La gestion de l'arrosage des plantes, qu'il s'agisse d'un potager ou d'un ensemble de plantes d'intérieur, peut s'avérer fastidieuse, surtout lorsque l'on recherche une efficacité et une optimisation de l'utilisation de l'eau. Face à ce défi, l'idée de développer un système d'arrosage automatique, autonome en énergie et capable de fonctionner selon des critères précis, prend tout son sens. Ce projet vise à concevoir et réaliser un tel système, en mettant l'accent sur la simplicité, la fiabilité et l'utilisation de composants accessibles, notamment le microcontrôleur ATtiny85. L'objectif est de créer une solution personnalisée pour chaque plante, éliminant ainsi les contraintes liées à des systèmes centralisés potentiellement complexes et encombrants. L'autonomie énergétique est primordiale, permettant une installation flexible sans dépendance à une source d'alimentation externe constante.

Principe de mesure de l'humidité du sol
Le cœur de tout système d'arrosage automatique réside dans sa capacité à "comprendre" l'état hydrique du sol. Pour ce projet, une méthode simple et efficace a été adoptée : la mesure de la conductivité électrique du sol. Cette approche repose sur un principe physique fondamental : l'eau, par sa nature conductrice, augmente la conductivité du sol. Plus le sol est humide, plus il conduit l'électricité.
La mise en œuvre de cette mesure implique l'utilisation de deux tiges métalliques, qui seront enfoncées directement dans la terre du pot. Ces tiges agissent comme des électrodes. Un courant électrique de faible intensité est appliqué entre ces deux électrodes, et la résistance du sol est mesurée. Dans le cas d'une lecture analogique, comme c'est le cas avec le microcontrôleur ATtiny85, on mesure la tension résultante, qui est directement proportionnelle à la conductivité (et donc à l'humidité) du sol.
Lorsqu'il n'y a aucun contact entre les tiges et le sol, ou si le sol est extrêmement sec, la conductivité est très faible, et la valeur analogique lue sera proche de zéro. Inversement, un sol gorgé d'eau présentera une conductivité élevée, se traduisant par une valeur analogique maximale. Le microcontrôleur peut alors interpréter ces valeurs pour déterminer le niveau d'humidité.

Conception du circuit de mesure avec ATtiny85
L'ATtiny85, un microcontrôleur compact et puissant, se prête idéalement à ce type de projet embarqué grâce à sa faible consommation d'énergie et à son nombre suffisant de broches d'entrée/sortie. Pour la mesure de l'humidité du sol, une approche spécifique a été mise au point.
L'une des deux tiges métalliques, qui servent de sondes d'humidité, est connectée à une broche analogique de l'ATtiny85, typiquement la broche A3. L'autre tige est connectée à la masse du circuit. Pour obtenir une lecture analogique fiable, une résistance est insérée entre la broche A3 et la masse. Cette résistance forme un diviseur de tension avec la résistance du sol. La valeur de cette résistance est cruciale pour la précision de la mesure. Après des tests et ajustements, une valeur de 68 kOhms s'est avérée appropriée pour les tiges filetées de 5 mm de diamètre et 15 cm de longueur utilisées dans ce projet. Il est important de noter que cette valeur peut nécessiter un ajustement en fonction des caractéristiques spécifiques des sondes (longueur, matériau) et des propriétés du sol.
Le système intègre également trois indicateurs visuels sous forme de LED, connectées aux broches numériques D0, D1 et D2 de l'ATtiny85. Pour simplifier le câblage, une seule résistance est utilisée pour limiter le courant traversant les trois LED avant d'être connectée à la masse. Ces LED serviront à visualiser l'état d'humidité du sol, offrant un retour d'information immédiat et intuitif.

Alimentation et déclenchement du système
L'autonomie énergétique est une exigence clé de ce projet. Pour alimenter l'ensemble du circuit, une solution simple et économique a été retenue : trois piles AA reliées en série. Cette configuration permet d'obtenir une tension d'alimentation d'environ 4,5V, suffisante pour le bon fonctionnement de l'ATtiny85 et des autres composants.
