L’Art du Bois Mort sur les Bonsaïs Caducs : Au-delà du Dogme

L’art du bonsaï est un domaine où la tradition rencontre la rigueur horticole, mais il est également un terrain propice aux idées reçues. Depuis des décennies, une règle est considérée comme intouchable dans l’art du bonsaï traditionnel : les Jin (bois mort ou branche morte) et les Shari (bois mort sur le tronc) sont réservés aux conifères. Le bois mort serait une “hérésie” sur un arbre caduc comme le Charme ou l’Érable, car il entraînerait une pourriture rapide et la mort de l’arbre. Chez Vital Bonsaï, nous affirmons que cette règle est obsolète et qu’elle relève plus du dogme commercial que de la vérité horticole.

Un bonsaï caduc mettant en valeur des zones de bois mort travaillées de manière naturelle

La déconstruction d’un mythe horticole

Le bonsaï japonais classique, notamment pour les espèces caduques, détermine un feuillus par un feuillage dense, une finesse de la ramification tertiaire et surtout, des cicatrices parfaitement refermées. L’argument le plus répandu est que le bois d’un caduc pourrit trop vite et que cette pourriture remonterait le long du tronc pour tuer l’arbre. La Dure Vérité : Ce dogme a souvent servi, sciemment ou non, à standardiser la production. Si le public n’était habitué qu’aux caducs lisses et parfaits, il devait acheter les arbres finis des pépinières.

Reprenons l’argument horticole avec l’aide de l’arboriculture et de l’agronomie. La pourriture se développe dans le duramen, c’est-à-dire le bois mort, non fonctionnel, situé au centre du tronc. L’Observation Naturelle : Il suffit de regarder les Chênes centenaires ou les châtaigniers dans nos forets. Les Oliviers Méditerranéens : Les vieux Oliviers sont la preuve vivante de cette résilience. Lorsqu’une attaque de parasites ou fongique s’installe, l’arbre construit des “murs de protection” pour isoler la partie blessée. Le processus de pourrissement est confiné et l’arbre continue de vivre en contournant le dommage. Le bois mort sur un caduc n’est donc pas une condamnation à mort. Néanmoins cela peut être problématique structurellement pour des très grand arbres.

L'esthétique de la résilience : quand l'art exige la brutalité

Si la science autorise le bois mort, l’art l’exige. Osez la Brutalité : Oubliez la coupe nette à la pince concave. Laissez Évoluer : Laissez le bois pourrir légèrement, se fissurer et se patiner naturellement. L’objectif n’est pas de créer un objet stérile sorti d’une usine, mais un arbre qui a lutté et survécu. Le style “Burton”, connu pour son approche d’un bonsaï hors code, a prouvé que des espèces réputées intouchables, comme l’Érable du Japon (Acer palmatum), pouvaient porter fièrement des cicatrices sculpturales. En travaillant sur de larges déchirures et des zones de bois mort (Jin et Shari), l’idée n’est pas d’imiter l’accident des conifères, mais de donner à l’Érable une force et un style exceptionnelles. L’effet esthétique est saisissant.

Comment tailler les érables japonais, Acer palmatum - Partie 1.

L’analogie la plus parlante pour justifier la présence de bois mort et de cavités sur un bonsaï caduc nous est donnée par l’arbre en trogne (tête de chat) de nos paysages ruraux européens. Ces arbres (Frênes, Saules, Chênes) subissent des tailles répétées sur des décennies. Ce traitement crée un tronc souvent creux, boursouflé et couvert de plaies béantes. Pourtant, ces arbres vivent des centaines d’années ! La trogne démontre que l’arbre peut survivre et même prospérer, créant une silhouette architecturale et robuste. Il a été également démontré que pour une même espèce un arbre taillé en trogne vieillit plus vieux. En effet les coupes successives provoquent des régénérations et voir même des “rajeunissements” de certaines parties de l’arbre. Le bonsaï est un art dynamique qui doit évoluer. N’ayez pas peur de défier les dogmes établis. La nature est votre meilleure maîtresse.

Technique et précision : le travail du bois mort

Travailler les bois morts sur les Bonsaïs, en faisant des Jin et des Shari, peut considérablement améliorer le caractère de l’arbre. Dans la nature, les bois morts apparaissent quand l’arbre est foudroyé, exposé à des périodes prolongées de sécheresse ou lorsqu’une branche casse à cause de l’effet du gel, du vent ou du poids de la neige. Pour réaliser un Jin ou un Shari à l’apparence naturelle demande de l’expérience : il vaut mieux s’entraîner avant d’appliquer la technique sur des arbres de valeur.

