La gestion des acariens ravageurs représente un défi majeur pour l'horticulture et le maraîchage. Ces organismes, appartenant à la sous-classe des arachnides, se distinguent par la présence de quatre paires de pattes à l'âge adulte et une capacité de prolifération rapide dans des conditions chaudes et sèches. La lutte biologique contre les acariens prend de plus de plus d'importance car ces minuscules arachnides ont développé au fil des ans une résistance face aux traitements chimiques qui leur étaient infligés. L'utilisation successive d'un même principe actif peut entraîner des résistances ; il est héréditaire et est généré au niveau de la population.

L'acarien des bulbes : un ravageur souterrain
L'acarien des bulbes (Rhizoglypus robini) est un ravageur plus fréquemment rencontré dans des plantes à bulbes. Cet acarien peut causer des problèmes dans des cultures de bulbes. C'est un petit acarien aux mouvements lents, mesurant environ 0,3 - 0,6 mm, globuleux avec des pattes courtes, brunes et des mâchoires brunes. La durée de développement dépend de la température. Le dégât sur bulbe peut être direct ou indirect : l'acarien crée des petits trous dans le bulbe pouvant causer une déformation et une inhibition de la croissance.
Pour contrer ce ravageur, Hypoaspis aculeifer s'avère être un allié précieux. C'est un acarien de couleur brune, mesurant 1 mm, doté de longues pattes et d'un dos assez velu. Ce prédateur se rencontre dans la couche supérieure du sol et se nourrit de différents insectes de sol nuisibles, notamment l’acarien des bulbes. Les femelles déposent leurs œufs dans le sol ou dans un autre substrat convenable. La vitesse de développement dépend de la température et est pratiquement pareille à celle de l’acarien des bulbes. Hypoaspis aculeifer préfère le terreau/sol humide et d’autres endroits humides ; elles sont déjà actives à une température de 10°C. Au cas où il n’y a pas assez d’acariens de bulbes, elles peuvent quand même se multiplier sur d’autres insectes de sol. En outre, l’acarien prédateur supporte bien d’être affamé.
Diversité des acariens nuisibles en culture
Les acariens sont des Arachnides et non des insectes, ils montrent en effet 4 paires de pattes à l'âge adulte. Très légers, ils peuvent aller d’une plante à l’autre grâce au vent, aux toiles que tissent certaines espèces ou tout simplement portés par les outils.
Le tétranyque tisserand (Tetranychus urticae), appelé aussi “araignée rouge”, peut s’attaquer à de très nombreuses plantes (2000 recensées) et y faire de gros dégâts. Il est notamment présent sur les cultures potagères ou ornementales sous abri car les conditions y sont particulièrement favorables. La présence du tétranyque se repère à des minuscules taches claires sur le feuillage qui se répandent, faisant jaunir voire se dessécher les feuilles en cas d’infestation importante. On peut également distinguer de fines toiles sur les extrémités de la plante.
Panonychus ulmi est appelé “tétranyque du pommier et de la vigne”. En piquant l’envers des feuilles, l’acarien leur donne une teinte plombée, notamment aux plus vieilles. Ces atteintes provoquent une diminution de la photosynthèse et une chute rapide des feuilles.
Les Eriophyidés, avec Aculops lycopersici, sont responsables de l’acariose bronzée qui peut toucher de nombreuses plantes de la famille des Solanacées. Sur les tomates, on peut voir une coloration métallique au départ, qui vire ensuite au roux. Les tomates sont souvent déformées et prennent une teinte brun rouge tandis que la peau devient rêche.
Enfin, le tarsonème des serres (Polyphagotarsonemus latus) s'attaque aux agrumes, ainsi qu'à de nombreuses plantes ornementales ou potagères. Les feuilles s’enroulent et brunissent, les rameaux se racornissent, et les plantes se développent de manière anarchique.
La gestion intégrée des ravageurs des cultures - 1.VFST
La lutte biologique : une approche intégrée
La lutte biologique repose sur l’utilisation d’organismes vivants pour défendre les végétaux contre leurs agresseurs, parasites ou maladies. Contre les acariens nuisibles présents sous serre comme à l’extérieur, on pourra lâcher des auxiliaires au stade d’œufs ou d’adultes directement sur les plants infestés.
