L’art du lierre : une symbiose entre nature sauvage et création humaine

Le lierre, cette plante grimpante souvent perçue comme une simple envahisseuse ou un ornement de façade, devient, entre les mains d'artistes visionnaires, une matière première noble, un lien sacré entre le ciel et la terre. Qu’il soit tressé, sculpté, photographié ou peint, le lierre impose sa présence, invitant à une réflexion profonde sur notre relation au monde végétal.

Plan rapproché d'une sculpture en bois de lierre aux formes entrelacées et naturelles

La renaissance par la matière : René Le Dily et le lierre sculpté

Depuis son installation dans la commune en 2020, le sculpteur sur lierre, René Le Dily, n’a cessé de partager son art, en participant à des expositions dans la région. René Le Dily, artisan-créateur à Ploubazlanec, a fait du lierre sa matière première, une source inépuisable d'inspiration. C’est en venant s’installer à Ploubazlanec, il y a quatre ans, que René Le Dily a fait une drôle de rencontre. En voulant retirer un arbre mort de son jardin, il coupe et arrache le lierre qui en couvre le tronc. René Le Dily était entrepreneur à Gourin, patron d’une équipe d’une trentaine d’ouvriers dans le bâtiment. À cette époque-là, il n’avait pas le temps de s’intéresser à la sculpture, même s’il faisait un peu de peinture pour son plaisir. Quand, enfin, l’heure de sa seconde vie a sonné, il achète une maison sur la commune de Ploubazlanec et y emménage avec Guillemette, son épouse.

« Il y avait cet arbre mort au fond du jardin. Je voulais m’en débarrasser. Quand j’ai retiré le lierre, les branches enchevêtrées m’ont tout de suite évoqué quelque chose d’harmonieux, qui méritait d’être mis en valeur plutôt qu’au feu », confie l’artiste. Depuis, René consacre son temps à choisir les branchages qui lui parlent, pour les bichonner jusqu’à obtenir un objet décoratif digne d’être exposé ou vendu. Il commence par en arracher l’écorce tant qu’il est encore plein de sève. Puis, après l’avoir laissé sécher quelques jours, il s’installe dans son garage transformé en atelier et ponce, gratte, frotte, nettoie pendant des heures. La forme blanche tirée de sa sombre enveloppe sera ensuite vernie, teintée ou laissée brute, selon l’effet souhaité.

Chaque sculpture est en un seul morceau. Les branches sont soudées entre elles naturellement. « Je n’interviens que très rarement sur les formes. Je préfère jouer avec les teintes pour visualiser des personnages ou des animaux », explique-t-il. Quand il n’est pas dans son atelier, il court la campagne à bord de sa voiture de chantier. Armé d’une scie et d’une besace contenant quelques outils, il récupère des morceaux de cette plante un peu partout, en forêt, sur les bords des chemins, à la déchetterie végétale.

Collaborations artistiques et techniques mixtes

Des salons qui se sont avérés bénéfiques, car ils lui ont permis de créer des liens avec d’autres artistes et, par là même, de rejoindre l’association d’art du canton de Paimpol, LYBaKaPa. « J’ai eu le plaisir de travailler avec certains d’entre eux, comme le tourneur sur bois Jean-Yves Toullelan et le créateur en arts plastiques Yannick Boissel, qui ont apporté leur touche personnelle à mes sculptures », raconte l’artiste, qui n’a de cesse de chercher des matières à associer à ses œuvres, comme l’ardoise ou la céramique. « J’utilise de plus en plus le métal, parce qu’il se marie bien avec le lierre. Pour cela, j’ai même appris à faire de la soudure », précise-t-il.

René monte ses créations sur du bois ou, plus souvent, sur des morceaux d’ardoises brutes. « Je vais les chercher dans le secteur de Gourin, je connais les endroits. » Il récupère aussi du matériel électrique dans les brocantes pour habiller ses sculptures de lampes. Quant au temps nécessaire, René hausse les sourcils : « Travailler le lierre est une passion, alors, je ne compte pas… »

René Le Dily travaillant dans son atelier de Ploubazlanec, entouré de branches de lierre

Une philosophie du vivant : Marinette Cueco et Mike Chauvel

Tresser, tisser, tricoter, entrelacer, festonner… Ces termes du textile sont au cœur du travail de Marinette Cueco. Née en 1934 à Argentat, elle applique ce savoir depuis les années 1970 aux fibres végétales brutes et aux matières minérales qui sont la seule matière première de son travail. Sa connaissance profonde du vivant lui permet de penser ses œuvres selon les propriétés de chaque végétal et de jouer avec leurs formes, leurs textures et leurs couleurs. Elle ne cherche pas à transformer ou à conquérir l’espace sauvage mais plutôt à créer une collaboration. Son œuvre porte une réflexion sur une relation plus modeste et respectueuse avec la nature.