Chaque espèce est différente et la technique utilisée doit être en rapport avec la variété sur laquelle on effectue le travail. Commençons par connaître les différents termes :

  • Le SHARI : Le shari est une partie du tronc où l’écorce a été arrachée.
  • Le JIN : Le jin est une partie morte, il peut être de tête ou placé sur le tronc, on se sert des branches ou alors d’une partie du tronc dans le cas d’un jin de tête.

Outils et méthodes de réalisation

Pour réaliser un JIN ou un SHARI, deux approches s'opposent souvent :

  1. L'approche électrique : Utilisez des outils électriques de type Dremel, ou perceuse avec flexible portant un outil qui permet de creuser le bois. Le résultat est rapide et beau, mais avec cette technique, cela ressemble plus à de la sculpture et on ne respecte pas le fil du bois. Avec de tels outils, on fait ce que l’on veut, le problème est que nous décidons de la forme du bois mort sans pouvoir suivre les fibres, ce qui sera moins joli dans le temps.
  2. Le travail “fait à la main” : Cette méthode est moins rapide, mais reste à mon avis la meilleure des techniques pour son réalisme et la finesse du travail. Travail réalisé sur un olivier avec un ciseau à bois après 16 heures de travail, le résultat donne un aspect très réaliste. Dans la nature, ces phénomènes apparaissent lorsque l’arbre est foudroyé ou qu’une branche casse. Sur les conifères, le jin est souvent de couleur pâle, comme blanchis par le soleil et le vent.

Schéma illustrant les fibres du bois et la direction de coupe pour un Jin naturel

Une fois la forme de base du Jin prête, arrondir les angles coupants en utilisant soit un ciseau concave, soit un papier de verre. Laisser ensuite sécher le jin au moins un mois et appliquez par la suite du polysulfure de calcium au pinceau sur la partie que vous avez travaillé. Si possible, blanchir le Jin et le protéger du pourrissement, en le «peignant» avec du sulfure de calcium.

Stratégies pour le Shari et entretien du bois mort

Avant de vous lancer dans le Shari, il sera indispensable de bien choisir l’endroit où le créer sur votre arbre. Il faudra être prudent de ne pas couper un flux important de sève vers les branches qui se trouvent plus haut dans l’arbre. Choisir le bon endroit pour le Shari n’est pas chose facile : il faut non seulement qu’il soit intéressant mais aussi qu’il ne coupe pas un flux important de sève vers les branches qui se trouvent plus haut dans l’arbre. Avant de commencer à retirer de l’écorce, il vaut mieux dessiner avec une craie la forme prévue du Shari sur le tronc.

Ne prendre aucun risque et répartir le travail de création du Shari sur plusieurs mois, voire plusieurs années ; commencer avec une bande étroite d’écorce qui pourra être élargie par étapes. Couper au travers de l’écorce avec un couteau pointu et arracher le lambeau avec une pince à Jin. Une fois que la forme souhaitée est atteinte, on peut légèrement creuser le bois avec une pince concave ou un burin.

Le bois mort est présent sur de nombreux bonsaïs et son entretien optimal détermine en partie la qualité et la valeur de l’arbre entier. Les parties mortes se trouvent sur de nombreux vieux arbres prélevés dans la nature, et les plaies et les moignons résultant de la taille sont également présents sur la plupart des bonsaïs. Le credo d’Andrés Bicocca est de considérer ces caractéristiques non pas comme des problèmes, mais comme des opportunités pour créer des points focaux particulièrement intéressants et naturels. Avec des outils qu’il a en partie conçus lui-même et des techniques très affinées, cet Argentin vivant en Europe obtient des structures de bois mort exceptionnelles qui l’ont rendu célèbre dans le monde du bonsaï et recherché comme animateur d’ateliers et démonstrateur.

En somme, le bonsaï est un art dynamique qui doit évoluer. N’ayez pas peur de défier les dogmes établis. La nature est votre meilleure maîtresse. Êtes-vous prêt à sculpter les “défauts” de vos arbres pour en faire des chefs-d’œuvre de résilience ? Vous trouverez sur cette page, comment réaliser un bois mort le plus réel possible. Chaque espèce est différente et la technique utilisée doit être en rapport avec la variété sur laquelle on effectue le travail. Le travail manuel, bien que fastidieux, offre une pérennité esthétique que la machine peine à égaler, en respectant la fibre naturelle de l'arbre, tout comme la nature le ferait au fil des décennies.

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