La Vannerie en Noisetier : Art Traditionnel et Techniques de Fabrication

Panier en noisetier fini

La vannerie est l'un des plus anciens arts du tissage de l'humanité, et le noisetier y occupe une place de choix, notamment dans les traditions paysannes. Les paniers et corbeilles en noisetier, connus sous le nom de "Tistalh" en Bigorre et "Tistèth" en Béarn, sont le fruit d'un savoir-faire ancestral, transmis de génération en génération. Ce type de vannerie, souvent qualifié de rustique, utilise des matériaux directement prélevés dans la nature, conférant à chaque pièce un caractère unique et une robustesse adaptée aux travaux quotidiens.

Le Noisetier : Un Choix Essentiel pour la Vannerie

Le noisetier, ou coudrier, est abondant dans les Pyrénées, mais le défi réside dans la sélection des bonnes tiges. Le choix de la matière première est d'une importance capitale, car il conditionne le travail du vannier. Un mauvais choix peut compliquer la fabrication des lanières, appelées éclisses ou clisses, nécessaires au tissage.

Identifier les Bonnes Tiges

Pour obtenir des éclisses de qualité, il est crucial de privilégier des rejets qui ont poussé lentement. Ces rejets, de couleur gris-clair, marron-foncé ou gris-jaune, sont généralement plus souples et donneront des éclisses de meilleure facture. À l'inverse, un rejet qui a poussé trop vite ou qui est trop jeune, reconnaissable à sa couleur marron clair, sera plus cassant et contiendra trop de bois lors du levage des éclisses. Si l'on parvient à en faire, ces éclisses ne seront pas très souples, rendant le tissage plus difficile. De même, des nœuds trop gros peuvent fragiliser la lanière et nuire à son esthétique. Il est recommandé de couper des jeunes pousses bien droites et avec le moins de ramifications possibles. Si les trop jeunes ne conviennent pas, il faut prendre des pousses de 1 à 2 cm de diamètre. Les plus jeunes doivent être laissées grossir pour l’année suivante.

Période de Récolte et Conservation

La période idéale de coupe du noisetier se situe lorsque la sève ne circule plus, généralement de novembre à février. Cependant, certains vanniers coupent toute l'année, ne constatant pas de différence significative. La récolte en "lune descendante" est souvent préconisée, période durant laquelle la lune est décroissante et la sève au ralenti, ce qui est censé rendre les tiges plus souples.

Une fois coupées, les tiges de noisetier peuvent être conservées en fagot pour constituer une réserve. Leur souplesse permet de les travailler tant qu'elles restent "vertes", c'est-à-dire non séchées, pour lever les éclisses ou les courber pour la réalisation des côtes ou arceaux. La durée de conservation varie en fonction des saisons et des conditions climatiques. En hiver, en fin d'automne et au début du printemps, les tiges peuvent se garder plusieurs mois. En été, à la fin du printemps et en début d'automne, il est nécessaire de surveiller attentivement qu'elles ne sèchent pas trop vite.

Les éclisses, une fois levées, peuvent être stockées et se conserver pratiquement indéfiniment, offrant au vannier la possibilité de choisir celle qui convient le mieux au tissage en cours. Il arrive cependant, pour des cas particuliers, d'en utiliser aussitôt levées. La souplesse des éclisses dépend directement de la qualité du noisetier. Les côtes, quant à elles, sont généralement confectionnées au moment de leur utilisation.

Les Matériaux Alternatives en Vannerie

Si le noisetier est roi dans la vannerie pyrénéenne, de nombreux autres végétaux peuvent être utilisés, chacun offrant des propriétés spécifiques.

Le Saule (Salix)

Tiges de saule

Il existe une grande diversité de saules, avec des variations de couleurs et de propriétés. Certains sont très cassants, tandis que d'autres sont extrêmement souples et parfaitement adaptés à la vannerie. La récolte s'effectue en hiver, une fois que les feuilles sont tombées. Après séchage, les tiges nécessitent un trempage de plusieurs jours avant utilisation, la durée dépendant de leur diamètre. Le saule pleureur est particulièrement apprécié pour ses tiges extrêmement longues et leur diamètre uniforme, idéales pour la confection de bobines.

