Potager en permaculture : L'épinard et le haricot vert, des alliés précieux pour une récolte abondante

Illustration d'un potager en permaculture avec différentes cultures associées

Le jardinage en permaculture est une approche holistique qui vise à créer des écosystèmes harmonieux et productifs, en s'inspirant des dynamiques naturelles. Au cœur de cette philosophie se trouve l'art des associations de cultures, une technique ancestrale qui permet d'optimiser la croissance des plantes, de lutter contre les nuisibles et d'améliorer la fertilité du sol. Parmi les nombreux légumes qui peuvent trouver leur place dans un potager permacole, l'épinard et le haricot vert se distinguent par leur facilité de culture et leurs multiples bienfaits.

La permaculture : Observer la nature pour cultiver durablement

La permaculture est née de l'observation de la nature. Le concept est donc de recréer et de préserver un écosystème le plus équilibré possible. En permaculture, la culture permanente vise à aménager un écosystème harmonieux, durable, productif, esthétique, vivant et respectueux de l’environnement. Créer votre jardin potager en permaculture doit commencer par observer les évolutions sur votre terrain avec les saisons. Cette étape est essentielle pour choisir le meilleur emplacement et les végétaux que vous allez planter. L'idée est de stimuler la vie bactérienne et fongique mais aussi la vie des vers de terre qui vont, par leur action, brasser les différentes couches entre elles.

Préparation du sol et choix des aménagements

Il est important d’analyser le sol afin de connaître son état. S’il présente une couleur foncée (sol argileux) et qu’il sent la forêt, il est en très bonne santé. L’étape suivante consiste à délimiter les parcelles. En permaculture, la culture sur buttes est souvent la plus fréquente. Une butte de permaculture est construite comme un sandwich qui alterne couche carbonée et couche azotée, dont les plantes auront besoin pour croître. Pour créer une butte, on creuse un trou d’une profondeur d’une quarantaine de centimètres. Au fond, on positionne des bûches d’arbre mort, en décomposition, par-dessus quelques branches fines pour boucher les trous qui constitueront la couche carbonée. Au-dessus, on prend les mottes de terre et d'herbe que l’on a enlevées précédemment et on les retourne pour que l’herbe (couche azotée) rentre en contact avec la couche carbonée. La terre est ensuite recouverte et mélangée en surface avec du compost bien mûr (un an ou plus) et on recouvre de paillage assez épais (15 à 20 cm, même plus).

Concrètement, un jardinier bio dispose de nombreuses façons de faire son potager. Il a le choix entre jardin mandala, jardin trou de serrure, jardin en hauteur, carré potager, etc. En termes d’accessibilité, dessinez des chemins pas trop épais, mais praticables pour pouvoir entretenir votre jardin. En permaculture, il n’est pas question de labourer et de retourner la terre. Seule l’aération du sol au moyen d’une fourche-bêche est permise. Pour nourrir votre terre, préférez les matières organiques aux produits chimiques. Dans ce cadre, le compost est un amendement organique riche en éléments nutritifs (de l'azote, du phosphore, du potassium), très indispensables pour améliorer la structure du sol. Par ailleurs, cultiver des engrais verts reste une pratique très raisonnable pour protéger le sol contre les adventices ou les mauvaises herbes. Cela permet également de nourrir et d’embellir la terre en améliorant sa perméabilité à l’air et à l’eau. L’une des règles d’or dans le jardinage en permaculture est qu’il faut toujours garder le sol couvert pour conserver et améliorer sa structure.

La gestion de l'eau et l'accueil des auxiliaires

En permaculture, l’eau est une ressource très importante pour le développement de la culture. Tout d’abord, vous devez adopter les moyens possibles pour augmenter la capacité de conservation de l’eau de votre potager. À ce titre, en plus de protéger le sol, le paillage est également un moyen efficace pour garder son humidité. Durant la saison estivale, les eaux pluviales constituent des alternatives très intéressantes pour arroser régulièrement le potager. L’eau de pluie est douce, sans calcaire, sans chlore, sans produits nocifs résultant des processus de traitement de l’eau.

Les auxiliaires, tels que les abeilles, les coccinelles, les mésanges, les pince-oreilles, sont des alliés du jardinier. Ce sont les acteurs principaux de la pollinisation (mode de reproduction sexuée des végétaux). Ils se nourrissent aussi de pucerons et d’autres insectes nuisibles à la culture. Pour attirer les insectes auxiliaires dans votre jardin, vous pouvez marier les formes et les couleurs en intégrant des fleurs mellifères. Également, offrez-leur des abris ou des cachettes afin qu’ils puissent se reproduire. Par exemple, laisser quelques herbes hautes peut favoriser l'installation de colonies de coccinelles. Des tas de bois peuvent aussi servir d'abri à des couleuvres, ce qui peut réguler naturellement la population de rongeurs.

