
Le département de l'Yonne, comme de nombreuses régions françaises, est régulièrement confronté à des périodes de sécheresse qui impactent directement la ressource en eau. Ces phénomènes climatiques, marqués par un déficit pluviométrique et des températures élevées, nécessitent la mise en place de mesures de restriction de l'usage de l'eau, affectant notamment l'arrosage des jardins et potagers. Comprendre ces restrictions et adopter des pratiques d'arrosage économes est essentiel pour préserver cette ressource précieuse.
Une situation hydrologique préoccupante et un cadre réglementaire strict
La situation hydrologique du département de l'Yonne est surveillée de près par les services de l'État. En juin 2025, le comité « ressources en eau » a analysé une baisse progressive et continue du débit de l'ensemble des cours d'eau du territoire, directement liée à un déficit pluviométrique d’environ 50 % par rapport aux normales saisonnières sur les mois de mars, avril et mai 2025. Les températures douces et le vent ont, de surcroît, contribué à assécher les couches superficielles du sol et à accroître le stress hydrique de la végétation. L'ensemble de ces facteurs limite l’alimentation naturelle des cours d’eau et accentue la fragilité de la ressource en eau superficielle et souterraine. Les prévisions de Météo-France annoncent un temps sec et des températures supérieures aux normales saisonnières pour les deux prochaines semaines, et les rares précipitations attendues ne suffiront pas à compenser le déficit hydrologique déjà engagé.
Conformément aux articles R.211-66 et R.211-67 du Code de l’environnement et à l’arrêté-cadre départemental n° DDT/SEE/2025/0023, et en raison du franchissement des seuils de vigilance et d’alerte, le préfet de l’Yonne a décidé, par arrêté préfectoral n° DDT/SEE/2025/0036, de placer les zones de gestion du Cousin et de la Cure en alerte sécheresse. Le reste du département est maintenu en situation de vigilance sécheresse. Ce passage en alerte implique la mise en œuvre des premières mesures de restriction des usages de l’eau, consultables dans le tableau figurant dans l’arrêté préfectoral n° DDT/SEE/2025/0036, afin de ralentir l’aggravation de la situation.
Si les conditions hydrologiques devaient continuer à se dégrader, de nouveaux seuils pourraient être franchis sur les différentes zones de gestion du département, entraînant des mesures plus strictes de limitation ou de suspension de certains usages de l’eau sur les secteurs concernés. Un suivi hebdomadaire de la situation est assuré par les services de l’État, et le comité « ressources en eau » se réunit régulièrement pour adapter les mesures en fonction de l’évolution de la situation hydrologique.

Les différents niveaux d'alerte sécheresse et leurs implications
La gestion de la sécheresse en France est organisée autour de quatre niveaux d'alerte, du moins restrictif au plus sévère, définis par des arrêtés préfectoraux :
Vigilance (alerte de niveau 1/4) : C’est le premier niveau de gravité des mesures de restrictions d’eau, constituant un simple avertissement. À ce stade, il n’y a aucune restriction d’eau, ce qui signifie pas d’interdiction du remplissage des piscines ni d’arrosage des pelouses et jardins. La préfecture et les collectivités locales (mairies, intercommunalités) diffusent des informations auprès des professionnels et des particuliers sur les risques de sécheresse, pour les sensibiliser aux bonnes pratiques.
Alerte (alerte de niveau 2/4) : Ce niveau implique une réduction des prélèvements d’eau à des fins agricoles inférieure à 50%, avec une possibilité d'interdiction jusqu’à trois jours par semaine. Pour les professionnels, les manœuvres de vannes peuvent également être proscrites. Pour les particuliers, la principale restriction concerne l’arrosage du jardin, des massifs de fleurs, des plantes en pots et sur les balcons, avec une interdiction pendant une plage horaire souvent comprise entre 11 heures et 18 heures ou entre 13 heures et 20 heures. Ces horaires peuvent être différents d’un département à l’autre. L’arrosage des jardins potagers demeure possible tôt le matin ou le soir. Le remplissage des piscines est souvent interdit, excepté si la piscine est neuve et qu’il s’agit d’un premier remplissage. Le lavage de sa voiture chez soi peut être interdit, de même que les fontaines privées d’ornement.
Alerte renforcée (alerte de niveau 3/4) : À ce niveau, la réduction des prélèvements à des fins agricoles est plus élevée, pouvant être supérieure ou égale à 50%, ou il peut s’agir d’une interdiction supérieure ou égale à 3,5 jours par semaine. Les limitations pour l’arrosage ou le lavage des voitures sont plus importantes. Les interdictions d’arrosage des pelouses, des massifs de fleurs et des jardins potagers peuvent s’appliquer sur une période étendue (de 8 ou 9 heures à 20 heures). L’interdiction peut être totale dans certains départements pour l’arrosage des pelouses, des massifs fleuris, des espaces verts et des jardins potagers, toute la journée.
