Le guide complet de l’amendement organique : Le fumier de cheval au potager

L’utilisation du fumier de cheval comme amendement organique au potager et dans les champs est une pratique traditionnelle qui remonte à des siècles. Le fumier est depuis toujours une bénédiction pour les cultures, auxquelles il offre de nombreux nutriments, tout comme pour les sols qui en sont grandement améliorés. C’est le fumier le plus utilisé dans nos potagers, et le plus vendu en jardinerie. Le fumier de cheval se distingue des autres amendements organiques par sa composition équilibrée. Contrairement au compost de déchets verts, il apporte davantage d’éléments nutritifs et présente une décomposition plus progressive.

Tas de fumier de cheval dans un jardin

Nature et composition du fumier

Le fumier est un mélange de déjections animales (crottins de cheval, bouses de vache, fientes de volaille…), de l'urine d'animaux absorbée par la litière (paille, sciure, copeaux de bois…) cette dernière constituant le troisième élément du fumier. Le fumier de cheval est un matériau léger et chaud. Il est donc parfait pour les sols argileux, compacts et humides, qu’il va alléger et réchauffer. Il peut aussi donner un coup de pouce en donnant du corps aux terres sableuses.

Il est important de distinguer l'engrais de l'amendement. Un engrais a une concentration NPK supérieure à 3% (N = azote, P = phosphore, K = potassium) ou une concentration totale de ces trois minéraux d'au moins 7%. Le fumier de cheval est peu concentré en minéraux essentiels. Il contient par exemple 0.6 % d’azote alors qu’un engrais chimique peut en contenir jusqu’à 33 %. En effet, si ce fumier est peu concentré, c’est qu’il contient beaucoup de carbone. C’est ce carbone qui va améliorer la texture de notre sol, la structure, le rendre plus meuble, léger, poreux.

Le rôle crucial de la vie biologique

Sans compter qu’il sollicitera la vie biologique qui va se régaler de manger, décomposer ces molécules complexes carbonées pour les transformer à terme en minéraux essentiels. La macrofaune, la microfaune et la faune qui peuplent la terre sont de précieux auxiliaires pour la travailler, l'aérer, la transformer. Les bactéries sont des organismes microscopiques qui ont un rôle essentiel dans toutes les étapes de la vie du sol dont l'humification et la minéralisation. Les protozoaires sont des amibes capables d'ingérer 10.000 bactéries par jour et de libérer une grande quantité d'azote dans le sol. Les champignons mycorhiziens favorisent le développement des racines qui explorent un volume plus important.

Schéma simplifié de la vie biologique dans le sol

Les cycles de libération des nutriments

Plusieurs mois à plusieurs années sont nécessaires pour l'azote produit par le fumier. Ainsi sur les 0,6% environ d'azote contenus dans le fumier, seulement la moitié (0,3%) sera minéralisée donc rendue disponible pour les plantes lors de la première année, le reste sera disponible les années suivantes. Toutefois, il n'est pas utile d'apporter chaque année 20 g d'azote via le fumier sachant que la vie de divers organismes dans le sol et les résidus de cultures génèrent eux aussi de l'azote. La deuxième année, il est conseillé de faire un apport de fumier deux à trois fois moins important (1 à 2 kg par m²) compte tenu de la rémanence résiduelle de l'apport en fumier de l'année précédente et selon les autres apports organiques.

Préparation et compostage : une recette de cuisine

S’il est mal composté, un fumier de cheval perdra une grande partie de ses avantages. L’idéal est de le monter en tas sur bien un mètre de hauteur et qu’il soit humide. Recherchez toujours cette sensation d’humidité comme une éponge essorée. Il faudra ensuite le recouvrir pour éviter toute déperdition d’azote par volatilisation. Autre phase importante, le brasser, l’aérer tous les 15 jours, pour harmoniser sa décomposition, l’oxygéner. Voyez-le comme une recette de cuisine. Un saladier dans lequel il faut mélanger tous les ingrédients pour obtenir un résultat remarquable.

