L’Atelier de Jardinage en Psychiatrie : Entre Soin Thérapeutique et Renaissance Sensorielle

Bien plus qu’une activité en plein air, le jardinage s’impose depuis de nombreuses décennies comme un véritable outil thérapeutique au service de la santé mentale. En effet, dès le 19ème siècle, Benjamin Rush - considéré comme le « père de la psychiatrie américaine » - observait les effets positifs du travail au jardin pour les « aliénés ». Cette pratique appelée hortithérapie, offre aux patients un espace où nature, soin et relation humaine se rejoignent, et vise des objectifs thérapeutiques précis et mesurables. L’hospitalisation en psychiatrie s’accompagne souvent d’un fort niveau d’anxiété, nourri par la contrainte d’hospitalisation et la médication. Dans ce contexte, le jardin devient alors un lieu d’apaisement, favorisant la détente et la concentration, tout en étant riche en stimuli. Il offre ainsi un cadre propice au travail thérapeutique, permettant de créer une ouverture à l’autre et un lien de confiance.

Schéma conceptuel illustrant l'hortithérapie comme intersection entre environnement naturel, processus de soin et interactions sociales

Les fondements de l'hortithérapie : un outil de rétablissement

Les études montrent que la pratique régulière du jardinage en psychiatrie réduit significativement les symptômes d’anxiété et de dépression, quel que soit le trouble. Elle contribuerait même à limiter les comportements auto ou hétéro-agressifs, à diminuer le recours à la contention et à favoriser la socialisation. Les bénéfices observés ne s’arrêtent pas là : amélioration de la qualité de vie, de la capacité d’ancrage dans le réel et le temps, renforcement du sentiment d’efficacité personnelle et de l’estime de Soi. La relation au vivant réactive le plaisir sensoriel, le goût de l’effort physique et la fierté de faire pousser. Manger les fruits de son travail devient une source de satisfaction, de partage et de lien.

Les théories de la biophilie et de la restauration de l’attention expliquent ces effets : la nature mobilise nos sens, restaure nos ressources cognitives et favorise un sentiment d’appartenance ! Intégrer le végétal dans les parcours de soins, c’est offrir un espace où la personne ne se sent plus ramenée à sa maladie et où l’on peut travailler son regard sur les troubles psychiatriques ; c’est investir dans un outil durable au service de la santé et de la dignité des patients.

Diversité et spécificités des jardins de soin

Dans la grande famille des espaces verts, le potager thérapeutique va vous surprendre ! Se balader pour éviter de se médicamenter ? Mettre les mains dans la terre pour se sentir bien ? Tous les jardiniers s’accordent à le dire : passer du temps parmi les graines et les plants rend heureux ! Néanmoins, tous les espaces cultivés ne sont pas des sites thérapeutiques. À la fois lieu d’agrément et outil de prise en charge, le jardin sensoriel poursuit des buts spécifiques en matière de santé. À l’hôpital, en EHPAD ou au sein d’établissements médico-éducatifs, ces parterres fleuris viennent compléter le parcours de soin médical ou paramédical des usagers.

Il existe une grande diversité de jardins à visée thérapeutique. Le jardin sensoriel, par exemple, est consacré à la contemplation. Invitant à la méditation, les végétaux, minéraux et différentes matières éveillent tous les ressentis et les perceptions. Le jardin horticole, pour sa part, est moteur d’activité de jardinage. Il permet à ses utilisateurs de participer à des potagers collectifs, d’effectuer des plantations et d’entretenir la végétation. Quant au jardin dit « de détente », il favorise l’apaisement. Par ailleurs, le jardin social offre un cadre propice aux échanges. Enfin, le jardin de marche et de sport constitue un excellent support pour les personnes ayant besoin d’avoir recours à des activités sportives.

Santé : un jardin à visées thérapeutiques

L'impact du jardinage sur la neuro-diversité et le grand âge

Les enfants et adultes atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA) profitent particulièrement d’un accès au monde végétal parce qu’il est un lieu de médiation relationnelle et de stimulation sensorielle. Au jardin, on observe, on parle, on expérimente, on se détend et on s’amuse ! Pour les personnes porteuses d’autisme, en plus des prises en charge paramédicales et éducatives, le jardin thérapeutique apaise les troubles du comportement en générant une sensation de bien-être, développe l’autonomie par l’apprentissage de nouveaux schémas moteurs et stimule les cinq sens.

