
Derrière le charme suranné d'une anagramme, le projet musical personnel du multi-instrumentiste limougeaud Aurélien Terrade prend vie et se construit sous le nom d'Artuan de Lierrée. Accompagné depuis plus de cinq ans par plusieurs musiciens de formation classique et autodidactes, il explore au travers de ce quintette une voie musicale syncrétique, mêlant l'esthétique classique et les musiques actuelles. L'univers d'Artuan de Lierrée se distingue par une approche décomplexée et exploratrice, cherchant à fusionner des sonorités diverses pour créer des tableaux sonores originaux et captivants.
Une Démarche Artistique entre Tradition et Innovation
Aurélien Terrade, dont la base classique est forgée par son éducation musicale, reste profondément attaché à la musique classique, notamment grâce à son aisance avec l'écriture solfégique et ses cours d'analyse et d'écriture classique. Cependant, son ambition première est de ne pas créer quelque chose de figé. Il manifeste une "curiosité et une appétence pour le son", cherchant à mélanger l'écriture classique avec d'autres esthétiques, le tout dans une démarche constante de "recherche de sons". Il ne se prétend pas "compositeur au sens classique du terme", estimant que cela n'aurait "pas trop de sens aujourd'hui".
L'univers musical d'Artuan de Lierrée est une "combinatoire de textures organiques, parfois avec un rendu bruitiste, et de textures synthétiques se côtoyant sans complexe". Sa méthode consiste à "déconstruire et agencer des choses qu’[il] aime", puisant sa matière chez divers compositeurs classiques et dans les musiques actuelles, en particulier les textures post-rock que l'on retrouve sur l'album Les Arcanes. Cette approche le positionne comme un alchimiste du son, s'affranchissant des codes pour créer un langage musical unique.
Un Panthéon Musical Éclectique et Inspirant
Le panthéon musical d'Aurélien Terrade est riche et éclectique. Il se réfère de manière "obsessionnelle" à des compositeurs tels que Debussy ou Ravel, et plus globalement, à "l'école française du début du XXème". Prokofiev est également une référence qu'il apprécie. Mais il se nourrit aussi beaucoup des compositeurs modernes, avec une "prédilection" pour Ennio Morricone. Ce dernier, "très connu pour ses musiques de western", est décrit comme "quelqu'un d'hallucinant et hyper inventif dans sa recherche de sonorités", un véritable "génie" selon Terrade.
Parmi les musiciens "très marquants", il cite John Zorn, qu'il apprécie pour son éclectisme dans la composition, mélangeant "savamment jazz, musique hardcore". Frank Zappa est aussi une "influence importante" pour son "univers foisonnant". Ces musiciens ont en commun de ne pas être "restés dans leur style d'origine" et d'être des "explorateurs", ce qui est pour lui "très intéressant".
Le Processus Créatif : Entre Partition et Spontanéité
Si la base d'Aurélien Terrade est classique, le processus de création au sein d'Artuan de Lierrée intègre une part significative d'instinct et de liberté pour les musiciens. Les parties de cor et clarinette, jouées par Simon Bessaguet et Thibault Chaumeil, tous deux issus d'un parcours classique, sont écrites. Cependant, Aurélien Terrade "n'[écrit] pas les intentions", laissant "toute l’interprétation aux musiciens". Il trouve "plus intéressant pour eux comme pour [lui] de fonctionner comme ça", car il ne prétend pas écrire "quelque chose qui va sonner tout de suite". Entre la maquette et le rendu sonore, il y a souvent des ajustements.
Pour d'autres instruments, comme la batterie, les choses sont plus souples. Thomas Delpérié, bien qu'ayant "fait un peu de guitare classique", est avant tout un autodidacte. Aurélien Terrade réalise des maquettes pour avoir une idée du son, puis elles sont testées in vivo. Il reste néanmoins le "chef d’orchestre de tout ça", guidant le groupe vers la "direction qu'[il a] en tête pour un morceau". Il part d'une "idée préconçue" et l'élargit. Certains morceaux incluent même des "moments improvisés", comme le morceau 13, "L’Arcane sans Nom", qui est "complètement improvisé en groupe avec juste une ligne directrice de treize coups de cloche", constituant une "impro dirigée".

