L'art et la science de l'arrosage des nouvelles plantations : Garantir la pérennité du végétal

L'implantation réussie de jeunes arbres et arbustes constitue un enjeu majeur pour les collectivités et les particuliers, tant sur le plan écologique qu'économique. Après chaque épisode caniculaire, le constat est souvent amer : de jeunes sujets ne survivent pas l’année suivante, faute d’un arrosage efficient. Autant dire, des plantations et donc des investissements perdus. Face à ces aléas climatiques, assurer la reprise des plantations et rendre l’arbre autonome devient une priorité technique absolue.

Schéma illustrant la zone racinaire d'un jeune arbre fraîchement planté et la diffusion de l'eau dans la motte

Les défis physiologiques de la jeune plantation

À la plantation, en raison d’une exploration racinaire réduite et d’un transfert hydrique très limité depuis les bords de la fosse, l’arbre est entièrement dépendant des apports en eau dans la motte. Si les précipitations naturelles sont suffisantes, pas de problème. Mais si les pluies font défaut, comme c’est souvent le cas en été et en automne, les arbres plantés seront soumis à rude épreuve. Le passage d’un contenant ou d’un lieu à un autre perturbe inévitablement la plante, même si elle semble s'en accommoder.

Le passage de la pépinière à la pleine terre est une étape critique. Ces plantes en pot, en conteneur ou en motte vont avoir besoin, au plus vite, que le contact entre les racines et la terre se recrée au mieux. Si le système racinaire a dû être démêlé ou s'il se trouve particulièrement fourni et dense, la terre va avoir du mal à bien s'introduire à l'intérieur.

Préparer le terrain : La clé d'une hydratation réussie

Arroser le sol avant de planter vos arbustes peut faire toute la différence. En effet, cette étape cruciale prépare votre terrain à accueillir de nouvelles plantations. Un sol humide permet aux racines de pénétrer plus facilement et de s’étendre dans le substrat. Un autre avantage majeur d’un bon arrosage préalable est l’optimisation de la rétention d’eau dans le sol. Lorsque le sol est correctement humidifié, il peut retenir l’humidité plus longtemps, ce qui est crucial pour les jeunes plants qui ont besoin d’une hydratation constante pour prospérer.

Pour réussir cette préparation, considérez que vous préparez un gâteau : trop peu de liquide et la pâte sera sèche, trop et elle deviendra collante. Idéalement, visez une humidité uniforme sur une profondeur d’environ 30 cm. Un sol humide en surface ne garantit pas toujours une humidité suffisante en profondeur : on a tous pu le constater notamment lorsque le sol du jardin est boueux, colle aux chaussures, mais il ne l'est plus du tout dès que l'on creuse un peu.

La conception de la fosse et la gestion des apports

La confection d'une cuvette est un préalable nécessaire pour guider l'eau vers le système racinaire. Il faut toutefois éviter les cuvettes sous les grilles d’arbres en zones urbaines, l’eau risquerait de stagner. Pas de drains non plus ! N’oublions pas que les pépiniéristes proposent du végétal, du vert, de la vie, donc le plastique est à éviter dans le paysage. En effet, non seulement le plastique est à proscrire, mais les drains, déployés autour de la motte à la plantation, n’apportent pas l’eau à l’intérieur de la motte, là où les racines sont logées. Ils empêchent aussi certaines racines de sortir hors de la motte.

La cuvette doit avoir un diamètre supérieur à celui de la motte (10 à 20 cm de plus) avec une hauteur d'environ 20 cm. Que dire des systèmes goutte-à-goutte, ceinturant le sommet de la motte ? En présence d’un sol drainant, ce système aura tendance à ‘biberonner’ les racines, sans faire pénétrer l’eau à l’intérieur de la motte. Seules les racines les plus près du tronc seront arrosées.

Illustration d'une cuvette d'arrosage bien dimensionnée autour d'un jeune arbre

Fréquences et méthodes d'arrosage : Viser l'autonomie

L’objectif fondamental est de forcer les racines à chercher l’eau en profondeur afin d’assurer un bon ancrage du sujet planté. Des arrosages en petite quantité et assez fréquents ne font que favoriser le développement des radicelles en surface. Pour un arbre, les pépiniéristes recommandent généralement entre 6 et 8 interventions par an.

