Villedieu-les-Poêles, commune située dans le département de la Manche, est une cité dont le nom résonne avec une profondeur historique singulière. Le type toponymique Villedieu, très répandu en France, signifie littéralement « la ville de Dieu ». Une vingtaine de villes, villages et hameaux portent ce nom en France : leur point commun est qu'il s'agit à chaque fois d'anciennes commanderies, templières, ou hospitalières. Villedieu, fondée vers 1125, fut une commanderie hospitalière (Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem aujourd'hui Ordre de Malte) jusqu'à la Révolution Française. Le déterminant médiéval -de-Saultchevreuil évoque la paroisse contiguë, à l'origine de l'ancienne commune de Saultchevreuil-du-Tronchet, et dont Villedieu semble avoir constitué un ancien démembrement.

Les fondations d'une cité historique
Vers 1130, Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et roi d'Angleterre fait don d'une parcelle de terre de onze hectares aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem pour services rendus en Terre Sainte. Nommé Ville-Dieu par ces chevaliers, le bourg se développe autour de son marché mentionné pour la première fois en 1147 et qui a déjà lieu le mardi matin. La fin du XIIe siècle voit la création du « Foyer », fonderie banale de cuivre et laiton ; c'est le début de l'artisanat du cuivre et de ses alliages dans des cours-ateliers.
Durant la Guerre de Cent ans, la cité se fortifie par la construction de portes d'entrée dans la ville : porte de Bourg-d'Envie au nord, porte du Pont-Chignon à l'ouest et porte du Pont-de-Pierres au sud. Sont également édifiés des remparts et des fossés dans un but défensif. Ces précautions s'avèrent cependant insuffisantes puisque l'église Notre-Dame et la commanderie sont en très mauvais état à la fin du conflit. À la fin du XVe siècle, la cité bénéficie d'une période de reconstruction. Ce bourg est fameux pour toutes sortes de dinanderie qu'on transporte en plusieurs endroits du Royaume, ce qui en fait le principal trafic. Le blason populaire applique aux habitants le surnom de « Sourdins », d'après le bruit assourdissant accompagnant la confection traditionnelle de dinanderie.
L'évolution de l'hospitalité : Le Fruitier
Au cœur de cette cité au riche passé, l’hôtel-restaurant Le Fruitier occupe une place centrale, témoin de l'évolution du service et de l'accueil à Villedieu-les-Poêles. Dans les archives locales, le Fruitier s’implante rue du général-de Gaulle à Villedieu dans les années 1900. Vers 1851 le Café Marquet (actuellement hôtel Le Fruitier) voit le jour à côté du bourrelier M. Lainé. La fusion des deux commerces aurait eu lieu vers 1935. À partir des années 1950, l’établissement est tenu par Pierre et Jeanne Fortin. Il est devenu un hôtel-restaurant avec sept chambres.
C’est le 1er mai 1970 que le Fruitier est racheté par Gérard et Joëlle Lebargy. L’hôtel-restaurant Le Fruitier n’a cessé de s’agrandir depuis sa reprise en 1970 par la famille Lebargy. En 1975, il s’agrandit une première fois avec trois chambres supplémentaires et une salle de 60 couverts. En 1990 l’établissement prend une véritable ampleur. Nous avons rehaussé la toiture et créé un troisième étage. 32 nouvelles chambres ont été ajoutées, portant la capacité totale actuelle de l’hôtel à 48 chambres. Le 1er mai 1997, Stéphane et Nathalie, les deux enfants des propriétaires rejoignent l’aventure familiale et apportent un souffle nouveau à l’établissement, notamment avec une réorganisation du pôle cuisine. Enfin, à partir de 2014, naissance du restaurant L’Atelier (réunification des offres de restauration) avec un nouvel espace pensé pour proposer une cuisine raffinée et conviviale, en accord avec notre savoir-faire, l’identité et l’image de Villedieu.

