L’écosystème de l’enseignement supérieur et de la recherche en France s’articule aujourd’hui autour d’une multitude d’appels à projets (AAP) visant à transformer les pratiques pédagogiques, renforcer la réussite étudiante et structurer la recherche partenariale. Ces dispositifs, qu’ils soient nationaux, régionaux ou institutionnels, imposent une rigueur méthodologique et une gestion administrative structurée, tout en offrant des opportunités de financement significatives pour les établissements et les équipes pédagogiques.

Les dynamiques de l’innovation pédagogique en licence générale
Le projet NCU Réussites plurielles illustre la volonté de soutenir l’expérimentation pédagogique dans les formations de licence générale. L’appel à projets « Innovations pédagogiques en licence générale », piloté par le CEMU, vise à favoriser la mise en place de dispositifs améliorant la réussite étudiante. La mutualisation des productions, soumises à une licence Creative Commons, garantit une diffusion large des connaissances acquises.
Les projets doivent impérativement permettre une bonne compréhension des contenus existants sur lesquels ils sont fondés, ainsi que des usages constatés jusque-là. Les projets interdisciplinaires et ceux permettant de sensibiliser et/ou former les étudiants et les enseignants à l’intelligence artificielle (IA) seront favorisés. Chaque projet doit être mis en œuvre au sein d’une mention de licence générale, le porteur devant être un membre de plein droit de l’UNT du domaine concerné.
Typologie des interventions pédagogiques
Les appels à projets se déclinent en plusieurs volets, chacun répondant à des besoins spécifiques :
- Tests de positionnement : Ils permettent d’évaluer la maîtrise des prérequis. Le projet peut consister en la création d’un test de positionnement mais aussi en l’utilisation de ressources déjà existantes, comme celles des Universités numériques thématiques.
- Publics internationaux : L’objectif est de proposer des modalités et rythmes d’apprentissage adaptés à un public international (étudiants en échange, free movers, etc.).
- Situations d’Apprentissage et d’Évaluation (SAÉ) : Les SAÉ placent les étudiants dans une situation authentique, réelle ou simulée, les amenant à mobiliser différentes ressources pour produire une réalisation ou résoudre un problème. Elles s’articulent à l’échelle d’une unité d’enseignement (UE).
- Tutorat individualisé : Ce dispositif offre un soutien méthodologique, disciplinaire ou motivationnel en petit groupe. Le tutorat peut être en présentiel, à distance ou hybride. Les équipes bénéficient d’un accompagnement pédagogique et technique pour la conception du dispositif.
- Pratiques artistiques et co-intervention : Favoriser l’intégration de pratiques artistiques (biographies dansées, théâtre-forum) pour explorer d’autres voies d’apprentissage ou la co-intervention par un binôme d’enseignants pour des enseignements innovants.
Structuration et gestion des fonds
Le soutien financier varie selon la nature des projets. Pour certains volets, il peut atteindre 100% des moyens nécessaires sur la base de budgets consolidés, tandis que pour d’autres, il est plafonné à 50%. Le porteur de projet reçoit et gère les fonds, portant ainsi la responsabilité juridique et financière de l’opération. Le dépôt d’un projet engage formellement l’établissement porteur par une signature du chef d’établissement.
Dans le cadre de l’Université Paris-Saclay, les financements mobilisables incluent les budgets communs (Idex, préciput ANR, France 2030) et les budgets des Graduate Schools. Le processus d’évaluation est rigoureux : montage avec l’unité, avis du directeur, contrôle de conformité et classement par les instances compétentes.
Formation GRATUITE à la gestion de projet
Le dispositif « Campus Connecté » : Rapprocher l’université des territoires
Le programme Campus Connecté est un dispositif labellisé par l’État, financé par le Plan d’investissements d’avenir, qui permet de rapprocher l’enseignement supérieur des territoires éloignés. En Dordogne, ce projet, mené en partenariat avec l’Université de Bordeaux, permet aux étudiants de suivre des formations à distance tout en bénéficiant d’un tutorat individuel et collectif sur un site dédié.
Ces lieux d’études répondent à une forte demande de formation au cœur des territoires. L’enjeu essentiel reste la réussite des étudiants, en leur offrant une opportunité de poursuivre une formation diplômante sans s’éloigner de leur domicile. Les étudiants sont encadrés par un tuteur, véritable coach, et profitent d’équipements connectés facilitant l’engagement dans leurs apprentissages.
Le rôle et la rémunération des étudiants mentors
Lancé en 2023, le dispositif des « Contrats étudiants mentors » joue un rôle crucial dans le lien social et l’entraide sur les campus. Il poursuit deux objectifs majeurs : améliorer le pouvoir d’achat des étudiants recrutés en leur proposant une activité rémunérée au salaire minimum, et favoriser le lien social par l’accompagnement, notamment des étudiants en situation de handicap.
Les mentors témoignent de la flexibilité de ce job étudiant, compatible avec leurs impératifs de cours. Le rôle consiste à aiguiller et orienter les étudiants pour tous types de besoins liés à la vie universitaire. Cette activité, qui occupe entre 10 et 15 heures par semaine, incite à la curiosité et à la recherche d’informations. Il n’est pas indispensable d’avoir d’excellents résultats pour être un bon tuteur ; c’est avant tout une question de volonté, de partage et d’empathie.

Recherche partenariale et Institut ExposUM : L’approche transdisciplinaire
L’Institut ExposUM, initiative de l’Université de Montpellier, illustre une ambition de recherche hors-les-murs. L’appel à projets de recherche (AAP-R) 2026, centré sur la thématique « Exposome et comportements », incite fortement à des projets transdisciplinaires. Les comportements humains façonnent notre exposome, influençant la nature et l’intensité des expositions tout au long de la vie.
Le financement est segmenté en deux catégories :
- Projets de recherche standard : Jusqu’à 250 k€ sur 2 ans, finançant personnel et fonctionnement.
- Projets de recherche exploratoire : Jusqu’à 50 k€ sur 2 ans, destinés à initier des hypothèses originales.
La soumission s’effectue en deux phases : lettre d’intention puis projet complet. L’évaluation scientifique est confiée au Conseil d’Orientation et d’Évaluation de la Recherche (COER), tandis que le Conseil d’Orientation Scientifique et Stratégique (COSS) assure la sélection finale en tenant compte de la transdisciplinarité, de l’approche One Health et de la science ouverte.
Contraintes immobilières et gestion du patrimoine universitaire
Au-delà des projets pédagogiques et de recherche, la gestion du patrimoine immobilier constitue un défi majeur. Le bâti universitaire représente un quart du patrimoine de l’État. Les opérations de réhabilitation d’ampleur, notamment en matière de performance énergétique, demandent des investissements colossaux.
La Cour des comptes a souligné que la gestion immobilière est parfois insuffisamment professionnalisée dans certains établissements. La mobilisation des crédits, qu’ils proviennent du Plan Campus, des PIA ou des Contrats de Projet État-Région (CPER), nécessite une planification rigoureuse. La maintenance et la réhabilitation sont des chantiers sur le long terme, où la planification écologique devient désormais une priorité pour répondre aux enjeux de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.
La complexité de ces dossiers, mêlant enjeux financiers, humains et techniques, impose aux universités une structuration accrue de leurs services d’appui. Les établissements doivent, dans ce cadre, équilibrer leurs ressources tout en respectant les cadres réglementaires stricts imposés par l’État et les collectivités territoriales, garantissant ainsi la pérennité et l’attractivité des sites universitaires sur le long terme.
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