Guide complet : Maîtrise de l’arboriculture et du tuteurage des arbres fruitiers

La réussite d'un verger, qu'il s'inscrive dans une logique agroforestière ou dans un jardin privatif, repose sur une planification minutieuse et une compréhension fine des interactions entre le végétal, le sol et les techniques de conduite. L'agencement du système dépend avant tout de la mécanisation souhaitée ou en place sur la ferme. L’écartement entre rangs est calculé en fonction de la largeur des engins utilisés pour les pratiques culturales. Il doit également être réfléchi en fonction de la région d’implantation, en lien avec l’ensoleillement et la sécheresse estivale.

Schéma de disposition des rangs de fruitiers selon la mécanisation

Conception spatiale et implantation du verger

De manière générale, on peut planter de façon plus serrée dans le Sud car la lumière y est très forte. Il faut néanmoins prévoir 8 mètres au minimum entre les rangs pour éviter trop de concurrence, de gêne au travail et permettre des largeurs de planches adaptées au matériel agricole. Au nord de la Loire, l’imbrication entre fruitiers et les cultures voisines doit être moins forte, et la distance minimale doit être de 10 mètres.

Enfin, l’organisation spatiale des lignes de plantation des fruitiers doit être déterminée en évaluant la hauteur finale des arbres, et donc leur ombre portée, qui dépend du type de sol, du type de porte-greffe utilisé et de la conduite des fruitiers. Une conduite « en axe » (type verger basse-tige à haute densité) génèrera souvent moins d’ombre portée qu’une conduite en forme libre de type gobelet. Les conséquences au pied de l’arbre et sur les planches limitrophes ne seront pas identiques d’une conduite à l’autre, d’où l’intérêt de projeter l’incidence de ce facteur dès la conception du système.

Afin de faciliter le travail sur les arbres et notamment la récolte, la parcelle agroforestière est cultivée uniquement 1 rang sur 2. Cette technique a aussi l’avantage de permettre des rotations. Ainsi, chaque inter-rang peut se reposer et se ressourcer pendant un an car l’idée est d’y implanter un engrais vert annuel. Il est possible de planter les fruitiers en doubles rangs, espacés comme en verger classique. L’écartement des arbres sur le rang est à définir dès l’implantation en tenant compte du gabarit de l’arbre à terme. À l’âge adulte, les rangs de fruitiers doivent être aérés tant entre les arbres qu’à l’intérieur de l’arbre, et ce tout au long de l’année.

Sélection et préparation du matériel végétal

Les variétés et les porte-greffes adaptés à votre projet ne sont pas forcément les plus communs. Aussi, tous les pépiniéristes n’auront pas ce que chacun souhaite planter. Commandez le cas échéant vos scions, nom donné à l’arbre de 1 ou 2 ans greffé en pépinière, à un pépiniériste local de confiance. Un scion peut coûter entre 5 et 20€ selon son âge, selon l’espèce et selon le type de pépinière.

La fumure avant plantation est une étape essentielle pour le bon fonctionnement du futur verger. Elle doit tenir compte de la culture préparatoire et des observations et analyses de sol. Elle a pour objectif de relever le taux de matière organique, ce qui permet de stimuler la vie microbienne du sol et de fournir aux racines les éléments nutritifs nécessaires dans les années qui suivent la plantation. Le but est de détruire l’herbe présente et de créer une structure grumeleuse facilitant la plantation et le développement racinaire. Le labour profond est à éviter car cette technique est défavorable aux lombrics.

Préparation du sol et amendement organique

Techniques d'arcure et gestion de la vigueur

Le potentiel de vigueur d’un arbre a toujours fait peur aux arboriculteurs. C’est pour cela qu’il faut faire une bonne formation initiale de votre arbre. C’est avec les tailles et les arcures qu’on arrive à faire une bonne formation des fruitiers, dans les règles de l’art. Tout cela va équilibrer, renforcer, développer et embellir sa structure. On recherche une forme bien large et solide plutôt que haute, trop étroite et cassante sous le poids des fruits.

Pour ouvrir la ramure de l’arbre, ou donner une forme fruitière, il suffit d’arquer les branches charpentières et ainsi favoriser la lumière. Il est indispensable que la forme soit ouverte, aérée et le plus éclairée possible. Chaque rameau et chaque feuille doivent pouvoir profiter d’un ensoleillement maximum pour obtenir des fruits bien sucrés et colorés.

