La réussite d'un verger commence bien avant la plantation du premier scion. Le sol est le support de culture des arbres fruitiers, et sa nature est tout aussi importante que le climat, l’exposition et autres facteurs. Il existe des sortes de sol différentes, comme le sol sableux et le sol argileux par exemple. La partie supérieure du sol, donc la part où poussent les racines, est le théâtre d'échanges vitaux. Les racines ont un double rôle : elles ancrent l’arbre fermement dans le sol et servent à son alimentation en absorbant l’eau et en dissolvant des sels minéraux qui proviennent du sol.
Sur presque tous les sols, on peut planter des arbres fruitiers, mais la croissance et le montant de fruits dépendent naturellement des conditions pédologiques. Il n’existe pas de sol idéal, mais nous pouvons trouver les moyens et conditions de l’améliorer, quelque soit la nature de vos terres.

La mécanique du sol et ses structures
La croissance des racines dépend beaucoup de la structure du sol. Il est important de comprendre que celui-ci doit contenir une porosité : votre sol contient des trous qui se remplissent d’air et d’eau. Un sol avec une bonne structure contient beaucoup d’air et beaucoup d’eau.
Par définition, un sol sablonneux est un sol riche en sable, donc souvent sec et pauvre en nutriments. Le sable ne s’agglomère pas sous l’action de l’eau. Les sols sablonneux sont trop perméables et se dessèchent facilement. Ils sont faciles à remuer et se prêtent au travail par tous les temps. Ils s’échauffent et se refroidissent rapidement. Ces sols sont pauvres car l’air et la chaleur y pénétrant facilement, permettant une décomposition rapide des engrais. Le sol sableux n’est pas en état d’absorber de l’eau et de nutriments lui-même, il a besoin d’humus. Le plus foncé le sable, le plus d’humus il contient, le mieux le sable. Pour les améliorer, on doit fréquemment apporter de l’amendement et des engrais organiques ainsi que des engrais verts.
À l'opposé, les sols lourds et argileux contiennent un taux d’argile variable, de 25 à 40 % en moyenne. L'argile est un élément absolument essentiel des sols, indispensable à un sol équilibré capable de retenir de l’eau et des nutriments. La forte prédominance de l’argile entraîne ces caractéristiques : un sol compact, difficile à travailler, dans lequel l’eau (on dit qu’ils sont hydromorphes) et l’air circulent difficilement. Dès lors, l’air y pénètre difficilement et l’amendement organique (fumier) s’y décompose lentement car elles restent humides et froides. La sécheresse les durcit considérablement et y produit de profondes crevasses. Cependant, les sols argileux présentent une forte teneur en éléments nutritifs, car l’argile retient très bien ces éléments et elle les rend disponibles pour les végétaux.
Préparation du terrain et gestion de l'humidité
À l’arrivée de l’automne, il est temps de penser aux plantations de l’hiver à venir. Un arbre pour s’implanter, être en bonne santé, croître puis fructifier, doit pouvoir étendre son système racinaire. Celui-ci est proportionnel au volume aérien. Il est recommandé de travailler son sol en amont de la plantation quand celui-ci est particulièrement tassé.
Pour préparer quelques trous, les outils de jardin classiques suffiront. Munissez-vous d’une pelle, d’une pioche et d’un peu d’huile de coude. Si vous envisagez de planter beaucoup d’arbres, nous vous recommandons de prévoir une mini-pelle. Commencez par retirer la pelouse en grattant simplement la surface de la terre. Prévoyez un trou de 60 cm x 60 cm minimum pour un scion ou une quenouille et 80 cm x 80 cm minimum pour un sujet en demi-tige. À l’aide d’une pioche, cassez la surface de la terre sur environ 20 cm de profondeur. Après avoir retiré la terre de surface, ameublissez la terre de profondeur, souvent plus compacte. À l’aide d’une barre à mine, fendez la terre, cassez la dernière croûte dure sans retirer de matière. Cela permettra aux futures racines de trouver un chemin en profondeur plus facilement et à l’eau de s’écouler plus rapidement.
