La ville d’Amiens possède actuellement un patrimoine de 42 000 arbres. Ce chiffre impressionnant témoigne d'une volonté politique forte de verdir l'espace public et de transformer le paysage urbain en un écosystème vivant. La municipalité a d’ailleurs décuplé ses plantations annuelles en 2022, avec 10 000 nouveaux arbres. Lauréate du prix régional de l’arbre en décembre dernier, la municipalité candidate au prix national. Elle accueillera d’ailleurs la cérémonie de remise des prix villes et villages fleuris.

Faire de l’arbre un totem urbain
Bruno Bienaimé, adjoint au maire délégué à la nature en ville, esquisse déjà les contours de l’événement : « Cette année de l’arbre mettra en place une charte de l’arbre, partagée avec les partenaires, les Amiénoises et les Amiénois, ainsi qu’un compteur de plantations ». Il s’agira aussi de « poursuivre les actions “un arbre pour un nouvel arrivant” et le don d’un arbre fruitier à chacun des jardiniers des jardins familiaux ».
Le choix de promouvoir l’arbre fruitier n’est pas anodin. Il permet de reconnecter les citoyens à la production locale et à la saisonnalité, tout en offrant des bénéfices directs en termes de biodiversité. Le Jardin des plantes fêtera l’année de l’arbre le 1er mai. « Nous voulons faire de l’arbre un totem », affirme l’élu, qui souligne que la Ville investit dans les arbres 400 000 € en 2023.
La gestion rigoureuse du patrimoine végétal : l'art de remplacer
Avoir un fort patrimoine arboré implique son entretien. Et donc… de l’abattage. « On ne le fait pas par plaisir, mais par nécessité, rappelle Victor Dagneaux, chef d’unité patrimoine végétal d’Amiens Métropole. C’est de l’abattage sécuritaire. » Les arbres trop hauts, trop vieux ou malades sont donc susceptibles d’être abattus. Tout arbre tombé ou abattu est remplacé (pas forcément exactement au même endroit, selon les besoins d’aménagements).
C’est ce qui se passe actuellement rue Saint-Maurice et boulevard de Bapaume. Il faut de préférence planter les arbres de novembre à avril, pendant la « mise en veille du système biologique et pour avoir un apport en eau suffisant ».

Étude de cas : La transformation de la rue Saint-Maurice
Après la rive sud de la rue Saint-Maurice l’année dernière, face au cimetière de La Madeleine, c’est désormais sa rive nord qui voit son cheptel arboré évoluer. Comme de l’autre côté de la rue, des hêtres fastigiés (élancés et rectilignes) remplacent des peupliers d’Italie trentenaires. Pourquoi ce choix ? « Au regard de l’évolution climatique, nous avons besoin d’ajuster notre palette d’essences, en fonction du type de sol, explique Victor Dagneaux. On trouve désormais au parc Saint-Pierre des métaséquoias ou des amélanchiers, que nous n’avions pas il y a vingt ans. » D’un calibre identique à celui de leurs prédécesseurs, ces 56 nouveaux arbres de la rue Saint-Maurice mesurent de deux à trois mètres de haut.
Stratégie boulevard de Bapaume : vers une résilience climatique
Du côté de la rive sud du boulevard de Bapaume, sont abattus des arbres qui « présentent des symptômes de dépérissement : production de bois mort et réduction du feuillage », détaille le responsable. En tout, 88 tilleuls vont tirer leur révérence, et 162 seront replantés, car il s’agit aussi de remplacer les arbres progressivement disparus ces dernières années. Cette campagne se déroule en deux phases : 34 abattages et 81 plantations actuellement, le reste l’hiver prochain.
La Ville replante donc un arbre à chaque arbre abattu. Plus, même. Comment ? « Dès que l’on a de l’espace, on plante », répond Victor Dagneaux. Tout simplement. Malgré le pincement au cœur à chaque abattage, le patrimoine arboré d’Amiens ne cesse donc de s’étoffer. Des hêtres trouvent leur place de part et d’autre de la rue Saint-Maurice.
Les différentes essences d'arbres
Critères de sélection des lieux et des essences
Un plan de renouvellement du patrimoine arboré est une réflexion qui s’étale sur plusieurs décennies. En effet, il est nécessaire de prendre en compte les changements climatiques, les aménagements du territoire urbain mais aussi l’entretien (et le remplacement) des linéaires arborés urbain.
Les parcelles ont, dans un premier temps, été recensées à proximité des habitations et du centre-ville ou encore en accompagnement de voirie. La seconde partie du choix s’établie sur l’attribution de fonctions utiles pour la biodiversité à des parcelles délaissées par les riverains. Toutefois, le choix s’impose naturellement étant donné que les conditions du milieu ne peuvent pas être modifiées ou changées. L’autre sujet qui est pris en compte dans le choix des essences est la continuité d’un alignement. Les abattages sont nécessaires pour garantir la sécurité au sein de la ville : arbres vieillissant ou malade, tenue mécanique limitée égalent danger. Ainsi, le renouvellement de la gamme variétale actuellement présente est sélectionné pour s’adapter aux changements climatiques actuels.
Formation et accompagnement technique
Pour garantir la pérennité de ce patrimoine, la transmission du savoir est essentielle. Les tarifs des formations sont définis au cours de la campagne une fois connues les décisions de prise en charge des fonds d’assurance formation selon les règles suivantes :
- Ayant-droit VIVEA : 0 à 98 €/jour en fonction de la décision des comités mensuels VIVEA.
- Salariés relevant d'Ocapiat : en fonction des stages.
- Autres publics : de 273 à 275 €/jour (tarif 2026).
Les frais de déplacement et de restauration sont à la charge du participant. Vous réglez chaque année, au travers de vos appels à cotisation de la MSA, une contribution à votre fonds de formation VIVEA. Cette dernière vous permet de bénéficier d’une prise en charge partielle de vos frais de formation qui est directement versée à la Chambre d’agriculture. Si vous ne cotisez à aucun fonds de formation, le tarif « Autres publics » s’applique. Sur certaines formations, le Compte Personnel de Formation peut être mobilisé. Si vous êtes demandeur d’emploi, prenez contact avec votre conseiller France Travail.

Vers un écosystème urbain diversifié
L'approche d'Amiens démontre que la gestion des arbres n'est pas une simple question de plantation, mais une science complexe alliant climatologie, arboriculture et urbanisme. Le remplacement progressif des essences sensibles par des variétés plus résistantes, comme le montre l'évolution du parc Saint-Pierre, est le pilier de cette stratégie. En intégrant des arbres fruitiers dans les jardins familiaux, la ville ne se contente pas de verdir ses quartiers : elle nourrit également un lien social durable autour de la nature. Chaque arbre planté devient ainsi un maillon d'une chaîne plus vaste, garantissant aux générations futures un cadre de vie sain, sécurisé et en perpétuel renouvellement.