L'Approche Systémique en Permaculture : Concevoir des Écosystèmes Durables

Schéma des principes de la permaculture

La permaculture offre une approche holistique et durable pour la conception de jardins et de systèmes agricoles. Elle s'adresse à tous ceux qui souhaitent créer des espaces verts productifs qui combinent harmonieusement les besoins de la nature et de l'homme. La permaculture, contraction de "permanente" et "agriculture", est un système de conception qui s'inspire des principes de la nature pour créer des écosystèmes durables, productifs et équilibrés. Cette méthode est une véritable philosophie de conception, une vision globale pour créer des écosystèmes humains durables, bien plus qu'une simple technique de jardinage. Elle est à la croisée de l’écologie, de l’agronomie et de la philosophie.

L’approche systémique de la permaculture est en rupture avec l’idéologie dominante actuelle, y compris en science, qui est davantage analytique et réductionniste, décomposant le système en parties étudiées indépendamment de leurs interactions. En permaculture, on considère l’ensemble "habitat + terrain" comme un système vivant entier. C'est une méthode de conception, ou design systémique, qui permet de créer des écosystèmes durables et résilients. L’objectif n'est pas simplement de « faire pousser » mais de « concevoir » un écosystème.

Comprendre la PERMACULTURE pour les débutants

Les Fondements Théoriques et Éthiques de la Permaculture

La permaculture a été développée notamment par les Australiens Bill Mollison (1928-2016) et David Holmgren (né en 1955). Bill Mollison, originaire de Tasmanie, a puisé une inspiration évidente dans la flore exceptionnelle et la faune originale de cette île verte, dont la forêt primaire est en partie protégée par l’UNESCO. Face à la pression destructrice de l’agriculture intensive et à l’exploitation commerciale sans scrupules de son bois, Mollison a très tôt interrogé notre rapport au monde et à la nature afin de bâtir une agriculture pérenne. Devenu enseignant à l’université de Tasmanie, il a théorisé sa pensée en collaboration avec son étudiant, David Holmgren.

Les deux cofondateurs de la permaculture ont mis en avant l’étude des écosystèmes naturels, qui offrent un fabuleux modèle à reproduire par biomimétisme, et à préserver. Ils ont aussi observé les techniques et le rapport pratique, tout autant que symbolique, des anciennes sociétés avec leur milieu naturel. Des figures comme Joseph Russell Smith (1874-1966) avec l'agroforesterie et Masanobu Fukuoka (1913-2008) avec son ouvrage « La révolution d’un seul brin de paille » paru en 1975, ont fortement inspiré les fondateurs de la permaculture. Le « rapport Meadows » publié sous l’égide du Club de Rome en 1972 avec pour titre « Les limites à la croissance », a également souligné la nécessité d'une approche plus durable.

L'éthique permaculturelle peut se résumer ainsi : prendre soin de la Terre, prendre soin de l’Homme, et s’ouvrir au partage équitable. À cela s'ajoute la recherche d’une plus grande autonomie, sans pour autant s’isoler. Ces aspirations collent parfaitement à une néo-paysannerie souvent associée, à juste titre, au développement de la permaculture en France.

Les Douze Principes de Conception de Holmgren

David Holmgren a énoncé 12 principes de la conception en permaculture, qui constituent un cadre à adapter à chaque lieu et chaque situation, sans se substituer aux savoir-faire techniques et à l’expérience pratique.

  1. Observer et Interagir : « Procéder à une observation vigilante prolongée plutôt que d’intervenir de manière irréfléchie ». Cela suppose de réapprendre à regarder ce qui nous entoure pour elle-même et tout ce qui la compose, et non plus comme un miroir de nos propres pensées. Il s'agit de noter les oiseaux présents (à quelle saison, à quel moment de la journée), les variétés d’insectes, les conditions du sol, les éléments du paysage, les déplacements du soleil, les zones d'ombre, les vents dominants, etc. Cette observation approfondie est la première étape du design.

  2. Capter et Stocker l'Énergie : Le faire d’abord au niveau local, avec ce qu’on a à disposition. Les sources d’énergie incluent le soleil, le vent et les eaux de ruissellement, mais aussi les déchets de la production agricole, commerciale et industrielle. Il faut s'inscrire dans les cycles naturels, et gérer au mieux l’énergie disponible.

  3. Obtenir une Récolte : Ce principe sous-entend que le système doit être productif et répondre aux besoins humains.

  4. Appliquer l'Auto-régulation et accepter la Rétroaction : On cherche à maximiser l’autonomie et l’efficacité énergétique de chaque partie du système. Par exemple, en utilisant des variétés rustiques de plantes plutôt que celles sur-sélectionnées de l’agriculture classique.