Le déclenchement d'une mesure instantanée de l'humidité du sol est assuré par un bouton poussoir. Lorsque l'utilisateur souhaite vérifier l'état de la terre, il lui suffit d'appuyer sur ce bouton. Cela initie une lecture analogique du capteur d'humidité, et l'état correspondant est affiché sur les LED.
L'ensemble du montage électronique, y compris l'ATtiny85, les résistances, les LED et le bouton poussoir, est logé dans une boîte de dérivation Schneider de dimensions 7cm x 7cm. Pour une fixation sécurisée et une intégration soignée, la plaquette d'essai est montée sur une plaque de bois à l'aide d'écrous et de rondelles. Le bloc d'alimentation, constitué des trois piles AA, est fixé de manière provisoire mais fonctionnelle, démontrant la flexibilité de la conception.
Créer un système d'arrosage automatique avec l'Arduino 🌼
Programmation de l'ATtiny85 pour l'arrosage
Le logiciel embarqué sur l'ATtiny85 est conçu pour être simple et efficace. Le code lit en continu la valeur analogique provenant des sondes d'humidité. En fonction de seuils prédéfinis, le programme commande l'allumage de l'une des trois LED, indiquant ainsi le niveau d'humidité du sol.
Les seuils ont été définis comme suit :
- Seuil bas (LED rouge) : Inférieur à 500. Cette valeur correspond approximativement à moins de 48,9% d'humidité du sol (calculé sur une échelle de 0 à 1023). L'allumage de la LED rouge indique que le sol est trop sec et qu'un arrosage est nécessaire.
- Seuil moyen (LED jaune) : Entre 500 et 850. Cette plage représente un niveau d'humidité intermédiaire (entre 48,9% et 83%). La LED jaune peut signaler que le sol commence à sécher et qu'un arrosage pourrait être envisagé bientôt.
- Seuil haut (LED verte) : Supérieur à 850. Un sol avec une humidité supérieure à 83% est considéré comme suffisamment arrosé. L'allumage de la LED verte confirme cet état.
Ce script est spécifiquement optimisé pour l'ATtiny85 et n'est pas directement exécutable sur une carte Arduino standard sans modifications, notamment en raison des différences dans l'adressage des broches et des bibliothèques disponibles.
Il est important de noter qu'une résistance R a été ajustée à 4.7K Ohms pour une meilleure précision dans les lectures, suite à la réalisation d'une plaquette d'essai.
Évolution du projet : vers un système plus élaboré
L'expérience acquise avec ce premier prototype a ouvert la voie à des améliorations et à des développements plus poussés. L'idée d'un système par plante, simplifié au maximum, est particulièrement pertinente lorsqu'il s'agit d'arroser un grand nombre de végétaux, comme les 19 plantes mentionnées dans le contexte du projet.
Dans une version plus avancée, le système pourrait intégrer une pompe d'arrosage miniature. L'ATtiny85, ou un microcontrôleur similaire comme l'Arduino, pourrait alors piloter cette pompe. Cependant, une considération technique importante surgit : les pompes requièrent souvent une tension d'alimentation supérieure à celle fournie par le microcontrôleur (par exemple, 6V pour la pompe contre 5V pour l'Arduino). Un relais est donc nécessaire pour permettre au microcontrôleur de commander la pompe, tout en assurant une isolation électrique adéquate et en fournissant la tension requise.
Les tests préliminaires ont montré des résultats prometteurs. Une plante bien arrosée a été associée à une mesure d'humidité d'environ 320, tandis qu'une plante manquant d'eau affichait une valeur d'environ 700. Ces valeurs, obtenues avec des sondes spécifiques, serviront de référence pour calibrer le système d'arrosage automatique.
La fréquence des mesures d'humidité peut également être ajustée. Si une mesure toutes les secondes est utile pour le prototypage, une mesure toutes les demi-heures ou même toutes les heures est plus réaliste pour un déploiement sur le terrain, afin d'optimiser la consommation d'énergie et d'éviter des arrosages inutiles.
Optimisation et défis techniques
La conception d'un système d'arrosage automatique, même simple, soulève plusieurs défis techniques qui ont été abordés au cours du développement.
Refonte du circuit imprimé (CI) : Suite à des problèmes de fonctionnalité avec un premier CI, une refonte a été nécessaire. Il a été constaté que les broches de programmation étaient inversées, nécessitant une correction pour permettre une programmation correcte de l'ATtiny85.