Les associations de légumes : Clés du succès en permaculture

Associer des cultures peut à la fois vous servir à booster la croissance de certaines plantes, mais peut aussi vous servir à éloigner certains ravageurs ou préserver vos fruits et légumes des maladies. Pour jardiner sans pesticide, pratiquer l’association de culture au potager bio, également appelée compagnonnage, peut être déterminante. Le principe de la permaculture lui-même consiste à planter sur la même parcelle des végétaux pouvant s’entraider. Jusqu'à 1 m, ces plantes se font du bien ou… il faut éviter de les associer à tout prix ! Un simple mauvais voisin peut ruiner toute votre récolte. Il est crucial de faire soi-même ses propres expériences, car il n'y a pas de solution unique.

Tableau synthétique des bonnes et mauvaises associations de légumes

L'épinard : Un allié universel au potager

L’épinard est un bon compagnon au potager. À tel point que Gertrud Franck l’utilise comme engrais vert ainsi qu’en associations dans son potager, où il occupe une place centrale au cœur de son système de cultures associées. L’épinard est l’ami de tous, sauf… de l’épinard ! En effet, l’épinard ne serait toxique… qu’avec lui-même ! Évitez donc de semer de l’épinard au même endroit deux années d’affilée.

L'épinard s'accorde avec de nombreux légumes. On peut l’associer avec des choux cabus, ce qui a très bien fonctionné dans certaines expériences. Au printemps, vous pourrez l’associer avec des radis sur les bords de lignes, des laitues, des navets également (les épinards viendront sur les bords du rang de navet). L'épinard s'accorde aussi avec l'aubergine, le céleri, l'oignon, les pois et la fraise.

Sandra Lefrançois et Jean-Paul Thorez, dans leur livre sur les plantes compagnes, nous expliquent que l’épinard “rendrait le fer plus assimilable par les autres plantes grâce à la saponine, aux mucilages et à l’acide oxalique qu’il émet dans le sol”. Ils nous apprennent également que l’épinard aurait un effet bénéfique contre la hernie du chou (même si cela reste à prouver !). En résumé, semez l’épinard partout où vous le désirez dans votre potager. Ce n’est pas grave si vous ne consommez pas tout : il servira d’engrais vert, et les plants oubliés serviront de porte-graines. La production de semences sera abondante, et vous pourrez en ressemer copieusement l’an prochain. De plus, l’épinard joue le rôle de CIPAN. Une CIPAN (culture intermédiaire piège à nitrates) permet de capturer l’azote présent dans le sol, sous forme lessivable (qui va disparaître dans les nappes durant l’hiver), et de le restituer plus tard, lors de sa décomposition. C’est une pratique des plus écologiques pour le jardinier connaisseur, soucieux de l’éventuelle pollution qu’il pourrait engendrer à l’échelle de son jardin. Alors n’hésitez plus et cultivez de l’épinard en pagaille cette année !

Le haricot vert : Un pionnier généreux

Les haricots ont été une des premières réussites pour de nombreux jardiniers, même sur des terres pauvres, sablonneuses, compactées et envahies d’adventices. Les haricots se sont vraiment comportés en pionniers. Les haricots sont délicieux et assez faciles à cultiver. Il en existe de toutes les couleurs et produisent en abondance.

Les haricots verts ont besoin d’un endroit chaud et ensoleillé dans un sol bien drainé. C’est une culture tendre qui n’aime pas le gel ou le froid. Pour une récolte précoce, vous pouvez semer à l’intérieur entre fin avril et début mai. Si les températures sont chaudes en mai, vous pouvez semer à l’extérieur, mais les semis peuvent avoir besoin d’une certaine protection (comme une toison) la nuit. Utilisez de petits godets, en semant un haricot par pot de 5 cm de profondeur. Placez les pots à l’extérieur dans un châssis si vous en avez ou dans une autre zone abritée et chaude. Semez directement en pleine terre lorsque la température du sol est suffisamment chaude. Le semis en ligne est une méthode largement répandue pour cultiver les légumes. Pour les haricots/fèves/pois/épinards, on peut planter en pleine terre et en rang mais paillé après la levée des semis.

