Les vers de terre : Architectes indispensables de la fertilité en permaculture

Avoir un sol sain en jardinage biologique est un préalable essentiel : la vie qui s'y développe via les champignons microscopiques, les bactéries, les insectes, les vers de terre, permet de décomposer la matière organique (compost, feuilles, branchages, déjections animales) pour la transformer en éléments nutritifs pour les plantes. Plus cette vie souterraine sera riche, plus votre sol sera sain. Les vers de terre ont, eux, l'avantage d'être visibles ce qui n'est pas le cas des champignons ni des bactéries ! Ils représentent plus de la moitié de la biomasse d'origine animale présente dans le sol. Le ver mange quasiment son poids chaque jour (terre, bactéries, champignons, matières organiques) qu'il défèque ensuite et ce "fumier de ver" est l'un des meilleurs pour avoir un sol riche et des plantes en excellente forme : forte teneur en azote, phosphore, potassium, magnésium et calcium.

Schéma illustrant les trois catégories de vers de terre dans le sol

Une biodiversité souterraine méconnue

Les vers de terre sont des animaux essentiels à la vie du sol. De nombreuses espèces se partagent l'espace colonisant tantôt la surface tantôt les strates plus profondes de la terre. Apprendre à les connaître permettra de mieux les accueillir. Dans une terre bien équilibrée, on compte jusqu'à 400 individus au m². C'est dire si les vers de terre sont présents dans un sol en bonne santé ! Leur discours est très instructif : la masse de vers de terre sur la Terre est supérieure à celle de tous les autres animaux et insectes réunis !

Il existe trois types de vers de terre, chacun ayant un rôle bien distinct :

  • Les vers épigés (vers de surface) : Autrement nommés 'vers de compost' ou moins poétiquement 'vers de fumier', ils se nourrissent et transforment la matière organique de surface en substances riches en minéraux et oligo-éléments.
  • Les vers endogés : Ils circulent à faible profondeur, se baignant parfois dans les zones humides du sol, et participent au brassage de la terre.
  • Les vers anéciques : Dont le plus célèbre est le lombric. Ils vivent sous terre dans des galeries verticales jusqu'à 2 mètres de profondeur entre la couche superficielle du sol et la couche inférieure. Ce sont les seuls dans votre jardin à devoir le faire. Ils creusent des galeries verticales de leur taille. De jour, impossible de les voir ! Tout en creusant leurs galeries, ils enduisent le sol de bactéries précieuses et de « gel » présent autour de leur peau, sensible au soleil.

Les bienfaits des galeries : aération et drainage

Les vers anéciques servent de lien entre ces deux univers distincts, aèrent et décompactent la terre qui devient plus meuble, donc moins sensible au lessivage des nutriments. Les racines des végétaux se développent mieux dans ce type de sol. L'eau et les éléments fertilisants y pénètrent aisément, les échanges gazeux sont favorisés, car la terre est aérée. En attestent les turricules, ces petits monticules de terre grumeleuse en tortillons.

En remontant, les anéciques ramènent l'argile plus en surface (argile qui absorbe l'eau et les nutriments, indispensable à toute bonne terre). L’eau pourra s’infiltrer dans leurs galeries et rejoindre la nappe phréatique tout en humidifiant le sol au passage. Ces évacuations d'eau empêchent l'érosion des sols en surface, des coulées de boues et autres inondations. Les racines des plantes, des légumes et des arbres pourront profiter de ces galeries pour s'étendre plus profondément en dépensant moins d'énergie (donc plus d'énergie pour des fruits !).

L'impact désastreux des pratiques conventionnelles

Malheureusement, les engrais chimiques et pesticides anéantissent les vers et, par conséquent, appauvrissent la terre. Pour rebooster cette terre de plus en plus stérile, en agriculture conventionnelle, on l'inonde d'engrais, puis de pesticides, etc… un cercle vicieux. Avec le déversement des produits phytosanitaires, les quantités de vers sont passées de deux tonnes à l’hectare, à moins de cent kilos à l’hectare.

De plus, il devient logique de remettre en cause le travail classique du sol avec le motoculteur, ou le retournement à la bêche qui élimine au passage de nombreux vers ou les déplace dans des zones qui ne leur conviennent pas. Les galeries sont détruites, l'équilibre est rompu, le sol mettra du temps à retrouver son équilibre. Si vous grattez le sol, ou encore pire, si vous labourez le sol, vous risquez bien de voir des vers de terre dans les premiers centimètres sous la surface de votre sol où ils ne sont pas protégés.

