Le guide complet du bambou au jardin : de l'ornement au potager

Exotisme oblige, nous sommes tous tentés par la culture des bambous dans notre jardin. Ces "herbes" un peu spéciales, puisqu'elles produisent des tissus ligneux, évoquent des contrées lointaines. Le bambou fait partie de la famille des graminées, plus précisément des Poacées. Dans le monde, on recense environ 90 genres de bambous et plus de 2300 espèces. Le bambou (Phyllostachys) est originaire de Chine mais il a colonisé le Japon depuis plusieurs millénaires. Son aire de répartition s'étend du 40° parallèle au sud au 40° parallèle au nord de l'équateur. Au 19ème siècle, les importateurs de soie rapportaient des spécimens pour faire des cadeaux à leurs clients ou pour les planter dans leurs propriétés.

Schéma illustrant les différentes parties du bambou : chaume, rhizome, turion et gaine

Anatomie et physiologie du bambou

Le chaume désigne la tige principale chez les graminées. Chez le bambou, ce chaume est aussi appelé "canne". Le chaume est un tube creux, cloisonné aux nœuds. La cicatrice visible aux nœuds est la trace de la gaine des feuilles tombées. Les chaumes se balancent aux vents forts et se plient sous le poids de la neige mais ils se cassent rarement. L'entrenœud est la partie de la tige située entre deux nœuds. La gaine est une enveloppe végétale qui protège la jeune pousse de bambou durant sa croissance. La pruine est une fine pellicule cireuse comme un dépôt poudreux recouvrant en partie les cannes de certains bambous.

Tous les bambous ont des tiges souterraines, appelées rhizomes, à partir desquelles se développent les racines et la partie aérienne du bambou (les turions). Ils permettent à la plante de croître en formant des touffes plus ou moins serrées. Le rhizome est aussi un organe de réserve, il stocke les réserves nécessaires à la croissance spectaculaire des turions (jeunes pousses). Le turion est cette jeune pousse, encore tendre, qui sort de terre sans branches ni feuilles.

Les bambous traçants sont ceux dont le système racinaire s'étend de façon plus ou moins importante. Leurs rhizomes sont longs et fins (rhizomes leptomorphes), plus fins que les chaumes. À l'inverse, un bambou non traçant (Fargesia) qui pousse en touffe et qui ne se propage pas est dit cespiteux. Les rhizomes des bambous cespiteux sont courts et épais (rhizomes pachymorphes). Ils sont plus gros que les chaumes et leurs entrenœuds sont plus serrés.

Sélection et variétés adaptées

En effet, si certains bambous savent rester compacts (ils sont une minorité), d'autres s'avèrent très virulents et propulsent leurs puissantes tiges traçantes et souterraines souvent à plusieurs mètres de la touffe d'origine. Les chaumes de ces plantes grandissent en une seule saison et le diamètre du bourgeon correspond déjà à celui du chaume adulte. Dans de bonnes conditions, un sol très humide et de la chaleur, certains peuvent croître de plus d'un mètre par jour.

Bambous nains et petits formats

Dans un petit jardin, portez votre choix sur des bambous peu volumineux ou du moins poussant en touffe :

  • Sasaella 'Albostriata' : 1,20 m, aux belles feuilles panachées de crème.
  • Pleioblastus auricoma : aux superbes feuilles dorées, haut de 1,20 m.
  • Shibataea kumasasa : particulièrement gracieux avec son feuillage court, il ne dépasse guère 1 m.
  • Sasa veitchii : compact à très grandes feuilles larges, se nécrosant joliment sur les bords en hiver.

Bambous moyens (3 mètres)

  • Fargesia murielae : le bambou-parapluie au port en fontaine, à bois clair et à feuillage très fin.
  • Fargesia nitida : idéal en situation ombragée et à feuillage très fin.
  • Sasa palmata 'Nebulosa' : identique au Sasa veitchii mais à feuilles vertes, 2 m.

Grands bambous (plus de 3 mètres)

  • Phyllostachys bissetii : 7 m, très adaptable et vigoureux.
  • Phyllostachys aurea : 6 m, à chaumes jaunes ou striés de jaune.
  • Pseudosasa japonica (bambou métaké) : 6 m, résistant au sec, à feuillage luisant et retombant.

Bambous géants (plus de 8 mètres)

  • Phyllostachys bambusoides : et ses variétés à chaumes jaunes 'Aurea'.
  • Phyllostachys nigra : mythique bambou noir à chaumes acajou atteignant parfois 16 m de hauteur. En France, dans le Gard, c'est le Phyllostachys pubescens qui bat tous les records avec 25 m de hauteur et un diamètre de chaume de 20 cm. Ses bourgeons sont d'ailleurs comestibles.

Techniques de culture et entretien

Plantez les bambous, de préférence au printemps ou à l'automne, dans une terre humifère, restant fraîche en été, mais toutefois bien drainée car ils n'aiment pas l'eau stagnante. Au besoin, plantez-les sur une butte. Ils apprécient le soleil, mais supportent toutefois bien la mi-ombre. La plupart des bambous rustiques supportent -15 à -25 °C, mais certaines espèces tropicales ne tolèrent pas le gel.

