Entretenir de bonnes relations, ne pas entrer en conflit avec ses collègues, sa hiérarchie ou ses partenaires : c’est une préoccupation essentielle de chacun. Quand on accueille un alternant, la question du savoir-être devient centrale. Comment trouver la bonne posture, ni trop proche, ni trop distante ? Comment articuler la relation tutorale avec celle du manager et celle du formateur ? Comment gérer les différences générationnelles ? Cet article vous propose une lecture structurée de la relation tuteur-tutoré, en complément de notre vue d’ensemble du tutorat et de notre article sur le rôle du tuteur en entreprise.

Le tuteur, un facilitateur d’intégration plus qu’un supérieur
L’alternant découvre souvent pour la première fois les règles de bonne conduite, les valeurs et les savoir-être attendus pour travailler en équipe, représenter l’entreprise, se professionnaliser. Le tuteur occupe une position particulière dans cette transition : ni parent, ni professeur, ni manager strict - il est avant tout un facilitateur. Son rôle consiste à accompagner le tutoré dans l’appropriation des codes professionnels, sans se substituer aux Ressources Humaines (qui posent le cadre lors des journées d’accueil) ni au manager (qui pilote les missions). Cette posture de facilitation se construit dans la durée : la période d’intégration peut s’étaler sur plusieurs semaines selon le tempérament du tutoré, son éducation, son expérience.
Le tuteur, aussi appelé maître d’apprentissage, accompagne l’alternant tout au long de son parcours au sein de l’entreprise. Son rôle comporte une profonde dimension humaine, mais également pédagogique, car il contribue à la professionnalisation de l’alternant. Il peut également l’aider à développer ses compétences. Le tuteur en entreprise joue un rôle multitâche, à la fois formateur, mentor, et guide. Il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances techniques, mais aussi d’accompagner l’apprenant dans son intégration et son développement professionnel.
L’équilibre relationnel : Trop proche ou trop distant ?
C’est sans doute la question la plus fréquente chez les tuteurs débutants : « Je ne veux pas être trop proche, j’ai peur de perdre ma crédibilité. Mais je ne veux pas montrer trop de distance non plus. Alors, comment me positionner ? » Le bon équilibre n’est ni dans l’un ni dans l’autre extrême. La règle d’or : être proche du tutoré sans être son ami, exigeant sans être autoritaire, disponible sans être envahissant. C’est une posture qui s’apprend - et qui devient plus naturelle avec la pratique.
| Posture | Risques si exagérée | Indicateurs |
|---|---|---|
| Trop proche (copain-tuteur) | Perte d’autorité, confusion des rôles | Tutoiement spontané, échanges personnels |
| Trop distant (chef froid) | Manque d’écoute, démotivation | Vouvoiement strict, échanges formels |
| Équilibré (tuteur-facilitateur) | - | Cordialité chaleureuse, écoute active |
La polyvalence du tuteur au quotidien
Le tuteur exerce simultanément plusieurs rôles. Au quotidien, il occupe plusieurs casquettes en même temps :
- Pédagogue : il transmet, explique, démontre, fait répéter.
- Évaluateur : il observe, mesure les acquis, donne des feedbacks.
- Coach : il motive, recadre, aide à dépasser les blocages.
- Médiateur : il fait le lien entre l’alternant, le manager, l’équipe et l’école.
- Témoin : il représente l’entreprise et sa culture aux yeux du tutoré.
Tout cela en poursuivant sa mission quotidienne : tenir ses objectifs, répondre aux cahiers des charges, gérer parfois les journées en télétravail, rencontrer les clients, faire ses déplacements. Le tutorat nécessite donc de mettre en œuvre de nombreuses compétences simultanément. Pour structurer cette polyvalence, vous pouvez vous appuyer sur notre formation tuteur certifiante RS5515, qui couvre largement la dimension de gestion de la posture tutorale.
La structure triangulaire de la relation tutorale
La relation tuteur-tutoré n’est jamais une affaire à deux. Elle s’inscrit dans un triangle, où chaque sommet a son rôle :
- Le tuteur transmet le métier et accompagne sur le terrain.
- Le tutoré apprend, expérimente, progresse.
- L’école / le CFA valide les acquis théoriques et pédagogiques.
Ce triangle fonctionne bien quand les trois sommets communiquent. Il dysfonctionne quand l’un coupe le contact avec les autres. La place du manager est aussi importante - pour comprendre comment elle s’articule avec celle du tuteur, consultez notre article sur la relation tuteur-manager : qui fait quoi.
Relation Tuteur /centre formation
L’évolution de l’identité du tuteur
Voici un point souvent sous-estimé : la mission tutorale modifie l’identité professionnelle de celui qui l’exerce. Devenir tuteur, ce n’est pas juste ajouter une mission supplémentaire - c’est entrer dans un nouveau rapport au savoir et au pouvoir.
