L'Irrigation en Drôme et le Rôle Crucial du Rhône : Enjeux et Perspectives

Schéma de l'approvisionnement en eau du Rhône pour l'irrigation

L'eau, ressource indispensable à l'activité agricole, est également une ressource limitée qui exige une gestion responsable. Dans un contexte de changements climatiques et de périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes et intenses, la question de l'approvisionnement et de l'utilisation de l'eau pour l'irrigation devient un enjeu majeur pour des départements comme la Drôme, l'Ardèche, l'Isère et les Bouches-du-Rhône. L'eau du Rhône, fleuve majestueux traversant ces territoires, joue un rôle central dans cette problématique, offrant des solutions mais soulignant également la nécessité d'une gestion collective et réfléchie.

La Gestion de l'Eau Agricole et les Acteurs Impliqués

La Chambre d’agriculture de la Drôme, consciente de l'importance cruciale de l'eau pour les agriculteurs, accompagne activement les irrigants. Cette démarche inclut l'information sur l’encadrement réglementaire des prélèvements et le renouvellement des autorisations de prélèvements, une étape fondamentale pour assurer la légalité et la durabilité des pratiques. De plus, elle contribue à l’élaboration et la diffusion de bulletins irrigation en cours de saison, permettant aux agriculteurs d'optimiser leur consommation d'eau en fonction des besoins réels des cultures et des conditions météorologiques. La formation auprès des irrigants est également un pilier de cet accompagnement, visant à renforcer leurs connaissances et leurs compétences en matière de gestion économe de l'eau. Enfin, la Chambre d'agriculture soutient les porteurs de projet lors de la création de réserves ou de retenues collinaires, des infrastructures essentielles pour stocker l'eau et pallier les périodes de déficit hydrique.

Un rôle prépondérant dans la gestion collective de l'eau est tenu par les Organismes Uniques de Gestion Collective (OUGC). Un OUGC dépose une demande d’autorisation unique pluriannuelle pour le compte de tous les préleveurs-irrigants recensés sur son périmètre. Les périmètres des OUGC sont étudiés dans un souci de cohérence hydrogéologique, afin de favoriser la gestion des masses d’eau dans leur intégralité. Cette approche garantit une vision globale et intégrée de la ressource.

Organisation des Périmètres des OUGC et Redevances

Plusieurs OUGC sont actifs sur le territoire, chacun avec un périmètre défini pour assurer une gestion cohérente. Ainsi, la Valloire est gérée par l’OUGC 38, tandis que l’Ouvèze, le Lez et l’Aygues sont gérés par l’OUGC 84. L’OUGC 26, quant à lui, s’étend sur une partie du département de l’Isère, incluant la Bourne et le tronçon aval de l’Isère. Il couvre également des zones des Hautes-Alpes, notamment la Méouge, et comprend une partie de la commune ardéchoise du Pouzin, qui constitue l'exutoire de la Drôme.

Une redevance est due par tous les tributaires de l’OUGC 26. Le montant de cette redevance est établi sur la base d’une part fixe par point de prélèvement et d’une part variable proportionnelle au volume annuel attribué. Cette structure tarifaire encourage une utilisation mesurée de l'eau et contribue au financement des infrastructures et des actions de gestion.

Cadre Réglementaire et Plans de Répartition

La gestion de l'eau est encadrée par des arrêtés préfectoraux qui définissent les modalités de prélèvement et de répartition des volumes. Plusieurs arrêtés importants ont été pris, notamment en 2025 :

  • L'Arrêté préfectoral N°26-2025-06-30-0001, en date du 30 juin 2025, porte sur l'homologation du plan annuel de répartition des volumes d'eau à usage agricole sur le bassin versant de Verore Barberolle.
  • L'Arrêté préfectoral N°26-2025-06-30-0002, également en date du 30 juin 2025, concerne l'homologation du plan annuel de répartition des volumes d'eau à usage agricole sur le bassin versant de la Drôme.
  • L'Arrêté préfectoral N° 26-2025-06-30-0003, daté du 30 juin 2025, porte sur l'autorisation temporaire de prélèvement d'eau à des fins d'irrigation sur les bassins versants de l'Isère aval, du Roubion-Jabron et de la Berre.

Ces arrêtés sont des outils essentiels pour adapter la gestion de l'eau aux réalités hydrologiques de chaque bassin versant et garantir une répartition équitable et durable de la ressource.

L'Importance des Réseaux Hydrographiques dans les Bouches-du-Rhône

Le département des Bouches-du-Rhône, bien que bordé par le Rhône et la Durance, ne dispose que d’un réseau hydrographique naturel très sommaire. Ce département, soumis aux étés secs et chauds du climat méditerranéen, a donc un fort besoin d’eau d’irrigation pour développer et diversifier ses cultures. Au-delà de l'irrigation, il a également besoin d’un réseau hydrographique très ramifié pour évacuer les eaux de pluie excédentaires, pour assécher les marais et pour lutter contre la salure qui envahit les terres basses de Camargue.

