Gestion des mousses et lichens sur les arbres fruitiers : guide complet pour la santé du verger

L’arrivée de l’hiver, avec la chute des feuilles des arbres à feuillage caduc, révèle souvent une réalité que la végétation masquait : le tronc, les branches et les tiges sont couverts de lichens et de mousses. Mousses et lichens ont envahi votre vieil arbre préféré, vous privant de sa magnifique peau ? Ou provoquant votre inquiétude pour sa santé ? Cette inquiétude n’a pas lieu d’être, ils s’installent sur l’écorce mais n’empêchent pas celle-ci de jouer son rôle protecteur. Cependant, leur présence peut soulever des interrogations légitimes chez le jardinier soucieux de la productivité de son verger.

Vue rapprochée d'un tronc d'arbre fruitier recouvert de lichens et de mousses

Nature et rôle des épiphytes dans le verger

Mousses et lichens sont des épiphytes, végétaux sans racines qui se développent sur d’autres végétaux, en l’occurrence sur l’écorce des arbres. Contrairement aux idées reçues, ces organismes ne sont pas des parasites.

Comprendre le lichen

Le lichen est une association symbiotique entre une ou plusieurs algue(s) et un champignon, chacun apportant à l’autre un ou plusieurs bénéfice(s) - symbiose oblige. Le lichen se développe dans des milieux hostiles comme la surface des pierres ou de béton, l’écorce des arbres (les lichens corticoles), par contre certaines espèces ne survivent pas dans un milieu pollué. Il a besoin de lumière et est capable d’absorber les métaux lourds, il a donc un effet purificateur et joue le rôle de bioindicateur. De plus, il abrite une grande diversité biologique et offre ainsi de la nourriture aux oiseaux. L’écorce des arbres est un support pour certaines espèces de lichen, notamment l’écorce creusée, crevassée, des vieux arbres. Mais le lichen n’est absolument pas un parasite de l’arbre et sa présence n’a aucun impact sur la santé de l’arbre, il ne pénètre pas dans les tissus de l’arbre et se nourrit grâce à l’eau qui ruisselle sur le tronc.

La biologie des mousses

La mousse, elle, est une plante dite “invasculaire”, car elle n’est pas vascularisée, elle n’a pas non plus de racines. C’est pourquoi elle se plaît sur les écorces rugueuses des vieux arbres, sur lesquelles elle parvient à s’accrocher. Les vieux arbres ont également sa préférence car leur croissance est terminée ou très ralentie, et que leur ramure très développée la protège du soleil et donc du dessèchement. Elle capte sa nourriture dans l’eau, comme le lichen, n’ayant aucun accès aux tissus de l’arbre qu’elle ne parasite pas. Elle se reproduit grâce à des spores, comme les fougères, et aime surtout l’humidité, le soleil tant qu’il est doux et les environnements acides.

Pourquoi les mousses et lichens colonisent-ils les arbres ?

L’apparition de lichen sur les branches s'accompagne souvent d'une baisse de la croissance de la plante qui le porte. S'agit-il d'une plante parasite ? Non. Le lichen se développe sur les plantes qui ont perdu de la vigueur ; il faut s'inquiéter de les maintenir en forme ! L'apparition du lichen est souvent le signe que l'arbre manque de taille et d'entretien. Il se développe aussi sur les arbustes arrivant en fin de vie et qu'il faudra peut-être songer à remplacer.

Bien que sans danger pour l’arbre sur lequel ils sont installés, mousses et lichens peuvent cacher son écorce, ce qui est dommage visuellement et ce qui peut empêcher de visualiser certains problèmes de santé de l'arbre. Les mousses absorbent de grandes quantités d’eau et maintiennent une humidité constante sur le tronc et les branches des arbres fruitiers. Cette humidité favorise le développement de champignons pathogènes et peut rendre les arbres plus sensibles à la pourriture.

Comment tailler ses arbres fruitiers ?

Méthodes de contrôle et traitements naturels

Si vous souhaitez limiter leur prolifération, la prévention reste la meilleure approche. L’intervention doit être pensée comme un soin global apporté à l’arbre.