Un nouveau rapport au savoir
Pour transmettre, le tuteur doit d’abord expliciter ce qu’il sait. Beaucoup de savoir-faire sont devenus si automatiques pour le tuteur qu’il a oublié comment il les avait appris. La transmission l’oblige à les ré-analyser, à les nommer, à les décomposer. C’est un processus métacognitif qui renforce sa propre maîtrise. Comme l’a souligné la recherche en sciences de l’éducation, le tutorat développe « la capacité à apprendre des tuteurs tout en développant leur capacité à transmettre ».
Un nouveau rapport au pouvoir
Le tuteur exerce une forme d’autorité - pédagogique, pas hiérarchique. Cette autorité repose sur l’expertise et la légitimité reconnue par le tutoré, pas sur un statut. Elle demande de poser un cadre clair sans pour autant écraser la relation. Beaucoup de tuteurs débutants sont d’abord déstabilisés par cette posture, avant de trouver leurs marques.
La transmission invisible de la culture d’entreprise
Dans certaines organisations, le tutoiement est de rigueur. Dans d’autres, pas. Les jeunes alternants sont parfois surpris par les codes implicites : doivent-ils tutoyer un collègue ? Comment s’habiller pour une réunion client ? Quels sont les sujets « tabous » en pause-café ? Chaque organisation a sa culture propre - un ensemble d’influences largement déterminée par son histoire. Le tuteur joue ici un rôle clé : expliciter les règles non écrites, décrypter les non-dits et montrer les bénéfices à respecter ces codes.
Défis de la communication intergénérationnelle
Les tuteurs sont souvent surpris par les codes de communication des jeunes alternants. La génération Z et désormais la génération Alpha utilisent peu le téléphone, préfèrent les messageries instantanées, attendent des feedbacks rapides et répétés. Les apprentis arrivent souvent en entreprise plus à l’aise avec ChatGPT, Claude ou Gemini que leurs tuteurs. Cette dynamique transforme la relation tutorale en échange réciproque - ce qu’on appelle parfois le tutorat partiellement inversé. Le tuteur transmet le métier, l’apprenant l’usage des outils. Cette posture demande humilité et ouverture, mais devient un atout d’attractivité pour les jeunes talents.
La régularité des échanges : le rendez-vous hebdomadaire
Une bonne relation tuteur-tutoré ne se construit pas dans des moments rares et intenses, mais dans des rendez-vous réguliers et structurés. La pratique éprouvée est l’entretien hebdomadaire :
- Entretien du lundi matin : poser les objectifs de la semaine, ajuster les missions, anticiper les difficultés.
- Entretien du vendredi soir : faire le bilan, recueillir le ressenti, valoriser les progrès.
Ces moments de 30 à 45 minutes structurent la relation et donnent un cadre pour évoquer les sujets qui ne passent pas dans le flux quotidien. Pour préparer concrètement l’arrivée de l’alternant et installer ces rituels dès le début, consultez notre guide comment réussir l’accueil et l’intégration d’un alternant.
Compétences clés du tuteur exemplaire
Le rôle de tuteur en entreprise revêt une importance capitale pour la transmission des savoirs, l’intégration des nouveaux collaborateurs, et le développement des compétences internes. Pour exceller dans cette mission, certaines qualités sont indispensables :
- Compétences pédagogiques : La pédagogie est au cœur du rôle. Un bon tuteur doit savoir adapter son discours en fonction du niveau et des besoins de l’alternant.
- Communication et écoute active : Une communication claire et une écoute attentive sont essentielles pour établir une relation de confiance.
- Patience et empathie : Le processus d’apprentissage peut être semé d’embûches, et il est crucial pour un tuteur de faire preuve de patience et d’empathie.
- Capacité à motiver et à inspirer : Un tuteur efficace sait comment motiver et inspirer ses alternants.
- Gestion du temps et organisation : Le rôle de tuteur en entreprise s’ajoute souvent aux responsabilités professionnelles habituelles. Pour réussir, il est essentiel de bien gérer son temps et de s’organiser efficacement.
- Formation continue : Enfin, un tuteur doit s’engager dans une formation continue pour rester à jour avec les meilleures pratiques pédagogiques et les évolutions techniques spécifiques à son domaine.

Les fondements réglementaires et professionnels du tutorat
Les tuteurs sont souvent confrontés à une logique difficile entre production et formation. En valorisant le tutorat, les instances affirment la nécessité de rendre intelligible le réel pouvoir professionnalisant du stage. L’Instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016, relative à la formation des tuteurs de stages paramédicaux, définit les critères d’un stage qualifiant et professionnalisant. Ne peut prétendre au titre de tuteur, qu’un professionnel expérimenté pouvant mener en son activité proprement dite et la fonction tutorale. C’est un professionnel qui, aidé par la formation, a pris conscience de sa compétence.