Crise (alerte de niveau 4/4 ou niveau maximum) : Cette situation reste exceptionnelle. Dans ce contexte, toute utilisation de l’eau en dehors des contraintes vitales ou sanitaires est interdite. Tous les prélèvements en eau non prioritaires, y compris ceux à des fins agricoles, sont prohibés.
Dans l'Yonne, la canicule et la sécheresse ont poussé à l'application de ces mesures. L'arrosage des jardins et potagers est interdit dans le tonnerrois et n'est autorisé que de 19h00 à 8h00 dans les autres secteurs du département. Globalement, l'arrosage du jardin est interdit de 8h à 19 heures dans la majeure partie du département. Les espaces verts, les fleurs et les potagers souffrent beaucoup des températures élevées et du manque de pluie.
Restriction alerte sécheresse / vigilance renforcée
Mesures de restriction spécifiques dans l'Yonne
Le préfet de l’Yonne renforce les mesures de restriction d’usage de l’eau sur la zone de gestion du Serein par arrêté préfectoral publié le 1er août 2025 et dont les effets entreront en vigueur à compter du 5 août. Depuis plusieurs mois, une partie du département de l’Yonne est confrontée à une situation hydrologique préoccupante. Or, entre février et juin, les précipitations ont été largement déficitaires. Les fortes chaleurs de juin et début juillet ont accentué la pression sur la ressource en eau, affectant durablement les sols et les cours d’eau.
Le débit du Serein est proche du seuil de crise depuis la mi-juillet. Les pluies des deux dernières semaines n’ont pas eu l’effet de recharge escompté, avec un impact très limité sur le cours d’eau et son bassin-versant. Il en est de même de la situation hydrologique du Cousin, qui n’a pas connu d’amélioration depuis son passage en crise.
Par conséquent, par arrêté préfectoral n° DDT/SEE/2025/0046, publié le 1er août 2025, le Préfet de l’Yonne a décidé de placer la zone de gestion du Serein - à laquelle appartiennent notamment les communes de Chablis et Noyers-sur-Serein - au même niveau que la zone de gestion du Cousin - dont dépend notamment la ville d’Avallon - à savoir la « crise » sécheresse. Les zones de gestion de l’Armançon Aval, de l’Armançon Amont et de la Cure sont maintenues en « alerte renforcée » sécheresse. La zone de gestion de l’Yonne moyenne, du Loing et de Seine-Est sont, elles, maintenues en « alerte » sécheresse.
Sur les zones de gestion en crise, certains usages de l’eau sont restreints voire interdits, afin de préserver la ressource en eau et de limiter les usages non prioritaires. Le passage en crise sécheresse de la zone du Cousin, dont dépend notamment la ville d’Avallon, implique la mise en œuvre des mesures de restrictions des usages de l’eau les plus strictes du plan sécheresse. Ainsi, l'arrosage des pelouses et espaces verts est interdit, les jardins potagers entre 9h et 20h, l'arrosage des arbres, arbustes, massifs fleuris est interdit. Le remplissage et la vidange des piscines sont interdits. L'alimentation des fontaines est également interdite.
Le maintien en alerte des zones de gestion du Loing, dont dépend notamment la ville de Saint-Privé, s’accompagne du maintien des mesures de restriction déjà en vigueur.

Conséquences et contrôles des restrictions
Ces mesures sont d’autant plus efficaces qu’elles sont comprises, partagées et respectées par toutes et tous. Pour cela, les services de l’État mettent en œuvre des opérations de contrôle, dont l’objectif est en premier lieu pédagogique : il s’agit d’expliquer la sécheresse, de s’assurer de la compréhension des mesures de restrictions et de veiller à leur bonne application. Néanmoins, en cas de non-conformité récurrente ou d’infraction grave, des sanctions peuvent être prises.
Ainsi, les agents du service départemental de l’Office Français de la Biodiversité (OFB) vérifient le respect des arrêtés préfectoraux de restrictions des usages de l’eau dans leur globalité. Ils interviennent auprès des collectivités, des entreprises, des agriculteurs et des particuliers afin de veiller à une application équitable des mesures de restrictions.
L’unité interdépartementale Nièvre-Yonne de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) Bourgogne-Franche-Comté mène une série de contrôles auprès des plus gros consommateurs industriels d’eau, notamment afin de vérifier le respect des réductions des prélèvements d’eau imposés par les arrêtés préfectoraux de restrictions.