La Ronce (Rubus fructicosus)

L'utilisation de la ronce en vannerie nécessite la suppression des épines, soit au couteau, soit en la passant dans une planche à trous. Ces deux techniques sont jugées très efficaces. Une alternative consiste à utiliser du framboisier ou une ronce sans épines. Il semblerait qu'il faille la sécher, puis la tremper dans de l'eau chaude. Cependant, des tests sans cette étape ont montré que, bien que la ronce se rétracte, elle reste très agréable à utiliser. Ses tiges sont longues et rugueuses, ce qui est très pratique.

Le Cornouiller Sanguin (Cornus sanguinea)

Similaire au saule dans son utilisation, le cornouiller sanguin doit également être séché puis trempé. La cueillette s'effectue en hiver. Il existe de nombreuses variétés, et il est important de choisir des tiges souples, qui conservent leur belle couleur rouge.

L'If (Taxus baccata)

Bois d'if

Le bois d'if est reconnu pour sa souplesse et sa solidité, ainsi que son caractère imputrescible. Historiquement, il a été utilisé pour la fabrication d'arcs. Bien que le bois soit toxique, il peut être utilisé sans problème pour la vannerie, à condition de ne pas l'employer pour des objets en contact avec des aliments ou des liquides. Le séchage suivi d'un trempage améliore sa travaillabilité et évite la rétraction. Les tiges cassent au milieu, mais conservent une grande résistance, ce qui ne pose aucun problème. Même lors du pliage des montants trempés, la casse est jugée "bonne".

Le Thuya (Thuja occidentalis)

Le thuya est un arbre très apprécié en vannerie, parfois considéré comme supérieur à l'if. Bien que légèrement toxique (son huile essentielle contient de la thuyone neurotoxique), il est moins dangereux que l'if. Comme l'if, il peut être difficile de trouver des branches du bon format, mais il se travaille très bien, est très solide et très souple. En cas de casse, celle-ci est minime et se produit au milieu de la tige, préservant ainsi sa résistance. Un avantage du thuya réside dans les écailles présentes sur ses tiges. Le séchage et le trempage sont également nécessaires pour éviter que les paniers ne se rétractent légèrement s'ils sont fabriqués avec du bois frais. Sa structure ligneuse est proche de celle de l'if.

Le Lierre (Hedera helix)

Le lierre, à l'instar du saule pleureur, peut être cassant, que ce soit lors d'une traction excessive ou d'un pliage trop prononcé. Des tiges retombantes doivent être sélectionnées et leur souplesse vérifiée. Le lierre est très utile pour le remplissage ou des usages spécifiques, et permet la création de très longues tiges. Il a été utilisé avec succès pour refaire l'anse d'un panier ancien, avec une technique de torche à trois brins en thuya intercalée sous la couronne pour éliminer le jeu et solidifier la structure.

Les Feuilles de Bananier

Feuilles de bananier

L'expérience africaine a montré l'efficacité des feuilles de bananier. Il faut prélever la partie de la feuille qui forme le "tronc", en retirant les bords fins et moins gorgés d'eau pour en tirer de longues lanières. Après un trempage dans l'eau pour les assouplir, ces lanières sont torsadées pour former une sorte de corde, puis attachées et séchées au soleil. Elles peuvent ensuite être tressées, que ce soit pour des ceintures ou des paniers.

Autres Matériaux à Tester

D'autres matériaux prometteurs, tels que les tiges de houblon (extrêmement souples et solides à l'état frais), l'ortie, le tilleul et le chiendent, sont également à tester pour leurs applications potentielles en vannerie.

Fabrication d'un Panier en Noisetier : Étapes et Techniques

La confection d'un panier en noisetier est un processus méticuleux qui requiert patience et savoir-faire. Elle commence bien avant le tressage, avec la préparation minutieuse des matériaux.

Préparation des Éclisses et des Côtes

Pour lever les éclisses, une entaille est réalisée dans le bois à une dizaine de centimètres (la largeur d’une main) au-dessus de l’endroit où le rejeton a été coupé. Le rejeton est ensuite légèrement plié sur le genou, l’entaille vers l’extérieur, pour permettre à l’écorce de se lever naturellement. La branche est décalée vers le haut, repliée à nouveau sur le genou, et le processus est répété jusqu’à l’extrémité. Après avoir levé une première éclisse, d'autres peuvent être levées sur l'écorce restante. L'écorce doit être utilisée verte et aussitôt levée. En saison chaude, il est conseillé de tenir les rejetons fraîchement coupés dans l'eau pour éviter qu'ils ne sèchent.

