L'Art et la Culture de l'Érable du Japon en Bonsaï

L'érable du Japon, de son nom botanique Acer palmatum, est un arbuste ou petit arbre caduc originaire d'Asie orientale, principalement du Japon, de Corée et de Chine. Appartenant à la famille des Acéracées, il se distingue par son feuillage palmé finement découpé, composé généralement de cinq à neuf lobes élégants qui évoquent la forme d'une main ouverte. Véritable joyau des jardins japonais et star incontestée des espaces verts contemporains, l'érable du Japon fascine par son élégance naturelle et ses couleurs flamboyantes. Cette plante emblématique, cultivée depuis des siècles au pays du soleil levant, offre un spectacle visuel unique tout au long de l'année, avec un apogée spectaculaire en automne lorsque son feuillage se pare de teintes écarlates, orangées et pourpres.

Un érable du Japon aux couleurs automnales

Caractéristiques et diversité biologique

Cet arbre ou grand arbuste est indigène au Japon et en Corée. Il peut atteindre 15 m, mais il est généralement plus petit. Les feuilles de l’érable palmé possèdent 5 ou 7 lobes bidentés et séparés par des sinus profonds et mesurent jusqu’à 8 cm dans chaque dimension. Le feuillage est vert, mais tourne au jaune, au violet ou au bronze en automne. De petites fleurs violacées apparaissent en avril ou en mai.

De nos jours, les variétés cultivées de l’érable du Japon sont beaucoup plus répandues que l’espèce typique. Cet arbre possède une mutabilité génétique qui a donné lieu à une prolifération de sous-espèces et cultivars. Certaines variétés exhibent des feuilles fortement lobées, d’autres des coloris particuliers ou des panachures, d’autres enfin, une écorce très rugueuse ou un nanisme prononcé. Plus de 350 cultivars sont présentement en culture. On trouve des érables du Japon de petite et grande taille. Le monde des érables du Japon offre une diversité étonnante avec plus de mille cultivars répertoriés.

L'érable du Japon comme sujet de bonsaï

L'érable est sans aucun doute l'arbre que tout amateur de bonsaï souhaite avoir un jour. La délicatesse de ses feuilles, la beauté de son tronc et sa spectaculaire coloration automnale lui confèrent une beauté incomparable. L'érable du Japon, également connu sous le nom scientifique Acer palmatum, est un arbre exceptionnel souvent utilisé en bonsaï pour sa beauté et sa délicatesse. Les Acer sont généralement des arbres très féminins et délicats, de sorte que les troncs sinueux avec une ramification très fine sont courants. Cependant, on peut également voir des spécimens courts et larges de la taille d'un shohin (environ 20 cm), car la facilité de ramification et la taille de la feuille invitent à les former dans des formats plus petits. Il est très courant de former les érables sous forme de troncs doubles ou même de troncs multiples, voire en forêt. Tous les styles sont appropriés, mais le vertical libre (Moyogi) est le plus pratiqué.

Schéma d'un bonsaï érable style Moyogi

Il est important de noter une mise en garde essentielle : des photos de bonsaïs aux feuilles bleues circulent sur internet. Cependant, ces images sont fausses. Il n'existe pas d'arbre de ce type. Il s'agit tout simplement d'un canular, généralement à des fins commerciales.

Exigences de culture et environnement

Les bonsaïs sont des êtres vivants et chacun est différent des autres. L'érable est une espèce très impressionnante et très gratifiante, mais assez sensible. En effet, ses feuilles délicates peuvent souffrir de la mauvaise qualité de l'eau, du vent desséchant et des canicules. C'est pourquoi il faut leur accorder plus d'attention qu'aux autres bonsaïs.

Dans leur habitat naturel, les érables palmatum poussent comme des arbres de sous-bois. Cela signifie qu'ils se trouvent généralement sous la canopée d'arbres plus grands. Les érables du Japon préfèrent un emplacement partiellement ombragé en période chaude. Ils tolèrent le plein soleil mais doivent être protégés des rayons brûlants, surtout en été. Placez-les à mi-ombre pour éviter que les pointes des feuilles ne se dessèchent. Ils sont très sensibles aux vents qui dessèchent. C'est pourquoi nous conseillons d'utiliser des brise-vent, placés aux vents dominants. Une exposition plein Est est idéale. Ils doivent toujours être exposés à l'extérieur.