Stratégies préventives et culturelles

Les méthodes douces consistent à modifier les conditions environnementales qui favorisent ces organismes :

  • La taille : Taillez l’arbre afin de permettre à la lumière de circuler. Cette aération du cœur d’un arbre est de toute façon bénéfique pour lui car elle limite la prolifération de champignons pathogènes.
  • Gestion de l'environnement : Apportez plus de lumière au niveau du tronc en taillant la haie ou les arbustes qui poussent autour. Tondez l’herbe plus court autour du tronc afin que le milieu soit moins humide.
  • Le chaulage : Un chaulage du tronc tous les 3 à 5 ans sera une action préventive, rendant le milieu inhospitalier pour ces végétaux. Le chaulage se fait d'ailleurs régulièrement sur les arbres fruitiers pour supprimer bactéries et parasites. C’est un traitement préventif qui s’effectue à la fin de l’hiver et qui consiste à badigeonner les troncs avec du lait de chaux.

Techniques de nettoyage manuel

Le brossage manuel reste la technique la plus respectueuse pour enlever la mousse et le lichen des arbres fruitiers. Il est préférable d’utiliser une brosse en chiendent, en paille de riz ou en fibre de coco, aux poils rigides mais souples. L’intervention se déroule idéalement en hiver, lorsque les arbres sont dépourvus de feuilles et que les mousses ne produisent pas de spores. Procédez par temps sec et hors gel, en brossant délicatement du haut vers le bas du tronc et des branches. Il est important d’éviter les brosses métalliques qui risquent d’endommager l’écorce des arbres fruitiers plus que les mousses elles-mêmes. Les jets d’eau à haute pression sont également déconseillés car ils peuvent décoller ou arracher l’écorce.

Schéma illustrant le brossage délicat d'un tronc d'arbre

Soins avancés : les badigeons de santé

Pour les arbres affaiblis ou pour renforcer la vigueur de sujets sains, le badigeonnage est une technique ancestrale d'une grande efficacité. Il existe deux grandes catégories de préparations :

L'onguent de type « St Fiacre »

Constitués d’ingrédients riches en minéraux (argile, éventuellement poudre de lave basaltique ou lithothamne) et en micro-organismes vivants (bouse de vache, petit lait cru, purins de plantes), ces badigeons sont un véritable « masque de beauté » pour l’écorce. Année après année, les troncs deviennent plus lisses, plus sains. Les micro-organismes « occupent l’espace » et ne laissent pas de place aux organismes pathogènes.

Le badigeon de traitement curatif

Pour panser et « désinfecter » les plaies des arbres malades ou devant lutter contre des chancres, on utilise un trio de choc : argile, cuivre et soufre. La meilleure argile pour les badigeons semble être la montmorillonite : très gonflante, riche en silice et bien équilibrée en autres minéraux, elle résiste bien aux lessivages.

  • Recette de base : Mélangez votre argile avec de l'eau pour obtenir une consistance de « pâte à crêpes ».
  • Intégration d'huiles essentielles : Délayer au fouet 10ml d’huile essentielle d’origan compact dans 30ml de teinture mère de propolis. Ajouter 10ml d’huile de colza et 2 cuillères à soupe de savon noir pour bien disperser le mélange.

Il suffit de « peindre » généreusement les troncs et grosses branches charpentières avec un pinceau de tapissier, en insistant bien pour remplir chaque fente, trou ou anfractuosité. Rappelez-vous que ce type de traitement, bien qu'utilisable en agriculture biologique, est « costaud » et ne doit pas être utilisé en prévention sur des arbres sains.

Questions fréquentes sur l'entretien du verger

  • Les mousses et les lichens peuvent-ils tuer un arbre fruitier ? Non, ils ne tuent pas directement car ils ne sont pas parasites.
  • Faut-il enlever systématiquement tous les lichens ? Il n’est pas nécessaire de les supprimer tous. Ces organismes jouent un rôle écologique important et indiquent une bonne qualité de l’air.
  • Le chaulage présente-t-il des risques ? Pratiqué correctement, le chaulage ne présente aucun risque pour la santé des arbres fruitiers.
  • Que faire des résidus ? Les mousses et les lichens enlevés peuvent être compostés ou utilisés comme paillis dans d’autres zones du jardin. Ces matières organiques se décomposent naturellement et enrichissent le sol.

Prendre soin de ces gros arbres en soignant doucement chaque crevasse, chaque plaie, est une activité gratifiante. Le jardinier, loin d’être le « coupable » des maladies, est au contraire l’ami attentionné qui va panser les plaies et aider ses amies les plantes sur la voie de la guérison, autant que cela est possible.

tags: #arbres #fruitiers #mousse