  5. Utiliser et Valoriser les Services et Ressources Renouvelables : Il s'agit de privilégier les ressources qui se renouvellent naturellement et de les intégrer au design.

  6. Ne Produire Aucun Déchet : Le ver de terre est l’illustration de ce principe : il consomme les déchets végétaux et les convertit en humus, enrichissant ainsi le sol et améliorant l’environnement pour lui mais aussi pour les autres micro-organismes du sol et pour les plantes. Comme tous les êtres vivants, il fait partie d’un réseau où les productions des uns sont les matières premières des autres. La permaculture souhaite « reboucler les boucles » des grands cycles biogéochimiques pour sauvegarder les minéraux.

  7. Partir des Modèles pour Concevoir les Détails : En appliquant le premier principe, on peut repérer des similarités de formes, des motifs dans la nature mais aussi l’organisation des sociétés pouvant inspirer la conception à d’autres échelles. La toile d’araignée en est un symbole, évoquant la planification en zones et secteurs. En permaculture, on conçoit des zones autour du centre d’activité selon leur intensité d’utilisation. On part d’un modèle général pour aboutir aux détails. Exemple : zone 0 = habitation et jardin médicinal / zone 1 = jardin potager / zone 2 = forêt comestible / zone 3 = terrain « sauvage », végétation pérenne. Cela permet d’optimiser les déplacements et de rendre les espaces fonctionnels.

  8. Intégrer plutôt que Séparer : Garder en tête que les connexions entre les éléments peuvent être aussi importantes que les éléments eux-mêmes. Dans un système intégré, robuste et propice à l’auto-régulation, chaque élément remplit plusieurs fonctions (fonctions multiples empilées) et chaque fonction est assurée par plusieurs éléments. Les connexions ou relations entre les éléments d’un système sont diverses : compétition, prédation, mutualisme, symbiose. La notion de recherche de synergie, d'interactions positives entre les éléments d'un système donné, est très importante en permaculture. Une même zone peut ainsi avoir plusieurs fonctions.

  9. Utiliser des Solutions Petites et Lentes : On conçoit le système de telle sorte que chaque fonction soit réalisable à la plus petite échelle tout en étant efficace énergétiquement. Par exemple, une société équitable et durable pourrait être pensée en prenant comme échelle les capacités de l’être humain.

  10. Utiliser et Valoriser la Diversité : La diversité est ce qui confère la robustesse d’un système, c’est-à-dire sa capacité à résister aux perturbations externes. Par exemple, une forêt composée de différentes espèces d’arbres résistera mieux à une épidémie qu’une plantation de sapins Douglas identiques génétiquement. La polyculture est un bon moyen d'atteindre cette diversité végétale.

  11. Utiliser les Bordures et Valoriser les Éléments de Transition : Dans les milieux naturels, les interfaces (zones de rencontre entre deux systèmes) sont souvent des lieux divers et créatifs. Pensons aux estuaires ou aux lisières de forêts. La partie vivante du sol, interface entre l’atmosphère et les couches profondes de la Terre constitue également une interface, une bordure, absolument nécessaire à la vie. Un sol profond, drainé et aéré, alimente une vie végétale féconde et robuste.

  12. Utiliser et Répondre de Manière Créative au Changement : En permaculture, on peut concevoir en utilisant le changement de façon volontaire et coopérative. Ce principe a une autre facette : l’adaptation créative aux changements de grandes échelles qu’on ne peut ni contrôler ni influencer. La permaculture concerne la durabilité des systèmes vivants naturels et de la culture humaine, mais paradoxalement cette durabilité dépend en grande partie de la flexibilité et du changement. On réalise que « stable » n’est pas l’équivalent de « statique ». Un système conçu en permaculture n’est jamais figé ; il évolue en fonction des observations et des ajustements nécessaires.

Illustration des 12 principes de Holmgren

Le Design en Permaculture : Éléments et Fonctions

Le design occupe une place centrale dans la permaculture car il permet d'intégrer les principes éthiques de manière pratique et fonctionnelle. Le design de permaculture vise à optimiser l’espace et les éléments du jardin de manière à ce qu'ils fonctionnent en synergie. Il ne s’agit pas simplement d’assembler des plantes ou d’optimiser la production d’un potager, mais de « concevoir » un écosystème.

Distinction entre Éléments et Fonctions

Pour comprendre le design systémique en permaculture, il est essentiel de distinguer un élément et une fonction. Imagine un jardin comme un orchestre : chaque instrument (les éléments) joue sa partition (les fonctions), et ensemble, ils créent une harmonie.

