L'escalade à mains nues, ou « grimpe urbaine », est une discipline extrême qui attire de jeunes passionnés, surnommés les nouveaux « Spiderman » français. Ces grimpeurs intrépides s'attaquent aux plus hautes tours et bâtiments des villes, perpétuant ainsi l'héritage d'Alain Robert, figure emblématique de cette pratique.

Les nouveaux visages de la grimpe urbaine : Alexis, Titouan et Léo
Parmi cette nouvelle génération de grimpeurs, on retrouve des noms comme Alexis Landot, un Parisien de 21 ans, et Titouan Leduc, un Vosgien de 20 ans. Ces jeunes étudiants, l'un en graphisme et l'autre en Staps, partagent une passion commune pour l'escalade depuis leur plus jeune âge. Alexis, par exemple, s'est lancé dans la grimpe urbaine en solo et sans protection depuis un an et demi, affirmant que c'est une véritable « histoire d'amour avec l'escalade ». Titouan confirme cet engouement, expliquant que lorsqu'il a découvert la possibilité de grimper des immeubles, il s'est dit « OK, je veux faire ça ». Léo est également cité comme un de ces nouveaux adeptes.
Des ascensions périlleuses et médiatisées
Le jeudi 26 septembre 2021, Alexis Landot et Titouan Leduc se sont lancés dans une aventure audacieuse : escalader la plus haute tour de Paris, la tour Montparnasse (59 étages, 209 mètres de haut), à mains nues et sans sécurité. Si ce n'était pas une première pour Alexis, ni pour la tour Montparnasse qu'Alain Robert a escaladée pour la première fois en 1995 et à plusieurs reprises par la suite, cette ascension était une nouveauté pour Titouan. Ce dernier raconte avoir eu « très soif en arrivant en haut, parce qu'il faisait chaud », tout en précisant qu'il est loin d'être « une tête brûlée ».
Maîtrise de soi et préparation rigoureuse : les clés du succès
Pour réussir de telles ascensions, une préparation minutieuse et une connaissance approfondie de soi et de l'environnement sont essentielles. Titouan explique qu'il y a « beaucoup d'entraînement et de préparation derrière ». Alexis ajoute : « Avant de grimper, on laisse ses peurs de côté, on laisse ses émotions de côté, c'est un moment de concentration extrême. Il ne faut pas se laisser paralyser, il faut être lucide, garder la tête froide pour ne pas céder à la panique. Ce qui limite le danger, c'est la connaissance de soi, la connaissance du building et sa structure, l'entraînement, et cette capacité à garder son sang froid. Il faut être extrêmement pragmatique. » Le danger est constant, mais la peur n'est pas ce qui les anime ; ce sont les « sensations » qui prennent le dessus, des sensations « qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, impossibles à décrire », selon Titouan.

La philosophie des grimpeurs : entre victoire et célébration de la vie
Pour ces grimpeurs, l'objectif est clair : « arriver en haut, réussir ». Alexis, le plus âgé et le plus expérimenté des deux, confie : « Une fois qu'on est lancé, c'est la victoire ou la mort. C'est ce que j'adore, avec cette pratique, c'est qu'elle nécessite de faire la chose parfaitement, ça force la concentration. » Il insiste cependant sur son attachement à la vie : « Mais je n'ai pas plus envie de mourir que qui que ce soit, je tiens vraiment à la vie. Tout autant que tout le monde. Au contraire, c'est même une célébration de la vie, des capacités du corps humain. Je sais ce dont mon corps est capable. » Le but ultime est le plaisir, la passion de l'escalade, et la volonté « d'apprivoiser l'environnement urbain, des architectures de dingue et pouvoir pratiquer ce type de surfaces, c'est fou. »
IL ESCALADE DES GRATTE-CIELS À MAINS NUES DEPUIS SES 17 ANS, (ALEXIS LANDOT)
L'héritage d'Alain Robert : mentor et ami
Alain Robert, le « Spiderman national », est une source d'inspiration majeure pour cette nouvelle génération de grimpeurs. Il est leur « mentor et ami », celui qui a ouvert la voie il y a longtemps en montrant que « c'était possible ». Il a adoubé Alexis Romary, Léo Urban, Marcin Banot, et les jeunes Alexis Landot et Titouan Leduc, reconnaissant ainsi leur place dans le cercle restreint des adeptes de cette discipline périlleuse, qui ne compte que « quatre ou cinq au monde », selon Alexis.
Une préoccupation constante pour les proches et les conséquences légales
La pratique de l'escalade urbaine suscite une vive inquiétude chez les proches des grimpeurs. Alexis préfère ne pas prévenir sa famille avant une ascension pour éviter de les inquiéter, tandis que Titouan tente de convaincre ses parents d'accepter sa passion. Au-delà des risques physiques, les grimpeurs s'exposent à des sanctions légales, risquant « jusqu'à un an d'emprisonnement et plusieurs milliers d'euros d'amende pour mise en danger de la vie d'autrui ».
L'impact des réseaux sociaux : entre médiatisation et risques
Si Alain Robert a débuté à une époque où la presse et les journaux télévisés étaient les principaux vecteurs de médiatisation, les jeunes grimpeurs d'aujourd'hui doivent composer avec la rapidité des réseaux sociaux, où « tout se passe très vite ». Alexis regrette que « quand on fait une ascension, le lendemain les gens ont déjà oublié ». Titouan craint que les réseaux sociaux ne « popularisent cette activité, que ça fasse une hype », incitant d'autres personnes à tenter des ascensions dangereuses. Malgré ces préoccupations, la passion demeure, et Titouan assure qu'il y aura une prochaine fois, tandis qu'Alexis promet : « Je n'en ai pas fini avec la Défense et avec l'Espagne. »
Simon Nogueira et Notre-Dame : une ascension avant le drame
Simon Nogueira, un freerunner professionnel de 26 ans, a eu l'occasion d'escalader les toits de la cathédrale Notre-Dame de Paris jusqu'à la flèche, quelques mois avant le terrible incendie qui a ravagé l'édifice. Son ascension, réalisée sans autorisation, a été immortalisée dans une vidéo YouTube qui a enregistré 160 000 vues. Il y offre des images « à couper le souffle » de Notre-Dame au lever du soleil, montant à mains nues et posant au milieu des deux tours, sur un air de Charles Aznavour. « C'est ce que je fais quand je grimpe en haut. J'essaie de ramener un souvenir », explique-t-il.