Les établissements d’accueil pour les personnes âgées souffrent souvent d’une image négative. Installer une serre à légumes ou un parterre de fleurs en EHPAD, c’est y faire entrer la vie de la cité. Pour la population âgée, l’impact du végétal en maison de retraite est aussi bien physiologique que psychologique : réduction du sentiment de solitude et du repli sur soi, amélioration de l’humeur et du vécu de l’institution, et stabilisation de l’équilibre staturo-pondéral. Pour les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, le jardin thérapeutique constitue une merveilleuse stimulation des sens et aide à résoudre certains problèmes de mémoire.

Le jardin comme levier de santé pour les équipes soignantes

Quelles sont les raisons de la détresse psychologique des soignants en EHPAD ? En EHPAD comme à l’hôpital, le personnel de santé est fortement sollicité, physiquement et émotionnellement. Une charge mentale irréductible, un manque de personnel et la déshumanisation des soins prodigués aux patients sont autant de facteurs qui pèsent sur ces professionnels. Marqués par un engagement professionnel fort, les soignants évoquent l’importance d’un cadre de travail apaisant pour décompresser et prendre soin de leur propre santé.

Installer un jardin thérapeutique au cœur d’un établissement de santé est un acte fort de prévention du burn out. Une oasis verdoyante, cultivée, odorante, permet aux soignants de passer les pauses en extérieur, de pratiquer un minimum d’activité physique et de faire baisser le niveau de stress global, pour revenir à la tâche avec sérénité et disponibilité. Chez le personnel soignant, le burn out est moins présent dans les services avec jardin, avec une amplification notable du bénéfice lorsque le jardin est aménagé. La médiation végétale apporte des bénéfices significatifs à l’épanouissement des équipes, et par effet domino, tout le monde en profite.

Infographie comparant les niveaux de stress des personnels soignants avec et sans accès à un jardin thérapeutique

Conception et aménagement : l'art de l'espace soignant

La conception de ces espaces obéit à des objectifs spécifiques de prévention, d’amélioration ou de maintien de la santé des patients. Chaque projet est unique et centré sur la personne. Les axes de conception sont nombreux : l’accessibilité, pour qu’aucun handicap physique n’empêche l’usager de profiter du lieu ; la création participative, pour que les usagers se sentent impliqués ; et la sensorialité, avec des couleurs, des herbes aromatiques et des fruits à goûter.

Le jardin thérapeutique doit être aménagé de telle sorte que toute personne, sans distinction, puisse accéder pleinement aux activités. Le défi est d’arriver à trouver le juste milieu entre sécurité et liberté. Le patient ne doit se sentir ni emprisonné, ni infantilisé ou surveillé. Une technique pour arriver à cela est d’attribuer plusieurs usages à un moyen de sécurité. Les chemins doivent être aménagés de manière à permettre un espace de promenade suffisant pour éviter de donner le sentiment de tourner en rond. idverde travaille avec les établissements de soins afin de créer un environnement de nature veillant à apporter une verdure saine, de l’accessibilité et des distractions diverses. Grâce à ces installations, les patients sont encouragés à se mobiliser, à travailler le lien social ou encore à contempler et profiter d’un environnement vert et sain.

L'hortithérapie comme processus dynamique de soin

L’hortithérapie est une pratique reposant sur l’action du jardinage sur le corps, le psychisme et le mental. Le jardin est alors perçu comme un véritable thérapeute car il va pouvoir accompagner des personnes malades dans leur guérison ou leur adaptation à un environnement. La clef de l’hortithérapie va alors être d’effectuer un travail sur la fibre émotionnelle de chaque individu pour accompagner certains traitements de maladies comme l’autisme, la dépression ou encore l’épilepsie.

Les défenseurs de l’hortithérapie ne considèrent pas que cette pratique puisse remplacer la médecine, mais elle va aider le patient à surmonter et lutter contre sa maladie. Dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, l’éveil des sens est primordial et le jardinage va pouvoir permettre de travailler sur chacun des cinq sens : l’odorat, l’ouïe, le toucher, le goût et la vue. Les résultats perçus sur le moral des patients profitant de ces jardins thérapeutiques sont rapidement visibles. En leur offrant plus de liberté et une certaine autonomie pour des activités en extérieur et en lien direct avec la nature, ces personnes sont plus sereines et le moral s’améliore. Le jardinage peut également être une activité qui va accompagner des personnes violentes ou atteintes de psychoses dans le but de leur apporter calme et tranquillité. Aussi, le rapport de soignant à patient s’efface au fur et à mesure au profit d’une relation centrée sur le vivant et le partage. Faire le pari du végétal, c’est miser sur la santé des patients et des soignants dans une démarche durable et humaine.

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