Un élément en permaculture est tout ce qui compose un système, qu’il soit vivant ou non. Pour simplifier, pense à ton jardin comme un puzzle : chaque élément représente une pièce unique. Individuellement, un élément peut sembler insignifiant, un peu comme une seule pièce de LEGO. Mais lorsqu’ils sont assemblés avec soin, ces éléments créent un ensemble résilient et fonctionnel.

Par exemple, un réservoir d’eau dans un jardin ne se limite pas à stocker de l’eau. Il est aussi un système à part entière, souvent composé de ses propres sous-systèmes. Un poulailler, par exemple, abrite des poules, mais il produit également des œufs, des fientes pour fertiliser le sol, et peut même réguler la population d’insectes. Cette vision systémique permet de mieux comprendre l’interaction entre les échelles. On peut analyser le jardin dans sa globalité (vision macro) ou se concentrer sur un élément spécifique pour en explorer les subtilités (vision micro).

Une fonction est le rôle ou l'action qu'un élément ou un ensemble d'éléments remplit au sein du système. En permaculture, chaque fonction doit être soutenue par plusieurs éléments pour assurer la résilience du système. Ce principe de redondance permet de maintenir un équilibre, même en cas de défaillance d’un élément. Par exemple, si la fonction de stocker l’eau est assurée uniquement par un réservoir, tout le système sera compromis si ce réservoir casse ou se vide. Visualise cela comme une table : une table avec un seul pied est instable, tandis qu’une table à quatre pieds reste solide, même si l’un des pieds est endommagé.

De plus, chaque élément en permaculture remplit plusieurs fonctions, ce qui optimise son utilité et renforce le système dans son ensemble. Prenons l’exemple d’un poulailler : il ne se contente pas de fournir des œufs. Il peut aussi fertiliser le sol avec ses déjections, contrôler les populations d’insectes nuisibles en les mangeant, et même aider à aérer le sol en grattant. De même, une mare dans un jardin ne se limite pas à stocker de l’eau. Elle favorise la biodiversité en attirant des insectes comme les libellules, qui aident à réguler les populations de nuisibles comme les moustiques. Elle peut aussi produire de la biomasse, créer un microclimat plus frais autour d’elle, et même influencer la régulation thermique du jardin.

Le Processus de Conception

La clé pour réussir un design en permaculture réside dans l’observation et la réflexion en amont. Avant de planter quoi que ce soit, il faut prendre le temps d’étudier son environnement : les cycles de la nature, les interactions entre les éléments déjà présents, et les besoins spécifiques du lieu. Par exemple, si un jardin est situé dans une zone sujette à la sécheresse, il est essentiel de réfléchir à des solutions adaptées, comme l’installation de réservoirs d’eau ou la plantation de végétaux résistants au manque d’eau.

La première étape consiste à observer attentivement le site, en notant les conditions du sol, les éléments du paysage, les déplacements du soleil, les zones d'ombre, les vents dominants, etc. Cette phase d'observation doit être vigilante et prolongée.

Ensuite, il est crucial de formaliser ses aspirations en termes de salaire, de relation avec le territoire et d’ouverture sur l’extérieur, et de déterminer l’ambition économique de l’entreprise et sa dimension familiale ou collective. L'observation signifie aussi connaître le contexte juridique, institutionnel et politique du projet, ainsi que la situation économique, les ressources disponibles et les données physiques (sol, topographie, climat). Pour cela, on se tournera rapidement vers la documentation cartographique fournie par des sites internet comme cadastre.gouv.fr ou geoportail.gouv.fr.

Le design de permaculture vise à optimiser l’espace et les éléments du jardin de manière à ce qu'ils fonctionnent en synergie. Par exemple, les plantes peuvent être disposées de manière à profiter mutuellement de leurs caractéristiques spécifiques. Utilisez des techniques de zonage pour organiser les éléments en fonction de leur fréquence d'utilisation et de leur besoin en entretien. Cela permet d’optimiser les déplacements et de rendre les espaces fonctionnels. Un zonage lié à la fréquence d’usage des différents espaces pourra être défini (de 0 pour une zone d’habitation à 5 pour une zone laissée sauvage). Le but étant de positionner les éléments du projet de manière logique et optimale.

Mettez en place progressivement les éléments du jardin en suivant le plan de conception. Commencez par les éléments clés tels que les étangs, les zones de culture, les aménagements de compost, etc. La permaculture met l'accent sur la réduction de l’effort d’entretien au fil du temps.