Les phytoséiides sont des acariens prédateurs qui consomment d’autres espèces d’acariens à tous les stades de leur développement. On va notamment utiliser Phytoseiulus persimilis ou Neoseiulus californicus contre les tétranyques. Phytoseiulus persimilis est un petit acarien originaire du bassin méditerranéen. Le principal avantage de cet auxiliaire est sa vitesse de développement rapide. Il est extrêmement efficace pour contrôler les épidémies dans des conditions chaudes et humides. Attention toutefois, Phytoseiulus persimilis n'est pas très efficace sur les tomates.
Amblyseius swirskii est utilisé pour lutter contre le coupable de l’acariose bronzée (Aculops lycopersici). Il peut être utilisé en toute saison car il n’entre pas en diapause l’hiver. Pour le contrôle de ce même ravageur, Typhlodromus (Anthoseius) recki, endémique d’Europe, a été identifié comme potentiel agent de lutte biologique et se développe notamment sur deux espèces de plantes : la menthe sauvage et la sauge de Jérusalem.
D'autres auxiliaires complètent cet arsenal :
- Les punaises : Macrolophus caliginosus peut être utilisée en complément d’autres auxiliaires contre les acariens.
- Les coccinelles : Stethorus punctillum peut être employée dans la lutte contre le tétranyque tisserand et celui du pommier. Cette petite coccinelle noire montre beaucoup d’efficacité car elle vole pour repérer les foyers.
- Les cécidomyies : Feltiella acarisuga est un prédateur spécialisé de nombreuses espèces d’acariens. Très voraces, les larves sont capables d’adapter la quantité consommée à la quantité de proies présentes.
- Les chrysopes : La larve de Chrysoperla lucasina se nourrit de nombreux ravageurs, dont les tétranyques.
Pratiques culturales et gestion environnementale
La lutte mécanique et/ou culturale est l’une des premières méthodes de lutte contre les ravageurs. En général, il faut éviter les excès d’engrais azotés et régénérer les vieux rameaux infestés par la taille de fin d’hiver. La taille est le premier geste à adopter lorsque les acariens ont tissé des toiles. Évitez de placer des végétaux sensibles à proximité d’une source de chaleur ou dans une ambiance trop sèche.
L’utilisation de plantes banques est un service écosystémique de plus en plus étudié pour améliorer la régulation des ravageurs par les auxiliaires. Les plantes pièges permettent de détecter l’arrivée des acariens avant qu’ils ne viennent contaminer les cultures principales. Pour les acariens, nous trouvons les Pyrèthres de Dalmatie, l’aneth ou encore la coriandre comme plantes répulsives.
Il est essentiel de déposer les insectes sur les végétaux dès réception, car ils n’ont pas vocation à être stockés. La lutte biologique est une méthode 100% naturelle qui utilise les prédateurs d’espèces nuisibles pour contrôler les populations de nuisibles dans votre jardin. Cette méthode est inoffensive pour l’homme, les animaux domestiques et l’environnement, ce qui en fait une solution idéale pour un jardinage respectueux de la nature.

La gestion des résistances est un outil qui permet de préserver l’efficacité des pesticides, il est donc recommandé de ne pas utiliser successivement le même principe actif et de toujours respecter les intervalles d’application recommandés par les fabricants. Les produits phytosanitaires sont des produits à utiliser avec précaution, notamment en ce qui concerne les acariens. En effet, certains de ces produits favorisent la prolifération de ces ravageurs ! Ces produits sont nocifs pour l’environnement.
Les auxiliaires et nématodes sont des organismes vivants qui se nourrissent de nuisibles. Les auxiliaires de lutte doivent être appliqués dès l’apparition des nuisibles pour être efficaces. En favorisant leur venue dans votre jardin, vous limiterez l’utilisation de produits phytosanitaires. N’oubliez pas que plus votre jardin est composé d’espèces et de variétés de plantes différentes, moins il subira les attaques des ravageurs.