Les inspecteurs des installations classées de la Direction Départementale de l’Emploi, du Travail, des Solidarités et de la Protection des Populations (DDETSPP) s’attachent à vérifier, pour les installations qu’ils surveillent, le bon respect des restrictions d’usage de l’eau d’une part, et la conformité avec leurs actes administratifs d’autre part. S’il n’est pas question de limiter l’abreuvement des animaux, chaque éleveur doit tenir à disposition l’enregistrement des relevés de consommation d’eau en fonction du niveau d’activité de l’élevage. Les exploitants d’industrie agro-alimentaires sont quant à eux soumis aux mêmes restrictions d’usage que les autres industries.
La Direction Départementale des Territoires (DDT) de l’Yonne effectue des contrôles auprès des stations d’épuration dans le cadre de ses missions de police de l’eau. En effet, leurs rejets dans le milieu naturel sont soumis à un suivi plus strict en période de crise sécheresse, car ils sont susceptibles d’avoir un impact important sur le milieu récepteur. Lorsque les contrôles sont transparents, expliqués et équilibrés, ils renforcent la confiance dans le dispositif. Ils permettent aussi de valoriser les gestes responsables déjà adoptés par de nombreux citoyens.
Il est conseillé de bien respecter ces restrictions car, en cas de contrôle, les sanctions peuvent être lourdes. Elles sont fixées par l’article R216-9 du Code de l’environnement. La contravention de 5e classe s’élève à 1.500 euros. En cas de récidive, elle peut être doublée pour atteindre 3.000 euros.
Restriction alerte sécheresse / vigilance renforcée
Conseils pour un arrosage économe et efficace
En période de restriction d’eau liée aux fortes chaleurs, l’arrosage des pelouses, des plantes et des jardins potagers peut être restreint dès lors qu’un seuil d’alerte est atteint. Toutefois, il est tout de même possible de limiter les dégâts en optimisant l’arrosage. Le préfet invite dès à présent tous les usagers non concernés par des restrictions - particuliers, collectivités, professionnels et agriculteurs - à adopter des comportements économes en eau.
Fréquence et moment de l'arrosage
Il n'est pas forcément utile d'arroser quotidiennement. Comme l'explique Anne Rapiau, de la jardinerie « Les serres de Bon Pain » à Saint-Georges sur Baulche, « une bonne fois, vaut mieux qu'un petit peu chaque jour ». L’idée est d’arroser le soir un petit peu plus copieusement au pied des plantes pour que la plante en profite pendant deux ou trois jours. Arroser le soir ou tôt le matin permet de minimiser l'évaporation due à la chaleur du soleil.
Le binage, un geste ancestral efficace
Pour que l'eau imbibe bien la terre sèche, il ne faut pas hésiter à mettre un petit coup de binette : « en cette période de sécheresse, la terre est dure, il faut donc la griffer », préconise notre experte en jardinage, « pour que l’eau puisse bien pénétrer. Il y a un vieil adage qui dit qu’un bon binage vaut deux arrosages ». Le binage permet d'aérer la terre et de rompre la croûte superficielle, favorisant ainsi l'infiltration de l'eau et limitant son évaporation.
Le paillage pour conserver l'humidité
Cet arrosage sera d’autant plus efficace qu’un paillage de 5 cm (avec des écorces de pins par exemple) aura été disposé autour de la plante pour éviter l’évaporation de l’eau et conserver de la fraîcheur dans la terre le plus longtemps possible. Le paillage crée une barrière protectrice contre le soleil et le vent, maintenant ainsi une humidité constante au pied des plantes.
Optimisation du potager
Pour le potager, le binage et le paillage sont aussi très importants. On peut également réduire le feuillage de certaines plantes pour fortifier le fruit : « sur des tomates ou sur des courges par exemple » raconte Anne Rapiau, « quand on estime qu’il y a suffisamment de fruits en formation, on coupe le feuillage en trop, comme ça la plante va se concentrer sur la maturité du fruit, parce que plus il y a de feuillage, plus elle a besoin d’eau ».
Enfin, en période de forte chaleur, n'hésitez pas à faire de l'ombre à votre potager pour le ménager, en recyclant des parasols ou de vieux parapluies fixés au sol avec des piquets.

Autres gestes citoyens pour économiser l'eau
En dehors de l'arrosage du jardin, d'autres habitudes peuvent être adaptées pour réduire sa consommation d'eau :
Lavage des véhicules : Il est recommandé de différer le lavage des véhicules. L’interdiction totale de lavage de son véhicule peut s’appliquer dès lors que le niveau 2 (alerte) de restriction d’eau s’applique. Pour rappel, le lavage de sa voiture avec de l’eau est totalement interdit chez soi, même hors des épisodes de sécheresse. Quant au lavage de sa voiture par des professionnels (dans une station de lavage ou une station-service équipée pour cette prestation), il n’est possible en cas d’alerte ou d’alerte renforcée que s’il est réalisé avec du matériel haute pression ou avec un système équipé d’un système de recyclage de l’eau.