Plus intéressant encore en matière de culture associée, certains légumes du potager qui aident les haricots sont aussi aidés par ces derniers. Les haricots peuvent pousser mieux et plus vite si vous les associez avec d’autres plantes. Les haricots s'accordent avec les betteraves, la bourrache, les choux, les carottes, les choux-fleurs, le maïs, les œillets d'Inde, les courges, les fraises et les tomates. Ils n'apprécient pas la ciboulette, le fenouil, l'ail et le poireau. Une association culturale, et c’est logique, peut aussi être contre-productive. Certaines associations de culture au potager ne sont pas heureuses pour les haricots comme par exemple planter des fenouils à proximité.

SEMIS DES HARICOTS ► 5 erreurs à éviter au potager

L'importance des légumineuses pour le sol

Les haricots, comme les petits pois, sont des plantes fixatrices d’azote, qui enrichissent le sol naturellement. Les fameuses nodosités (petites « boules ») pourvoyeuses d’azote sont en fait une sorte de symbiose entre de sympathiques bactéries présentes naturellement dans le sol et la racine des haricots. Le haricot nécessite donc peu de fertilisation azotée, et dans tous les cas mieux vaut éviter le fumier frais, qui peut lui nuire ! Si votre sol est déjà bien riche en humus, inutile de l’amender avant de semer le haricot, véritable engrais vert à lui tout seul. Après chaque culture, généralement fin août ou début septembre, il est conseillé de couper les plants au niveau du collet, laissant soigneusement les racines dans la terre afin qu’en se décomposant, les nodosités restituent l’azote emmagasiné (ce qui n’est pas tout à fait aussi efficace si l’on arrache les plants, laissant les racines à l’air libre sur le sol).

Conseils pour la culture et la récolte des haricots verts

Ces plantes atteignent environ 45 cm de haut et sont cultivées de préférence en petits blocs, où les plantes voisines fournissent un support. Lorsque les plantes sont en fleur, arrosez-les bien pendant les périodes de sécheresse. Pour les variétés grimpantes, un support est nécessaire. La méthode traditionnelle consiste à les faire pousser le long d’une double rangée de cannes de bambou, avec 40 cm entre les rangées. Si vous n’avez pas de place pour les rangées de cannes, vous pouvez également fabriquer des wigwams, ces structures coniques faites avec des tiges. Là encore, utilisez des cannes de 2 m de haut et utilisez quatre ou cinq cannes par wigwam, en espaçant chaque canne de 15 cm au sol. Attachez le haut des cannes ensemble.

Pour la récolte, commencez à cueillir les gousses lorsqu’elles mesurent 10 cm de long. Les gousses sont prêtes lorsqu’elles se cassent facilement et avant que les haricots ne soient visibles à travers la gousse. Petite astuce pour les fainéants : lorsque vous cueillez vos haricots, cassez la tige d’un petit coup d’ongle plutôt que de tirer dessus. Petite astuce pour les petits jardins : bien qu’ils soient forcément un peu moins productifs, cultivez de préférence des haricots nains car ils s’insèrent vraiment facilement entre deux cultures, sans leur faire d’ombre ni les étouffer.

Il est important de ne pas semer le haricot plusieurs années au même endroit car il est sensible à certaines maladies (graisse du haricot, rouille, anthracnose…). Ne le semez pas trop profondément : comme pour l’ail, un vieux proverbe dit que le haricot doit « voir partir le jardinier ». Attention ! Cette information est trop peu connue, mais le haricot cru ou mal cuit peut présenter une certaine toxicité. Il est souvent entendu dire que cela concernait uniquement les haricots nains, ou les haricots rouges, mais sans avoir la moindre confirmation de ces restrictions.

Pour décorer rapidement et à peu de frais un grillage ou une clôture disgracieuse, plantez quelques graines de haricots d’Espagne : il pousse à vitesse grand V, formant de longues lianes de plus de 3m, de très belles fleurs rouges, et même des gousses comestibles (environ 100 jours après le semis).

Prévenir les nuisibles et les maladies : Le pouvoir des plantes compagnes

Certaines plantes ont la propriété d'attirer sur elles les nuisibles. Ainsi, le Solanum nigrum (ou morelle noire) attire les doryphores et s'avère toxique pour leurs larves (au grand bénéfice de la patate !). La capucine attire les pucerons jusqu'à s'en couvrir entièrement. Et inversement, les plantes aromatiques peuvent protéger vos cultures ornementales, comme la ciboulette qui, plantée à côté des rosiers empêcherait les attaques d'oïdium et de taches noires. Les œillets d'Inde et le ricin attirent à eux les insectes du sol, au rang desquels les fâcheux nématodes. Des œillets d'Inde ainsi que du lin peuvent être plantés pour prévenir les soucis de nuisibles.

