Le romarin, scientifiquement reclassé sous le nom de Salvia rosmarinus, est bien plus qu’une herbe aromatique de cuisine. Dans le monde du bonsaï, il est apprécié pour son caractère "ancien", même à un jeune âge : l’écorce se détache par bandes, le bois mort (Jin et Shari) est magnifiquement préservé et devient blanc argenté, et le feuillage dense produit des fleurs bleu-violet enchanteresses. C’est une plante qui parle de soleil, de mer et de roche. Originaire du bassin méditerranéen, il pousse à l’état sauvage sur les falaises calcaires et les zones côtières. C’est un arbuste à feuilles persistantes, semi-ligneux, qui peut devenir un bonsaï en une année avec peu d’efforts.

Les fondements biologiques du romarin
Le romarin est une plante aromatique à longue durée de vie qui peut vivre en bonsaï durant plus de 30 ans. Le romarin peut atteindre une hauteur de 120 cm (48") en trois ans seulement si on la cultive en pleine terre. La plante est maintenant disponible en un nombre important de cultivars (24 !) avec une abondance de couleurs de fleurs (Bleu, Violet, Rose, Blanc), parfums (Pin, citron), et habitus de croissance (érigé, torsadé, rampant). Il y a même un cultivar panaché.
Parmi les variétés prisées pour le style cascade, on retrouve le Rosmarinus officinalis var. Lockwood de Forest ou le Rosmarinus officinalis 'Mrs. Howard's Creeping'. Ces variétés prostrées sont idéales car elles peuvent être formées dans tous les styles, du droit informel, à la cascade en passant par battu par les vents.
Exigences environnementales et exposition
Le romarin est une plante héliophile : il veut le plein soleil. La lumière directe est essentielle pour que les entre-nœuds restent courts et la végétation compacte. À l’ombre, les branches s’allongent et la plante s’affaiblit rapidement. Un minimum de 6 heures de soleil direct par jour au printemps, en été et en automne est requis.
Bien que certains cultivars soient résistants au gel (USDA zone 7), le romarin, en tant que bonsaï, nécessite une attention particulière. Le romarin est persistant dans les zones USDA 11-7 (jusqu’à -15°C) et devient annuel dans les zones 6-3 (sous les -20°C). Comme bonsaï, rentrez-le avant les premiers gels. Un seul léger gel ne va sans doute pas tuer aucun cultivar de romarin. Un romarin correctement acclimaté (des cultivars les plus résistants) peut supporter brièvement des températures de -6°C (20°F) quand il est en pleine terre. Toutefois, dans le Nord, si les températures descendent durablement en dessous de -3°/-4°C, elle doit être protégée dans une serre froide ou recouverte de TNT, dans une position ensoleillée.
Arrosage et gestion de l'humidité
Bien qu’elle vive dans des endroits secs dans la nature, la gestion de l’eau est délicate en pot. Le romarin n’aime pas avoir les pieds humides. Il peut survivre un jour ou deux dans un sol sec. Arrosez abondamment lorsque le sol est sec. Attention : le romarin a des racines fines et délicates qui pourrissent rapidement en cas de stagnation de l’eau, mais qui se dessèchent tout aussi rapidement si elles restent trop longtemps sans eau en été.
Il vaut mieux laisser le sol sécher presque complètement avant d’arroser. Utilisez un bâtonnet pour déterminer l’humidité du sol. Quand on retire le bâtonnet et qu’il est tout à fait sec (il ne laisse pas de trace de boue sur un papier sec), arrosez alors. C’est une plante rustique qui supporte l’eau du robinet. Cependant, un excès de calcaire prolongé peut bloquer l’absorption des oligo-éléments. Le drainage doit être parfait.

Techniques de rempotage et substrat
Rempotez tous les deux ans dans un mélange très drainant de 50% de matériaux organiques comme de l’écorce de pin décomposée et 50% de matériaux inorganiques (ponce, perlite, haydite, etc.). Ajoutez du calcaire ou de la dolomie au sol pour augmenter le pH du sol. Le rempotage se fait à la fin du printemps (mai), de préférence après la floraison.
Faites très attention aux racines lors du rempotage : ne réduisez jamais drastiquement la motte (maximum 20-30%) car le romarin a du mal à se remettre d’un traumatisme racinaire important. Essayez de ne tailler des racines qu’au début du printemps, avant que la croissance ne soit trop avancée.
Fertilisation et nutrition
Donnez un engrais liquide non acide de composition 20:20:20 tous les 15 jours tant que les températures diurnes sont au-dessus des 10°C (50°F). Quand il est hiverné à l’intérieur, réduisez à un apport par mois. Un engrais à diffusion programmée (Oscomote 36:18:12) donne également de bons résultats.
Surveillez les carences en Azote, en particulier avec le mélange organique indiqué plus haut. Fertilisez avec un engrais organique solide à libération lente au printemps et à l’automne. N’abusez pas de l’azote pour éviter une croissance désordonnée et trop tendre.
Mise en forme : Taille et ligature
Le bois du romarin est très dur. Pour des coupes nettes, utilisez le couteau oblique. Remarque importante : le romarin repousse rarement à partir d’un vieux bois dénudé. Pendant la croissance, raccourcir les branches qui dépassent de la silhouette. Coupez toujours en laissant du vert. Si vous enlevez toutes les feuilles d’une branche, celle-ci meurt, car le romarin n’a pas de bourgeons latents sur le vieux bois comme les arbres à feuilles caduques.
Tailler et laisser pousser est la meilleure méthode de mise en forme puisque le bois, une fois âgé, devient impossible à plier sans le fendre. Le bois de romarin est extrêmement fragile et se plie. La ligature ne peut se faire que sur des branches très jeunes et vertes. Si vous essayez de plier une branche lignifiée, elle se cassera net sans avertissement. Pour épaissir les tuteurs, pincez avec les doigts les pousses apicales tendres au printemps. Vous pouvez pincer les jeunes pousses après que la première paire de feuilles est totalement ouverte.
Bouturer le romarin, une réussite à 100%
Création de bois mort : Jin et Shari
Le romarin a une veine vivante (rougeâtre) qui contraste avec le bois mort. Lorsqu’une branche meurt ou se casse, écorcez-la, nettoyez-la bien et appliquez le liquide Jin. Les coupes importantes se font à la fin de l’été ou au début de l’automne. Ce travail de bois mort accentue l’aspect ancien et tourmenté requis pour un style cascade réussi, rappelant les spécimens poussant sur des falaises escarpées.
Multiplication et entretien courant
Habituellement multiplié par boutures de jeunes tiges ou de tiges semi-aoûtées en été avec des hormones d’enracinement IBA à faible dose. Rootone TM, ou Hormex #1 ou #3 TM ou Dip and Grow TM à une dilution 20:1 suffisent.
Le romarin fleurit souvent deux fois par an : la floraison principale a lieu au début du printemps (mars-avril), mais peut se répéter en automne. Les fleurs sont petites, bilabiales, bleues, violettes ou blanches et attirent beaucoup les abeilles. Pour maintenir la santé de votre bonsaï, rappelez-vous qu'il ne s'agit pas d'une plante d'intérieur. Il a besoin de soleil direct, de vent et de températures variées. La compréhension de ces besoins spécifiques est la clé pour transformer un simple arbuste aromatique en une œuvre d'art vivante et durable.