Guide complet sur l’anthracnose : Compréhension, identification et gestion durable

L’anthracnose est une maladie fongique largement répandue qui affecte de nombreuses espèces végétales, causant des pertes significatives dans les cultures agricoles, les jardins et les espaces verts. L’anthracnose est un terme fourre-tout, général. Il décrit les dégâts causés par un groupe de maladies fongiques s’attaquant à de nombreuses espèces végétales comprenant des plantes herbacées, des arbres et arbustes, des légumes ainsi que des fleurs et des fruits. Sous le terme anthracnose sont rassemblés différents champignons causant des taches brunes à noires sur les feuilles et les fruits de nombreux végétaux du jardin. Le nom « anthracnose » dérive du grec anthrax, signifiant charbon, en référence aux lésions sombres et nécrotiques qui caractérisent cette maladie.

Schéma illustrant le cycle de vie du champignon Colletotrichum sur une feuille

Origine et biologie des agents pathogènes

Les champignons responsables de l’anthracnose sont des pathogènes obligatoires ou facultatifs qui survivent sur les débris végétaux, dans le sol, ou parfois même à l’intérieur des semences. En réalité, plusieurs champignons peuvent causer l’anthracnose : Colletotrichum, Gloeosporium, Discula, Glomerella, Pseudopeziza… Le terme anthracnose ne désigne donc pas une seule maladie mais un ensemble de maladies aux symptômes identiques. Le nom scientifique de l’anthracnose est Glomerella cingulata. Cependant, il est également connu sous le nom de Colletotrichum gloeosporioides.

Le cycle de reproduction du champignon responsable de l’anthracnose est typiquement complexe et peut inclure des stades sexués et asexués. Les conidies, produites dans les structures appelées acervules, sont dispersées par l’eau (pluie, irrigation) ou par le vent. Une fois sur une surface végétale, les conidies germent et produisent un filament appelé hyphe, qui pénètre dans les tissus végétaux à travers les stomates ou les blessures. Le champignon peut également produire des structures de conservation, telles que les sclérotes, qui permettent au pathogène de survivre dans des conditions défavorables.

Conditions environnementales favorables

L’anthracnose se développe surtout dans des conditions de chaleur et d’humidité. L’infection provient de spores qui germent sur la plante lorsque les conditions sont favorables (température 15 à 27 °C, forte humidité). La maladie apparait plus sévère après un printemps frais et humide. Une humidité élevée, associée à des températures modérées, est particulièrement propice à la germination des spores et à l’infection des plantes. Les périodes de pluie prolongées, l’irrigation par aspersion, et une mauvaise circulation de l’air autour des plantes augmentent considérablement les risques de propagation de la maladie.

Graphique montrant la corrélation entre l'humidité, la température et la germination des spores

Identification des symptômes et dégâts

Les symptômes de l’anthracnose varient en fonction des plantes hôtes, mais ils partagent des caractéristiques communes. Les premiers signes incluent généralement l’apparition de petites taches brunes ou noires sur les feuilles, les tiges ou les fruits. L’infection cause des taches foncées bien délimitées. Le centre de ces taches a tendance à blanchir avec le temps. Les symptômes sur les fruits sont très souvent des taches marron sur le pourtour et noires en leur centre présentant une forte dépression.

Sur les feuilles, les symptômes sont variables en fonction des espèces. Les jeunes feuilles attaquées par l’anthracnose se déforment et se recroquevillent. Les feuilles des ficus se couvrent de taches brunâtres auréolées de jaune et surmontées de pustules noirâtres. Sur les arbres, en fonction des espèces, les lésions sont ponctuées le long ou autour des nervures des feuilles. Les feuilles infectées tombent précocement, même pendant la période de croissance. Sur la vigne, l’anthracnose entraîne une brûlure des extrémités des rameaux et crée des chancres violacés et sombres sur les bois.

Vulnérabilité des différentes familles de plantes

L’anthracnose s’attaque à un grand nombre de plantes mais n’est pas due au même champignon selon les espèces végétales attaquées. Au potager, les végétaux les plus sensibles sont la tomate, le haricot, les pois, le concombre, les épinards, les fraisiers et les cucurbitacées. Pour ces derniers, l’anthracnose prend alors le nom de « nuile rouge des cucurbitacées ». Les jeunes plantules de pois peuvent fondre quelques temps après la germination sous l’action de nécroses brunes ou pourpres au niveau du collet.