Un Line-up Hétérogène et Solidaire
Le line-up d'Artuan de Lierrée n'est pas le fruit d'un recrutement ciblé, mais plutôt de rencontres et de connexions humaines. Aurélien Terrade a rencontré Simon Bessaguet et Thibault Chaumeil dans le cadre de ses études de musique. Thomas Delpérié est une rencontre fortuite lors d'un concert. Baptiste Lherbeil (vielle à roue, trombone) est une connaissance de Thibault Chaumeil, avec qui il joue sur une scène de nouvelle musique traditionnelle, notamment dans le groupe San Salvador. Cette diversité des parcours - certains issus de "l'orthodoxie classique", d'autres autodidactes ou explorant des musiques traditionnelles - enrichit le projet. Au-delà de la musique, ce qui les unit, c'est que "cela fonctionne humainement parlant". Ces partenariats ont évolué au fil du temps, permettant un travail en "ajouts successifs".
"Les Arcanes" : Un Voyage Sonore au Cœur du Tarot de Marseille
L'album Les Arcanes, le deuxième d'Artuan de Lierrée, utilise chaque lame du Tarot de Marseille comme "trame de fond pour créer un tableau sonore et visuel". Cet intérêt personnel pour "l'occulte", pour "ce qui a un sens caché", guide cette exploration thématique ésotérique. Aurélien Terrade est attiré par cet univers où la "symbolique est très présente", où les "pistes sont brouillées et où il faut reconstruire le sens". C'est ce qu'il essaie de faire avec sa musique, en "donnant des pistes, en suggérant des images cinématographiques", laissant à l'auditeur le soin de se "faire sa propre imagerie".
L'album déploie des ambiances qui installent l'auditeur dans un univers "enfantin, mi onirique mi anxiogène", comme dans les morceaux "L’Ermite" ou "La Roue de Fortune". Ces pièces évoquent "quelque chose de très cinématographique, comme une fête foraine vue par Tim Burton ou un conte de Grimm". Cette dimension visuelle n'est pas fortuite, car il est influencé par des compositeurs de musique de films, et notamment "Danny Elfman, le compositeur de Tim Burton". Le "timbre un peu angoissant détourné" l'intéresse particulièrement.
Bien qu'il soit ouvert à la création de "musique pour l’image", il privilégie l'approche inverse : "créer une musique pour être jouée en live et accompagnée par des images". Cette liberté est essentielle pour lui, car dans la musique de films, il y a un côté "très cadré" qui, bien qu'intéressant, est "différent du travail que [lui] fait où [il est] finalement totalement libre et où le cadre, c’est [lui] qui le fixe".

L'Usage Singulier de la Voix et l'Expérimentation
Dans Les Arcanes, le morceau "Le Hiérophante" est le seul à intégrer des voix de manière significative, marquant une forme d'"accident" par rapport à l'instrumentalité de l'album. Quelques discrètes voix sont également présentes sur le premier morceau. Hormis un EP sorti avec une voix féminine lead, la voix est peu utilisée car Aurélien Terrade ne souhaite pas "basculer dans quelque chose de véritablement chanté". Il estime que "dans la chanson, on se focalise sur la voix et on perd souvent les instruments qui sont derrière".
Cependant, il ne rejette pas complètement le travail sur la voix. Il travaille sur un projet qui "va intégrer du chant mais pas dans une approche traditionnelle" car il ne souhaite pas faire des chansons. Il tient à "conserver au maximum la typicité instrumentale pour sa richesse", explorant ainsi des manières non conventionnelles d'incorporer la voix dans son univers sonore.
Les Projets Parallèles : Yi King et Manuscrit de Voynich
Au-delà des albums traditionnels, Aurélien Terrade s'intéresse aussi aux oracles. Il travaille sur le "Yi king", un oracle asiatique, et crée des morceaux à partir de cette matière. Pour ce projet nommé "Cycles", il a choisi de faire des publications solo sous forme de "petites vidéos d’une minute", diffusées sur Instagram. Il a également sorti des projets sous format cassette, comme l'album créé sur le "manuscrit de Voynich". Ces projets, plus expérimentaux, ne feraient pas l'objet d'un album dans un circuit classique, mais sont pour lui "très inspirants" et il souhaite les "sortir", ce qui prend alors des formes alternatives.
La Collaboration avec Clément Bernis : Une Vision Commune
Le travail scénique d'Artuan de Lierrée est indissociable du travail vidéo réalisé par Clément Bernis sur Les Arcanes. Leur collaboration est fructueuse grâce à une "sensibilité artistique commune", ce qui leur permet de se "comprendre bien". Clément Bernis apporte un "univers enfantin" qui "se recoupe bien" avec celui d'Aurélien Terrade. Il travaille le "matériau image avec un rendu un peu usé/vieilli qui fonctionne très bien".
