Le Noisetier : Arbre Sacré, Gardien des Eaux et Symbole de Puissance

Le Noisetier, ou Corylus avellana, est bien plus qu’un simple arbrisseau fruitier. Véritable pilier des mythologies européennes et compagnon indéfectible de l’humanité depuis le Paléolithique, il incarne la fertilité, la protection occulte et la sagesse enfouie. De ses racines plongeant dans le substrat forestier à ses rameaux vibrant entre les mains du sourcier, cet arbre tisse un lien profond entre le monde matériel et les dimensions invisibles.

Illustration botanique du noisetier avec ses chatons et ses noisettes

Une présence millénaire dans le paysage et l'histoire

Le noisetier est l’une des rares espèces de l’ère secondaire (il y a environ 70 millions d’années) à avoir survécu jusqu’à nos jours. Après les dernières glaciations en Europe, il a pris une très grande extension, prenant le relais de l’aulne et contribuant, par l’alcalinité de ses feuilles, à l’amélioration des sols. Ce processus a permis la réinstallation progressive des forêts de feuillus comme le chêne, le hêtre ou le charme.

Pour l’homme du Paléolithique, le noisetier a très tôt constitué une source de nourriture sauvage oléagineuse d’une remarquable valeur alimentaire. Aujourd'hui, cet arbrisseau, nommé gwez-kelvez en breton, reste très commun dans toutes les communes finistériennes. C'est une espèce d’ombre et de mi-ombre dont les peuplements essaiment sur les pentes des vallées fraîches, au long des talus ou en berge de nos ruisseaux. Rustique, il s’adapte à tous les climats et à tous les terrains, même calcaires.

Morphologie et intelligence adaptative

Sur le plan botanique, le Corylus avellana appartient à la famille des Betulaceae. C'est un arbuste avec de nombreuses tiges partant du sol, formant des touffes buissonnantes qui produisent naturellement des rejets nombreux. Ses feuilles sont simples, alternes, cordées, acuminées et à bord denté.

Le noisetier est un végétal à l'intelligence biologique remarquable. Il évolue selon le temps et le terrain : il réussit, en ramenant ses branches vers lui, à conserver l’humidité près de son tronc durant les périodes de fort ensoleillement. Si, au contraire, le temps est humide, il écarte ses branches pour tenir son tronc à l’abri de l’eau. Sa floraison est la plus précoce des végétaux forestiers, survenant parfois dès décembre si le temps est clément. Les sexes sont séparés chez le noisetier, et dès le mois de septembre, les chatons mâles sont prêts pour le printemps suivant.

Schéma explicatif du système racinaire et de la structure des branches du noisetier

Le bâton chamanique et la protection occulte

Au fil des siècles, le bois de noisetier a été largement utilisé pour la protection contre le mal. La croyance populaire lui accorde de nombreuses vertus. Dans l'imaginaire celte, rien de mal ne pouvait pénétrer une haie de noisetier plantée autour d’une maison ou un poitrail de son bois sur un cheval. Finn portait un bouclier en bois de noisetier qui le rendait invincible à la bataille, tandis qu'un capitaine de navire portant un bonnet dans lequel avaient été insérés des morceaux de bois de noisetier était sûr de pouvoir braver toutes les tempêtes.

Lors des fêtes de Beltaine et du Solstice d’été, on roussissait le poil du dos des bêtes que l’on faisait passer entre les feux avec des brandons de noisetiers pour la protection contre la maladie et le mauvais œil. Ces bâtons roussis étaient ensuite utilisés pour mener le bétail tout le reste de l’année. Dans l’Est de l’Angleterre, les villageois coupaient des branches de noisetier le dimanche des Rameaux pour les placer autour de leurs fenêtres comme protection contre le tonnerre et la foudre, une pratique probablement liée à l'influence norroise, le noisetier étant utilisé homéopathiquement contre les éclairs du Dieu du Tonnerre.

Le noisetier face à la sorcellerie

Quand le mal devint synonyme de sorcellerie dans l’esprit des gens, le noisetier fut intensément utilisé pour se protéger. Le livre « Discoverie of Witchcraft » (1584) recommande de couper une baguette de noisetier « le jour du Sabbat, avant le lever du Soleil » pour en faire un charme contre les sorcières et les voleurs. Thomas Pennant, au XVIIe siècle, décrit dans son livre « Tours of Wales » comment les cadavres étaient enterrés avec des bâtons de noisetier pour empêcher les nuisances sorcières dans le Merionethshire.

Le bâton, en tant qu'outil rituel, est un formidable soutien et un symbole de pouvoir. Il agit comme un canal fonctionnant dans les deux sens, cosmique et tellurique, répondant à une demande de réception de force tout en permettant d’évacuer le négatif. La consécration d'un tel bâton se réalise tout au long du processus créatif, de la récolte en conscience du bois jusqu'à sa sculpture ou sa pyrogravure.

