Le compostage est une pratique écologique et économique qui permet de réduire significativement le volume de nos déchets tout en produisant un amendement précieux pour le jardin. Que vous ayez un grand jardin ou un petit balcon, il existe une solution de compostage adaptée à vos besoins. Cette transformation des matières organiques en un terreau fertile est un processus naturel orchestré par une multitude d'êtres vivants, des bactéries aux vers de terre, en passant par les champignons et les insectes. En comprenant les principes fondamentaux et en choisissant la méthode qui vous convient le mieux, vous pourrez facilement créer votre propre compost, réduisant ainsi votre empreinte écologique et enrichissant votre sol.

Les principes fondamentaux du compostage
Faire du compost n'est pas une simple accumulation de déchets dans un coin. C'est un processus dynamique qui nécessite un équilibre subtil entre plusieurs éléments pour que la décomposition s'opère efficacement. L'objectif est de recréer les conditions idéales pour que les micro-organismes, les bactéries, les champignons, les vers de terre et autres petits invertébrés puissent transformer les matières organiques en humus.
L'un des aspects cruciaux est l'équilibre entre les matières dites "carbonées" (brunes et sèches) et les matières dites "azotées" (vertes et humides). Les matières carbonées, telles que les feuilles mortes, les brindilles sèches, le carton brun sans encre ni colle, ou la paille, fournissent l'énergie nécessaire aux micro-organismes et assurent une bonne structure aérée au compost. Les matières azotées, comme les déchets de cuisine (épluchures de fruits et légumes, marc de café, restes de thé), les tontes de gazon fraîches, ou l'ortie et la consoude, apportent l'azote indispensable à la croissance des micro-organismes et à la montée en température du tas. Un bon équilibre est généralement estimé à environ deux tiers de matières humides pour un tiers de matières sèches.
L'humidité est un autre facteur clé. Le tas de compost ne doit être ni trop sec, ce qui ralentirait considérablement le processus de décomposition, ni trop humide, ce qui entraînerait une fermentation indésirable et des odeurs nauséabondes. Il doit avoir la consistance d'une éponge essorée. L'aération est également indispensable. L'oxygène est vital pour les micro-organismes aérobies qui sont les principaux acteurs de la décomposition. Il faut donc veiller à aérer régulièrement le tas pour éviter l'asphyxie des matières et la prolifération de bactéries anaérobies indésirables.
Enfin, la température joue un rôle. Un composteur actif peut atteindre des températures élevées, parfois jusqu'à 60°C, voire 70°C dans les composteurs industriels. Cette chaleur permet de détruire les pathogènes et les graines d'adventices, bien que dans un compostage domestique, cette montée en température ne soit pas toujours garantie, surtout si le tas est petit ou mal équilibré.
Les différentes méthodes de compostage
Il existe plusieurs méthodes pour faire son compost, chacune ayant ses avantages et ses spécificités, et pouvant être adaptée à différents environnements, que ce soit en pleine campagne, en zone périurbaine ou même en ville.
Le compostage en tas : la méthode traditionnelle pour les grands jardins
Le compostage en tas est l'une des méthodes les plus classiques et les plus simples à mettre en œuvre, particulièrement adaptée aux grands jardins disposant d'un volume important de déchets verts et bruns. Il s'agit de rassembler les matières organiques directement sur le sol, en formant un tas d'une hauteur idéale comprise entre 0,8 et 1,5 mètre.
Cette méthode présente plusieurs avantages : elle est facilement accessible et manipulable, permet de composter de gros volumes de déchets, et nécessite peu d'entretien grâce à l'aération naturelle et à l'arrosage par les pluies périodiques. L'évaporation spontanée limite également l'excès d'eau. Cependant, il est crucial de maîtriser l'humidité du tas, en le coiffant par exemple d'une couche de terre ou de feuilles mortes pour la réguler. L'inconvénient majeur du tas réside dans son exposition aux aléas climatiques, qui peuvent ralentir la formation du compost, et son manque d'esthétisme.
Pour améliorer l'efficacité et l'esthétique du compost en tas, il est possible d'utiliser un treillis métallique disposé autour du tas. Cela permet de maintenir les matières agglomérées, d'assurer une décomposition plus homogène et de protéger le tas des animaux attirés par les restes de nourriture.
Dans les très grands jardins, on peut opter pour la technique de l'andin, qui consiste à former un tas en longueur, un peu comme un Toblerone, facilitant ainsi son retournement.
Pour optimiser le compostage en tas, il est recommandé de choisir un emplacement à mi-ombre, protégé des vents dominants qui peuvent dessécher le tas. Un coin ni trop au soleil, ni trop à l'ombre est idéal. La proximité de la maison est également un facteur pratique pour ne pas transformer la corvée de compostage en une expédition. Il peut être utile de disposer d'un bac intermédiaire à proximité de la maison pour y vider son seau à compost quotidiennement, puis de le vider une fois par semaine dans le tas principal.