Gestion des températures et rusticité

Ces érables ne sont pas vraiment rustiques dans la région de Montréal. Leurs racines meurent à des températures inférieures à -10°C. Aussi faut-il enfouir les pots dans le sol ou dans des plates-bandes de sciure de bois et les protéger avec un bon paillis. Les branches résistent à des températures inférieures à -18°C si elles sont en pleine dormance, mais elles peuvent perdre l’extrémité de leurs ramilles. Dans nos régions, on peut recouvrir les spécimens d’un cône à rosier ou d’une enveloppe thermique. Il ne convient pas de garder les érables palmés à l’intérieur durant l’hiver. Les nouvelles feuilles émergent trop tôt et se dessèchent dans l’atmosphère trop sèche de nos maisons.

En France métropolitaine, les érables sont assez rustiques, tant que les températures ne descendent pas sous les -3°C il n'y a pas de risque. En cas de fort gel, c'est surtout le pot et donc les racines qu'il faut protéger. Posez le pot au sol avec un bon paillage.

Arrosage et gestion de l'humidité

Ces érables ont des racines superficielles. Ils ont besoin d’une humidité constante. Il faut donc arroser légèrement, mais de façon continue, sans pourtant inonder le sol. La modération s’impose. Arrosez régulièrement votre bonsaï d'érable du Japon en petites quantités. Il est important d'avoir une eau d'arrosage de qualité. C'est tout particulièrement vrai pour les érables, ces derniers étant sensibles aux eaux dures (calcaire). L'eau de pluie reste idéale.

Le feuillage de l'érable du Japon apprécie un air humide, surtout en été. Bassinez (mouiller en pluie fine) fréquemment les feuilles de votre arbre, afin de maintenir l'humidité nécessaire. Un arrosage hebdomadaire profond vaut mieux que des apports quotidiens superficiels. La zone d'arrosage doit couvrir toute la surface de la couronne racinaire.

L'arrosage des bonsais

Fertilisation et nutrition

Un arbre en pot a obligatoirement besoin de fertilisation. Le premier apport peut se faire dès le débourrement de l'arbre, après l'hiver, début du printemps. On peut arrêter la fertilisation à l'arrivée des fortes chaleurs, car l'arbre cesse de croître. Apportez de l'engrais à nouveau en automne pour renforcer l'arbre pendant la période hivernale, cela lui permettra de pousser fortement au printemps suivant. C'est la période de fertilisation à ne pas rater.

Un fertilisant complet et plutôt azoté, tel le Rapid-Gro, fait l’affaire. J.O. Vertrees, l’expert des érables du Japon, avertit d’éviter les fertilisants dont l’azote est d’origine ammoniacale, comme ceux qui sont dits acides. Fertilisez votre bonsaï érable avec un engrais organique liquide ou solide (type Biogold ou autres) riche en Azote (N), Phosphore (P) et Potassium (K). Les engrais liquides sont souvent bien plus corrosifs que les engrais solides et vous risquerez de brûler les racines.

Rempotage et substrat

Le choix du substrat est crucial. Utilisez un substrat adapté à l'érable du Japon, avec une granulométrie qui favorise un bon drainage. Le bon écoulement de l'eau est la clé d'une bonne culture des érables. Vous pouvez opter pour un mélange à base de roche volcanique comme la pouzzolane, la pumice ou la zéolite.

On effectue la transplantation tôt au printemps, avant l’éclosion des bourgeons. Si la feuille naissante est en train de prendre forme, il est déjà trop tard. On peut retrancher jusqu’à la moitié des racines pourvu qu’on conserve intacte une portion de la motte de terre. En général, un pot glacé est un bon choix parce qu’il retient mieux l’humidité. Optez pour un pot de forme plate et allongée qui permettra aux racines de s'étaler et de recevoir la chaleur nécessaire en été. Les Acer ont une croissance racinaire très vigoureuse, c'est pourquoi, à chaque rempotage, il faut enlever les racines qui ont grossi.

Taille, pincement et défoliation

La taille sert à maintenir la forme et la structure. Évitez les tailles trop sévères qui pourraient stresser l'arbre. Les Acer palmatum ont une bonne capacité de refermer les coupes. Néanmoins, il est important de faire les grosses tailles en hiver, lorsque l'arbre est à l'arrêt et que le flux de sève est plus faible. Sinon, on risque de perdre une branche, dû à un retrait de sève. Une taille en vert (dans le mois de juin) est également possible.

