Le Cudrania en Bonsaï d'Intérieur : Un Défi Exotique et Épineux

Cudrania tricuspidata fruit

Le Cudrania, également connu sous les noms de cudrang, mûrier chinois ou cudranier de Chine, est une plante fascinante qui suscite l'intérêt des amateurs de bonsaï. Son ancien nom scientifique, Cudrania tricuspidata, est aujourd'hui remplacé par Maclura tricuspidata. Originaire des forêts de feuillus des zones montagneuses d'Asie de l'Est, entre 500 et 2200 mètres d'altitude en Chine et en Corée, cette espèce appartient à la famille des Moracées, tout comme le figuier et le mûrier. Introduite en Europe en 1872, elle reste une plante relativement rare, ce qui ajoute à son attrait pour les collectionneurs. Cultiver un Cudrania en bonsaï, et plus spécifiquement en intérieur, représente un défi qui demande une compréhension approfondie de ses besoins spécifiques.

Caractéristiques Botaniques du Cudrania

Le Maclura tricuspidata est un arbre caduc d'une hauteur naturelle de 5 à 8 mètres, avec un port évasé. Son tronc est souvent court, parfois multi-troncs, et son écorce gris-brun s'exfolie avec l'âge. Une de ses caractéristiques distinctives est la présence d'épines sur les jeunes rameaux, mesurant environ 2 cm de long, qui tendent à disparaître avec l'âge. Ces épines peuvent être assez tranchantes, ce qui la distingue d'autres variétés de mûrier. Les jeunes arbustes portent des épines de 0,5 à 2 cm qui s'estompent en vieillissant. Les rameaux sont légèrement striés, le pétiole et le limbe sont légèrement pubescents, et les bourgeons sont brun rougeâtre en hiver.

Au printemps, l'arbre se couvre de feuilles épaisses, de couleur vert brillant, qui prennent une belle teinte jaune en automne. Leur forme est ovale, mais elles peuvent parfois être trilobées. Élie-Abel Carrière, qui a décrit l'espèce en 1864, avait initialement mis l'accent sur cette originalité des feuilles trilobées. Cependant, il a été observé par la suite que la forme des feuilles montre une certaine variabilité d'un spécimen à l'autre, et que les sujets à feuilles trilobées sont en fait minoritaires, une observation confirmée par la flore de Chine.

Le Cudrania est une espèce dioïque, ce qui signifie qu'il existe des plantes mâles et des plantes femelles. Les fleurs mâles et femelles s'épanouissent en grappes aux mois de juin et de juillet sur des sujets différents. Les fleurs sont vertes et de petite taille, les fleurs mâles jaunissant lorsqu'elles sont chargées de pollen. Elles ne sont pas d'un grand intérêt ornemental en elles-mêmes. Cependant, elles sont suivies par des fruits comestibles, des polydrupes globuleuses (similaires aux mûres ou aux framboises) de 2,5 cm de diamètre. D'abord vertes, elles deviennent rouge orangé, voire rose, à maturité. Juteuses, elles ont un agréable goût de pastèque et sont appréciées des oiseaux. Les fruits sont des infrutescences de type syncarpe, des fruits multiples qui agrègent les petites drupes issues des fleurs fécondées, avec un axe floral élargi, et des périanthes et bractées charnus des fleurs non fécondées. Le nombre de graines est souvent très inférieur au nombre de fleurs, un petit nombre de fleurs du capitule étant fécondé. Ces fruits sont très décoratifs par leur belle couleur rouge à maturité et leur taille (plus importante que celle des fruits des mûriers, Morus spp.). Ils sont globuleux, charnus, juteux, et ont la consistance d'une fraise. Leur saveur douce est cependant discrète, moins prononcée que celle des fruits des mûriers. Une hétérogénéité de la taille des fruits peut être observée sur le même arbre, et les fruits peuvent être isolés, par deux ou en groupes de trois à cinq serrés les uns contre les autres à l'aisselle d'une même feuille.

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Les plantes femelles portent des fruits à partir de l'âge de 10 ans, surtout. Les fruits peuvent être consommés frais ou incorporés dans des confitures, des gelées, des jus et des desserts. Le bois de Cudrania tricuspidata est parfois utilisé pour la fabrication d’outils et de meubles. La plante est également utilisée comme porte-greffe pour d’autres variétés de mûrier. Avec les fibres de l'écorce, on fabrique du papier.

