La culture des arbres fruitiers en Bretagne : un modèle solidaire et inclusif

La Bretagne, terre de caractère et d'innovation, est le théâtre d'initiatives remarquables dans le domaine de l'arboriculture fruitière. Loin des modèles de production intensifs, une nouvelle dynamique émerge, portée par des pépiniéristes locaux engagés, regroupés en collectifs solidaires. Ces acteurs privilégient la culture biologique, la diversité des espèces et un mode de fonctionnement coopératif, démontrant qu'il est possible de concilier viabilité économique et éthique, tout en favorisant l'entraide et le bien-être de chacun.

Pépiniéristes travaillant ensemble dans une pépinière

Un réseau solidaire au service de l'arboriculture locale

Dans le sud-est de la Bretagne, une dizaine de pépiniéristes locaux ont choisi de se regrouper au sein d'un collectif d'entraide. Cette démarche vise à faire fructifier leurs activités dans le territoire en partageant les bonnes pratiques et les ressources. David et François, membres de ce réseau des pépinières paysannes du sud Bretagne, illustrent parfaitement cette philosophie.

François Wallon, jeune pépiniériste à Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), a créé sa pépinière d'un hectare il y a un peu plus d'un an. Ce mercredi matin, sous une pluie battante, c'est jour de récolte. Il peut compter sur le soutien de ses collègues, venus l'aider à déterrer ses 3000 jeunes arbres et arbustes. Ce résultat est le fruit d'un travail de longue haleine. François explique : « On est un cortège de petits pépiniéristes locaux. On s’est tous installé un peu en même temps. » Rapidement, ils ont fait connaissance et ont décidé, il y a deux ans, de monter un collectif informel.

Ce réseau solidaire se manifeste par des coups de main mutuels, particulièrement importants au début de l'automne pour la récolte des arbres. Les pépiniéristes achètent ensemble les porte-greffes et sélectionnent les variétés de greffons issues du territoire, qu'ils greffent eux-mêmes. Le rôle du réseau va au-delà de l'aide technique, comme le souligne François : « Le rôle de notre réseau est aussi de se soutenir les uns les autres lorsqu’on peut connaître des difficultés dans nos activités. Ça permet de ne pas être tout seul avec ses problèmes. » Il reconnaît avoir connu des semaines difficiles depuis septembre, et la possibilité de parler et d'être encouragé a fait une réelle différence, apportant un « souffle d'air » essentiel, non seulement technique, mais aussi psychologique et moral.

Un modèle coopératif face à la concurrence

Au travers de ce réseau, les pépiniéristes locaux souhaitent prouver que des professionnels d'un même secteur peuvent s'entraider sans entrer en concurrence. François Wallon revendique : « On veut montrer qu’un réseau professionnel d’entraide ça existe. Ce n’est pas une fatalité d’être concurrents et de se racheter les uns les autres. On est dans un système coopératif et pas concurrentiel. »

La diversité des productions au sein du réseau est une force. David précise : « François et moi on est tous les deux pépiniéristes fruitiers, mais d’autres font des arbres bocagers et champêtres ou d’ornement. » L'objectif est de parvenir à un modèle économiquement et humainement viable, en dimensionnant la production par rapport aux bassins de population locaux. La vente se fait principalement en direct, sur les lieux de production ou sur les marchés locaux fréquentés par ces pépiniéristes à la saison.

Le Clos des Fruitiers, situé lieu-dit Dastres à Guémené-Penfao (07 83 82 74 57), est un exemple de ces pépinières engagées dans la production d'arbres fruitiers biologiques en Bretagne.

Pépi Berry : l'engagement pour l'agriculture syntropique et la biodiversité

Bertrand, le créateur de Pépi Berry, est un amoureux incontesté du vivant. Initialement orienté vers les animaux lors de ses études, il a entrepris en 2015 une reconversion professionnelle dans le paysagisme, métier qu'il a exercé durant six ans. Le nom de sa pépinière, Pépi Berry, est un clin d'œil à « pépinière » et à « baie » en anglais, en l'honneur de sa compagne anglophone et de son fils bilingue.

Chez Pépi Berry, l'accent est mis sur la qualité et la jeunesse des plants. Seuls des jeunes plants d'un à deux ans sont proposés, en scions pour les arbres et en touffes pour les arbustes. Cette approche garantit une excellente reprise, un développement racinaire et aérien parfait, un libre choix dans la forme à donner au végétal, tout en offrant le meilleur rapport qualité/prix.