Aurélien Terrade, bien qu'ayant souvent une "idée de départ sur un projet", donne "carte blanche" à Clément Bernis, tout en gardant une direction générale. Les réajustements sont "à la marge" car leurs "choix artistiques convergent". Pour Les Arcanes, Clément Bernis a réalisé un "énorme travail de recherche iconographique", puisant notamment dans "l’iconographie médiévale pour enrichir son traité graphique".
Le Partenariat avec le Label 1001 Notes
La collaboration d'Artuan de Lierrée avec le label 1001 Notes, également un festival de renom en Nouvelle-Aquitaine, a débuté il y a quelques années. Alors qu'Aurélien Terrade étudiait le clavecin, son professeur, intéressée par sa musique, lui a suggéré de rencontrer Albin de la Tour, le fondateur et directeur du festival. La connexion fut immédiate car Albin de la Tour gère le festival avec une "volonté d’ouverture de la musique classique sur d’autres esthétiques".
Aurélien Terrade a d'abord travaillé pour le label sur un récital de piano avec l'album Aquarium (le premier sous 1001 Notes), pour proposer ensuite une "approche plus hybride", une musique d'inspiration classique mais avec une "plus grande liberté de ton". Pour le deuxième album, Les Arcanes, Albin de la Tour lui a laissé "totalement carte blanche". Il s'agissait d'un "projet très ambitieux" qu'Aurélien Terrade avait en tête "depuis longtemps" et qui nécessitait des "moyens de production". La confiance d'Albin de la Tour a été "géniale" et a permis la réalisation de ce projet.
Artuan de Lierrée sur Scène et Projets Futurs

Grâce au festival 1001 Notes, Artuan de Lierrée a eu l'occasion de se produire sur des scènes importantes. En juillet, ils ont assuré la première partie du spectacle Folia au Zénith de Limoges, jouant "une bonne partie de [leur] spectacle Les Arcanes". Ce fut une "très beau coup de projecteur" pour présenter le projet sur une plus grande scène.
Aurélien Terrade a également des performances en solo, comme au festival Sachô Galiero à Vicq s/Breuil (Haute-Vienne) en août, où il a présenté des "miniatures électro composées à partir de mécanismes musicaux [qu'il] récupère et utilise dans [ses] expérimentations sonores".
Concernant les projets à venir, un "nouvel enregistrement se construit actuellement et devrait voir le jour vers 2021/2022".
Un Engagement Pédagogique et Collaboratif

Artuan de Lierrée s'investit également dans des projets pédagogiques et collaboratifs. Une collaboration avec le cinéma de Guéthary a vu le jour, née d'une volonté partagée de "défendre les droits culturels". Ce projet ambitieux mêle "actions culturelles, cinéma, création musicale et design sonore". Des élèves de l’école Uhanderea ont été invités à créer intégralement une bande originale pour leur court métrage, réalisé en amont avec l'association "MadamaK Kolektiboa".
Le travail s'est déroulé en deux étapes avec l'aide d'artistes. Matias Suescun a pris en charge "l’habillage sonore" lors d’une première série d’ateliers, où les élèves ont appris à enregistrer, nettoyer et monter des sons pour les utiliser comme bruitages dans un logiciel de Musique Assistée par Ordinateur. Une fois ce travail masterisé et intégré au court métrage, Artuan de Lierrée est intervenu lors d’une résidence de création au cinéma de Guéthary pour guider les élèves dans la création de la bande son.
Artuan de Lierrée a réparti les élèves en quatre groupes : mélodique, rythmique, solo et bruitage. Avec une variété d'instruments - "électriques, traditionnels, xylophones et hauts bois, triangles, cymbales, tambours", ainsi que le "lancement de boucles et de bruitages via des synthétiseurs" - chaque élève a trouvé son rôle dans cette partition, dirigée par l'artiste "tel un chef d’orchestre avec son ukulélé". Les élèves ont appris à retransmettre la musique créée en amont par l'artiste, mais ont également "participé à l’enrichir et y ont apporté leurs idées et leurs influences". Cette "première résidence artistique" s'est conclue par une répétition générale et une performance sur scène devant une salle comble, avec une présentation "très émouvante de leur maître".