Replacez la terre de fond en profondeur en cassant au maximum les plus grosses mottes. Finissez par remettre la terre de surface sur le dessus. Il est important de respecter l’ordre des couches car c’est en surface que la terre est fertile. Le trou forme ainsi une petite butte. C’est normal car la matière décompactée prend plus de place. Ne cherchez surtout pas à tasser cette “bosse”, vous gâcheriez tout votre travail. Il est inutile d’ajouter du compost ou du fumier lors de cette préparation. Le but est de faciliter le développement des futures racines en travaillant la structure du sol, mais tout apport de matière organique serait pur gaspillage. La terre sera de nouveau mélangée lors de la plantation.
Préparer les trous de plantation
Quelquefois, on trouve un horizon imperméable. Cette couche doit être supprimée pour un bon effet capillaire : en cas de trop d’eau, l’eau sera enfoncée dans le sol ; quand il manque de l’eau, l’eau reviendra à la surface. Si votre terrain est souvent trop humide, il faut améliorer le drainage ou on peut planter sur des buttes. On met des buttes de sol sur le terrain d’environ 50 cm de hauteur. Attention en creusant les trous de plantation : ne pas utiliser une pelle qui risque de « lisser » les bords du trou ! De l’argile lissée peut créer une cuvette qui retiendrait l’eau et étoufferait les racines.
Fertilité, humus et gestion des nutriments
Par le cycle fermé dans la nature (feuilles et fruits tombent et digèrent en place), la plupart des minéraux reviennent dans le sol et peuvent continuer la croissance d'année en année. Il est différent dans nos jardins. Nous faisons la surexploitation : nous récoltons les fruits à manger. Le circuit fermé est interrompu ici et le sol est épuisé. La fertilisation est parfois une nécessité absolue parce qu’en sélectionnant, nous avons créé des plantes avides qui ont besoin de nutrition supplémentaire.
La teneur des sols en nutriments et en humus, l’engrais naturel des plantes, a baissé. C’est pourtant l’un des éléments les plus importants. Nous avons souvent oublié cet élément principal au détriment d’engrais de synthèse. De plus, en retournant profondément les sols (au-delà de 10 à 20 cm), avec notre bêche ou fourche, nous perturbons la vie souterraine et les échanges biochimiques, les gaz carboniques s’échappent, la matière organique qui s’en nourrit se réduit, la microfaune et macrofaune disparaissent et avec elles le mécanisme d’absorption des nutriments et minéraux.
Concernant les oligo-éléments, les plantes en ont besoin très peu. Fer (Fe), manganèse (Mn), bore (B), zinc (Zn), molybdène (Mo) et cuivre (Cu) sont les plus importants. Habituellement, ils existent suffisamment dans les engrais organiques et le compost. Tous ces nutriments se trouvent en petites quantités dans le compost, le terreau et le vieux fumier. Par conséquent, nous ne pouvons pas exagérer trop rapidement avec ces engrais et on peut y utiliser des quantités relativement importantes. N’utilisez pas beaucoup de matériels organiques comme la paille ou l’écorce. Rajouter de la matière organique au sol est très utile pour rendre le sol plus poreux.
Acidité du sol et chaulage
L'acidité est indiquée par les lettres pH (de Hydrogenium potentiel), suivi par le numéro indiquant la bonne acidité. pH 7 est appelé un terrain neutre. Plus le nombre est bas, plus le sol est acide. Plus le nombre pH supérieur à 7, le plus d’alcalin ou de la chaux. Les pluies acides et la perte de calcium du sol par lessivage et l'absorption par la plante sont la cause de l'acidification des sols. Les sols acides sont préjudiciables à la croissance des plantes.