Installer une barrière anti-rhizome avec le kit Nature - Truffaut

Afin de limiter l'expansion racinaire des bambous les plus vigoureux, mieux vaut prévoir l'installation, en bordure du massif, d'une barrière spéciale en polypropylène profondément enfoncée et ceci en biais. Une membrane en polyéthylène haute densité, installée sur le pourtour de la zone de plantation, enterrée sur 60 à 70 cm, est recommandée. En hiver, coupez les chaumes les plus vieux ou devenus secs à la scie. Ceux âgés de quatre ans seront avantageusement employés comme tuteurs. Apportez, avant la pousse de printemps, un engrais type "engrais gazon", riche en azote.

Le bambou au service du potager

Le bambou, cette belle plante décorative au jardin, peut vous être d’une grande utilité au potager. Pour donner de la verticalité, servir de support aux plantes grimpantes, tuteurer ou palisser vos légumes, servir de base pour des structures de protection, les utilisations ne manquent pas !

Tuteurage et palissage

La première idée qui nous vient tous en tête pour utiliser le bambou au potager est bien entendu le tuteurage des plantes grimpantes ou des lianes. Le palissage consiste à créer une armature plus ou moins complexe pour les plantes. Aubergine, à tuteurer individuellement. Fèves, à palisser. Tomate, à tuteurer individuellement. Pour les tomates, les tuteurs spirales sont également très appréciés. Utilisez obligatoirement des cannes de bambou tout juste coupées afin de pouvoir les plier sans problème pour créer un tunnel de protection contre les oiseaux.

Outils pour la coupe

Pour sectionner des cannes de bambou, munissez-vous d’un coupe-branche télescopique ou ébrancheur plutôt que d’une scie. Avec cet outil la coupe est facile et nette, la canne ne se fend pas. Coupez de préférence à proximité d’un nœud afin de ne pas éclater le chaume dans la longueur. Pour la coupe des branches secondaires, un sécateur ou une serpe est suffisante.

Valorisation des résidus

Le bambou, même une fois sec ou inutilisable, reste une ressource précieuse au jardin. Vous pouvez valoriser sa matière pour améliorer votre sol ou réduire vos déchets. Déchiquetez les chaumes avec un broyeur adapté. Incorporez les fragments au compost, en veillant à bien les mélanger à des matières azotées. Le bambou est riche en cellulose, donc lent à décomposer. Les petits morceaux ou résidus issus de la coupe peuvent aussi servir pour pailler vos cultures.

Esthétique et aménagement paysager

Leur beauté réside dans un feuillage persistant, sonore au moindre zéphyr et superbe même en hiver. Leur port est dressé ou en fontaine gracieuse et leurs chaumes verts ou superbement colorés de jaune ou de pourpre, voire de noir. Associez les bambous à d'autres graminées, à des fougères, des palmiers rustiques ou du spectaculaire lin de Nouvelle-Zélande (Phormium).

Photo d'un aménagement paysager combinant bambous, fougères et galets

Pour constituer des haies et brise-vent, plantez Pseudosasa japonica, Fargesia nitida et Fargesia murielae, ou encore Phyllostachys bissetii. Pleioblastus distichus, une espèce naine, peut s'employer comme du gazon. Enfin, la plupart des bambous sont employés pour coloniser et maintenir les berges et talus mouvants. Le bambou de votre jardin peut devenir une ressource précieuse pour des créations décoratives, pratiques ou ludiques comme des mobiles ou des bougeoirs naturels.

Gestion des espèces envahissantes

La plantation de bambous s’accompagne souvent d’une barrière anti-rhizome destinée à contenir les racines traçantes. Pourtant, ce dispositif ne constitue pas une garantie absolue. Une mauvaise pose, une pliure dans la bâche ou un passage sous la barrière suffisent pour laisser filer les rhizomes. Ces racines souterraines cherchent naturellement un passage et peuvent progresser entre un mur et la protection ou contourner l’obstacle.

Une surveillance régulière du périmètre devient alors essentielle. Repérer rapidement les jeunes pousses qui apparaissent hors de la zone prévue permet d’éviter une invasion difficile à maîtriser. Dans une pelouse, la tondeuse peut suffire à affaiblir les nouvelles pousses : les passages répétés finissent par épuiser la plante. Lorsque les rhizomes s’installent dans des zones minérales, comme une terrasse ou du béton, une autre méthode consiste à verser de l’eau bouillante directement sur les jeunes pousses. La chaleur détruit les tissus végétaux et limite leur progression. Sans intervention, la pression des racines peut soulever des dalles ou fissurer certains aménagements.

Consommation et bien-être

Les jeunes pousses de bambou offrent une double valorisation intéressante : elles se cuisinent facilement et s’inscrivent aussi dans des usages traditionnels liés au bien-être. Vous devez récolter les pousses lorsqu’elles sont encore jeunes, fermes et tendres, généralement au printemps, entre 15 et 30 cm. Dans plusieurs cultures asiatiques, le bambou est utilisé depuis longtemps pour ses propriétés traditionnelles. Certaines préparations utilisent aussi les feuilles de bambou en infusion, traditionnellement associées à un effet drainant ou apaisant.

tags: #bamous #dans #potager