Le Patrimoine Arboré et Viticole de Montreuil-Bellay : Entre Histoire et Nature

Montreuil-Bellay, une commune labellisée « 3 Fleurs » située au carrefour de l’Anjou, de la Touraine et du Poitou, sur les bords du Thouet, est une destination prisée des amateurs d’histoire et de nature. Son riche patrimoine médiéval, mis en valeur par un fleurissement adapté et saisonnier, est indissociable de sa flore remarquable et de sa culture viticole ancestrale. La ville offre une plongée fascinante dans des siècles d'histoire, où la présence d'arbres remarquables et l'art de la vigne se côtoient, révélant un écosystème unique et préservé.

Vue aérienne de Montreuil-Bellay avec ses remparts et le Thouet

Une Épopée Glorieuse et des Racines Profondes

L'histoire de Montreuil-Bellay est jalonnée de personnages illustres et de batailles épiques. Le premier donjon fut construit au XIe siècle par Foulque Nerra, Comte d'Anjou, sur les fondations d'un oppidum romain. Cet infatigable guerrier et insatiable bâtisseur, surnommé le Faucon Noir, était un fidèle du Roi de France, Hugues Capet. De sa descendance naquit la dynastie des Plantagenêt, qui régna sur l'Angleterre de 1154 à 1485, avec des figures telles que Geoffroy Plantagenêt.

Montreuil-Bellay acquit sa réputation de place imprenable lors des conflits entre le trône d'Angleterre et la couronne de France. Lorsque le mariage de Geoffroy Plantagenêt, Comte d'Anjou, avec Mathilde d'Angleterre, fit passer l'Anjou sous domination anglaise, Giraud II Berlay, baron de Montreuil-Bellay, s'y opposa par les armes. Il fallut plusieurs assauts et un siège de trois ans, entre 1148 et 1151, pour que Geoffroy Plantagenêt vienne à bout de la résistance de Giraud II Berlay. La descendance Berlay, quant à elle, prit parti tantôt pour l'Angleterre, tantôt pour le Roi de France. C'est le Roi Philippe Auguste qui, en 1208, soumit définitivement la baronnie de Montreuil-Bellay au Royaume de France en reconstruisant un donjon de pierre. En 1224, Louis VIII, sur les traces de son père, y signa une trêve avec ses ennemis, repoussant ainsi la menace anglaise.

Au XIIIe siècle, Montreuil-Bellay, entourée des immenses forêts de la Seigneurie, était un grand centre de vénerie et de fauconnerie au cœur de la Loire, où de fastueuses fêtes se multipliaient. Le XIVe siècle fut marqué par le début de la Guerre de Cent Ans. Les populations affamées se réfugiaient dans les douves du Château et dans les monastères voisins, tandis que le Seigneur de Montreuil-Bellay, Guillaume de Melun-Tancarville, mourut glorieusement en 1415 à la bataille d'Azincourt. Son petit-fils, Guillaume d'Harcourt, épousa Yolande de Laval, belle-sœur du Roi René.

Plusieurs rois résidèrent au Château de Montreuil-Bellay, témoignant de son importance stratégique et symbolique : Philippe-Auguste en 1207 et 1208, Louis VIII le lion en 1224, Louis IX en 1241, Charles VII en 1443, Louis XI en 1463, Charles VIII en 1488 et 1490, le Roi de Navarre (futur Henri IV) en 1553 et 1610, Louis XIII en 1620 et Anne d'Autriche en 1652.

Henri II d'Orléans, Duc de Longueville, hérita du Château. En tant qu'ambassadeur, il signa en 1648 le traité de Westphalie, qui mit fin à la Guerre de Trente Ans. Son épouse, Geneviève de Bourbon Condé, instigatrice de la Fronde des Princes avec son frère, le Grand Condé, fut contrainte par Louis XIV à l'exil en son Château de Montreuil-Bellay. Elle y entraîna ses nombreux admirateurs, dont La Rochefoucault et Turenne, pour « se désennuyer ».