Schéma illustrant la synergie entre plantes compagnes pour repousser les nuisibles

Contrôle des pucerons

Les pucerons ont de nombreux ennemis naturels qui peuvent contribuer à réguler leur population. Encourager la présence de coccinelles, de chrysopes, de syrphes et de guêpes parasitoïdes peut être une méthode efficace pour contrôler les pucerons. Des préparations naturelles à base de plantes peuvent être efficaces pour repousser ou affaiblir les pucerons. Le purin d’ortie, par exemple, en plus d’être un excellent fertilisant, peut décourager les pucerons lorsqu’il est pulvérisé sur les feuilles. Si l’infestation n’est pas trop étendue, enlever les pucerons à la main ou les écraser délicatement entre vos doigts peut être une solution directe et immédiate. L’utilisation de voiles de protection ou de filets anti-insectes peut empêcher les pucerons d’atteindre les haricots. Des plantes saines sont moins susceptibles d’être gravement affectées par les pucerons. Assurez-vous que vos haricots reçoivent suffisamment de lumière, d’eau et de nutriments. Le plus grand ennemi des haricots est la mouche du haricot (Delia platura). Protégez les plantes contre les oiseaux en les recouvrant d’un filet ou d’une toison.

Les précautions à prendre avec les associations

Bien que les associations de cultures soient bénéfiques, certaines sont à éviter. Le risque en associant les pommes de terre et les tomates est qu’elles appartiennent à la même famille et qu’elles ont des maladies "graves" communes (comme l’alternariose). Si un plant est contaminé, tous sont menacés. Personnellement, il est également compliqué de faire voisiner les tomates et les pommes de terre, du fait du buttage de l’une et du système racinaire de l’autre. Il n'y a pas besoin de pieds de tomates pour que la vigne soit malade. Le mildiou est la maladie commune, mais il est possible de cultiver des pieds de vignes à côté de pieds de tomates sans soucis, malgré les informations contradictoires qui peuvent exister. Par exemple, sur une fiche d’association, il peut être déconseillé de planter chou et tomate, alors que sur une autre fiche "Chou" la tomate est indiquée comme bonne voisine. Cela souligne l'importance de l'expérimentation personnelle et de l'adaptation aux conditions locales.

Le jardinage lunaire et la rotation des cultures

Le jardinage avec la Lune est une méthode ancestrale qui repose sur les cycles lunaires. Le calendrier lunaire détermine le meilleur moment pour semer, planter et récolter (ainsi que les jours où il est préférable de ne pas jardiner). En effet, les différentes positions de la Lune par rapport à la Terre et aux constellations ont une influence sur les légumes. Le haricot vert figure parmi les légumes les plus simples à cultiver avec la Lune. On sème les graines en Lune descendante et jours-fruits (à partir de fin avril sous abri et jusqu'à début juillet). Pour les légumes verts sensibles au gel, il est conseillé de faire ses semis sous abri. C'est le cas notamment de la courgette, de la laitue et des haricots verts. Le repiquage peut ensuite être réalisé, dès que le jeune plant a entre 4 et 6 feuilles. Quant aux variétés les plus résistantes au froid, elles peuvent être semées directement en pleine terre (exemples : les choux d'hiver, les petits pois, les poireaux).

La rotation des cultures consiste à alterner d'une année sur l'autre, différentes familles de légumes sur une même parcelle. Cette technique permet de ne pas épuiser les sols et de limiter la propagation des maladies. On se rend rapidement compte au fil des années que si l’on n’utilise pas la rotation des cultures, que l’on n’amende pas sa terre avec du compost, des purins, elle s’affaiblit et ne finit par donner que très peu de récolte et de piètre qualité.

Recettes simples pour savourer les haricots verts

Une fois récoltés, les haricots verts peuvent être préparés de multiples façons. Faites cuire les haricots verts dans de l’eau bouillante salée jusqu’à ce qu’ils soient tendres mais encore croquants. Dans une poêle, chauffez l’huile d’olive. Ajoutez les haricots verts dans la poêle, arrosez de jus de citron, assaisonnez avec du sel et du poivre. Faites cuire les haricots verts dans de l’eau bouillante salée pendant 3-4 minutes. Dans une poêle, faites chauffer l’huile d’olive. Ajoutez les haricots verts et faites-les sauter.

Photo de haricots verts cuits et assaisonnés

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