés « boutures greffables ». Ils sont débités en fractions de tailles variables. Après récolte, ils sont conservés dans une chambre froide à 5°C et saturée d’humidité. Selon la FFPV, le porte-greffe le plus utilisé est le SO4.
Les vignes mères de greffons certifiés sont en général des vignes à fruits, établies suivant un protocole rigoureux dans le but de minimiser les risques sanitaires (parcelle vierge de vigne depuis 12 ans minimum, utilisation obligatoire de plants de catégorie « base », isolement de 5 mètres minimum par rapport à toute autre vigne, etc.).
Juste avant le greffage, les porte-greffes peuvent être mis dans des bains de réhydratation contenant des désinfectants. Le greffage actuel, selon l’IFV, est réalisé à 95 % en greffe omega, les 5% restants étant en greffe anglaise. Les greffes sont faites sur table, à l’aide d’une machine, mais il est toutefois possible de faire des greffes sur place. Le point de greffe est ensuite paraffiné avec une cire, afin d’assurer la rigidité physique de l’assemblage et le protéger du dessèchement.
Afin qu’une soudure et un cal se forment entre les deux sections, les plants sont entreposés dans des bacs étanches (stratification à l’eau avec du sulfate de cuivre), soit dans des caisses perforées (plastique ou bois) avec de la sciure humide (stratification traditionnelle). Les plants sont mis en chambre chaude (28 °C) et humides à l’obscurité pendant 10 à 25 jours. Les premières radicelles apparaissent. Ensuite les plants sont soit repiqués en pépinières en pleine terre soit en pot vers avril mai pour une récolte en fin de cycle entre novembre et janvier.
La certification des bois et plants de vigne : Garantir la qualité sanitaire et génétique
La production de plants de vigne est très encadrée, notamment sur le volet sanitaire. Une certification des bois et plants de vigne délivrée par FranceAgriMer permet aux vignerons de se fournir en plants certifiés indemnes de viroses ou autres maladies de quarantaine. Cette certification garantit aussi différentes normes sur les techniques de production, une aptitude à la reprise et des aptitudes génétiques. Des tests ELISA (court-noué et enroulements) sont réalisés tous les 10 ans, ainsi qu’une prospection annuelle pour les maladies à phytoplasme (flavescence dorée, bois noir) et un recensement de tout autre problème éventuel (bactériose, surveillance des maladies du bois…).
Vers une production de plants de vigne plus cohérente avec la bio : Des initiatives émergentes
Certains pépiniéristes se sont lancés dans une production de plants de vigne plus cohérente avec les pratiques biologiques. Guy BOSSARD, vigneron bio et pépiniériste depuis 40 ans en Loire-Atlantique est référent FNAB pour le comité bois et plants de FranceAgriMer. Il témoigne sur son activité de pépiniériste : « nous avons travaillé surtout du Melon de Bourgogne. J’ai greffé jusqu’à 80 000 plants par an, ce qui est une petite pépinière comparée à d’autres. Un plant conduit en bio, pour moi, cela veut dire réalisé avec des vignes mères de porte greffe conduites en bio, des greffons prélevée sur les vignes aussi conduites en bio et il est important que les sols pour la plantation soient sains, et même conduits en biodynamie. »
Toutefois, comme le souligne Guy Bossard, on ne peut s’exonérer du traitement préventif et obligatoire contre la flavescence dorée, même dans les zones indemnes du phytoplasme ! En pépinière viticole, c’est obligatoire sur tout le territoire sur vignes mères de PG, vignes mères de greffon et les surfaces de pépinières en place… et les contrôles sont drastiques ! Mis à part ces traitements, Guy BOSSARD a travaillé sans produits chimiques de synthèse. La pépinière étant composée de plants tendres et fragiles, ainsi pour se prémunir du mildiou, Guy commente : « mieux vaut traiter plus souvent avec des doses faibles par application et compléter par des teintures mère ou des préparations à base de plantes ». Autre pratique testée, remplacer les cires hormonées, issues de dérivés du pétrole, par de la cire naturelle d’abeille pour protéger la soudure et le cal en formation.
Autre point soulevé par Guy : le développement du greffage en place pour la production de plants, même si le greffage sur table est prédominant. « Cette pratique était surtout répandue dans la partie méridionale du pays. Mais avec le réchauffement climatique, cette technique remonte vers chez nous » d’après Guy Bossard. Il s’agit de planter les porte-greffes sans soudure de greffon, de les laisser reprendre et de pratiquer une greffe en écusson sur place en fin de végétation, à l’automne ou au printemps.