Une évaluation du projet doit être réalisée au minimum une fois par an afin d’identifier les éventuels changements à réaliser. Un système conçu en permaculture n’est jamais figé. Contrairement à un plan rigide, il évolue en fonction des observations et des ajustements nécessaires. Ce processus évolutif est au cœur de la résilience. Par exemple, si une mare installée pour attirer la biodiversité finit par accueillir des espèces nuisibles, on peut adapter sa gestion ou ajouter des éléments pour rétablir l’équilibre.

La Permaculture en Pratique : Au-delà du Potager

La permaculture est bien plus qu’une méthode de jardinage : c’est une véritable méthode de conception, ou design systémique, qui permet de créer des écosystèmes durables et résilients. Ce n’est pas un ensemble de règles à suivre partout et de la même façon, encore moins un dogme. Les écrits des fondateurs du concept, Bill Mollison et David Holmgren, peuvent (et doivent) être contestés. La permaculture nous invite donc à observer, à apprendre et comprendre le fonctionnement des écosystèmes naturels, pour orienter nos conceptions. De même, notre connaissance générale des plantes et du jardin guidera nos choix de plantations. Une technique n’est pas permaculturelle en soi : elle ne le sera que si elle découle des principes et de l’éthique de la permaculture et si elle est déclinable dans un design de permaculture.

Restauration et Gestion des Sols

L’industrialisation de la production agricole a eu un effet néfaste sur la vie biologique du sol. Le taux de matière organique dans les champs n’est plus que de 1 à 2 %, contre 4 à 5 % dans les années 50. Le sol est « sous perfusion », amendé à l’excès. Le travail mécanique compacte le sol et lui fait perdre sa perméabilité, sans parler de son érosion. « Si nous faisons bien notre travail en tant que permaculteurs, nous créons des agroécosystèmes où l’on maintient la fertilité [du sol] et l’eau d’une façon qui devrait être durable sur des décennies, voire sur des siècles. » Pour cela, il faut bien connaître les grands cycles biogéochimiques, ceux de l’eau et du carbone en premier lieu.

Nous avons le plus souvent une gestion linéaire de la fertilité : les grands cycles sont rompus. Ainsi, les minéraux des sols, éléments majeurs de la fertilité, finissent irrémédiablement dans la mer, avec nos déchets plastiques non recyclés. D’où une perte de fertilité systémique. La permaculture souhaite « reboucler les boucles » de ces grands cycles afin de sauvegarder ces minéraux.

Voici quelques propositions :

  • Développer le système de production polyculture-élevage où le fumier des animaux (herbivores le plus souvent) fertilise les cultures.
  • Produire moins de déchets organiques. L’ensemble des activités du secteur agro-alimentaire est responsable de la perte d’un tiers de la production agricole française selon la FAO.
  • Développer l’agroforesterie, en associant l’arbre à des cultures, ou à de l’élevage. La notion de ration du sol rejoint ce processus d’entretien de la fertilité.

Schéma de l'agroforesterie intégrant arbres et cultures

Gestion de l'Eau

Pour la gestion de l’eau, le système de « keyline design » (conceptions et lignes clés) de Percival Alfred Yeomans est adopté par la permaculture. L’aménagement paysager permet de freiner, canaliser, capter et stocker les eaux pluviales. L'arrosage dépend de nombreux facteurs, y compris le climat, la saison, et les types de plantes cultivées. En permaculture, le but est d'optimiser l'utilisation de l'eau. Une observation attentive et un sol bien paillé peuvent réduire la fréquence d'arrosage.

Agroécologie et Permaculture : Complémentarité

L’agroécologie et la permaculture, bien que liées, se distinguent par leur portée et leurs applications. Ces deux termes nous dévoilent des volontés et une vision de la culture et de la production similaire. L’agroécologie est avant tout une science et un ensemble de pratiques agricoles qui appliquent les principes de l’écologie à l’agriculture pour préserver les sols, optimiser les cultures et favoriser la biodiversité. Appliquer certains principes de l’agroécologie, comme la polyculture, la couverture des sols ou l’intégration des cycles naturels, ces disciplines permettent de restaurer des terres appauvries.

En revanche, la permaculture est une approche globale de conception de systèmes durables, qui peut utiliser l'agroécologie comme l'un de ses nombreux outils. Le paillage, le faible travail du sol, les engrais verts, le compost, les traitements naturels sont des techniques agroécologiques qui s'intègrent parfaitement dans un design permaculturel.