Une préparation minutieuse et des risques contrôlés
Simon Nogueira, habitué à escalader des monuments religieux, a dû redoubler de vigilance pour atteindre le sommet de Notre-Dame. Il a effectué des repérages « la veille pendant plusieurs heures », car contrairement à d'autres églises, il a dû monter de nuit en raison de la « sécurité très imposante tout autour ». Il a dû éviter « la sécurité du chantier mais aussi de la cathédrale pour monter jusqu'en haut sans me faire attraper. » Son ascension, commencée vers 6 heures du matin, s'est terminée vers 9 heures avec son interpellation par la sécurité. Il a fini au poste de police, « étrangement, en cellule de dégrisement », et s'en est sorti avec une amende de 60 euros qu'il n'a « jamais reçue ». Malgré cela, il ne regrette pas son geste, le qualifiant de « superbe expérience ».
L'émotion face à l'incendie de Notre-Dame
Deux jours après l'incendie, Simon Nogueira a constaté les dégâts. « Il manque un truc, que voulez-vous que je dise de plus? Ce n'est pas joyeux à voir », a-t-il exprimé. Fidèle à sa passion, il est monté sur un toit pour avoir un point de vue plus élevé sur la catastrophe, un moment immortalisé sur son compte Instagram. Il déclare avoir eu l'occasion de monter à l'intérieur de la flèche, la décrivant comme « splendide » et donnant l'impression d'être « en dehors du temps ».
Alain Robert : le "Spiderman" au secours du patrimoine
Alain Robert, le célèbre "Spiderman" français, a lui aussi marqué l'actualité en escaladant la tour Engie à La Défense pour « sauver Notre Dame de Paris ». Cette « nouvelle escalade clandestine » était un « coup de cœur et un coup de gueule pour sauver Notre-Dame-de Paris : c'est le patrimoine français qui est en train de s'effondrer », a-t-il déclaré à l'AFP. Il a souligné que « cent cinquante millions d'euros sont nécessaires pour restaurer la cathédrale », un montant confirmé par la Société des Amis de Notre-Dame-de-Paris. André Finot, chargé de la communication de la cathédrale, a reconnu que ce « coup de projecteur peut nous aider », tout en précisant : « Nous n'encourageons évidemment pas ce genre d'exploit. »

Une ascension sans incident et un message fort
L'ascension de la tour Engie, sans incident, a duré environ 45 minutes, attirant une trentaine de curieux. Comme à son habitude depuis 1994, Alain Robert, qui réalise ses exploits sans autorisation, en solo intégral et sans aucun système de sécurité, avait convié quelques médias sans annoncer la tour choisie. La tour Engie, impressionnante avec ses surfaces en verre courbé, a été conçue en 2008 par les architectes Denis Valode et Jean Pistre. Avant son ascension, Alain Robert a fustigé le manque de priorité accordé au patrimoine français : « Les gens doivent se rendre compte que le patrimoine français n'est pas une priorité. C'est la dernière roue du carrosse! » Il a ajouté : « Mon coup de gueule aujourd'hui, ce n'est sans doute pas grand chose par rapport aux gilets jaunes, mais quand j'ai envie de faire des trucs, je les fais! »
IL ESCALADE DES GRATTE-CIELS À MAINS NUES DEPUIS SES 17 ANS, (ALEXIS LANDOT)
Les multiples exploits d'Alain Robert et les défis juridiques
Alain Robert, qui déclare habiter Bali depuis sept ans, a multiplié les ascensions audacieuses à travers le monde. Il a été arrêté fin janvier après avoir escaladé l'une des plus hautes tours des Philippines, la GT Tower (47 étages). En juin, il s'était attaqué à la cinquième plus haute tour du monde à Séoul, mais avait été contraint de renoncer face à l'intervention des agents de sécurité. En 2016, il avait déjà sévi à La Défense en escaladant la tour Total. Plus récemment, le mercredi 13 novembre 2019, Alain Robert a escaladé la tour Ariane du quartier d'affaires de La Défense, sans toutefois atteindre le sommet. Il est parvenu à grimper presque jusqu'au toit, s'arrêtant quelques étages avant, sous le regard stupéfait de nombreux travailleurs, un moment « insensé » immortalisé par des vidéos. En mars précédent, il avait déjà escaladé la tour Engie, haute de 186 mètres, justifiant son geste comme un cri d'alerte pour sauver Notre-Dame-de-Paris… avant l'incendie. Ces actions, bien que spectaculaires, soulignent la nature illégale de ses exploits, mais aussi l'impact qu'il cherche à avoir sur la conscience collective.