L'Héritage de Komitas : Une Musique Qui Vient du Cœur
L'article aborde également l'importance de la redécouverte et de la formulation du "vrai style musical arménien" par le Révérend Père Komitas. Né à Kutahia (Asie Mineure), Komitas, membre de la Congrégation d'Etchmiadzine et ayant fait des études musicales en Europe, a "retrouvé, délimité, formulé le vrai style musical arménien". Il a "recueilli de la bouche du peuple des centaines de chants rustiques" et "épuré des influences étrangères un certain nombre de nos mélodies liturgiques, en se basant sur les traits dominants de notre musique populaire".
En 1906, à Paris, il a donné le "premier festival de musique arménienne", qui a eu un "très grand succès", révélant une "esthétique nationale restée inconnue". Louis Laloy, secrétaire général du Théâtre National de l'Opéra et critique musical, écrivait dans le Mercure Musical : "Aucun de nous, je crois, sauf de très rares initiés, ne pouvait soupçonner les beautés de cet art qui n'est en réalité ni européen ni oriental, mais possède un caractère unique au monde de douceur gracieuse, d'émotion pénétrante et de tendresse noble." Il décrit des mélodies aux "inflexions délicates et cependant précises, des rythmes souples et vivants, une musique qui vient toute du cœur et coule comme une eau fraîche, transparente et lumineuse". Cette musique est empreinte d'une "clarté dorée, toute céleste, dont l'ardeur est une caresse à la blancheur des cimes, au vert des forêts et aux reflets des ruisseaux murmurants", évoquant même le Paradis terrestre "au pied du mont Ararat". Ces chants d'amour, mélancoliques et passionnés, portent une "nuance particulière d'émotion tendre devant la beauté". Cette évocation de Komitas souligne l'importance d'une musique authentique et profondément enracinée, un écho à la quête d'Aurélien Terrade pour une expression musicale sincère et personnelle.
Les Artistes de Tutti Arte : Diversité et Passion
L'article mentionne également d'autres biographies d'artistes liés à l'association Tutti Arte, qui promeut les jeunes artistes et organise des événements.
Gauthier Gimenez, né en 1988, a étudié la musique dans des Conservatoires parisiens et en Musique et Musicologie à la Sorbonne. Il enseigne l’éducation musicale et la culture musicale et participe à des projets musicaux comme pianiste, chanteur ou chef de chœur. Il a rejoint Tutti Arte et le Joli Chœur en 2020 et est secrétaire de l’association.
Héloïse Garlopeau, née en 1998, a appris le piano, la danse, puis le chant lyrique et la direction de chœur et d'orchestre. Elle a créé Tutti Arte pour promouvoir les jeunes artistes, a co-fondé le duo Chryselya et l'octuor vocal As One. Elle dirige plusieurs chœurs et donne des cours de chant, tout en se perfectionnant pour des concours.
Matthieu Tarlet, chanteur depuis son plus jeune âge, est actuellement en formation de direction de chœur. Il apprend le saxophone et le hautbois qu’il joue en fanfare, en orchestre d’harmonie ou en bande de hautbois. Il a intégré Tutti Arte au sein du Joli Chœur et comme instrumentiste pour se perfectionner et partager le plaisir de jouer et chanter.
Thida Thongsoume, violoniste de formation, s'est orientée vers la direction d’orchestre. Étudiante en violon et direction d’orchestre, elle multiplie ses activités entre l’Ensemble Orchestral Lyon 2, où elle assiste Laetitia Pansanel-Garric, et son propre ensemble, Eleos Orchestra. Elle chante en soliste avec Tutti Arte (dont elle est membre fondateur), la Sestina et le Conservatoire du Grand Chalon.
Yann Labanvoye, attiré très tôt par la musique, a commencé des cours à 12 ans. Montrant des dispositions pour l'orgue, il a rapidement enchaîné les concerts dès 14 ans grâce à son professeur Pierre Beluche. Doté d'une voix puissante de ténor dramatique, il s'attaque aux grands airs d'Opéra. Il a intégré ClairObscur-Lyrique en 2018 comme pianiste et compositeur et a co-fondé un projet avec Héloïse Garlopeau.
Anne Tourret, pianiste professionnelle, est diplômée de l’école normale de musique de Paris.
Ces profils variés illustrent la richesse et la diversité des talents soutenus par des structures comme Tutti Arte, reflétant un dynamisme dans le paysage musical contemporain, où les artistes comme Artuan de Lierrée explorent sans cesse de nouvelles voies d'expression.