Exigences Culturelles Générales du Cudrania

Le Cudrania prospère mieux dans un climat tempéré à subtropical. Une exposition en plein soleil à l'ombre partielle est idéale pour une croissance et une production de fruits optimales. Il apprécie particulièrement les terres sablonneuses et légèrement acides, mais s'accommode de nombreux autres sols, à condition qu'ils soient légers et drainés. La plantation se fait de préférence en automne sous climat chaud, ou au printemps.

Les jeunes plantes ont besoin d'un arrosage régulier, mais une fois établies, elles sont assez tolérantes à la sécheresse. Une fois bien installés, les sujets présentent une bonne résistance à la sécheresse. Pour un sol limon argilo-sableux, très profond, avec un pH de 7,4, dans un climat méditerranéen, un arrosage tous les quinze jours est suffisant une fois les arbres établis.

La taille n'est généralement pas nécessaire pour le Cudrania, sauf pour enlever les branches mortes ou endommagées et maintenir la forme de la plante. Une taille d'entretien (bois mort, branches mal placées) peut être effectuée en hiver, hors périodes de gel. Sa croissance est très lente. Il est important de noter que le Maclura tricuspidata émet des drageons qu'il convient de supprimer. Pour les éviter, il est conseillé de cultiver un sujet greffé. L'espèce est largement rustique jusqu'à -15°C. Les sujets greffés sur Maclura pomifera n'ont émis aucun drageon, qu'ils soient jeunes ou bien établis.

La production de Maclura tricuspidata est généreuse. L'espèce est cependant sensible à la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata Wiedemann). Sa résistance au plein soleil direct, aux fortes chaleurs et à la siccité de l'air pendant l'été est excellente. Il montre également une très bonne résistance au fort mistral, nécessitant un tuteurage solide les premières années.

Le Cudrania en Bonsaï d'Intérieur : Défis et Particularités

Bonsaï d'intérieur concept

Un malentendu fréquent à propos des bonsaïs est qu'ils doivent être maintenus en intérieur. En réalité, la majorité des arbres de bonsaï devraient être placés en extérieur, où ils sont exposés à toutes les saisons comme les arbres normaux. Cela est dû au fait que les arbres des zones tempérées ont besoin d'une période de dormance en hiver, période durant laquelle leur cycle de croissance annuel s'arrête, préparant le prochain cycle qui redémarrera au début du printemps.

Cependant, il est possible de cultiver certains arbres en intérieur, le bonsaï Ficus étant de loin le plus courant et le plus facile à entretenir dans ces conditions. La culture du Cudrania en bonsaï d'intérieur présente des défis uniques en raison de ses exigences écologiques.

Les soins à apporter à un bonsaï d'intérieur sont différents de ceux prodigués aux plantes d'appartement normales. La raison principale est que les bonsaïs sont plantés dans de petits pots, et par conséquent ont une quantité limitée de nutriments et d'eau à disposition.

Lumière

Le principal problème lorsqu'on garde un bonsaï tropical en intérieur est que l'intensité lumineuse à l'intérieur est bien plus faible qu'à l'extérieur. Les arbres ne vont pas mourir immédiatement lorsque la lumière est insuffisante, mais la croissance va ralentir, affaiblissant finalement la plante. Même une fenêtre orientée vers le sud risque de ne pas fournir une intensité lumineuse suffisante. Les bonsaïs ont besoin de lumière pour réaliser la photosynthèse, il est donc crucial de leur assurer un endroit aussi lumineux que possible.

Humidité

Un autre aspect de l'entretien des bonsaïs tropicaux en intérieur est leur besoin d'un niveau relativement élevé d'humidité, bien supérieur aux conditions de nos maisons dans les climats tempérés, tout spécialement lors de l'utilisation de chauffage et de climatisation. Il est possible d'augmenter l'humidité à proximité du bonsaï en le plaçant sur un plateau humide rempli d'eau et en pulvérisant l'arbre plusieurs fois dans la journée.

Arrosage

La règle la plus importante est de ne jamais arroser par habitude. Il faut ignorer l'étiquette attachée au bonsaï qui affirme qu'il faut l'arroser tous les "X" jours. Au lieu de cela, il faut observer son arbre et l'arroser selon son besoin. La quantité d'eau avec laquelle on arrose doit être suffisante, une quantité plus importante ne constitue pas un problème.