Créer un environnement propice à leur épanouissement

Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, il est important de préserver les vers de terre. Pratiquez toujours la rotation des cultures, le paillage et l'épandage de compost, de fumier ou de lombricompost : les vers seront alors à leur aise. Évitez de bêcher trop profondément car vous risquez de détruire le travail de galerie des vers ainsi que leurs œufs. Préférez l'utilisation d'une grelinette, d'une fourche bêche ou d'une aérabêche pour ameublir le sol sans retournement.

"Cours" n°1 : La grelinette, la choisir et s'en servir.

Vous constaterez qu'un sol paillé regorge de vers. Le paillage à base de matières organiques est une bonne manière de multiplier la colonie de vers qui trouvera là une nourriture propice à son épanouissement et une humidité constante très appréciée. Les vers se nourrissent de la cellulose contenue dans les herbes et les feuilles, qu'ils digèrent facilement. Une bonne couche de ces matériaux étendue au sol, leur prodiguera le gîte et le couvert. Vous pouvez aussi épandre un paillage composé de résidus végétaux de cuisine et de déchets de jardinage. Il stimulera l'activité des vers de surface et des autres acteurs de la pédofaune. Il aura pour mérite d'éliminer les herbes indésirables sans se soumettre à la corvée du désherbage manuel et surtout sans utiliser d'herbicides !

Stratégies pour attirer et multiplier la population

Autre solution pour attirer les vers de terre chez vous, le semis d'engrais vert. Lupin, avoine, moutarde, féverole, vesce, phacélie, trèfle, luzerne… Vous avez le choix selon les saisons et l'emploi que vous voulez en faire ! Mais quels qu'ils soient, ces engrais verts couvriront efficacement le sol entre deux cultures. Les plantes faisant partie de la famille des Légumineuses captent l'azote atmosphérique et le fixent dans le sol, grâce à leur système racinaire présentant des nodosités qui regorgent de bactéries rendant l'azote capté directement disponible dans la terre et pour les plantes.

Une fois fauchés, ces engrais verts constitueront une bonne source de nourriture pour nos vers, tout en couvrant le sol le temps de leur décomposition. Fertilisée et protégée, la terre donnera ensuite le meilleur d'elle-même lorsque vous mettrez en place vos cultures.

Enfin, sachez que vous pouvez aussi adopter des vers. On en trouve même en ligne, je pense notamment au travail remarquable du site web plus2vers en France. Si votre sol est pauvre en vers de terre et que vous souhaitez favoriser leur présence et leur multiplication, créez un environnement propice ! Tout ceci leur permet de s’abriter, de manger et entretien l’humidité sur sol qui leur est vitale puisque ils respirent par la peau.

Photo de turricules à la surface d'un sol bien vivant

La permaculture comme modèle de gestion durable

La permaculture est un principe global de culture qui se base entre autres sur l’écologie naturelle. Le but affiché est une agriculture durable, qui respecte le sol et ce qui y vit tout autant que celui qui y travaille. La permaculture est en effet peu énergivore, autant en terme de travail que de l’utilisation d’énergies non renouvelables. Préparer le sol en permaculture, c’est tout simplement permettre à celui-ci de vivre sa vie de sol, avec ses spécificités. C’est ne pas le travailler et le laisser couvert en permanence, car où voit-on dans la nature un sol nu, mis à part dans les déserts ?

Les permaculteurs privilégient des méthodes qui imitent les cycles forestiers, où l'humus est le graal. Le sol est gardé en permanence sous un paillage composé de matériaux divers : paille, BRF (Bois Raméal Fragmenté), feuilles mortes. Cette couverture limite le tassement et l’érosion des sols. Elle nourrit le sol qui va nourrir la plante. Un sol stérile retrouve sa fertilité, lorsqu'il est nourri au carbone, après 18 mois. 18 mois, c'est le temps qu'il faut pour permettre aux vers de terre de recoloniser le sol s'ils ont été maltraités.

En fin de compte, le ver de terre est l'élément clé de la fertilité des sols. On remarque que sans vers de terre, les sols ne recouvrent pas leur fertilité. La chaîne alimentaire est bloquée. En travaillant avec les vivants qui pratiquent votre jardin au lieu de les combattre, vous permettez à la biodiversité d'apporter un équilibre qui limitera de lui-même la présence des ravageurs, garantissant ainsi un potager sain et productif pour les années à venir.

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