Dans ces conditions, l’agriculture du département est largement tributaire des réseaux d’irrigation et d’assainissement qui ont été implantés depuis de nombreux siècles. Le développement de ces réseaux a permis l’irrigation de plus de 100 000 hectares et l’assainissement de plus de 125 000 hectares, témoignant de l'ampleur des efforts entrepris pour maîtriser l'eau dans cette région.

Ces réseaux sont gérés principalement par des associations syndicales autorisées (ASA) ou des associations syndicales constituées d’office (ASCO). Ces groupements de propriétaires sont autorisés par le Préfet et soumis à sa tutelle qui s’assure que leur fonctionnement est bien conforme à la réglementation en vigueur, notamment l'ordonnance du 1er juillet 2004, le décret du 3 mai 2006 et la circulaire du 11 juillet 2007.

L'Approvisionnement en Eau Potable à Allan

Carte de la commune d'Allan et de ses réseaux d'eau

À Allan, la distribution de l'eau potable est assurée en régie par la commune. Le service de médiation permet aux usagers de soumettre gratuitement leurs litiges liés à l’exécution du service de distribution de l’eau potable, conformément à l’article R156-1 du Code de la Consommation. Une première requête doit avoir été effectuée auprès de son service des eaux, encourageant la résolution des problèmes à un niveau local.

La qualité de l’eau peut varier d’un réseau à l’autre. Néanmoins, l’eau qui circule sur un réseau est réputée homogène. C’est pourquoi, la qualité de l’eau des Allanais et Allanaises peut varier selon leur zone d’habitation. L’eau distribuée à Allan est contrôlée à la fois par la commune et par l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes, dont le numéro de téléphone est le 04 72 34 74 00. Les ARS effectuent des contrôles réglementaires conformément au Code de la santé publique et à la Directive européenne 98/83/CE relative à la pureté des eaux destinées à la consommation humaine, garantissant ainsi la conformité de l'eau aux normes sanitaires strictes.

Les indicateurs de qualité de l’eau dans la commune d’Allan ne sont pas connus de nos services, tout comme les indicateurs de performance du réseau d’eau. Il est possible de les retrouver en se rapprochant de la mairie, qui détient ces informations essentielles pour les usagers. L’intégralité des données présentées dans cette section sont issues des résultats du contrôle sanitaire de l’eau distribuée commune par commune, disponibles sur la plateforme des données publiques françaises (datagouv.fr - fichier dis-2025-dept). La mise à jour du fichier est mensuelle et reprend pour chaque indicateur la date de la dernière analyse réalisée. L’eau du robinet est l’un des éléments les plus contrôlés en France. Il est important de noter que les PFAS ne sont pas encore analysés sur les réseaux d’eau ALLAN BAS SERVICE et ALLAN HAUT SERVICE CHAINETTE, un point qui pourra évoluer avec l'amélioration des méthodes d'analyse.

Tutoriel : Comprendre sa facture d'eau - Facture détaillée

La Facture d'Eau à Allan : Comprendre les Coûts

Dans chaque commune, le prix de l’eau potable est fixé par les collectivités locales. Il dépend de plusieurs facteurs comme la qualité brute de l’eau ou les investissements prévus par les politiques locales. L’eau potable est un bien commun, mais son traitement et sa distribution nécessitent des infrastructures coûteuses. Les frais payés par les usagers permettent d’entretenir les réseaux, de les moderniser et de financer les traitements indispensables pour garantir la qualité sanitaire de l’eau. En France métropolitaine, le service d’alimentation en eau est géré par les collectivités. À Allan, la distribution de l’eau est gérée par la commune.

En cas de difficultés financières, il est possible de contacter le 04 75 46 60 62 pour envisager l’échelonnement de la dette. Certaines collectivités ou fournisseurs proposent également des aides financières pour les ménages en difficulté ; il est recommandé de se renseigner auprès du CCAS d’Allan. Enfin, il est important de vérifier si des dispositifs d’aide sociale existent dans la commune, comme le Fonds de solidarité pour le logement (FSL), qui peut apporter un soutien précieux.

Anticiper les Sécheresses : Mesures de Limitation des Usages de l'Eau

En anticipation des périodes de sécheresse, des comités se concertent sur les principes de cohérence et d’harmonisation des mesures de limitation des usages de l’eau à travers la prise d’arrêtés cadre départementaux et interdépartementaux, conformément à l’annexe 4 de l’arrêté du 23 juillet 2021. L’arrêté cadre relève de la compétence du préfet de département, ou de plusieurs préfets si la cohérence hydrologique par bassin versant ou par aquifère le justifie.

Dès 2022, sont concernés l’Axe Saône, l’Allan, la Galaure - Drôme des collines, le Lez provençal-Aygues-Ouvèze provençale, Bièvre-Liers-Valloire et la nappe de l’Est lyonnais. L’arrêté cadre a pour objectif d’assurer l’organisation de la gestion de la crise et les principes de mise en œuvre des mesures de limitation des prélèvements d’eau par les différents usagers.