Le tuteur, aidé par la formation, sait manier l’art de la question. Il sait que, de la qualité de ses questions naîtra la qualité du raisonnement et de l’argumentation de l’apprenant. Une appréhension règne parfois chez les tutrices et tuteurs “débutants”. Ils opèrent de nombreuses tâches et missions de manière quasi automatique, sans avoir besoin d’y réfléchir et sans même en avoir conscience. Ils sont ce qu’on appelle “inconscients de leurs compétences”. Un tuteur va ainsi devoir reprendre conscience des trucs, astuces, bonnes pratiques, tours de main, bons réflexes, automatismes, habitudes et routines positives, etc. qu’il met en œuvre instinctivement dans son travail.
L'importance de la planification et du suivi
La planification des activités de stage exige les mêmes efforts et les mêmes précautions que la construction d’un programme de formation : objectifs d’évolution, objectifs intermédiaires, activités, évaluation et feedback ciblés. Les objectifs doivent être précis. L’étudiant ne devrait plus deviner ce qu’on attend de lui en termes de progressivité. L’instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016, précise que le stage a pour objectif premier, de développer la capacité réflexive de l’étudiant.
« Sans cette base, on ne sait pas où l'on va. Or, le tuteur, est un architecte qui fixe un programme - doublé d'un maître d'œuvre », souligne Benoît Ledoux. L'apprenti est un salarié. Il lui revient donc de réaliser une activité productive. « Mais lorsque le tuteur ou les membres de son équipe se consacrent à sa formation à proprement parler, ils doivent changer de posture et évaluer le résultat autrement. Il est important de permettre à l'apprenti de progresser et de réussir en mettant la marche ni trop haut, ni trop bas afin qu'il donne le meilleur de lui-même ».
Le tutorat comme levier d'insertion et de performance
Le tutorat est un outil d’insertion et de transmission de compétences. Il contribue à l’acquisition de connaissances, d’aptitudes et de compétences professionnelles par l’apprenti, via des actions de formation. Un tuteur est donc un représentant de la personne parrainée, qui est un nouveau salarié, un stagiaire ou un alternant. Sa mission consiste à transmettre à ce dernier les savoirs professionnels suivant un programme de formation défini au préalable.
Le tutorat permet, en fait, d’assurer l’insertion du nouveau collaborateur dans l’équipe. En cas d’une reconversion ou d’une promotion, cette démarche facilite son entrée dans son nouveau poste de travail. Elle est souvent négligée au sein d’une structure. Pourtant, son importance est primordiale. Dans le milieu professionnel, tout le monde souhaite progresser vers le haut de sa carrière, que ce soit à travers un concours, un examen ou une démarche individuelle. Pour réussir chaque épreuve, l’accompagnement d’une personne expérimentée est primordial.
Questions Fréquentes sur la Relation Tuteur-Tutoré
- Faut-il tutoyer ou vouvoyer son alternant ? Cela dépend de la culture de l’entreprise. Le mieux est de demander à l’alternant ce avec quoi il est à l’aise, et de s’aligner sur les pratiques de l’équipe.
- Comment garder son autorité de tuteur tout en restant accessible ? La clé est dans la cohérence : être chaleureux dans la relation, ferme sur le cadre.
- Que faire si l’alternant ne respecte pas les codes de l’entreprise ? D’abord, vérifier qu’ils ont été explicités. Ensuite, en parler directement, sans jugement.
- Comment gérer un alternant beaucoup plus jeune que soi ? La différence d’âge n’est ni un avantage ni un handicap. Ce qui compte, c’est la posture : poser les codes professionnels et écouter les apports du tutoré.
- Que faire si la relation se dégrade ? Réagir vite. Un point en triangle permet souvent de débloquer les non-dits.
- Le tuteur peut-il aussi apprendre de son alternant ? Absolument, et c’est même souhaitable. Les jeunes alternants apportent souvent un regard neuf sur les pratiques, des compétences sur les outils numériques et l’IA.
Le succès en tant que tuteur en entreprise repose sur un ensemble de qualités et de compétences qui vont bien au-delà de la simple transmission de connaissances. En développant ces qualités, un tuteur peut non seulement contribuer à la réussite des alternants, mais aussi renforcer la performance globale de l’entreprise. Chez KEY FORM & Solutions, nous vous proposons une formation « Devenir tuteur » sur 2 journées, pour vous accompagner dans le développement de votre compétence tutorale.
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