Les tailles sévères doivent se faire à l’automne, juste avant la chute des feuilles. Toutefois, les émondages correctifs ou formateurs peuvent s’effectuer en tout temps sauf en période de gel. Lorsque les branches originales deviennent trop fortes, elles sont souvent taillées à la base en ne laissant qu’un moignon. De nouvelles pousses surgissent bientôt autour de celui-ci et le bonsaïste formera de nouvelles branches.

Sur un jeune arbre, on laisse les branches atteindre sept ou neuf nœuds, puis on les taille avec un ciseau à bourgeons. Les nouvelles pousses de la cime sont rabattues à un seul entre-nœud, tandis que celles de la base le sont à deux ou trois. Au Japon, on pratique la défoliation des érables une ou deux fois par saison. Cette pratique multiplie les ramilles, ce qui est une caractéristique fort recherchée, et accentue le coloris automnal. Dans la région de Montréal, on ne défolie généralement les érables du Japon qu’une seule fois par saison, vers la mi-juin.

Illustration montrant les points de taille sur une branche d'érable

Ligatures et soins structurels

Les Japonais ligaturent généralement leurs érables après la défoliation de la mi-juin. La croissance vigoureuse du printemps est alors terminée et ils risquent moins d’endommager l’écorce délicate des arbres. De toute façon, il faut contrôler toutes les semaines la morsure des ligatures. On n’emploie que du fil tendre d’aluminium et on l’enveloppe, autant que possible, de ruban de fleuriste pour protéger l’écorce délicate. On évite de ligaturer un érable car dès que le fil commence à serrer la branche, il marque très facilement et ces traces mettent des années avant de disparaître.

Pathologies et prévention

Les érables palmés sont sujets à plusieurs maladies fongiques telles la flétrissure verticillienne, la fusariose ou le botrytis. Les traitements chimiques ne sont pas praticables. On peut éviter ces problèmes principalement en favorisant la vigueur et la santé de l’arbre, en stérilisant les instruments d’émondage et en évitant de trop fertiliser. Ils sont également sujets à la chlorose (jaunissement du limbe entre les nervures foncées). C’est l’inaptitude de l’arbre à absorber suffisamment de fer d’un sol trop alcalin qui est à l’origine de ce problème.

Si les feuilles brunissent et dessèchent aux extrémités, cela provient souvent d’une exposition trop importante au vent, au soleil ou à la sécheresse de l’air. Pas de panique, cela n’est pas très grave. Choisissez un emplacement moins exposé au vent et au soleil. Concernant les insectes, ils ont une prédilection pour l’écorce des érables du Japon qu’ils grignotent jusqu’à la dernière parcelle. Il faut alors vaporiser la base du tronc et les branches inférieures avec une solution à 50 % de sauce Tabasco et d’eau, jusqu’à 15 cm du sol.

Multiplication et propagation

Ces arbres se reproduisent facilement par semis, bouturage, marcottage et greffes. On ne sème que des graines fraîches qu’on a d’abord eu soin de stratifier entre 1 °C et 5°C pendant 60 à 120 jours. Plusieurs graines ne germeront que la deuxième année. Les boutures sont plus fiables pour reproduire les variétés rares. On prélève des boutures de 10 à 15 cm de bois semi-lignifié vers la mi-juin.

L'avantage de marcotter une branche d'érable est que l'on peut obtenir un nébari parfait, car toutes les racines sortiront du même point. Les jeunes plants d'érable issus de semis sont également un moyen efficace et rapide pour créer des pré-bonsaïs. Certaines variétés sont très difficiles à bouturer ou à marcotter. Les étés trop secs et les hivers sibériens de la région montréalaise peuvent occasionner de nombreux échecs. Toutefois, l’érable palmé est une pièce tellement spectaculaire dans toute collection, qu’il faut persister à le cultiver. Le Jardin botanique de Montréal cultive actuellement l’Acer palmatum coreanum et l’Acer palmatum heptalobum ainsi que plusieurs variétés japonaises venant de climats rigoureux. Ces essais donnent de très bons résultats.

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