
L'histoire rurale des bords de Maine à Angers au tournant du XXe siècle est une mosaïque riche de pratiques agricoles traditionnelles, de solidarité communautaire et d'évolutions profondes. Le travail de recueil de mémoire mené par l’Association du quartier des Capucins à Angers, et déposé aux Archives patrimoniales d’Angers, offre un éclairage précieux sur cette période. Des interviews, comme celles d'Henriette et André Mangeard réalisées en août 2003, permettent de reconstituer le quotidien des habitants et des agriculteurs qui vivaient de la terre et de ses ressources le long de la rivière. Ces témoignages sont d'une importance capitale pour comprendre les racines d'un quartier comme les Hauts-de-Saint-Aubin, dont l'histoire a été brillamment documentée dans le livre « 40 mètres au-dessus de la Maine. Racines d’un quartier d’Angers, les Hauts-de-Saint-Aubin », publié en 2007 et couronné d’un prix national de la Fondation de France. Les versions intégrales de ces interviews, conservées aux Archives patrimoniales d’Angers, sont une source inestimable pour les chercheurs et les curieux désireux de plonger dans le passé angevin.
L'Héritage Agricole et la Transition vers le Maraîchage
Les familles angevines du début du XXe siècle étaient souvent ancrées dans une tradition agricole séculaire. André Mangeard, dont les parents et grands-parents étaient agriculteurs, témoigne de cette lignée et de son propre changement de métier vers le maraîchage. Cette transition illustre une évolution des pratiques agricoles en réponse aux besoins d'une ville en croissance. Autrefois, l'agriculture était dominée par l'élevage et les céréales. Les familles possédaient des vaches et des chevaux, et le lait était porté tous les matins dans la ville d’Angers, rue Barra, boulevard Descazeaux, avec une petite voiture à poney. Les grands-mères avaient leurs clients fidèles qui plaçaient leurs petits pots à lait sur la fenêtre devant leur domicile, une image pittoresque de la relation directe entre producteurs et consommateurs.
La vie d'un fleuve - C'est pas sorcier [Intégrale]
Le grand-père d'André Mangeard, par exemple, partait labourer avec les deux chevaux, et toute la terre était dédiée aux céréales. Le blé était une culture prédominante, mais l'absence de choux-fleurs à l'époque est un détail révélateur des spécificités de l'agriculture locale. C'est le grand-père Bélanger qui a initié la culture des choux-fleurs dans la région, ayant fait venir les graines du quartier Saint-Laud et de Sainte-Gemmes. Cette innovation a marqué un tournant, et la transmission des graines entre agriculteurs témoigne d'une forte solidarité. Chacun s’aidait comme il pouvait, notamment pour le battage du blé, où le partage du temps et l'entraide gratuite étaient la norme. Il n’était pas question de faire payer un coup de main. Il fallait au moins trente personnes pour réaliser le battage, ce qui impliquait le transport d'une machine, une chaudière à feu, l'activation de la vapeur et l'attelage de deux chevaux. Cette machine était louée à un entrepreneur, le moins cher, et le travail pouvait durer de quatre heures à deux jours, nécessitant de nourrir les ouvriers et l'aide du patron et des employés.
Solidarité et Entraide Communautaire
La vie agricole sur les bords de Maine au début du XXe siècle était profondément marquée par une culture de la solidarité. Les témoignages des habitants soulignent l'importance de l'entraide entre agriculteurs. Cette solidarité n'était pas seulement une question de commodité, mais une nécessité pour la survie et le succès des exploitations. Pour des tâches exigeantes comme le battage du blé, l'organisation collective était indispensable. Le fait que les voisins se partagent le temps et travaillent gratuitement, sans monétiser le coup de main, est une illustration frappante de cette éthique communautaire.
Le battage du blé en particulier était une opération d'envergure qui mobilisait une grande partie de la communauté. Le transport de la machine, une chaudière à feu, l'actionnement de la vapeur et l'attelage des chevaux nécessitaient une coordination et une main-d'œuvre importantes. Les trente personnes requises pour l'opération mettaient en lumière la dimension sociale de l'agriculture. Le choix de louer la machine à l'entrepreneur le moins cher montre également une gestion pragmatique des ressources, typique des exploitations de l'époque. La nécessité de nourrir les ouvriers pendant ces périodes intenses de travail renforce l'image d'une communauté soudée, où l'hospitalité et l'assistance mutuelle étaient des piliers.