De son côté, Michaël (Mike) Chauvel, après avoir baroudé en Guyane pendant sept ans auprès des Amérindiens à donner forme aux bois durs, a découvert son arbre de vie autour de sa ferme de Pleslin-Trigavou. C’est en creusant ses racines qu’il a trouvé sa voie dans cette liane à feuilles persistantes : le lierre. Depuis cette renaissance, voilà 4-5 ans, Michaël avance, réconcilié. Dans de nombreuses mythologies, le lierre n’est-il pas le lien sacré entre le ciel et la terre, enclin à vivre en harmonie avec l’arbre sur lequel il se fixe sans l’étouffer ? Il poursuit son itinéraire, projetant de révéler encore le lierre, mais en bronze cette fois.

La nature comme narratrice : l'étrange et le quotidien

La présence du lierre dépasse le cadre de la sculpture pour s'inviter dans l'imaginaire collectif. « Du Lierre dans les Oreilles », c’est l’histoire du bizarre qui s’invite à la maison. Le texte met en jeu deux personnages, Monsieur Max et Monsieur Sam, qui voient surgir des éléments de la nature de façon surprenante dans leur appartement. Monsieur Max est foncièrement pragmatique, concret ; il aime les chiffres, les données scientifiques et la logique. Monsieur Sam est plus lunaire, il se laisse porter par les évènements tant que son quotidien est rassurant. Tous deux vont être obligés de s’adapter à la situation qui n’est plus conforme à la normalité qu’ils avaient établie. C’est l’histoire de l’étrange qui dérange et intrigue, où ils changeront peu à peu de regard sur cette nature envahissante.

Visite botanique - L’arbre et le lierre - Pierre Malphettes

Le lierre comme témoin du temps et des friches

Le lierre est également le fil conducteur de la renaissance des lieux oubliés. Le peintre Théo Sauer travaille la lumière comme une matière. Il l’étire, la disperse, l’éparpille dans des camaïeux de bleu et d’anthracite. « Le point de départ de mes tableaux est toujours la lumière. J’aime beaucoup les ouvertures, les fenêtres, les serres. Parfois j’ignore l’origine de la lueur, elle peut être réelle ou mystique », explique-t-il. L’artiste s’est inspiré de parcelles abandonnées et de friches industrielles, qu’il perçoit comme hantées et empreintes de mystère.

Avec le lierre comme fil conducteur, Théo Sauer offre aux visiteurs une série d’aquarelles qui témoignent de la renaissance de ces lieux oubliés. « Le lierre s’empare de tous les territoires, il recèle des myriades d’êtres vivants qui peuplent ces lianes. C’est la Nature qui reprend ses droits », précise-t-il. Ce regard sur les édifices abandonnés rejoint la démarche du photographe Romain Veillon, qui immortalise ces endroits où le temps semble s’être figé. Ses sujets - usines, hôpitaux, églises, châteaux - nous font profiter de la découverte de ces lieux que le monde semble avoir oublié. Chaque photographie possède sa propre histoire et nous invite à plonger à la recherche de ces fantômes du passé, souvent drapés dans une végétation qui, comme le lierre, finit par reprendre ses droits sur les œuvres humaines.

Photographie artistique montrant une façade de château ancien recouverte de lierre

Perspectives artistiques et lieux de rencontre

L'art du lierre se déploie à travers diverses régions, créant des ponts entre le public et la nature. Certaines des sculptures de René Le Dily sont visibles à la galerie de la Vieille-Tour, à Paimpol. Ses créations sont également en vente chez Ty Hom’Art, 30, rue de l’Église à Paimpol, et 26, rue Joffre à Binic.

Le domaine de la Rochette, quant à lui, inaugure son sentier artistique, une exposition collective de Land-art portée par des noms conquis par la démarche de Michaël Chauvel. De même, le CINE de Bussierre à Strasbourg Robertsau offre un espace de dialogue entre les œuvres et l’environnement, où le lierre, symbole de résilience, permet aux visiteurs de redécouvrir la beauté cachée des objets corrodés par le temps et des friches industrielles. Que ce soit à travers les albums consacrés au Land art de Marc Pouyet ou les représentations délicates de Margot Veenendaal, le lierre demeure une source inépuisable de dialogue entre l'homme, le temps et le vivant.

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