Mélanie VANPRAET (INAO) ajoute : « Au-delà de l’aspect réglementaire, nous avons aussi besoin de réfléchir à l’organisation de la filière : comment structurer les ventes de plants bio et faciliter l’émergence de ce marché. » Yves DIETRICH renchérit : « Nous avons besoin d’être cohérent et d’avancer dans notre filière. Dans d’autres pays, comme l’Italie, il y a des pépiniéristes qui proposent des plants certifiés bio. »
La viticulture biologique : Principes et pratiques culturales
La tendance est nette : les vins issus de l’agriculture biologique ont le vent en poupe. Voici les principes généraux de la viticulture biologique. Les viticulteurs en agriculture biologique s’astreignent à n’utiliser que des produits exempts de molécules organiques de synthèse. Pour la culture de la vigne, ils emploient des matières premières d’origine naturelle et cherchent à promouvoir la lutte naturelle entre les espèces. Leur objectif est de privilégier la vie des sols, la pérennité des espèces animales et végétales favorisant alors l’écosystème naturel. Le recours aux produits phytopharmaceutiques, même naturels ne doit être qu’exceptionnel.
Réglementation et certification : Le cadre de la viticulture bio
La culture biologique de la vigne est régie comme l’ensemble des productions végétales biologiques par le règlement européen CE 2092/911, commun à l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Le respect de ce cahier des charges est assuré par des contrôles effectués par des organismes certificateurs agréés (Ecocert, Qualité France, Ulase…) par l’état et donne le droit aux producteurs d’utiliser pour leurs produits la mention “agriculture biologique” ainsi que le logo AB. Les substances actives autorisées pour les traitements, les types d’amendement et de fertilisation sont définis dans des listes positives, toute alternative n’y figurant pas est de fait interdit. La réglementation sur la vinification biologique a été adoptée à Bruxelles le 8 février 2012 au cours d’un vote au comité permanent d’agriculture biologique de la Commission Européenne réunissant les 27 Etats Membres.
Gestion du sol : Un travail mécanique et un enherbement maîtrisé
En viticulture biologique, la gestion du sol repose sur un travail du sol 100% mécanique pour maîtriser le développement des adventices. Il peut également être thermique même si cette technique contribue à la production de gaz à effet de serre. L'enherbement consiste à maintenir et à entretenir un couvert végétal, naturel ou semé, entre les rangs et autour de la parcelle. Il permet de lutter contre l’érosion, d’améliorer la structure et la portance du sol et de favoriser le développement de l’activité des organismes du sol.
Fertilisation et amendements : Nourrir le sol naturellement
Les engrais et amendements doivent permettre d’améliorer la structure du sol en limitant les phénomènes de compaction, de stimuler l’activité biologique du sol et d’améliorer les propriétés physico-chimiques (CEC et disponibilités des éléments fertilisants). Seuls les engrais et les amendements d’origine organique et quelques uns d’origine minérale naturelle sont autorisés en agriculture biologique.
Protection de la vigne : Des méthodes prophylactiques et des intrants limités
Les moyens de lutte curative étant très réduits en viticulture biologique, le maintien de la vigne dans un état satisfaisant et durable n’est possible que par l’utilisation systématique de toutes les méthodes prophylactiques disponibles.
- Mildiou : La seule substance active autorisée est le cuivre sous forme de sulfate, d’hydroxyde, d’oxychlorure ou d’oxyde cuivreux. Les apports de cuivre sont limités à 6 kg/ha/an.
- Oïdium : Dans certaines régions, il peut causer plus de dégâts que le mildiou. Le soufre permet de le maîtriser de façon satisfaisante. Les quantités ne sont pas encore réglementées par le cahier des charges mais compte tenu de sa toxicité sur la faune auxiliaire, il convient d’en limiter les apports.
- Botrytis : Il n’existe pas de lutte directe autorisée en viticulture biologique.
- Ravageurs : Hormis les vers de la grappe et la cicadelle de la flavescence dorée, les ravageurs ne posent que des problèmes ponctuels. La mise en place de mesures favorables au développement des auxiliaires (typhlodromes, chrysopes, Neodryninus typhlocybae prédateur de la cicadelle pruineuse, Anagrus atomus prédateur de la cicadelle verte…) permet de maîtriser l’ensemble des ravageurs.

Développement de la biodiversité et autonomie : Des objectifs complémentaires
Au-delà du cahier des charges bio, certains vignerons comme Jean-Jacques Muller souhaitent limiter au maximum l’impact de leurs pratiques sur l’environnement. Pour cela, ils cherchent à développer la biodiversité dans leurs vignes en plantant des arbres aux abords des parcelles, en installant des nichoirs ou en laissant des zones de friches buissonnantes. Ils souhaitent également avoir un système le plus autonome possible tant sur le plan économique que technique. Ils réalisent leurs propres préparations à base de plantes pour protéger la vigne. Ceci leur permet de réduire considérablement les doses de cuivre et de soufre. La plantation de vignes résistantes a également permis de réduire les traitements phytosanitaires.
