L’application d’un badigeon sur le tronc des arbres et des arbustes est une pratique ancienne dont le but est de détruire les larves des insectes ravageurs, ainsi que les champignons responsables de maladies, comme la zeuzère, les pucerons, les chenilles, les cochenilles, la tavelure, la moniliose, le chancre. Tombé un peu dans l'oubli, le badigeon revient au goût du jour, car nos hivers sont de moins en moins froids, avec des températures trop douces pour que soient détruits les ravageurs hivernants. Les arbres fruitiers, particulièrement sensibles, surtout les fruitiers à noyau, sont les premiers à bénéficier de ce traitement.

Pourquoi appliquer un badigeon sur vos fruitiers ?
Au-delà de la simple protection, le badigeon forme une barrière infranchissable pour les nuisibles non installés. Il agit comme un véritable masque de beauté pour l'écorce des arbres : année après année, les troncs sont plus lisses, plus sains, et l'arbre en meilleure santé. Bien que cela soit un peu mystérieux, il semble que l'arbre sache absorber une partie de son badigeon, surtout chez les jeunes troncs encore garnis de leurs lenticelles.
Ce type de traitement est aussi une très bonne prévention contre les chancres et les champignons lignivores, car les micro-organismes « occupent l'espace » et ne laissent pas de place aux organismes pathogènes. Cela fonctionne aussi contre certains ravageurs qui hivernent dans les replis de l'écorce avant de se ruer sur les fruits dès la belle saison venue.
Les différents types de badigeons et leurs compositions
Le jardinier dispose de plusieurs options pour soigner ses arbres, allant de la simple protection minérale aux préparations biodynamiques complexes.
Le lait de chaux ou blanc horticole
Il s'agit d'une préparation liquide à base de chaux vive et d'eau. La chaux est une substance corrosive et puissante qui désinfecte réellement. Cependant, elle est jugée agressive, c'est pour cela que l'on conseille de limiter son utilisation à une application tous les 3 ou 4 ans. Sur les jeunes troncs, son aspect blanc reflète la lumière et évite les surchauffes qui ralentissent la circulation de la sève, protégeant également du froid et limitant les risques de dessèchement.
L'argile : la solution douce et protectrice
Qu'elle soit verte, brune ou blanche, l'argile peut être utilisée en badigeon. La plupart du temps, on a recours à la kaolinite (argile blanche) qui, en plus d'être fine et facile à mélanger avec l'eau, est la plus résistante aux pluies. L'argile forme une barrière protectrice sur la surface des arbres tout en permettant à celles-ci de respirer. Elle apporte ses propriétés bénéfiques en pénétrant dans l'écorce des arbres.
La meilleure argile pour les badigeons semble être la montmorillonite : très gonflante, riche en silice et bien équilibrée en autres minéraux (magnésium, fer, potassium, cuivre, zinc, sélénium, cobalt, manganèse, etc.), elle résiste bien aux lessivages, craquèle peu, et présente un haut pouvoir fixateur pour les autres éléments du badigeon. Mais comme elle est plus onéreuse, on peut se contenter de l'argile verte illite ou bentonite.