Le bois des arbres fruitiers est inégalement élastique, selon les essences, la variété, l’emplacement des tissus ligneux dans l’arbre et l’âge des branches. Il faut y aller doucement et avec délicatesse pour ne pas casser la branche. Pour l’arcure, on peut utiliser de la ficelle horticole en polypropylène stabilisée aux rayons UV ou des liens souples. S’il n’y a pas de tuteur, on peut utiliser des liens caoutchouc EPDM. Les élastiques "Triangle" sont très utilisés, pour arquer les branches fruitières, sur toutes les formes fruitières, mais surtout par les professionnels pour les formes en axe. En mettant les branches à l’horizontale, on va freiner la pousse et favoriser la mise à fruits de l’année prochaine.

Comment arquer les branches d'un arbre fruitier ?

Le tuteurage : une aide temporaire et réfléchie

Quand je livre un jeune arbre fruitier en racines nues, une question revient systématiquement : « Dois-je absolument mettre un tuteur ? » Ma réponse les surprend souvent : ça dépend. Contrairement aux idées reçues, un arbre qui bouge légèrement développe un tronc plus résistant et un système racinaire plus profond. Le tuteur n’est pas un symbole de « bonne plantation », c’est une aide temporaire dont certains arbres ont besoin.

Pourquoi tuteurer ?

  1. Stabiliser la motte pendant l'enracinement : Sans stabilité, le vent fait bouger le jeune plant, et ce mouvement empêche les nouvelles radicelles de s’ancrer dans le sol.
  2. Protéger contre les vents violents : Dans les sites exposés, le tuteur limite la flexion excessive du tronc.
  3. Signaler et protéger les jeunes plants : Le tuteur agit comme un signal visuel contre le passage de la tondeuse ou les animaux.

La force vient du mouvement. Un tuteurage trop rigide empêche l’arbre de développer ses défenses naturelles, le rendant « paresseux ».

Méthodes de mise en place du tuteurage

La méthode du tuteur unique (monopode) convient pour les jeunes sujets. Point crucial : j’installe toujours le tuteur AVANT de planter l’arbre. Cette précaution évite de blesser les racines en enfonçant le piquet après coup. Le tuteur est placé du côté des vents dominants.

Pour les arbres plus imposants, j’utilise deux ou trois tuteurs disposés en triangle autour de l’arbre (tripode ou quadripode). Cette méthode répartit mieux les forces et stabilise efficacement la motte. Les tuteurs sont placés à 30-40 cm du tronc, inclinés à environ 45 degrés.

L’art de l’attache est le détail qui change tout. La technique correcte forme un « 8 » : le lien fait une boucle autour du tuteur, se croise, puis fait une boucle autour du tronc. Ce croisement évite que l’arbre ne frotte directement contre le tuteur. Je laisse toujours 2-3 cm de jeu pour permettre un léger mouvement.

Schéma de l'attache en 8 pour le tuteurage

Conduite en cordon horizontal

Le cordon horizontal est une forme d'arbre fruitier qui se compose d'un petit tronc de 40 à 80 cm de haut, duquel part, à l'horizontale, une ou deux branches charpentières. Le pommier, grâce à son port naturellement étalé, est particulièrement propice à cette conduite.

Pour la mise en place :

  1. En automne ou en hiver, enfoncez deux poteaux de 60 cm de long, espacés de 2,50 mètres, et tendez un fil de fer galvanisé à 40 cm du sol.
  2. Plantez un scion près d'un piquet.
  3. Au printemps, lorsque la sève remonte, inclinez précautionneusement l'extrémité du scion jusqu'au fil de fer.
  4. Attachez la partie horizontale au fil de fer puis taillez l'extrémité à 35 cm de la courbure, sur un œil dirigé vers le bas.

Suivi et entretien du système

Une fois l’agencement du système agroforestier décidé, il est préconisé de projeter l’implantation des différents végétaux dans l’espace et dans le temps, au moyen d’un plan ou d’un croquis. L’irrigation des arbres est indispensable durant les trois années qui suivent leur implantation, même pour des porte-greffes sélectionnés pour leur faible sensibilité au déficit hydrique. Préférez l’irrigation par micro-aspersion afin de favoriser un système racinaire d’alimentation actif sur un volume maximal de sol.

La surveillance des protections des jeunes plants doit être régulière afin de replacer tout filet anti-gibier qui s’est envolé. Un tuteurage n’est pas une opération « pose et oublie ». Il nécessite un suivi régulier : vérification des attaches deux fois par an pour éviter l'étranglement, ajustement de la tension, et retrait du tuteur dès que l'arbre a repris sa vigueur (généralement après 1 à 3 ans). N'oubliez jamais que l'enherbement du pied de l’arbre doit être évité durant les 3 premières années pour limiter la concurrence hydrique.

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