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Le sourcier et la quête des eaux souterraines

Chercher de l'eau au moyen d'une baguette de coudrier est, de nos jours, l’une des rares pratiques "magiques" qui conserve un certain crédit. Nos esprits cartésiens doivent souvent s’incliner devant les résultats incontestables de cette technique, supérieure à toutes les autres faisant appel aux appareils les plus sophistiqués. La baguette de noisetier, grâce à sa capacité à « vibrer » au-dessus d’un gisement d’eau souterrain, fait de cet arbuste l’outil privilégié des sourciers.

Cet usage renvoie à la symbolique de la génération et de la fécondité dans son aspect masculin. Le bâton du sourcier, qui fait surgir l’eau et donc la vie, est aussi le caducée d’Hermès et la baguette magique capable de découvrir les trésors cachés dans la terre mais aussi dans l’être humain lui-même. L’utilisation du coudrier à des fins divinatoires remonte à plus de 4 000 ans.

Hermès, le caducée et les savoirs cachés

Dans la mythologie grecque, le noisetier est lié au dieu Hermès. Le "messager des dieux" possédait le caducée, attribut devenu l'emblème des corps de santé. Bien que les avis divergent sur la nature de la branche du caducée - certains y voient de l'olivier, d'autres du coudrier - le nom botanique Corylus est la traduction du mot « casque », attribut d'Hermès.

Hermès était le dieu des savoirs cachés, et sa baguette possédait le pouvoir de faire passer les hommes d’un monde dans un autre. Le caducée représente deux serpents entrelacés, symbolisant les deux courants de la nature : l’un ascendant et l’autre descendant autour de l’axe du monde. La science du caducée nous enseigne qu’il faut sans cesse établir un lien entre le ciel et la terre, entre le monde intérieur psychique et le monde extérieur physique.

La noisette : fécondité et santé

« La noisette est l’une des formes botaniques de la lune », écrit Gubernatis dans la mythologie des plantes. Cette signature lunaire explique pourquoi, jadis en Bretagne, on plaçait une corbeille de noisettes près du lit nuptial pour favoriser la naissance d’enfants. La noisette, bien à l’abri dans sa coque ligneuse, est un monde clos, semblable à l’enfant dans le ventre de sa mère.

D'un point de vue nutritionnel et médicinal, la noisette est une alliée précieuse. Suzanna Lyle souligne qu’une consommation de 25 g de noisettes par jour, pendant 16 semaines, peut réduire le mauvais cholestérol de 2 à 10 %. En phytothérapie, les feuilles en infusion ont une action veinotonique et anti-œdémateuse utile dans les cas d’insuffisance veineuse, de varices, de phlébites, d’ulcères variqueux et d’hémorroïdes. Le macérât de bourgeons de noisetier constitue également un remède polyvalent qui amplifie l’action d’autres plantes.

Infographie sur les bienfaits nutritionnels et médicinaux du noisetier

Les usages traditionnels en Europe

Chez nos cousins celtes irlandais, le noisetier est indéfectiblement lié au saumon. Lorsqu’une noisette tombe dans l’eau d’une rivière, elle est aussitôt gobée par le poisson, ce qui fait naître les cercles scintillants et colorés de sa peau. Cette énergie du fond des âges contenue dans le noisetier et servant à colorer le poisson est la même que celle que les paysans d’antan essayaient de capter à leur profit.

À Plougasnou, avant les années 1900, des rassemblements réunissaient des milliers de personnes autour d’un oratoire situé en plein bois. Les enfants vendaient aux pèlerins des baguettes de noisetier de 70-80 cm, que ces derniers trempaient dans une fontaine sous le regard de sant Jelvestr (saint Sylvestre). En Suède, le noisetier forme des forêts entières, témoignant de son importance écologique et culturelle dans tout le Nord de l’Europe, où il servait également à la gravure des oghams, les lettres magiques des Celtes.

Le noisetier dans le jardin et la forêt moderne

Le noisetier est un partenaire indispensable pour le jardinier et le forestier. Il est souvent planté pour former des haies libres ou champêtres. C’est un arbrisseau généreux : par l’alcalinité de ses feuilles, il contribue à l’amélioration des sols et permet la réinstallation progressive des forêts de feuillus. Il intéresse aussi beaucoup les trufficulteurs, car il peut vivre en symbiose avec la truffe.

Sur un plan plus utilitaire, son bois souple et résistant fournit des brins pour des cercles de tonneaux et pour fabriquer des cannes à pêche. Les jardiniers s’en servent comme tuteur pour leurs rangs de pois, haricots ou tomates. En bouquetterie, ses branches nues donnent du caractère à une composition florale. Enfin, comme le rapporte une belle croyance bretonne, pendant la nuit de Noël, dans chaque buisson de noisetier, une branche se changerait en or, rappelant que la richesse de cet arbre ne réside pas seulement dans ses fruits, mais dans sa présence spirituelle et terrestre.

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