La cendre de bois
Autre alternative au lait de chaux, le badigeon de cendres de bois (non traité) est également efficace pour se débarrasser des larves hivernantes, notamment de celles du carpocapse, et des champignons pathogènes. De plus, riche en potasse, la cendre est bénéfique à la floraison et à la fructification. Tamisez votre cendre afin d'éliminer les éléments grossiers, puis diluez-la dans de l'eau de pluie afin d'obtenir une texture suffisamment épaisse pour qu'elle puisse être étalée au pinceau.
Le badigeon biodynamique (Onguent de Saint-Fiacre)
En agriculture biodynamique, le badigeon est utilisé comme un insecticide, un insectifuge, un soin préventif contre les maladies, mais aussi comme soin nutritif. La recette traditionnelle, inspirée de l'onguent de Saint-Fiacre utilisé au XVIIIe siècle, se compose d'un volume de bouse de vache et d'un volume d'argile kaolin, associés à de la décoction de prêle. La bouse de vache a pour rôle de stimuler la croissance de l'arbre et la décoction de prêle réduit les risques d'attaques cryptogamiques.
Méthodes de préparation et d'application
La confection du badigeon est simple : il suffit de mélanger activement l'argile à de l'eau de pluie ou de l'eau décantée jusqu'à l'obtention d'un lait épais, à l'image d'une peinture épaisse ou d'une pâte à crêpes. Si vous voulez quelque chose de plus épais, ajustez la quantité d'argile.
Pour les grosses plaies ou les endroits attaqués par les champignons et les chancres, on peut poser un cataplasme : il suffit, après avoir bien rempli les creux et généreusement badigeonné la zone, de détremper une bande de tissu avec du mélange, puis d'entourer ladite bande autour de l'arbre en faisant plusieurs tours afin que le cataplasme reste humide longtemps.
Rajeunir un vieux pommier
Personnalisation des soins selon les besoins
Pour plus d'efficacité, il est possible de faire des recettes mixtes ou de rajouter des ingrédients pour des actions ciblées :
- Huiles essentielles : L'origan compact ou la sarriette, pour leur action antifongique et antibactérienne.
- Lithothamne : Pour appuyer l'action reminéralisante (calcium, magnésium, oligo-éléments).
- Propolis : L'extrait de propolis pour ses propriétés antibactériennes et stimulantes.
- Cuivre et soufre : Utilisés avec parcimonie, ils forment un trio de choc avec l'argile pour soigner les blessures des troncs et des branches charpentières.
Il est important de noter que le badigeon est mis au cours de l'hiver, avant le débourrement, un jour ensoleillé, sans prévision de pluies prochaines. Après avoir brossé les écorces afin de retirer un maximum de lichen et de mousse, il suffit de peindre généreusement les troncs et grosses branches charpentières avec un pinceau de tapissier ou une balayette, en insistant bien pour remplir chaque fente, trou ou anfractuosité.
Comprendre l'interaction sol-arbre-argile
Un sol argileux a une teneur en argile supérieure à 30 %, le reste étant du sable et des limons. Les argiles ont une structure comme un millefeuille stockant l'eau et les éléments nutritifs entre deux feuillets. C'est un rôle de garde-manger, au même titre que l'humus. D'ailleurs les deux sont liés dans ce qu'on appelle le "complexe argilo-humique", où l'humus protège les argiles du lessivage par l'eau de pluie qui finirait par appauvrir le sol et le rendre tellement compact qu'il serait impossible à travailler.
L'argile, roche sédimentaire tendre, contient des sels minéraux et des oligoéléments. Ses capacités d'absorption très importantes lui confèrent des propriétés bactéricides, antiseptiques et fongicides. Appliquée sur les arbres, elle agit comme un véritable buvard, aspirant les impuretés et drainant les substances vers l'extérieur.
Conseils pratiques pour le jardinier
L'application de ce mélange peut se réaliser à la fin de l'automne, au début de l'hiver, et également au début du printemps. Pour les jeunes arbres, évitez de les brosser, cela pourrait les abîmer. Si vous utilisez des mélanges contenant des produits plus "costauds" comme le cuivre ou les huiles essentielles, gardez à l'esprit que cela ne doit pas être utilisé en prévention sur des arbres sains, car ce serait comme prendre un canon pour tuer une mouche.
Pour les fruitiers très robustes et jamais malades comme le plaqueminier, les amélanchiers ou les kiwis, un simple badigeon de type « Saint-Fiacre » suffit pour les fortifier. En revanche, pour un vieux pommier atteint de moniliose ou un prunier souffrant de chancre, le badigeon de traitement, plus riche en agents actifs, est une aide précieuse pour panser les plaies et aider ses amies les plantes sur la voie de la guérison.

Le jardinier, loin d'être le coupable qu'on pointe du doigt face à une récolte décevante, est au contraire l'ami attentionné qui va panser les plaies et aider ses arbres. Avec les fruitiers, il faut être patient : tout est beaucoup plus long, de la pousse au rythme de production. Mais en observant les résultats après quelques années de soins réguliers, on constate souvent que les maladies qui épuisaient les arbres régressent, voire disparaissent, permettant de retrouver des récoltes saines et généreuses.