Une "alerte" est définie par le niveau au-dessous duquel l’ensemble des usages et le bon fonctionnement du milieu aquatique ne sont plus assurés. Un arrêté de restriction des usages de l’eau peut alors être pris par le préfet afin de gérer au mieux la situation de crise suivant les modalités prévues dans l’arrêté cadre. Il impose une gestion accrue des prélèvements en eau ainsi que la préservation des usages prioritaires comme l’alimentation en eau potable et des besoins en eau nécessaires à assurer la sécurité des populations.

Le Projet Allex-Montoison : Une Solution Durable avec l'Eau du Rhône

Schéma de la station de pompage de la Poulatte et du réseau d'irrigation

Le projet Allex-Montoison, qui aura mis dix années à aboutir, a vu ses équipements opérationnels depuis fin juin. Les agriculteurs raccordés au réseau d’irrigation Allex-Montoison, soit plus de 550 ha de cultures concernées, ont pu compter sur l’eau du Rhône cet été. Le 6 septembre, à Étoile-sur-Rhône, sur le site de la station de la Poulatte, a eu lieu l’inauguration de ces installations.

Bernard Vallon, président du Syndicat d’irrigation drômois (SID), a retracé l’histoire de ce projet « initié par le Sygred [Syndicat de gestion de la ressource en eau de la Drôme] en 2012 » et porté par le SID. Dès la naissance de ce projet, l’enjeu était de réduire les prélèvements sur le bassin versant de la rivière Drôme, celle-ci souffrant d’étiages sévères en période estivale, en moyenne trois années sur quatre. Bernard Vallon a rappelé qu’il n’était « pas question d’augmenter les surfaces irriguées sur ce territoire mais bien de maintenir l’activité agricole en s’assurant que chaque mètre cube qui n’est plus prélevé dans la rivière Drôme soit substitué par un mètre cube du Rhône. » Au total, 850 ha (réseau Allex-Montoison depuis 2022 et Crest-Nord en 2023) bénéficieront d’une sécurité quant à l’irrigation grâce à ces travaux. La station de la Poulatte dispose d’une autorisation de prélèvement de 2 200 m³ par heure, ce qui en fait un élément clé de ce dispositif.

La Vision des Acteurs pour l'Avenir de la Ressource en Eau

L’inauguration des installations Allex-Montoison revêtait un caractère hautement symbolique après la sécheresse que le pays a traversée. Pour Laurent Roy, directeur de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, « nous allons vers des tensions de plus en plus fortes ». Il invite donc à combiner à l’échelle des territoires des solutions qui associent tous les usagers de l’eau. Cela passera par de la substitution, comme en Val de Drôme, mais aussi par des économies. Cette approche holistique est essentielle pour faire face aux défis futurs.

Christophe Dorée, directeur territorial Rhône Isère de la CNR, concessionnaire du Rhône pour la production d’hydroélectricité, le transport fluvial et l’irrigation, a quant à lui rappelé : « Lors des travaux d’aménagement du Rhône, nous avons créé plus de 40 stations d’irrigation dont 13 en Drôme et 6 en Ardèche. » Avant d’alerter : « Attention, la ressource du Rhône n’est pas infinie. Que sera le Rhône dans 10 ans, 20 ans, 30 ans sans son glacier ? Il faut effectivement se poser les questions sur cette ressource en eau. Il faudra améliorer nos pratiques, être plus économes, se concerter davantage pour concilier encore plus les différents usages. » Ce constat souligne l'urgence d'une réflexion à long terme et d'une adaptation des pratiques.

De son côté, Hervé Soulignac, vice-président du Département de la Drôme, responsable entre autres des politiques agricoles et alimentaires, a appelé à s’engager rapidement dans la transition hydrique. « Après l’été que nous venons de vivre, force est de constater que notre société peine à trouver la ou les bonnes solutions. À la différence de la transition énergétique, qui a fait en une décennie son chemin, la transition hydrique tarde à prendre son envol, a-t-il regretté. (…) Il est temps de retrouver sur ce sujet un État stratège qui engage la reconfiguration hydrologique de nos territoires. » Ce message fort met en lumière le besoin d'une impulsion politique claire et d'une vision stratégique pour la gestion de l'eau.

Le message a été entendu par Marie Argouarc'h, secrétaire générale de la préfecture de la Drôme. « L’eau sera une priorité absolue pour l’ensemble des services de l’État en Drôme dans les prochaines années (…) L’État stratège sera présent et ce sera une priorité mais l’État seul, sur un sujet comme celui-ci, ne pourra rien. Nous aurons besoin de l’ensemble des acteurs, usagers de l’eau, agriculteurs, monde industriel, particuliers, collectivités territoriales, élus… », a-t-elle affirmé. Marie Argouarc'h a par ailleurs averti : « Chacun doit vraiment réduire sa consommation au strict nécessaire dans les prochaines années. » Avant d’annoncer : « Madame la préfète souhaite lancer dès cette rentrée d’importantes réunions par groupes de travail sur cette thématique [de la ressource en eau, ndlr], pour tirer les leçons de l’épisode de sécheresse et pour travailler en profondeur dans la durée sur des grands projets et rechercher toutes les solutions. » Cette initiative marque une volonté forte de la part des autorités de mobiliser l'ensemble des acteurs pour une gestion durable de l'eau.

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