Gestion de l'étanchéité et du remplissage : Pour les systèmes intégrant un réservoir d'eau, l'étanchéité est primordiale pour éviter les fuites. Une solution innovante a été proposée : créer un trou à l'arrière d'une bouteille (ou du réservoir) pour y insérer un entonnoir large (155 mm de diamètre). Le bouchon avant de la bouteille serait alors collé de manière permanente, assurant l'étanchéité. L'entonnoir permettrait un remplissage facile, tout en servant de protection contre l'entrée de débris, comme des feuilles mortes. Ce système offre également un passage d'air pour éviter d'endommager le système lors du remplissage.
Consommation d'énergie : La durée de vie de la batterie est un facteur déterminant pour l'autonomie du système. Il est donc crucial de surveiller la consommation d'énergie, que ce soit au repos ou lors du pompage. Des mesures de consommation sur une journée peuvent aider à identifier les éléments les plus énergivores et à optimiser le fonctionnement du système, par exemple en mettant le microcontrôleur en mode veille entre les mesures.
Matériels téléchargeables : Pour faciliter la réplication de ce projet, des fichiers de conception ont été rendus disponibles, tels que Boite_arroseur.svg pour la conception de la boîte, crochet.svg pour des éléments de fixation, et PCB_Arroseur_auto_2024.zip pour le schéma du circuit imprimé final.
Ces avancées démontrent la nature itérative du développement de projets électroniques, où chaque étape, chaque test et chaque problème rencontré contribue à l'amélioration continue de la conception et de la fonctionnalité.

Comparaison avec les systèmes existants et perspectives
Le projet d'arrosage automatique basé sur l'ATtiny85 se distingue par sa simplicité et son coût réduit par rapport à de nombreuses solutions commerciales. Les systèmes d'arrosage automatique existants peuvent varier considérablement en complexité, allant de simples minuteurs à des systèmes connectés contrôlables via smartphone, intégrant des capteurs météorologiques et des analyses de données sophistiquées.
Un système d'arrosage automatique confectionné par des emplois étudiants l'été précédent offrait un fonctionnement simple mais limité, nécessitant de regrouper les plantes autour d'un bac d'eau central. Cette approche, bien que fonctionnelle, présentait des inconvénients majeurs en termes de flexibilité et de gestion des fils. Le projet actuel propose une solution par plante, minimisant ainsi les problèmes de fils encombrants et offrant une adaptabilité accrue à différents environnements et configurations de jardin.
L'achat de 19 capteurs d'humidité pour 19 plantes souligne le coût potentiellement élevé des solutions modulaires. Le développement d'un système basé sur l'ATtiny85, qui utilise des composants électroniques peu coûteux et une approche de mesure DIY (Do It Yourself), permet de réduire considérablement ce coût, rendant la technologie plus accessible aux amateurs et aux petits projets.
La comparaison entre une mesure d'humidité de 320 pour une plante bien arrosée et 700 pour une plante manquant d'eau, bien que spécifique au prototype, illustre la nécessité d'une calibration précise pour chaque type de plante et de sol. Les systèmes commerciaux plus avancés peuvent intégrer des bases de données de besoins hydriques pour diverses espèces végétales, ce qui est une complexité supplémentaire que ce projet DIY cherche à contourner par une approche plus directe et personnalisée.
L'utilisation d'une pompe plutôt qu'une valve est une décision de conception qui dépend de l'application. Les pompes offrent un débit d'eau plus contrôlable et peuvent être utilisées pour distribuer de l'eau sur une plus grande distance ou pour des plantes nécessitant des quantités précises. Les valves, quant à elles, sont souvent utilisées dans des systèmes d'irrigation plus larges, où elles contrôlent le flux d'eau provenant d'une source sous pression.
En fin de compte, la force de ce projet réside dans sa capacité à démocratiser la technologie de l'arrosage automatique. En se concentrant sur des principes simples, des composants abordables et une programmation accessible, il permet à un large public de réaliser des solutions sur mesure pour leurs besoins spécifiques en matière d'entretien des plantes, tout en explorant les principes fondamentaux de l'électronique embarquée et de la domotique.
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