Fertilisation

Avec un volume réduit de substrat d'où il peut extraire ses substances nutritives, le bonsaï doit être fertilisé périodiquement. Une large gamme de fertilisants est disponible : minéraux, organiques, sous forme liquide, granulée, de pastilles ou de poudre qui se dissout au préalable.

Protection contre les Ravageurs et Maladies

Un bonsaï sain est capable de se défendre seul contre diverses maladies et ravageurs. Si cela n'est pas suffisant, il faudra utiliser des substances pesticides. Il est recommandé d'éviter l'utilisation de pesticides destinés à l'agriculture dans les espaces intérieurs de l'habitation.

Le Rôle Crucial du Porte-Greffe

L'expérience a montré l'importance primordiale de l'utilisation de Maclura pomifera (Raf.) C.K.Schneid. (synonyme Maclura aurantiaca Nutt.), communément appelé "Maclure" ou "Oranger des Osages", comme porte-greffe pour le Cudrania. L'espèce cultivée sur ses propres racines (semis, greffe sur franc, bouture, marcotte) présente un drageonnement très important qui est difficilement maîtrisable. Des expérimentations de haie défensive avec des individus issus de semis ont dû être abandonnées en raison de la multiplication incontrôlable des rejets. Il a même fallu recourir à un engin agricole pour retourner la terre sur 40 cm de profondeur afin d'éliminer tous les rejets. En revanche, les sujets greffés sur Maclura pomifera n'ont émis aucun drageon.

Le Maclura pomifera appartient également à la famille des Moracées. Son fruit, de la forme et de la grosseur d'une orange, devient jaune orangé à maturité, mais sa pulpe est généralement comparée à du papier mâché. Les Amérindiens Osages d'Arkansas utilisaient son bois pour fabriquer des arcs et teignaient leur visage et leur corps avec la couleur jaune extraite de ses fruits. Cette espèce fut envoyée des États-Unis en Angleterre en 1810, puis en France en 1812. Elle est appréciée comme arbre d'ornement pour ses feuilles vert foncé et lustrées qui prennent une belle teinte jaune clair en automne, et pour ses fruits décoratifs. Comme le Cudrania, c'est une espèce dioïque, avec des fleurs mâles et femelles portées par des plants différents, groupées en capitules globuleux de couleur verte.

Cultivars Autofertiles et Parthénocarpie

Deux cultivars autofertiles sont proposés par certaines pépinières américaines : 'Norris' et 'Darrow'. Le cultivar 'Seedless' (signifiant "sans graines") est également autofertile. Il est important de vérifier avant l'achat ou dans le cadre d'un échange que le cultivar 'Seedless' est greffé sur Maclura pomifera, et non sur franc, car la greffe sur franc, bien que permettant de propager le cultivar, induit un fort drageonnement.

L'absence de graines dans les fruits du cultivar autofertile 'Seedless' indique une absence de fécondation, donc une parthénocarpie. Il s'agit d'un individu femelle parthénocarpique. Cependant, la présence d'un individu mâle de l'espèce à proximité provoquera l'apparition de graines dans les fruits par fécondation des fleurs. Cela signifie que même si le cultivar est autofertile, il peut produire des graines si un pollinisateur est présent.

Applications et Propriétés

La racine de Cudrania serait galactagogue, et l'infusion de son écorce permettrait de combattre l'angine. Les "mûres" du Cudrania sont comestibles mais sont généralement considérées comme insipides. Des recettes suggèrent de les utiliser comme des fraises d'amour, en remplaçant la fraise par la cudrane. Toutes les informations culinaires ou phytothérapeutiques sont données à titre indicatif.

Considérations pour le Bonsaï de Cudrania

Pour un bonsaï de Cudrania, la lenteur de sa croissance est un avantage, permettant une meilleure maîtrise de la forme. La résistance au froid du Cudrania est significativement supérieure à celle que l'on pourrait observer dans un climat méditerranéen, comme en témoigne sa présence en plein air dans le jardin botanique de l'université de Wroclaw, en Pologne. Cependant, pour un bonsaï d'intérieur, la protection contre les intempéries hivernales est essentielle pour les bonsaïs de climat tempéré, nécessitant un abri adéquat.

La culture d'un Cudrania en bonsaï d'intérieur est une démarche pour les jardiniers expérimentés, prêts à relever les défis liés à ses besoins en lumière, humidité et à la gestion de son drageonnement. La rareté de cette plante et ses caractéristiques uniques, notamment ses fruits décoratifs et son feuillage dense, en font un spécimen de choix pour un bonsaï original et attrayant.

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