Pour un travail plus fin, il convient de travailler les éclisses en leur enlevant la petite membrane extérieure et en égalisant les bords. Les côtes sont taillées dans le même bois qui a fourni les éclisses. Elles doivent être coupées à la longueur désirée et leurs deux extrémités amincies. Pour un travail fini, le diamètre des côtes doit être régulier, et elles doivent être amincies et lissées.

Pour fendre une tige de noisetier et obtenir des éclisses, on peut commencer par couper la tige à la dimension souhaitée. On fend ensuite la tige en deux avec un poignet, en faisant des mouvements droite-gauche pour que la lame écarte la tige en deux parties, si possible égales. Si une partie est plus épaisse, on tire dessus pour rétablir l'égalité. On peut ensuite fendre deux longueurs de noisetier en quatre pour obtenir huit morceaux. Les éclisses doivent être effilées de manière à ce que leur largeur diminue du milieu vers les extrémités, garantissant que leur forme soit régulière après cintrage. Pour façonner la côte, on peut poser une protection sur la cuisse (chiffon ou autre). Avec la main gauche, on tient la côte, et avec la main droite (pour un droitier), on utilise un couteau pour raboter le bois en tirant l'arceau vers l'arrière avec le bras gauche.

La Réalisation du Gabarit et le Tressage

Schéma de montage du gabarit de panier

Le gabarit est un élément essentiel pour donner forme et volume au panier. Il est composé de l'anse et de la bordure haute, réalisés en osier blanc pour sa flexibilité et sa résistance. Ces éléments sont maintenus par des liens d'osier (éclisses) et assemblés par de petits clous.

Le tressage débute généralement par la technique du "dessus-dessous" sur 4 à 5 rangs, qui serviront à maintenir les premières côtes. Pour cette étape, la matière première peut être choisie librement.

Les côtes donnent le volume au panier. Un brin de saule blanc peut être choisi et légèrement aiguisé à la serpette. Le brin est fléchi pour mesurer la longueur de la côte (afin de rejoindre l'autre partie de l'anse), puis coupé à la longueur voulue au sécateur. La pointe du brin est aiguisée pour faciliter l'insertion et coincée derrière le tressage en place. Quatre à six côtes sont installées de manière symétrique et par paire, en prenant soin de les couder sans les casser, en utilisant les cuisses et les genoux pour maintenir le travail. De nouvelles côtes sont ensuite ajoutées par paire, et le tressage de la clôture est poursuivi. Les côtes sont cruciales pour la résistance du panier.

Une technique consiste à travailler sur un quart du panier, en démarrant le tressage normalement et en réduisant d'une côte à chaque passage.

L'Anse du Panier

Dans la vannerie traditionnelle, l'anse est souvent faite dans un noisetier pelé, appelé "escoutchal". En Bigorre, ils torsadent trois jeunes pousses, laissant les côtes dépasser de l'écusson, puis coupées à ras après le tressage. Chez nous, la bordure est plus épaisse, permettant de bloquer les côtes sans les faire dépasser de la rosace au montage. Les paniers de travail étaient souvent plus grossiers et robustes.

Pour réaliser une anse de grand diamètre à brin unique, une tige de noisetier est fendue en deux pour faciliter le cintrage. Jean tire trois parties de cette tige. La première partie, formée au diamètre du panier à réaliser, a une longueur d'un tour et demi, offrant deux épaisseurs pour le haut de l'anse (la poignée), avec la partie arrondie de la tige vers l'extérieur. La deuxième partie, d'une longueur d'un demi-tour, est placée sous la partie haute de l'anse, l'arrondi vers le bas, pour reconstituer une anse ronde au niveau de la poignée et la solidifier. La troisième partie, également d'un demi-tour, complète la partie basse de l'anse de la même manière. Les trois parties sont ensuite collées à la colle à bois.