Le compost en tas permet de fabriquer du compost en grande quantité, qui, une fois mûr (environ 6 mois à 1 an de décomposition), peut être utilisé au potager pour nourrir les plantes. Il demande peu d'interventions, mais un suivi régulier de l'humidité et de l'aération est nécessaire. Le retournement du tas tous les mois environ, en tirant la matière avec une fourche-bêche, permet de l'aérer et d'accélérer le processus.
Comment faire son compost en tas
Le lombricompostage : la solution idéale pour les citadins
Pour ceux qui vivent en appartement ou qui disposent d'un petit extérieur, le lombricompostage est une solution particulièrement adaptée. Ce système fonctionne grâce à l'action de vers spécifiques, comme le ver tigré (Eisenia foetida) ou le ver rouge de Californie (Eisenia andrei), qui se nourrissent de matières organiques et les transforment en compost. Ces vers sont particulièrement efficaces, capables de manger jusqu'à un tiers de leur poids en déchets chaque jour.
Le lombricomposteur est généralement un bac compact et pratique. Pour démarrer, il faut installer une litière composée d'un mélange de compost mûr ou de terreau de rempotage, et de carton humide déchiqueté. Après un premier apport de déchets de cuisine et une couverture en carton humide, les vers nécessitent une période d'acclimatation d'environ un mois. Ils apprécient particulièrement les épluchures de fruits et légumes, le marc de café, les restes de thé, et les coquilles d'œufs broyées.
Il est essentiel de placer le lombricomposteur à l'abri, dans une zone où la température se situe entre 15 et 25°C, car les vers ne supportent ni le gel (en dessous de 5°C) ni les fortes chaleurs (au-dessus de 30°C). L'humidité doit également être surveillée. Lorsque le premier bac est rempli, on peut en ajouter un deuxième au-dessus. Pour récupérer le compost mûr, il suffit de déplacer le bac rempli au-dessus du bac en cours de décomposition. En le laissant un peu à la lumière et en remuant doucement, les vers descendent dans le bac inférieur.
Le lombricompostage permet d'obtenir un compost mûr en environ 6 mois, idéal pour fertiliser les plantes en pots ou les jardinières. De plus, tout au long du processus, on récupère un "thé de compost" ou jus de compost, qui, une fois dilué (1 volume de jus pour 10 volumes d'eau), peut être utilisé comme engrais liquide pour les plantes.
Fabriquer son propre lombricomposteur est tout à fait possible. Il faut généralement deux à trois bacs empilables, opaques et étanches, un couvercle percé, et une perceuse. Le bac du bas sert à récupérer le thé de compost, tandis que les bacs supérieurs accueillent les vers et les déchets. Le fond du bac supérieur doit être percé pour permettre le drainage, et une litière végétale ou en carton déchiqueté est nécessaire pour accueillir les vers.

Le Bokashi : la fermentation anaérobie pour les déchets plus variés
Le Bokashi est une méthode de compostage différente qui fonctionne par fermentation anaérobie, c'est-à-dire en l'absence d'oxygène. Contrairement au compostage traditionnel et au lombricompostage, le Bokashi transforme les déchets dans un contenant hermétique muni d'un robinet.
L'un des grands avantages du Bokashi est sa capacité à traiter une plus grande variété de déchets, y compris les restes de poisson, de viande et de fromage, en plus des déchets de cuisine habituels. Cependant, comme le processus se déroule en milieu anaérobie, il est important de ne pas ouvrir le seau trop souvent pour maintenir les conditions de fermentation.
Les matières dans le Bokashi ne sont pas dégradées au sens où on l'entend dans le compostage classique ; elles sont plutôt fermentées. Une fois la fermentation terminée, les matières peuvent être intégrées au jardin pour finir leur décomposition dans le sol, où elles deviendront un amendement. Le jus de fermentation, récupéré via le robinet, peut être utilisé comme engrais liquide dès sa récupération, mais il doit être dilué (une cuillère à café pour 0,5 L d'eau). En cas d'excès, il peut également être versé dans les canalisations pour aider à les nettoyer.
Bien que le Bokashi soit une méthode intéressante, elle nécessite un investissement dans un seau spécifique et une poudre activatrice.
Que mettre dans son composteur et que faut-il éviter ?
La réussite de votre compost dépend en grande partie de la qualité et de la diversité des matières que vous y introduisez. En règle générale, presque tout ce qui est d'origine organique peut être composté, à condition de respecter un certain équilibre.
Matières à privilégier (organiques) :
Matières "brunes" (riches en carbone, sèches et fibreuses) :
- Feuilles mortes (idéalement broyées)
- Brindilles sèches, petites branches broyées
- Copeaux de bois, sciure (non traités)
- Écorce
- Paille, foin sec
- Carton brun, papier journal (sans encre ni colle, déchiquetés)
- Coquilles d'œufs broyées
Matières "vertes" (riches en azote, humides et molles) :
- Déchets de cuisine : épluchures de fruits et légumes, marc de café, sachets de thé, restes de repas sans viande ni poisson (pour le compostage traditionnel)
- Tontes de gazon fraîches (en fines couches pour éviter qu'elles ne forment une masse compacte)
- Fleurs et plantes fanées (sans graines si possible)
- Orties, consoude (excellents activateurs)
- Déjections d'animaux herbivores (lapin, poule, cheval, bœuf) si elles sont bien pailleuses.