L'Évolution du Paysage Agricole Angevins au XXe Siècle
Le paysage agricole angevin, à l'image du reste de la France, a connu des transformations considérables tout au long du XXe siècle. Ces évolutions sont le résultat de multiples facteurs, notamment les impulsions données par les politiques nationales après la Seconde Guerre mondiale. Ces politiques ont favorisé la modernisation et la spécialisation de l'agriculture, entraînant des changements structurels profonds.

Une des tendances majeures a été la diminution du nombre d'exploitations agricoles, parallèlement à leur agrandissement. En 1929, la région Pays-de-la-Loire comptait 256 000 fermes, un chiffre qui a drastiquement chuté pour atteindre seulement 30 000 en 2016. Dans le même temps, la Surface Agricole Utile (SAU) moyenne par exploitation a connu une augmentation significative, passant de 8,6 hectares à 61,2 hectares.
Plus spécifiquement dans le Maine-et-Loire en 1929, la SAU moyenne d’une exploitation était de 8,8 hectares, dont 6,8 hectares de terres labourables. La culture des céréales était prédominante, s'étendant sur 3,5 hectares. Le blé tendre occupait la plus grande partie de cette surface avec 2,42 hectares, suivi par l'avoine (43 ares), l'orge (17 ares) et une petite parcelle de maïs (1 are). La vigne occupait également une place dans le paysage agricole, avec un demi-hectare. Concernant l'élevage, le cheptel bovin comptait en moyenne 6 animaux par exploitation, dont 2 à 3 vaches. Ces chiffres illustrent la diversité des activités agricoles de l'époque et la taille relativement modeste des exploitations, avant les grandes transformations du siècle.
Les Archives d'Angers : Mémoire d'une Ville et de ses Bords de Maine
La préservation de l'histoire et de la mémoire est un enjeu crucial pour toute ville, et Angers a investi dans la numérisation de ses archives pour les rendre accessibles à un public plus large. Depuis 2003, la ville d'Angers disposait d'un portail historique riche de plus de mille pages sur l’histoire de la ville, une bibliographie, des chroniques historiques et un dictionnaire des rues, ainsi qu'une cinquantaine d’inventaires.

Le vendredi 21 avril 2017, Angers a franchi une étape majeure en lançant officiellement une nouvelle version de son portail. Cette nouvelle plateforme est richement dotée en documents d'archives numérisés, dont certains sont d'un intérêt considérable pour les généalogistes. Au total, cela représente plus d'un million de pages numérisées et plus de 100 000 notices. Parmi les documents accessibles, on trouve l'état civil de 1900 à 1916 pour les naissances, jusqu'à 1942 pour les mariages et jusqu'à 1991 pour les décès, respectant les règles de communicabilité. L'objectif est d'assurer une continuité avec les actes des années antérieures déjà consultables sur le site des Archives départementales de Maine-et-Loire.
Le portail offre également un accès aux recensements de la population de 1769, puis de 1790 à 1911, ainsi qu'aux listes électorales de 1796 à 1914. Ces ressources sont précieuses pour comprendre l'évolution démographique et sociale de la ville. Le menu des archives propose également des délibérations du conseil municipal de 1479 à 2016, les comptes de la cloison (XIVe-XVIIIe siècles), l'impôt de la capitation (1712-1789), les cahiers de doléances pour les États généraux de 1789, et la liste des militaires angevins décédés lors de la Première Guerre mondiale (1914-1920). Côté référencement, le portail a misé sur une mise en relation en créant des liens et des échanges avec des bases nationales et internationales comme Gallica, France-Archives, Europeana, ainsi qu'avec d’autres institutions culturelles locales ou thématiques, comme les archives départementales. Cette richesse documentaire permet une exploration approfondie de l'histoire angevine, y compris les aspects liés à l'agriculture et à la vie le long de la Maine au début du XXe siècle.