Les côtes sont ensuite coincées sous la rosace, entre celle-ci et l'anse. Pour augmenter la solidité, le nombre de côtes peut être doublé, voire triplé, dans les zones sensibles du panier ou si l'espace entre les côtes est trop important. Les arceaux initiaux traversent la rosace, c'est-à-dire que les arceaux, bien effilés, sont glissés entre deux rangées du tissage de la rosace ou "œil de Dieu". Cela permet de maintenir la position et d'ajuster ultérieurement la longueur des arceaux, conférant au panier un aspect plus rustique.

Le Tour du Panier ou Bordure

La même technique que pour l'anse est utilisée pour réaliser le tour du panier, à la différence que la première partie ne fait qu'un tour pour garantir la même épaisseur de bordure. La partie arrondie de la tige de noisetier est orientée vers l'intérieur, tandis que les deuxième et troisième parties sont tournées vers l'extérieur. Pour l'insertion de l'anse, les deuxième et troisième parties ne se rejoignent pas, laissant un espace.

Différents Types de Vannerie et Leurs Matériaux

Façon Noisetier

Panier rustique en noisetier

La vannerie "façon noisetier" implique la récolte du bois en lune descendante et le travail du bois encore vert. Pour plier un brin, une partie du bois est enlevée à l'intérieur du brin par petites touches au couteau. Les éclisses peuvent être faites en lanières d'écorce. Le noisetier est excellent pour cela, et ses éclisses sont également utilisées (avec la ronce) pour la fabrication de paniers ou panières en paille (blé ou seigle). Les formes de paniers produites sont souvent traditionnelles ou rustiques.

Façon Châtaignier

La vannerie "façon châtaignier" consiste à récolter le bois en lune descendante, à le sécher, puis à le travailler à la vapeur d'eau. Les montants sont souvent constitués de brins complets, et les éclisses de lanières de bois plus ou moins épaisses, un peu comme si l'on fendait une bûche sans nœud pour produire des languettes de bois de 3 à 4 mm d'épaisseur. Les formes de paniers produites sont souvent des panières rustiques.

Façon Osier

Pour la vannerie "façon osier", la récolte du bois se fait en lune descendante, suivie du séchage (avec écorçage et souffrage si nécessaire). Le bois est ensuite mis à tremper environ 8 heures pour être retravaillé. On utilise généralement les tiges de noisetier restantes après avoir levé les éclisses, mais on peut aussi prendre une tige avec l'écorce.

La Corbeille : Une Variante du Panier

La corbeille se distingue du panier par une ouverture plus large et une forme plus plate. Destinée à recevoir de lourdes charges, la côte principale n'est pas fermée en anse. Toute la charge repose sur cette côte principale, qui mesure entre 4 et 5 cm de diamètre. À chaque extrémité se trouvent des poignées de 15 à 20 cm, suivies d'une encoche de l'épaisseur de la bordure. Le bois entre les encoches est ensuite évidé à la plane. La bordure est bloquée par le rebord de la poignée. Le reste du travail est identique à celui du panier. Les premières côtes sont prises sous la rosace, les autres insérées plus bas. Avec le temps, les corbeilles s'usent, et il est fréquent de les rapiécer avec de l'osier rouge (blinse).

Conseils et Astuces pour le Vannier

Pour conserver un panier, il est recommandé de le garder dans une pièce tempérée. L'apprentissage de la vannerie peut débuter en se référant à des ressources bien documentées, comme le site "les mains au panier", qui offre des techniques de tissage similaires à celles utilisées traditionnellement. L'utilisation de contreplaqué comme gabarit peut aider à monter des paniers de même taille et parfaitement réguliers.

Les éclisses pelées ou brutes sont pliées face interne vers la côte. Le premier tour commence sur la bordure, passe sous la côte suivante, puis sur la troisième côte et ainsi de suite jusqu'à la bordure opposée. Là, un tour complet est effectué, puis l'éclisse est tordue d'un demi-tour pour que sa face interne passe sur la première côte, et le tressage continue.

Le diamètre des tiges de noisetier utilisées pour les anses torsadées dépend de la taille du panier, allant de 5 mm de diamètre pour un panier de 15 cm de long à 12 mm pour un panier de 50 cm.

L'art de la vannerie en noisetier est un témoignage vivant de la capacité humaine à transformer les ressources naturelles en objets utiles et esthétiques, perpétuant un savoir-faire précieux à travers les âges.

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