Un bon chaulage peut aider. Nous recommandons d’utiliser un carbonate de calcium doux et à action lente, tels que le calcium d'algues ou de calcaire de magnésium. Par analyse du sol, on peut être informé de la quantité nécessaire de chaux. Avec les testeurs pH disponibles dans le commerce, vous pouvez tester l'acidité du sol vous-même. Si vous voulez une image complète de l'état nutritionnel, alors vous pourriez envisager une analyse de sol. En dehors de l’indication correcte de la teneur en acidité et de l’humus, vous obtenez également l’information sur les éléments fertilisants primaires, à savoir l’azote (N), l’acide phosphorique (P), le potassium (K) et une recommandation d’engrais.
Adaptation des espèces au terroir
Chaque espèce d’arbre fruitier a un sol idéal, dans lequel il donnera le meilleur de lui-même. Il est important de rappeler que les arbres fruitiers sont greffés pour mieux s’adapter à tel ou tel type de sol. Le porte-greffe a donc une importance cruciale. On peut quand même dire qu’une terre aérée, meuble, fertile, fraîche, et de type argilo-sableuse sera appréciée par la plupart des arbres et arbustes fruitiers.

Les pommiers et poiriers peuvent être cultivés sur des sols variés, de moyennement argileux à sablonneux. Les fruits à pépins préfèrent un sol peu acide à neutre (pH entre 5,8 et 7,0). Un sol mal drainé et compacté empêche une aération suffisante et augmente les risques de chancre du collet (Phytophthora cactorum). Les racines sont généralement profondes, mais leur développement est freiné par une humidité du sol trop importante, ce qui fragilise l’ancrage racinaire de l’arbre et réduit le périmètre d’extraction des éléments nutritifs. L’irrigation est nécessaire sur les sols secs, particulièrement lors de la plantation et de la croissance des jeunes vergers. L'enherbement des inter-rangs est une pratique courante qui, associée aux chutes de feuilles, favorise la capacité de rétention d’eau, le taux d’infiltration, l’agrégation du sol, ainsi que le recyclage des éléments nutritifs.
Pour les espèces plus spécifiques :
- Les abricotiers détestent les terres lourdes, humides, froides et trop calcaires. Vous pourrez néanmoins planter un abricotier dans un sol profond et argileux à condition de choisir un sujet greffé sur un prunier Reine Claude ou “Mariana”.
- Les cerisiers aiment les sols profonds, légers et donc bien drainés. Ils pourront vivre dans un sol argilo-limoneux dans une région plutôt sèche, car l’humidité stagnante et la froideur d’un sol argileux ne leur conviennent pas du tout.
- Les pêchers et nectariniers peuvent être plantés dans un sol argileux, si possible caillouteux, tant qu’ils sont bien drainés et sans calcaire. Pour un sol plutôt humide, vous choisirez le prunier Saint-Julien comme porte-greffe, ou bien GF 305, Rubira ou encore le prunier Damas INRA 1869.
- Les pruniers, eux, seront choisis greffés sur le prunier Saint-Julien qui conviendra mieux à une terre compacte et humide. Privilégiez les prunes de type Quetsche, Mirabelle, ou encore les prunes d’ente si votre sol est argilo-calcaire.
Parmi les petits fruits, les myrtilliers poussent dans un sol acide, il faudra donc apporter cette acidité au moment de la plantation. Les groseilliers, cassissiers, framboisiers, fraisiers et mûriers peuvent se développer dans des sols variés.
En définitive, si la chaleur et le soleil font partie des conditions essentielles pour l’épanouissement de ces arbres, ils ont tous des besoins différents en matière de sol. En choisissant une variété plus tolérante et/ou un porte-greffe adapté, vous pourrez planter l’arbre fruitier de votre choix dans le sol de votre jardin. N'oubliez jamais que le travail du sol doit être raisonné : il existe des méthodes plus douces, comme le semis de plantes qui effectuent le travail de décompaction à votre place. La luzerne, le tournesol ou encore le radis chinois sont des plantes dont les racines et les pivots vont littéralement fendre la terre, créant ainsi des passages que suivront les racines de vos futurs fruitiers. Adeptes de la plantation imprévue, gardez toujours un espace prêt, au cas où vous auriez un coup de cœur chez votre pépiniériste préféré.