Le régime des autorisations de plantation de vigne : Une régulation européenne
La plantation de vignes de variétés de raisins de cuve est soumise à l’obtention d’une autorisation préalable. Le régime des autorisations est défini par la réglementation européenne dans le cadre de la politique agricole commune afin de réguler le potentiel de production viticole dans chaque État membre. La plantation de vignes sans autorisation de plantation est illégale. Les demandes d’autorisation de plantation nouvelle doivent être effectuées du 15 mars au 15 mai de chaque année dans la téléprocédure Vitiplantation. Ce calendrier de dépôt peut toutefois être modifié en cas de nécessité par une décision de FranceAgriMer. Ces autorisations ont une durée de validité de trois ans qui ne peut être prolongée en aucune circonstance. Dans le but de répondre aux demandes d’autorisations de plantation nouvelle, la France met tous les ans à la disposition des demandeurs une superficie correspondant au maximum à 1 % de la superficie nationale totale plantée en vigne au 31 juillet de l’année précédente.
Attention, la téléprocédure Vitiplantation est synchronisée avec le Casier Viticole Informatisé (CVI). Une fois votre compte créé, vous recevrez un courrier à l’adresse indiquée lors de votre inscription précisant votre code d’accès. Ce code d’accès vous servira lors de votre première connexion à la téléprocédure Vitiplantation.
La conversion viticole en bio : Un parcours exigeant mais prometteur
Le passage de la viticulture conventionnelle à l’agriculture biologique se joue sur plusieurs années. La réglementation européenne impose un délai de conversion de trois ans avant l’utilisation du label bio. Durant cette période, les vignerons assument la majorité des contraintes (INTER BIO Provence, FAQ Conversion), tout en commercialisant leur vin sans l’appellation « bio »… et donc sans la marge associée. Certains chiffres illustrent le défi : selon FranceAgriMer, le coût de conversion d'un hectare de vigne oscille entre 500 et 1 500 euros par an (FranceAgriMer).
Le dispositif « Aide à la Conversion à l’Agriculture Biologique » (CAB) est le cœur du système d’aide français, financée par la Politique Agricole Commune (PAC). Quelques nuances concernent le cumul de cette aide avec d'autres subventions. Depuis la réforme de la PAC en 2023, l’aide au maintien (pour les exploitations déjà certifiées) a disparu au profit de la seule aide à la conversion. Les critères d’éligibilité et la gestion administrative sont précises : tout retard dans le dossier peut entraîner la non-perception, ce qui n’est pas rare en région PACA selon la Chambre régionale d’Agriculture.
Les aides complémentaires des Agences de l’eau sont également cruciales. La préservation de la ressource en eau est une priorité d’aménagement local dans le Ventoux. Convertir son vignoble exige souvent de transformer tout ou partie des équipements et pratiques, au vignoble mais aussi au chai. Le Plan de relance FranceAgriMer, selon les années, finance les investissements dans le matériel visant à réduire les intrants phytosanitaires.
L’aspect financier va de pair avec un enjeu de formation et de réseau. Le Ventoux enregistre une progression régulière de la part de vignobles engagés en bio. Si les aides financières offrent une base solide pour engager la transition, c’est l’accompagnement collectif et l’ancrage dans le territoire qui restent les vrais déclencheurs. La réalité des vignerons du Ventoux l’enseigne : chaque conversion réussie est le résultat d’un savant mélange d’énergie, de solidarité locale et d’accès habile aux bons leviers financiers. Le paysage du Ventoux, plus vert qu’autrefois, porte ainsi à la fois la mémoire des gestes anciens et les traces, discrètes mais profondes, de ce qu’un soutien collectif et ciblé peut permettre à la viticulture vivante.
Pour maximiser les chances de bénéficier de ces aides et subventions, il est recommandé de contacter les différents organismes compétents, tels que les Chambres d'Agriculture, les CIVAM et ADEAR, les conseils régionaux, et les services de la Direction Départementale des Territoires (DDT). Mais il n’est pas toujours facile de s’y retrouver avec les évolutions qui ont lieu chaque année. La PAC actualise les aides qu’elle délivre aux agriculteurs et viticulteurs tous les 5 ans en règle générale. Pour être éligible, il est nécessaire d'avoir un numéro pacage (si vous avez déjà fait un dossier PAC, vous en avez un, de même si vous êtes assuré et que vous avez demandé l’aide européenne relative à l’assurance récolte), d'être un agriculteur actif et de posséder un droit de paiement de base (DPB) ou une fraction de DPB. Au réel, les aides seraient en moyenne de 57 €/ha au niveau standard et 78 €/ha au niveau supérieur.