Des initiatives comme celles d'Icosystem proposent des formations qui vont au-delà de la théorie, montrant comment associer permaculture et agroécologie pour résoudre des problématiques concrètes comme la gestion de l’érosion ou le maintien de la fertilité. Leurs programmes incluent des formations sur la régénération des sols, la gestion de l’eau et la lutte biologique. En intégrant les principes de permaculture et agroécologie, Icosystem aide les exploitants à développer des systèmes agricoles autonomes et résilients. Les experts accompagnent également les agriculteurs dans la mise en œuvre de plans personnalisés, tenant compte des spécificités locales de leurs sols et de leurs cultures. Ces initiatives favorisent la transition vers une agriculture pérenne, tout en répondant aux exigences réglementaires et environnementales actuelles.

Biodiversité et Trame Écologique

La restauration des trames écologiques est fondamentale dans un projet permaculturel. En effet, elles offrent « le gîte et le couvert » à bon nombre d’espèces, correspondant aux zones 4 et 5 de la fréquence d’usage. La grande trame écologique des haies, qui a connu son apogée en France entre 1850 et 1930, doit être reconstituée en plantant des haies de manière appropriée. On délimite aussi une trame bleue en rapport avec les zones humides, où le salut passe par la mare. Moins visible, mais à ne pas négliger, il existe aussi une trame brune formée par le réseau mycélien souterrain. Celui-ci, beaucoup plus fin et étendu que le système racinaire des plantes, démultiplie leur surface de captation de l’eau et des nutriments.

La lutte biologique est centrale en permaculture. Introduire des espèces prédatrices comme les coccinelles pour les pucerons ou créer des habitats pour des oiseaux insectivores peut naturellement réguler les populations de nuisibles. L'effet néfaste des pesticides sur notre environnement a été décrit par la biologiste Marine Rachel Carson dès 1962 dans son livre « Printemps silencieux ».

Exemple de trame écologique dans un paysage agricole

Adaptation aux Enjeux Actuels

Les ressources énergétiques fossiles ne sont pas éternelles. Les échéances des pics de production (en 2030 pour les hydrocarbures ?) soulèvent des questions sur la pertinence des outils low tech. Ces outils se caractérisent par leur faible coût, le « fait maison » où chacun laisse libre cours à son esprit ingénieux, et enfin leur réparabilité. Il faut tout de même trouver un équilibre dans le degré d’utilisation de telle ou telle technologie, car le coût de l’énergie mécanique reste aujourd’hui bien inférieur à celui de l’énergie humaine.

Le changement climatique et ses effets pernicieux sont indéniables. L’industrialisation de notre système de production est en cause. Or, si aujourd’hui le secteur agricole engendre 20 % des gaz à effet de serre émis en France, il est aussi le seul qui peut envisager un bilan carbone positif. La philosophie permaculturelle a d’ores et déjà inspiré de nombreuses propositions. David Holmgren a délivré en 2008 des « Scénarios pour le futur » très remarqués. Auparavant, dès 2006, c’est un enseignant en permaculture britannique, Rob Hopkins, qui expérimenta son concept des « villes en transition » chez lui, dans la petite cité de Totnes. Il compléta cet élan par l’écriture d’un « Manuel de transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale », publié en 2008.

La Permaculture n'est pas Dogmatique

Joris Danthon l’affirme : la permaculture n’est pas dogmatique, elle nous propose simplement des pistes de réflexion. Il tient tant à cette précision parce que la permaculture est parfois définie à gros traits, ou de façon caricaturale. « Il n’y a pas de cahier des charges [de contrainte] technique ; il n’y a pas de labellisation en permaculture ». C’est au cas par cas, selon les spécificités du projet, que le permaculteur décidera d’utiliser (ou non) les ressources de la mécanisation. Une mécanisation lourde peut même s’imposer dans la mise en place d’un projet, et être utile au quotidien pour des travaux réguliers d’entretien des cultures, selon l’importance de l’entreprise.

Il y a une attention forte dans l’approche permaculturelle sur comment l’on va diminuer la charge de travail. Mais il faut distinguer le projet s’inscrivant dans une agriculture vivrière de celui développé à des fins commerciales. Certes, David Holmgren et Bill Mollison ont questionné la place de l’argent dans le fonctionnement de notre société, en pointant du doigt la marchandisation du monde. En retour, ils ont même proposé des alternatives comme le troc, l’échange, ou le don. L’aspirant permaculteur doit prendre en compte le contexte général de son projet, analyser le sol qu’il souhaite travailler, mais aussi obtenir, auprès des Chambres d’agriculture ou d’industrie, des données éclairant le contexte socio-économique du territoire où il se trouve.

La permaculture nécessite une planification approfondie et des connaissances pour la compréhension de ses principes. Elle représente une approche novatrice et responsable de la conception de jardins et de systèmes agricoles. Des logiciels de conception de jardin offrent la possibilité de planifier et de visualiser de manière efficace les projets spécialisés dans la permaculture.

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