La vie culturelle et associative
Le dynamisme de Villedieu-les-Poêles est également porté par son comité des fêtes. Alain Fontaine, président du comité des fêtes de Villedieu-les-Poêles depuis neuf ans, assure l’organisation des festivités phares de la commune, comme celle du Grand Sacre, de la poêlée d’Zik, des mardis de l’été ou du festival de folklore. Alain Fontaine a commencé sa carrière en tant qu’ingénieur électronique en région parisienne. En 1982, il est venu vivre à Fleury près de Villedieu. Alain Fontaine entre au comité des fêtes de Villedieu en 2011 et en devient le président en 2014.
À son arrivée en 2014, le comité des fêtes doit annuler le Corso fleuri qui a lieu tous les quatre ans et ne peut plus être organisé faute de main-d’œuvre suffisante. Sur l’idée de Thomas Digiaud, un cadre de l’office de tourisme, nous l’avons remplacé par une poêlée d’Zik (groupes de musique en centre-ville) prolongée en soirée par un bal et un feu d’artifice. Les deux autres animations phares, les mardis de l’été et le festival de folklore international ont été maintenus et se déroulent chaque été. La première depuis 2000, la seconde depuis 1988. Toutes deux représentent un gros investissement de la part des bénévoles du comité. Depuis 1655, tous les quatre ans, le jeudi qui suit la Pentecôte, le « Grand Sacre » perpétue la tradition religieuse de la Fête-Dieu : une procession suivie par des dignitaires de l'Église et une délégation des chevaliers de l'Ordre de Malte en grand apparat.
Perspectives sur la nature et le jardinage
Bien que le titre de jardinier en chef soit souvent associé aux grandes institutions, la réflexion sur la gestion des espaces verts est universelle. Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du Grand parc du château de Versailles, souligne l'importance de la transmission : « Ma mission est de continuer à l’embellir et surtout de le transmettre aux générations futures. Mon travail est de prendre soin des arbres qui ont été plantés et d’assurer une pérennité au jardin. »
Patrimoine naturel : Les Jardins de Saint Quentin
Selon Baraton, la nature demande une approche pragmatique : « Quand je demande pourquoi les plus vieux arbres ne sont-ils pas classés au même titre que les monuments historiques ? On me répond que ce n’est pas possible parce que sont des arbres et qu’ils disparaîtront un jour comme toute espèce vivante. Actuellement, les arbres ne sont pas classés du tout et aucune loi ne les protège. Il faut faire preuve d’esprit concret et d’honnêteté. » Cette vision, qui allie respect du passé et gestion responsable, fait écho à l'engagement des acteurs locaux à Villedieu-les-Poêles, où la préservation du patrimoine - qu'il soit architectural, industriel ou gastronomique - demeure une priorité constante.
Modernité et mémoire industrielle
La ville a su traverser les époques en adaptant ses infrastructures. Le 3 juillet 1870 voit la fin des travaux de la ligne ferroviaire Paris-Granville et l'inauguration de la gare de Villedieu. L'éclairage au gaz de ville arrive en 1858 grâce à une usine à gaz concédée à un entrepreneur, boulevard de la Gare, à l'emplacement de l'ancienne distillerie Jourdan ; l'électricité suit, grâce au Dr Maurice Lemonnier.
Au début de la Première Guerre mondiale, les premiers trains de soldats partent de la gare de Villedieu début août 1914, l'hôpital est converti en hôpital complémentaire n° 38 et trois écoles sont réquisitionnées comme annexes. Alfred Sevaux est le dernier des 104 Sourdins morts pour la France. Dans le cadre du débarquement de Normandie, les 5 et 6 juin 1944, la gare de Villedieu-les-Poêles et le dépôt de pétrole du passage à niveau de la route de la Ligotière sont anéantis. Un mois et demi plus tard, le centre-ville est touché par les bombardements de l’opération Cobra. Un obus éclate dans le chœur de l'église Notre-Dame et souffle ses vitraux. Le 1er août, une jeep américaine arrive à Villedieu, un Sourdin fait un tour de reconnaissance de la ville avec l’officier à son bord pour lui prouver que les Allemands ont fui ; les bombardements qui étaient programmés sont alors annulés.
Le renouveau contemporain
Aujourd'hui, Villedieu-les-Poêles conjugue son héritage avec les exigences du XXIe siècle. La responsabilité écologique ayant toujours été au cœur des projets de l'hôtel Le Fruitier, de grands travaux sont entrepris pour une amélioration énergétique avec une rénovation thermique. En 2025 l’entreprise fête ses 55 ans ! Pour cela un weekend Portes Ouvertes est organisé pour faire découvrir « les coulisses » de l’hôtel restaurant aux partenaires, aux enfants des écoles de Villedieu Les Poêles et aux locaux.
La ville continue de se réinventer tout en honorant ses racines. Que ce soit par le maintien des traditions artisanales comme la dinanderie, citée par Rabelais dans Pantagruel en 1532, ou par l'accueil de nouvelles industries comme Chauvin-Arnoux, créé en 1973 dans le domaine des fabrications électroniques, Villedieu-les-Poêles reste un pôle d'activité significatif dans la Manche. La gestion de ces transitions, portée par des citoyens impliqués et des entrepreneurs visionnaires, assure la pérennité de cette « ville de Dieu » qui, depuis le XIIe siècle, n'a cessé de forger son identité au rythme du marteau sur le cuivre.

Le tissu associatif, illustré par le travail du comité des fêtes, complète ce portrait. Le dévouement des bénévoles qui assurent la logistique des grands événements internationaux, tel que le festival de folklore, témoigne d'une vitalité communautaire exemplaire. Cette capacité à se mobiliser pour les autres, tout en gérant les contraintes du quotidien et les imprévus climatiques ou humains, est la marque d'un territoire soudé autour de valeurs de partage et de transmission. De la gestion des jardins à l'organisation de festivités, c'est une même volonté de pérennité qui anime les acteurs de cette cité normande, faisant de Villedieu-les-Poêles un exemple vivant de résilience et de savoir-faire.