Le lierre commun ou lierre grimpant (Hedera helix de son nom scientifique) est une liane assez répandue en Europe. C’est probablement également le cas dans votre commune où il s’est surement installé un peu partout. Souvent stigmatisée et peu appréciée cette plante recèle pourtant d’atouts considérables sur les plans de la biodiversité et des changements climatiques. Découvrons comment cette plante peut devenir une ressource majeure pour votre commune.

Origines et caractéristiques botaniques
Le lierre (Hedera) est une liane formant de nombreuses tiges lignifiées adoptant un port grimpant, arbustif, voire rampant. C'est une espèce de lianes arbustive à feuilles persistantes, de la famille des Araliaceae. Le nom scientifique Hedera est issu du latin hedera, (de haerere « être attaché »). L'épithète spécifique Helix (de elein, « s'enrouler ») suggère un enroulement en vrille, et désignait sans doute en grec une liane volubile.
C'est une liane arborescente, dont l'ancêtre est probablement d'origine tropicale, ce qui explique en partie que sa croissance est stimulée par des étés chauds et humides. C'est une des rares lianes que l'on trouve en Europe et en Asie Mineure qui forme des tiges ligneuses rampantes ou grimpantes de taille indéfinie. Il atteint facilement 100 mètres de long et 30 m en hauteur, avec une croissance annuelle de 0,5 à un mètre. Ce lierre vit habituellement une centaine d’années, pouvant atteindre 1 000 ans si le support s’y prête.
Le lierre porte de nombreux noms vernaculaires : « drienne », « lierre des poètes », « lierret », « rondelette », « rondette », « rondote », « herbe de Bacchus », « herbe de saint Jean », « herbe à cors », « herbe à dents ». L’appellation « bourreau des arbres » serait à éviter car elle prêterait à confusion avec Periploca graeca.
Les feuilles diffèrent sur une même plante, selon l'âge, l'exposition et le fait que la tige soit porteuse de rameaux florifère ou non. Les feuilles du lierre sont alternes, à limbe assez coriace, vert foncé ou légèrement blanchi sur les contours du limbe. Ces feuilles sont persistantes et tombent au cours de leur sixième année. Les rameaux sont grimpants et partiellement ornés de poils étoilés grisâtres. Ils portent au milieu des entrenœuds des crampons qui sont des racines adventives transformées émettant de nombreux poils ventouses.
Le lierre et son support : démystifier la relation avec les arbres
Le lierre est une plante qui suscite souvent des débats sur son impact sur les arbres. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le lierre n'est pas une plante parasite. Il utilise les arbres auxquels il s’accroche uniquement comme support et concurrence rarement le houppier - le sommet de l’arbre - en restant sur sa partie centrale. Ces racines modifiées n'ont aucune fonction absorbante : le lierre se nourrit uniquement avec son système racinaire souterrain.
Le lierre présente donc un risque structurel pour les arbres déjà fragilisés (tronc pourrissant ou endommagé). Par contre, il n’est pas problématique pour les arbres en bon état sanitaire. Dans certains cas, il se révèle même être un allié bénéfique. Il est déconseillé de planter du lierre au pied des jeunes arbres, en particulier ceux de moins de 5 ans, car cela pourrait entraver leur croissance. Au lieu de cela, il est préférable de laisser le lierre s'installer naturellement sur des arbres matures propices.
La mauvaise réputation du lierre provient des auteurs antiques grecs et romains qui s'étonnent qu'on ait voué à Dionysos cette plante parasite. Théophraste affirme dans son Histoire des Plantes que le lierre tue les arbres qu’il a escaladé. Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle reprend ce thème. S'il est vrai que cette plante ruine les vieux murs fissurés des maisons, elle est reconnue aujourd'hui comme un organisme doté d’un très grand mutualisme.
Les tiges enserrant un arbre peuvent également le protéger d'un feu courant, de la fracture par le gel, des animaux pouvant endommager l'écorce. Le lierre absorbe l'excès d'humidité, et a une action chimique inhibitrice sur les champignons, bactéries ou parasites pouvant s'attaquer à un arbre. La chute des feuilles de lierre forme une litière importante qui se décompose à contretemps des autres ligneux, apportant des minéraux pour la strate arborée, ce qui favorise la croissance des arbres.