Les arbres fruitiers ne sont pas en reste avec notamment une sensibilité accrue chez les noyers, les amandiers ou les cerisiers. Sur cerisier, les faces supérieures des feuilles se maculent de marques circulaires rougeâtres ou violettes qui finissent par virer au noir. Sur les noyers, l’anthracnose laisse des taches brunâtres avec un centre plus clair sur le feuillage, les bourgeons ou le brou. Du côté des arbustes, il faut surveiller les vignes, les framboisiers, les cassissiers, les groseilliers, les hortensias, les rosiers et les cornouillers.

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Stratégies de prévention et hygiène culturale

La gestion de l’anthracnose repose en grande partie sur des mesures prophylactiques visant à limiter les conditions favorables à son développement. Le respect de la rotation des cultures limite le risque de transmission de la maladie. Choisissez des graines et des plants sains et de variétés réputées moins sensibles. Il existe aussi des variétés génétiquement résistantes signalées dans les catalogues de semences.

Le nettoyage régulier des débris végétaux, qui peuvent abriter les spores du champignon, est essentiel pour réduire l’inoculum disponible pour les infections futures. Les feuilles mortes, les fruits tombés et les tiges coupées doivent être retirés du champ ou du jardin et détruits ou compostés loin des cultures. L’irrigation doit être gérée de manière à minimiser l’humidité sur les feuilles et les fruits. L’irrigation goutte à goutte est préférée à l’aspersion, car elle réduit l’humidité foliaire et les éclaboussures qui peuvent propager les spores fongiques.

Méthodes de lutte biologique et biocontrôle

Certaines préparations à base de plantes telles que la décoction de prêle ou d’ail, ou le purin de consoude ou d’ortie auraient une action de renforcement de la plante retardant la maladie. La solution la plus intéressante demeure être la stimulation des défenses naturelles des plantes. Pour cela vous pouvez appliquer du chitosan tous les 15 jours sur vos petits fruits, vos légumes et les plantes ornementales. La prêle est un anti-maladie naturel. Elle permet de lutter contre l’anthracnose du fraisier ou l’anthracnose des plantes d’intérieur en pulvérisant régulièrement une décoction sur les parties aériennes des plantes.

Plusieurs agents de biocontrôle, tels que les champignons antagonistes (Trichoderma spp.) et les bactéries bénéfiques (Bacillus subtilis, Pseudomonas fluorescens), ont montré une efficacité contre l’anthracnose. Ces micro-organismes agissent par divers mécanismes, notamment la compétition pour les nutriments, l’antagonisme direct par la production de composés antifongiques, et l’induction de la résistance systémique dans la plante hôte. Les extraits végétaux et les huiles essentielles, comme celles de neem ou de théier, possèdent des propriétés antifongiques naturelles qui peuvent être utilisées pour contrôler l’anthracnose.

Infographie comparative des méthodes de lutte contre les champignons phytopathogènes

Gestion des infections avérées

Malheureusement, il n’existe pas de traitement miracle contre l’anthracnose, d’où l’importance de la prévention. Si la maladie s’est propagée et s’est bien établie, le contrôle devient complexe. En cas d’attaque avérée, coupez systématiquement les parties touchées et brûlez-les. Pour les arbres, coupez les parties atteintes et brûlez-les. Faites de même au potager.

Le cuivre est également efficace. Vous pouvez appliquer de la bouillie bordelaise au début du printemps, une fois tout risque de gelée écarté. Toutefois, souvenez-vous que le cuivre est un élément chimique qui fait partie de la famille des métaux lourds. Pour les fruitiers, aspergez les parties aériennes avec une décoction d’écorce de saule toutes les semaines. Pour les cultures plus vastes, des protocoles spécifiques existent, comme le traitement d’hiver avec l’application de produits protecteurs, suivis d’interventions durant la floraison et le grossissement des fruits en cas de conditions climatiques favorables au pathogène.

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