Les Guerres de Religions éclatèrent, et catholiques et protestants vinrent tour à tour se ravitailler en armes et munitions à Montreuil-Bellay. Au cours de la Révolution, Jean-Bretagne de La Trémoille, Seigneur de Montreuil-Bellay, resta fidèle au Roi Louis XVI. Sa lourde charge de Maréchal le tint éloigné de son Château, qui fut réquisitionné et transformé en prison pour femmes monarchistes.

Un Patrimoine Arboré Remarquable et sa Préservation

Le patrimoine végétal de Montreuil-Bellay et de ses environs est d'une richesse considérable, avec des arbres séculaires qui témoignent de l'histoire et de la biodiversité locale.

Chêne sessile majestueux dans la forêt de Brossay

Les Chênes de Brossay et Vauldenay

Aux limites de la ville, dans la forêt de Brossay, au carrefour « des quatre chênes » à Cizay-la-Madeleine, se trouvent de magnifiques chênes sessiles. Le plus gros des trois survivants présente une circonférence de 5,43 m pour une hauteur d’environ 30 m. Leurs branches maîtresses de forme parfaitement courbe étaient très recherchées à une époque où la charpenterie de marine battait son plein. La noblesse et l'élégance du chêne sessile sont particulièrement mises en valeur par ces spécimens.

En lisière du bois des garennes, le chêne de Vauldenay est un petit chêne sessile de 4,20 m de circonférence. Poussant lentement au pied des vignes, il domine au loin la vieille ville close de Montreuil-Bellay. Ce vieux chêne, situé au bord de l'ancienne voie romaine (celtique ?) qui menait d’Angers à Poitiers, veille sur plusieurs siècles d’histoire.

Les Trésors Arborés du Cloître du Prieuré Bénédictin des Nobis

À quelques pas des ruines du chevet de l’église Saint-Pierre (XIe siècle), se dévoile un des trésors cachés de Montreuil. Deux ifs « tortueux » et un buis à trois troncs, au beau milieu du cloître du prieuré Bénédictin des Nobis (XVIIIe siècle), forment un ensemble remarquable. Ces ifs, avec des tours de taille de 3,10 m et 2,50 m, présentent une forme singulière et impressionnante. Un peu plus haut, sur d'anciens chemins qu'empruntaient les moines, un autre if, droit comme un i, contraste avec les deux précédents. La visite arborée de cette partie de la ville est conclue par trois buis de 78, 88 et 92 cm de circonférence à 1,30 m.

Un beau cèdre est également visible au pied du château, ajoutant à la diversité des espèces présentes dans ce paysage historique.

Les Défis de la Santé Arborée en Milieu Urbain

La préservation de ces arbres majestueux ne va pas sans défis, particulièrement en milieu urbain. Des diagnostics phytosanitaires réguliers sont essentiels pour identifier et gérer les maladies et les risques.

En 2019, 7 arbres de la place Jean-Jaurès, sur les 36 existants, ont été coupés en mars après un diagnostic phytosanitaire révélant qu'ils étaient malades, attaqués par le Tigre du platane (une espèce de punaise des arbres) et des champignons faisant pourrir les troncs de l'intérieur. Ces arbres devaient être coupés pour garantir la sécurité des nombreux usagers du site, car les arbres touchés deviennent vulnérables et menacent de tomber, notamment lors d'épisodes venteux. Ils ont été remplacés début 2020 par d'autres essences plus résistantes à l'environnement urbain.

Une expertise biomécanique indépendante, réalisée en décembre 2018 sur 300 arbres dans la partie haute du parc Montreau, a révélé que 36 % de ces arbres diagnostiqués étaient solides, 40 % présentaient des défauts mécaniques réversibles nécessitant une taille, 18 % avaient des défauts mécaniques non critiques à surveiller, et 6 % étaient fragiles et dangereux. Ces derniers (soit 19 arbres) ont été abattus et remplacés au printemps 2019.