Un allié de la biodiversité urbaine et sauvage
Acteur essentiel de la biodiversité, le lierre associé à un Chêne abrite « plus de 700 organismes vivants différents ». Les véritables pelotes permanentes de lierre dans un arbre servent d'abri et de lieu d'hibernation à une faune nombreuse. Ainsi il permet d'accroître la quantité d'auxiliaires utiles car il leur fournit un réservoir de proies supplémentaires. Il sert en particulier de lieu d'hibernation pour la forme adulte du papillon Citron (Gonepteryx rhamni) ou des coccinelles.
Bénéfices pour les pollinisateurs : sa floraison tardive (de septembre à novembre) est extrêmement importante pour les derniers pollinisateurs de la saison. On y retrouve très souvent de nombreuses espèces de papillons, de mouches, de guêpes et d’abeilles. Une abeille solitaire est d'ailleurs inféodée au lierre : Colletes hederae (l'« abeille du lierre »).
Refuge pour les oiseaux et nourriture : sa fructification tardive et longue est très intéressante pour les oiseaux qui y trouvent aussi un refuge dans les rameaux aériens. En hiver les lierres font la joie des oiseaux qui se régalent de leurs baies en cette période où la nourriture fait défaut. La dispersion des graines est directement liée à cette consommation, car les oiseaux ne les digèrent pas et elles sont alors recrachées par le bec ou éjectées via les fientes.
Lierre grimpant : ce que vous ignorez-
Applications paysagères et techniques de culture
Le lierre commun est un arbuste idéal pour servir de couvre-sol, pour habiller un mur ou une façade, pour cacher un élément vilain du jardin ou pour recouvrir de vieux arbres. Ils peuvent également être formés en topiaires, guidés sur une structure métallique ou grillagée. Le caractère grimpant du lierre en fait également une plante intéressante pour la conception d’un mur végétal.
La plante ne présente pas de dangers pour les murs dont les joints sont en bon état, en effet, il va s’accrocher aux aspérités sans pouvoir l’endommager. Contrairement à la croyance, un lierre ne maintient pas l'humidité sur la façade mais a plutôt tendance à l'absorber, de même, ses crampons ne détruisent pas les enduits, à moins bien sûr que ceux-ci ne soient déjà fissurés et que la plante en profite pour y installer ses racines aériennes.
Pour une hauteur supérieure à 6 mètres, il est recommandé d'utiliser des câbles de sécurité pour empêcher le lierre de se décrocher à cause d'une tempête ou à cause de vieux enduits qui se morcellent. Pour aider le lierre sur des surfaces plus petites, et/ou pour les lierres cultivés en pot, les kits en version légère, simple, Basic-S ou Mini sont suffisants.
Une question posée souvent à l'occasion d'un ravalement de façade concerne l'élimination des racines à ventouse du lierre : il faut les brûler avant de repeindre le mur. L'unique entretien nécessaire au lierre commun est une taille régulière pour supprimer les rameaux les plus anciens et ceux qui gagnent trop, autrement, cette plante grimpante risque d'envahir désagréablement votre jardin.

Adaptabilité écologique et dépollution
Dépolluant urbain : le lierre permet de dépolluer l’air urbain des particules fines, et ce, toute l’année, grâce à son feuillage persistant lui permettant de faire de la photosynthèse en hiver. Des recherches scientifiques confirment que le "Thermal blanketing" (couverture thermique) par le lierre peut protéger la pierre des bâtiments des gelées dommageables, tandis que ses feuilles absorbent les poussières atmosphériques sur les murs historiques.
C'est une plante capable de s'adapter à de nombreux milieux, peu exigeante quant à la nature du sol. On la trouve très couramment en sous-bois, mais aussi sur le littoral atlantique où elle résiste aux pluies abondantes et aux embruns maritimes. Elle s'adapte aussi à la sécheresse dans les pays méditerranéens et peut pousser en montagne jusqu'à 1 000 m d'altitude. Elle ne résiste cependant pas aux grands froids extrêmes.
Tous les types de sols conviennent au lierre commun, surtout s'ils sont frais, humifères, consistants et même calcaires. Il faudra éviter de l'exposer au soleil ardent en privilégiant des endroits exposés à l'ombre, même dense.
Variétés et cultivars : au-delà de l'espèce sauvage
Hedera helix a donné naissance à de nombreux cultivars aux feuillages très ornementaux, souvent panachés (H. helix 'eva' ou 'White Knight'), parfois jaune vif (H. helix 'Buttercup'), ou encore pourpre et nervuré de vert (H. helix 'Atropurpurea'). Pour orner vos compositions de fleurs annuelles, notamment les corbeilles suspendues, les variétés à faible développement seront idéales, comme les petits cultivars de l'espèce Hedera helix.
Certains présentent des feuilles ondulées couvertes de poils veloutés ('Romanze'), d'autres sont intéressants pour leur feuillage très découpé et panaché qui apporte une touche de légèreté et de luminosité ('Ivalace'). Les variétés rampantes 'Spectre' ou 'Triton', seront quant à elles, utilisées en couvre-sol, dans les massifs ou les bordures ou tout simplement pour remplacer une pelouse.
Enfin, le lierre peut aussi être cultivé en intérieur en potées ou en suspensions. Choisissez des variétés moins rustiques, très colorées et à plus faible développement comme Hedera helix 'Goldchild' au feuillage bordé de jaune, ou encore 'Perkeo' présentant de belles nervures pourpres.
Précautions et toxicité
Attention, le contact avec les feuilles peut provoquer des réactions cutanées allergiques tandis que les fruits purgatifs provoquent des vomissements. Tous les fruits du lierre sont toxiques pour les mammifères et en particulier pour l'homme. Cette toxicité est due à la présence de saponosides qui se transforment par hydrolyse partielle en un composé hautement toxique, l'hédérine.
L'ingestion de deux à trois baies donne déjà des signes d'empoisonnement : brûlures dans la gorge, maux de tête, tachycardie, crampes, vomissements/diarrhées. Une consommation plus importante provoque spasmes musculaires, paralysie. Des cas d'empoisonnement chez les animaux (chiens, cerfs, bovins et moutons qui en consomment faute de pâturages) et les humains sont rapportés. Il convient donc de manipuler la plante avec précaution, idéalement avec des gants, et de sensibiliser les usagers des espaces publics à ne pas consommer les fruits.
Il ne faut cependant pas confondre le Lierre avec la Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) qui est une espèce exotique envahissante et une menace pour l'environnement. Cette dernière grimpe également grâce des crampons mais c’est une plante caduque qui perd ses feuilles en hiver. Le lierre, lui, apporte du vert et une structure vivante tout au long de l’année, confirmant sa place de choix dans les écosystèmes tempérés.