Il est nécessaire d’arroser avant le seuil critique de stress hydrique, car au-dessus d’un certain seuil de sécheresse, l’arbre atteint un stress total, au point qu’il n’a plus la capacité, même après un arrosage copieux, de retrouver son état initial. Après la plantation, un jeune arbre a besoin d’un suivi assidu concernant son arrosage pendant au moins les deux premières années. La première année, l’arrosage doit être régulier et soutenu, en particulier pendant l'été. En période de sécheresse ou de fortes chaleurs, 1 à 2 arrosages hebdomadaires s'imposent avec au moins 10 litres d'eau par arbre à chaque intervention.

Le rôle crucial du bassinage et de l'hygrométrie

En période de sécheresse, encore trop de professionnels oublient d’arroser le feuillage des persistants. Le bassinage matinal des arbres, jusqu’à ce que l’eau coule sur les feuilles, est essentiel à chaque arrosage. En effet, l’hygrométrie créée va permettre de diminuer l’évapotranspiration des feuilles. Il augmente les chances de reprise de l’arbre de plus de 50 %. Surtout, ne pas attendre que les feuilles flétrissent pour arroser et bassiner, car il est déjà trop tard.

Adapter les techniques aux besoins spécifiques

L’arrosage sur les jeunes feuilles est à éviter au risque de provoquer des brûlures à cause des rayons du soleil. De plus, l’arrosage foliaire est susceptible d’amener des maladies cryptogamiques sur ces plantes dont le système immunitaire est déjà mis à rude épreuve à cause de cette plantation. Pour les nouvelles plantes, il est recommandé d’arroser les pieds.

Maîtriser le goutte-à-goutte : guide complet pour microfermes sur petites surfaces

Concernant les outils :

  • L'arrosoir traditionnel : Suffisant pour les petits jardins, il permet de contrôler la quantité d’eau utilisée.
  • Le système goutte-à-goutte : Permet une distribution lente et régulière de l’eau directement au niveau des racines. Très efficace pour les massifs et les haies.
  • L'aspersion : Utilisée surtout pour les grandes surfaces, cette technique assure une couverture homogène du terrain.

La mesure de l'humidité : Au-delà de l'intuition

Pour plus de précision dans les fréquences et les périodes, il est aujourd’hui possible de connaître la disponibilité en eau du sol pour les racines. La mesure directe des forces de tension de l’eau dans le sol s’avère donc la plus pertinente. C’est le principe de la tensiométrie. Si vous avez un doute, utilisez une méthode simple : laissez l'eau s'infiltrer pendant une heure, puis creusez un peu de terre. Le sol est-il encore humide à une profondeur d'environ 25 centimètres ? C'est le meilleur indicateur du succès de votre apport hydrique.

Diagramme comparatif montrant la profondeur d'enracinement selon la fréquence d'arrosage

Facteurs influençant la rétention d'eau

La nature du sol est également importante, car un sol sableux permettra à l’eau de s’écouler plus rapidement, alors qu’un sol argileux aura tendance à retenir l’eau plus longtemps. Une terre tassée classique et sèche demande 20 % de son volume en eau. Une terre travaillée classique et sèche demande 15 % de son volume en eau. Une terre de bruyère classique sèche et drainante demande 10 % de son volume en eau. L’application d’une couche de paillis sur le sol entre les plantes aide également à lutter contre la déshydratation. Le paillis retient l’eau, ce qui lui permet de s’enfoncer lentement.

Enfin, pour favoriser la résistance physique de la plante, certains apports comme le silicium peuvent aider à épaissir la paroi cellulaire, ce qui renforce les feuilles et les tiges, améliorant ainsi le support physique de la plante et aidant à réduire la perte d’eau par temps chaud. En respectant ces principes agronomiques, du choix de la fosse jusqu'à la gestion fine du stress hydrique, il est possible de transformer un investissement risqué en un patrimoine arboré durable et résilient.

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