Le Bilan de la Campagne de Benoît Hamon : Entre Ambition Stratégique et Déroute Électorale

La trajectoire politique de Benoît Hamon, culminant avec sa candidature à l’élection présidentielle sous les couleurs du Parti socialiste, demeure l’un des épisodes les plus marquants de la vie politique française récente. De sa victoire éclatante lors de la primaire de la « Belle Alliance populaire » à son score final de 6,36 %, le parcours du député des Yvelines a été marqué par des tensions structurelles, des choix financiers audacieux et une gestion complexe de l'appareil partisan.

Benoît Hamon lors de son meeting place de la République en 2017

La dynamique de la Primaire : Une ascension fulgurante

Benoît Hamon a remporté la primaire organisée par le PS avec près de 59 % des voix. L'heure de Benoît Hamon a enfin sonné. Encore méconnu du grand public il y a six mois, l'ex-porte-parole discret du PS devenu ministre de François Hollande a patiemment fabriqué la recette de sa victoire à la primaire de son parti, le 29 janvier, avec 58,65 % des voix contre 41,35 % pour Manuel Valls.

Depuis sa démission du gouvernement, courant 2014, sur fond de désaccords avec l'orientation social-libérale du gouvernement de Manuel Valls, Benoît Hamon n'a cessé de construire sa légitimité de leader de « l'aile gauche » au sein même du PS. Son projet était plus précis et plus clivant. Alors que Manuel Valls dégainait tardivement un programme pour la primaire, Benoît Hamon a profité de son avance pour distiller des mesures très identifiées et très symboliques, également perçues comme novatrices et iconoclastes, comme le revenu minimum universel, le « 49.3 citoyen » ou la « taxation des robots ».

Gestion financière : Une campagne calibrée pour la victoire

La question de la gestion financière a cristallisé les tensions entre le candidat et l'appareil du PS. Trop de dépenses pour un score catastrophique : à peine quelques semaines après les législatives, de nombreux socialistes, dont Julien Dray et François Rebsamen, ne s'étaient pas fait prier pour critiquer la piteuse campagne présidentielle de Benoît Hamon.

Le parti et le candidat s'entendent au moins sur un point important : Solférino consent à un prêt de 8 millions d'euros et la petite équipe valide un budget total à hauteur de 14,5 millions d'euros pour la campagne du premier tour. Régis Juanico, mandataire financier de la campagne, explique : « Quand vous partez pour un score à deux chiffres, voire pour jouer le second tour, il faut une campagne calibrée pour cet objectif. Au début les sondages nous ont donné jusqu’à 17-18 %. »

Schéma des dépenses de campagne par secteur

Les frictions avec l'appareil partisan

La campagne a été marquée par une déconnexion progressive entre l'équipe du candidat et les cadres du Parti socialiste. « Ça frottait dans l'organisation », résume-t-on poliment. Comment organiser une campagne quand les vétérans socialistes sont aux abonnés absents ? L'équation est compliquée d'autant que, concernant le choix des prestataires, Benoît Hamon et son staff veulent « rompre avec les habitudes ».

Les « copains » de l'état-major du PS, habitué à faire appel aux mêmes prestataires pour ses campagnes, sont gentiment mis à l'écart. L'équipe du candidat veut mettre tout le monde en concurrence. Cependant, des récits de militants soulignent des difficultés logistiques, comme ces tracts restés sous clé dans les locaux de certaines fédérations.

Stratégie de communication et investissements audiovisuels

Pour rattraper un déficit supposé de crédibilité, l’équipe Hamon va mettre le paquet sur les pastilles « motion design », les récits visuels et les clips de campagne : de tous les candidats à la présidentielle, Benoît Hamon est celui qui dépense le plus sur la propagande audiovisuelle, quasiment 1 million d’euros. Le studio Small Bang en récupère à lui seul presque la moitié, mais l’équipe Hamon a fait appel à pas moins de neuf autres sociétés pour sa production audiovisuelle.