Matières à éviter absolument :
- Viande, poisson, produits laitiers, graisses et huiles alimentaires (ils attirent les nuisibles, provoquent des odeurs et ralentissent la décomposition).
- "Mauvaises" herbes montées en graines (elles risquent de se ressemer dans le jardin).
- Papiers ou cartons encrés, glacés, ou traités chimiquement.
- Poussières d'aspirateur.
- Litières d'animaux carnivores (chat, chien), car elles peuvent contenir des parasites et des germes pathogènes.
- Cendres de charbon de bois (après un barbecue) et cendres de bois traitées. Les cendres de bois non traitées peuvent être ajoutées en très petites quantités.
- Matières non organiques : plastique, verre, métal, tissu synthétique.
- Mégots de cigarettes.
- Coquilles de fruits de mer (très longues à se décomposer).
Il est important de noter que les papiers, cartons, essuie-touts et tissus en fibres naturelles peuvent être compostés, mais seulement s'ils ne sont pas traités chimiquement. Cependant, il est souvent difficile de s'assurer de l'absence de tels traitements.
Réduire les déchets en petits morceaux avant de les introduire dans le composteur accélère le processus de décomposition en augmentant la surface de contact pour les micro-organismes.
L'utilisation du compost mûr
Après plusieurs mois de décomposition (entre 6 mois et 1 an, voire plus selon la méthode et les conditions), votre compost est prêt à être utilisé. Un compost mûr se reconnaît à sa couleur brun foncé, sa structure grumeleuse, et surtout, à son odeur agréable de terre de forêt. Il ne doit plus dégager d'odeur désagréable ou de fermentation.
Le compost mûr est un amendement exceptionnel pour le sol. Il améliore sa structure, sa capacité de rétention d'eau, et apporte des nutriments essentiels aux plantes. Il est fertilisant par ses matières organiques et constitue un excellent terreau.
Comment utiliser le compost :
- Au potager et dans les massifs : Épandez une couche de 2 à 3 kilos de compost par mètre carré sur la surface du sol avant de l'incorporer légèrement, ou utilisez-le en paillage au pied des cultures gourmandes ou des plantes vivaces.
- Pour les semis et les rempotages : Un compost très mûr, tamisé pour obtenir une texture fine, peut être mélangé à parts égales avec de la terre végétale pour créer un substrat riche et drainant, idéal pour les semis et les plantes en pots ou jardinières. Si vous utilisez un compost non chauffé, il est préférable de le mélanger avec de la terre pour éviter la levée des graines d'adventices qu'il pourrait contenir.
- Pour les arbres fruitiers : Ajoutez un bon seau de compost à la plantation et/ou chaque année au pied des fruitiers.
Pour obtenir un compost plus homogène et plus facile à incorporer, vous pouvez le tamiser à l'aide d'un tamis, mais ce n'est pas une étape obligatoire. Stockez le compost mûr à l'abri de l'humidité si vous ne l'utilisez pas immédiatement.
Les erreurs à éviter et les conseils pour un compostage réussi
Même avec les meilleures intentions, quelques erreurs peuvent survenir lors du compostage. La clé est d'observer, d'ajuster et de comprendre les besoins de votre compost.
- Odeur de pourriture ou d'ammoniaque : Cela indique généralement un excès d'humidité et/ou un excès de matières azotées. Aérez le tas et ajoutez des matières carbonées sèches (feuilles mortes, carton).
- Le tas ne chauffe pas : Il peut être trop petit, manquer d'humidité, d'azote ou d'aération. Retournez le tas, arrosez-le si nécessaire, et ajoutez des matières vertes.
- Le tas est sec : Arrosez-le. L'humidité est essentielle à l'activité microbienne.
- Présence de nuisibles (rongeurs, mouches) : Assurez-vous de bien recouvrir les déchets de cuisine, surtout la viande et le poisson, avec une couche de matière carbonée. Dans certains cas, un composteur fermé (bac en plastique, silo) peut être plus protecteur.
N'oubliez pas que le compostage est un processus vivant. Il est normal d'apprendre au fur et à mesure. L'important est de respecter l'équilibre carbone/azote et de surveiller l'humidité. Si vous avez un doute, n'hésitez pas à demander conseil à des experts en magasin ou à consulter des guides spécialisés.
L'idée d'avoir un composteur chez soi, que ce soit dans un jardin ou sur un balcon, est une démarche formidable pour le développement durable. Elle permet de boucler la boucle de la matière organique, transformant ce qui pourrait être considéré comme un déchet en une ressource précieuse pour nourrir la terre et les plantes. C'est une contribution concrète à un jardinage plus respectueux de l'environnement et à la réduction de notre impact écologique.
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