Le compostage permet également d’équilibrer les ratios NPK. Un fumier de cheval bien décomposé présente ainsi un NPK de 0,6 % d’azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium. Il ne fait donc courir aucun risque aux racines de jeunes végétaux qu’une forte quantité d’azote peut brûler. Pour réussir le compostage du fumier, entassez-le sur des planches qui permettent aux liquides de s’évacuer, le fumier sera ainsi laissé plusieurs mois.

Risques et précautions d'usage

Le fumier frais présente quelques inconvénients : il est assez riche en ammoniaque à cause des urines, donc une quantité importante peut être polluante ; il peut contenir des restes de traitements médicamenteux, vermifuges par exemple ; il peut contenir des pathogènes. Les chevaux peuvent être traités avec des médicaments tels que des vermifuges et des antibiotiques, dont des résidus peuvent se retrouver dans le fumier. Le compostage, s'il est effectué correctement, peut réduire significativement les concentrations d'antibiotiques. Des études ont montré que composter le fumier pendant 30 jours permettait de réduire les concentrations d'antibiotiques d'au moins 85%, voire jusqu'à 99%.

Le compost parfait : c'est le fumier de cheval

Méthodes d'épandage au potager

La pratique la plus répandue est d’incorporer son fumier de cheval sur les premiers centimètres, plus encore s’il est frais. Toujours cette crainte de déperdition d’azote et autant enfouir très légèrement le fumier sous quelques centimètres de terre sans pour autant trop l’enterrer. En automne, disposez-le sur les parties du jardin où il n’y a pas de culture et étendez-le sur toute la surface. Épandez votre fumier de cheval à raison de 100 à 300 kg pour 100 m².

Le fumier de cheval est bon pour tout au potager, enfin presque ! Il sera utilisé frais, à demi-mûr ou totalement composté selon les cas. Il faut l’apporter aux légumes et autres plantes potagères qui en ont le plus besoin : toutes les courges, les tomates et autres solanacées. Les pommes de terre en sont également friandes, car le fumier de cheval est riche en potasse. Évitez par contre de planter des alliacées comme les oignons, l’ail, l’échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier.

Utilisation en couche chaude

Le fumier de cheval est un fumier qui chauffe vite. D’où son attrait pour réaliser des couches chaudes, alternance de fumier frais et de paille ou foin. On obtient des andains sur lesquels on peut par exemple déposer des bacs à semis au printemps. Ils auront alors un chauffage naturel. Il est plus judicieux de creuser une fosse d’une cinquantaine de centimètres, cela permettra de conserver la chaleur émise par la décomposition des matières organiques qui la composent. Faites une couche de 30 à 40 cm de fumier de cheval et arrosez copieusement.

Installation d'une couche chaude avec du fumier

Le fumier déshydraté : une alternative pratique

Très simple à utiliser de par sa présentation en granulés, il est idéal pour tous ceux qui n’ont pas accès à du vrai fumier. Le fumier déshydraté a de plus l'avantage de pouvoir être employé à tout moment et pour de nombreuses plantes potagères : pommes de terre, tomates, salades, petits fruits… Vous l’emploierez aussi bien pour fertiliser le sol avant une plantation que pour apporter des nutriments en cours de croissance de vos plantes potagères. Il se mélange très simplement à la terre ou au terreau et s’incorpore par griffage ou ratissage. En entretien, il sera apporté 1 fois par an, à l’automne ou au printemps, à raison d’1 kg/m².

Approvisionnement et logistique

Où trouver du fumier de cheval ? On en trouve dans toutes jardineries et souvent en centre équestre. C’est souvent un bon moyen pour trouver du paillage gratuitement, car on peut aussi récupérer les litières qui vont avec. Dans ces centres, il sera parfois composté de façon non optimale, sans bâchage. Vient alors le risque d’une déperdition d’azote (par volatilisation) ou pire encore un lessivage des minéraux (par excès de pluie). Le sac de 20 kg représente le format le plus courant pour les jardins familiaux, avec un prix généralement compris entre 10 et 13 euros. Pour les grands espaces verts, le big bag ou la livraison en vrac constituent des solutions économiques. Le prix au mètre cube varie selon la région et la qualité du compost, oscillant entre 40 et 60 euros.

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