Réutilisation de l'eau de pluie : Réutiliser l’eau de pluie lorsque cela est possible est une excellente pratique. Installer un récupérateur d'eau de pluie permet de stocker cette ressource gratuite et de l'utiliser pour l'arrosage.
Remplissage des piscines privées : Il est recommandé d'éviter le remplissage des piscines privées. En période de restriction d’eau, remplir sa piscine privée est soumis à une réglementation qui peut varier en fonction du niveau des restrictions et des arrêtés préfectoraux en vigueur. La loi dispose qu’il est catégoriquement interdit de remplir partiellement ou totalement sa piscine en cas de restriction de niveau 4 (crise), et ce, quelle qu’en soit la raison. En situation d’alerte (niveau 2) ou d’alerte renforcée (3), l’interdiction de remplissage n’est pas totale. Les contraintes liées aux restrictions de remplissage de sa piscine apparaissent donc seulement au deuxième niveau (le niveau d’alerte). Il n’est, en général, pas non plus autorisé de remplir une piscine hors-sol. Le remplissage d’une piscine neuve est autorisé, en dehors des zones soumises à un niveau crise (niveau 4), s’il s’agit d’une première mise en eau. Il faut, pour cela, obtenir une dérogation auprès de la Direction départementale des territoires (DDT) dès lors que le bassin dépasse une capacité d’un mètre cube. Le remplissage ne peut pas démarrer avant l’obtention de l’avis favorable de la DDT. Le propriétaire de la piscine contrevenant s’expose à une amende de 1.500 euros.

Les plantes résistantes à la sécheresse : une alternative durable
Fini le temps des géraniums et du gazon bien vert. Cet été, la sécheresse a poussé bon nombre d'Iconnais jardiniers "du dimanche" à changer leurs habitudes. Et leurs achats en jardinerie. Aujourd'hui, les stars sont les plantes méditerranéennes, résistantes à la chaleur et moins voraces en eau. Opter pour des espèces végétales adaptées au climat méditerranéen ou aux périodes de sécheresse est une solution durable pour réduire sa consommation d'eau au jardin. Ces plantes, souvent originaires de régions arides, ont développé des mécanismes pour survivre avec peu d'eau.
Information et suivi de la situation
Au 3 juillet 2025, 40 départements de France métropolitaine sont concernés par une alerte sécheresse et des appels à des restrictions d’eau potable ou de forage (source VigiEau). Il y a donc 56 départements qui ne sont soumis à aucune restriction d’eau. La liste des départements et des communes touchés par des restrictions d’eau en France (eau potable, eau des nappes prélevée par un puits ou un forage, eau prélevée dans les cours d’eau) change très régulièrement, jusqu’à plusieurs fois par mois, en particulier l’été, lorsque la période hivernale a manqué de pluie et en période de sécheresse et/ou de canicule. Le niveau d’alerte sécheresse mentionné est le niveau d’alerte maximum constaté dans au moins l’une des zones d’alerte du département concerné. Le fait qu’un niveau de crise soit constaté ne signifie pas que tout le département est concerné par les mesures de restriction de crise. Les restrictions d’eau imposées ne sont pas les mêmes en fonction du niveau d’alerte sécheresse décrété.
Pour savoir si on est concerné par les restrictions dans sa commune, la solution la plus simple est de consulter le site d’information mis en place par le gouvernement, Vigieau.gouv.fr. VigiEau est une plateforme officielle en ligne d’information sur la sécheresse et les restrictions d’eau en France, lancée le 11 juillet 2023 par le gouvernement. En cas de franchissement du seuil d’alerte (niveau 2/4 ou plus) dans sa commune, il suffit de cliquer sur le bouton « Je consulte les restrictions » pour connaître les règles à respecter.
Les mesures de restriction d’eau sont décidées en fonction des niveaux des réserves constatés. Des seuils limites sont fixés et diffèrent selon les départements. Afin de connaître ces niveaux, ils sont mesurés en permanence grâce à des stations automatisées. Cette décision prend la forme d’un arrêté et doit faire l’objet d’une communication particulière. L’arrêté sécheresse doit être affiché dans les mairies de toutes les communes concernées et doit être publié dans les journaux locaux. Ce texte concerne une zone géographique précise et est valable pour une durée limitée. Si les mesures de restrictions d’eau sont prolongées ou durcies, un nouvel arrêté doit être pris. La durée d’application d’un arrêté préfectoral de restriction d’eau est formellement mentionnée dans le texte, qui spécifie une date début et une date de fin. En fonction de l’évolution des conditions de sécheresse, les arrêtés peuvent être mis à jour périodiquement.