Jeunes plants d'arbres fruitiers en pépinière

Un large choix de plantes, des fruitiers traditionnels aux pépites méconnues

Bertrand s'applique à proposer une large gamme de plantes, en perpétuelle agrandissement. On y trouve les fruitiers traditionnels connus de tous, mais aussi des « petites pépites méconnues (et parfois rares) » comme le Ragouminier, le Caraganier de Sibérie ou encore le Poivrier du Sichuan.

La culture de certaines de ces espèces, comme le Poivrier du Sichuan, reste encore rare en France et demande du temps et de la minutie. Après la culture, vient l'étape du séchage puis du tri pour séparer graines et péricarpes, un processus long car réalisé à la main pour obtenir un poivre de Sichuan de qualité en agriculture biologique.

L'agriculture syntropique : une révolution pour la pépinière

L'agriculture syntropique, souvent perçue comme une nouvelle lubie faisant suite à la permaculture et aux jardins-forêts, a eu un impact majeur sur Bertrand. Il affirme : « Cette formation a eu l'effet d'une bombe sur moi ! Alors NON ! Il n'est aujourd'hui plus concevable pour moi de faire autrement que de cultiver la pépinière sous les principes et méthodes de l'AGRICULTURE SYNTROPIQUE. »

C'est pour cette raison que la pépinière a subi de grands changements au cours de l'hiver 2024/2025. Bertrand a entièrement revu et repensé les cultures. Une nouvelle zone de production d'arbres fruitiers a été créée sous forme de lignes doubles, alternées par des lignes simples purement syntropiques pour la culture du Poivre du Sichuan (principalement) ainsi que de quelques vignes de production qui y sont intégrées.

L'agriculture ou le jardinage en syntropie est une approche qui vise à créer des écosystèmes productifs et résilients en imitant les processus naturels. Elle se distingue par une densité de plantation élevée, une succession d'espèces et une gestion de la biomasse pour enrichir le sol et favoriser la vie microbienne. Cette méthode permet de maximiser la production tout en régénérant les sols et en augmentant la biodiversité. En créant des microclimats et en favorisant les interactions positives entre les plantes, la syntropie réduit le besoin d'intrants extérieurs et augmente la résilience des cultures face aux aléas climatiques.

Schéma explicatif de l'agriculture syntropique

Bertrand prévoit de partager son expérience et ses connaissances sur la syntropie. Il a l'intention de réaliser des vidéos YouTube, d'organiser des visites et même des stages sur ce sujet pour embarquer le public dans ce qu'il qualifie de « magnifique voyage qu'est la SYNTROPIE ! ».

L'intégration des personnes en situation de handicap dans l'arboriculture

Bien que l'information fournie ne détaille pas explicitement la participation de personnes en situation de handicap dans ces pépinières spécifiques, le contexte de solidarité, d'entraide et d'un modèle économique et humain viable, tel que revendiqué par ces pépiniéristes bretons, crée un environnement propice à l'intégration. L'agriculture et l'horticulture offrent de nombreuses opportunités pour des emplois adaptés, favorisant l'autonomie, le développement de compétences et la valorisation du travail manuel et en extérieur.

Les réseaux comme celui des pépiniéristes paysannes du sud Bretagne, qui mettent l'accent sur le soutien mutuel et la non-concurrence, pourraient facilement s'ouvrir à des initiatives d'intégration de personnes en situation de handicap, notamment à travers des structures d'insertion par l'activité économique ou des entreprises adaptées. La diversité des tâches en pépinière, allant du semis à la récolte, en passant par le greffage, la taille et l'entretien, permet d'adapter les postes de travail aux capacités de chacun. Le travail en équipe, comme celui observé lors des récoltes où les pépiniéristes se donnent des coups de main, est également un facteur d'intégration sociale et de bien-être.

Personnes travaillant dans une pépinière

L'accent mis sur le caractère humain des activités et la dimension psychologique et morale du soutien au sein du réseau sont des éléments qui résonnent fortement avec les principes d'inclusion. Le fait de ne pas être « tout seul avec ses problèmes » et de bénéficier d'un « souffle d'air » est une aspiration universelle, particulièrement pertinente pour des personnes qui peuvent être confrontées à des défis supplémentaires dans leur vie professionnelle.

Ainsi, le développement des arbres fruitiers en Bretagne, porté par ces collectifs de pépiniéristes, représente un modèle potentiellement très riche pour l'intégration des personnes en situation de handicap, en leur offrant un cadre de travail valorisant, soutenu et respectueux des individualités.

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