Malgré ce budget conséquent, sa chaîne YouTube compte aujourd’hui moins de 8 000 abonnés, soit cinquante fois moins que celle de Jean-Luc Mélenchon. Cette stratégie visait à contrer l'image du « petit » Benoît, qui s’est retrouvé par hasard dans la cour des grands, le plus jeune, le gamin.

Les bases de la communication digitale | Essentiels

Le tournant de la fin de campagne : Le meeting de la République

Autour du candidat qui avait promis de faire « battre le cœur de la France », le cœur n’y est plus vraiment, ce 19 avril 2017. L’équipe de campagne ne fait pas le choix d’appuyer sur la pédale de frein. « Décélérer, c’était impossible », justifie aujourd’hui Bastien Recher, l'ex-trésorier.

Le rassemblement, qui a réuni 200 000 personnes, a coûté à lui seul au moins 527 760 euros. Autre action désespérée et coûteuse : l’opération boîtage du 21 avril. Deux jours avant le premier tour, 9,2 millions d'exemplaires de la « Lettre de Benoît aux Français » sont envoyés dans les boîtes aux lettres des grandes villes de gauche pour un coût de 149 408 euros net.

Validation des comptes et héritage

Le compte de campagne de Benoît Hamon pour l'élection présidentielle a été validé par la commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP). « Quasiment aucune de nos dépenses n'ont été réformées », se félicite un socialiste, ex-membre de l'équipe de campagne de Benoit Hamon. Pour ce socialiste, la CNCCFP donne « quitus » à l'équipe de l'ancien socialiste de sa « gestion sérieuse » de la campagne.

Sur les 15 millions de dépenses de l'équipe Hamon, un peu plus de 50 000 euros de dépenses ont été « réformées » de ses comptes de campagne. Le PS devrait toucher la somme de 7,949 043 euros, ce qui est, à quelques dizaines de milliers d'euros près, le plafond légal de remboursement prévu par la loi.

Graphique montrant le remboursement des comptes de campagne

Les causes d'une défaite historique

« Cet échec est une profonde meurtrissure, je mesure la sanction historique, légitime, que vous avez exprimée envers le parti socialiste ». 6,36 %, c'est le score spectaculairement faible qu'a récolté le candidat socialiste. Plus d'un facteur explique ce résultat.

Benoît Hamon a perdu beaucoup de temps à négocier avec les Verts et Jean-Luc Mélenchon. En plus d'un mauvais départ, Benoît Hamon s'est confronté à un paradoxe entre son programme et le parti qu'il a représenté. Dès lors, les défections des cadres du parti se sont enchaînées, plaçant le candidat dans une grande difficulté. Jean-Luc Mélenchon a fait une campagne excellente, estime le professeur en science politique, ce qui a inévitablement fragilisé la dynamique hamoniste sur le flanc gauche.

Le précédent ministériel : Rue de Grenelle

Le passage de Benoît Hamon Rue de Grenelle aura été un record de brièveté ministérielle. Cent quarante-sept jours. Le bilan de son court passage au ministère de l'éducation nationale est pour le moment mitigé. Il aura à peine eu le temps de se familiariser avec les problématiques très spécifiques de ce grand ministère qui gère 12 millions d'élèves.

Benoît Hamon avait choisi de sacrifier partiellement l'esprit de la réforme Peillon pour en sauver l'application à la rentrée. Finalement, le ministre aura passé une bonne partie de ses cent quarante-sept jours Rue de Grenelle à gérer ces deux dossiers. Pour tenter de laisser une empreinte, Benoît Hamon a quand même ouvert un dossier qui lui tient à cœur : celui de l'évaluation des élèves. En finir avec la note sanction est un des ses credo, afin de rendre l'école plus douce, moins cassante et excluante. Comme les dossiers piégés sont nombreux Rue de Grenelle, Benoît Hamon a aussi trébuché sur la rentrée scolaire. Si l'on voulait synthétiser en une phrase ce passage éclair, Benoît Hamon aura fait plus de politique que d'éducation.

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