En 2020, une expertise approfondie a montré que 13 arbres des voies départementales étaient malades et présentaient un risque pour la sécurité des usagers de l’espace public. Certains avaient subi par le passé des tailles trop importantes, fragilisant leurs branches et augmentant le risque de rupture en cas de coup de vent violent. D’autres arbres étaient attaqués par des champignons comme le phellin tacheté. Ce pathogène s’attaque au bois et entraîne son pourrissement en fonction de la propagation du champignon, altérant la tenue mécanique de l’arbre et augmentant le risque de rupture de branches. Pour ces raisons, les arbres identifiés ont été abattus en juin. De nouveaux arbres seront replantés dès l’automne-hiver 2020-2021, période la plus propice à la plantation, permettant aux arbres de développer leurs racines avant le début du printemps, dans une terre de qualité et avec la place nécessaire pour assurer leur bon développement. Les espèces seront choisies selon des critères paysagers et d’intérêt pour la biodiversité locale.

En 2021, suite à un diagnostic phytosanitaire des arbres du parc Montreau, la maladie de la suie a été repérée sur plusieurs érables. Cette maladie, irréversible pour l'arbre qui devient sec et cassant, se propage par les spores noires et volatiles d'un champignon (Cryptostroma corticale). Elle est également toxique pour le système pulmonaire humain. 24 arbres atteints de cette maladie, ainsi que 6 autres arbres morts, ont été abattus fin juillet 2021 dans le parc. En novembre 2020, des arbres du parc territorial des Beaumonts, atteints de la même maladie, avaient également dû être abattus.

La nuit du 20 au 21 octobre 2021, le passage de la tempête Aurore a affecté de nombreux arbres dans la ville, dont 6 au parc Montreau (sur 21 abattus ou déracinés dans les espaces publics municipaux). La même année, le conseil départemental a abattu 19 marronniers atteints d'une maladie (le champignon l'armillaire, qui s’attaque progressivement aux racines des arbres) le long du boulevard Gabriel Péri. Fin octobre 2021, 4 tilleuls de la rue Jules Verne, dont les racines soulevaient les trottoirs et avaient causé plusieurs chutes, ont également été abattus.

Webinar COMPO EXPERT L'ARBRE EN MILIEU URBAIN : de la plantation à l'entretien

Montreuil-Bellay et la Culture de la Vigne : Une Tradition Ancrée

Au-delà de son patrimoine arboré, Montreuil-Bellay est également fortement tournée vers la culture de la vigne (AOC Saumur), qui s’étend sur 683 hectares, et vers l’œnotourisme. C'est un véritable château de la Loire, d'époque Renaissance, et un château du vin, doté de caves gothiques.

Vignes de Saumur avec le château de Montreuil-Bellay en arrière-plan

Le Vignoble de Saumur : Terroir et Caractéristiques

Montreuil-Bellay est une charmante ville d'aspect médiéval avec son enceinte commencée au XIIIe siècle et achevée deux cents ans plus tard, ses petites rues, ses maisons anciennes et, bien sûr, son château qui figure sur l'étiquette de ce Saumur.

Les caves gothiques du château, datant des XVe et XVIe siècles, abritent encore aujourd'hui les vins du domaine, fruits des 10 hectares de vignes plantées sur des sables et graviers. Le Saumur de Montreuil-Bellay est souvent d'un rouge rubis intense, avec un nez tout aussi intense où se mêlent la fraise et la framboise. Après une attaque généreuse, on découvre une bouche puissante et longue, aux arômes de fruits rouges et noirs. Un millésime 2001, par exemple, peut laisser s'évader des notes concentrées de fruits rouges surmûris, tout en finesse, sous une robe grenat. C'est un vin rouge profond animé de nuances violettes. À l'olfaction, les arômes sont parfois très timides au début, et leur expression est favorisée par une aération.

Centre de la viticulture angevine, Saumur est la grande place de négoce des vins de Loire depuis le XVIIe siècle. Dispersé en îlots, son vignoble repose sur les célèbres sols de craie tuffeau de l'Anjou blanc, par opposition aux terres sombres de l'Anjou noir. Ces sols confèrent aux vins de Saumur leurs caractéristiques uniques et leur typicité. Les visiteurs peuvent également découvrir les plantes aromatiques et condimentaires cultivées localement, enrichissant davantage l'expérience œnotouristique.

Carte des différentes appellations du vignoble de la Loire

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