L'entretien hivernal des bonsaïs d'intérieur : Un art délicat entre tradition et adaptation

Les bonsaïs, ces « arbres en pot », sont bien plus que de simples plantes d'intérieur ; ils sont une réplique poétique d’une nature tourmentée, miniatures vénérables dont la croissance est freinée et dont l’objectif est d’obtenir un aspect vieilli, comme s’ils avaient poussé dans une anfractuosité de rocher ou sous des vents dominants très forts. La culture et l’entretien du bonsaï ont été codifiés il y a quasiment un demi-millénaire au Japon, avec une classification précise des différentes formes d'arbre selon des typologies spécifiques, comme le Shakan, le Sharimiki ou le Nejikan. Adopter un bonsaï requiert un peu de doigté, en particulier lorsqu'il s'agit de son entretien hivernal. En effet, l'hiver est une période cruciale où le bonsaï a besoin d’être préservé du froid et de l’humidité ambiante pour un nouveau départ en fanfare aux premières fleurs du printemps. Il est alors essentiel de lui offrir une protection adaptée, ni trop importante, ni trop superficielle, au risque de le voir s’étioler par manque de lumière ou de voir ses racines pourrir à la suite d’un excès d’arrosage ou d’une condensation excessive.

Bonsaï en intérieur

Distinction fondamentale : Bonsaïs d'extérieur et d'intérieur

Il est capital de distinguer les bonsaïs d'extérieur des bonsaïs d'intérieur, car leurs besoins hivernaux sont radicalement différents. Les bonsaïs d'extérieur, tels que l'orme, le pin ou le chêne, proviennent souvent de régions tempérées et nécessitent impérativement le froid hivernal pour endurcir leurs branches et former du bois. Ils ont besoin de ressentir l’hiver mais sans souffrir des excès d’humidité, de l’étouffement ou du gel intense. En intérieur, ces espèces ne supporteraient pas la chaleur et la sécheresse ambiante, s'affaibliraient et mourraient. Contrairement aux autres arbres en pleine terre, leurs racines aériennes sont directement exposées au froid en pot, ce qui les rend plus fragiles. Lorsque la motte est gelée, l’arbre ne peut plus puiser d’eau. Si un bonsaï d’extérieur peut tolérer une température de -3°C durant quelques heures, des températures négatives intenses et/ou prolongées conduisent irrémédiablement à la mort de l’arbre.

Seuls les bonsaïs d'intérieur, qui sont des espèces tropicales ou exotiques comme le Serissa (Serissa foetida), le Ficus (Ficus ginseng/microcarpa/retusa), le Carmona (Carmona microphylla) ou le Sageretia, passent l'hiver au chaud dans la maison. Ces bonsaïs décoratifs, à l’entretien ultra-facile comme le Ficus microcarpa, comptent sur un dépoussiérage annuel de leur feuillage, comme toutes les plantes vertes d’intérieur. En été, il est possible de sortir certains bonsaïs d’intérieur. Il faudra alors bien veiller à ce qu'ils ne manquent pas d'eau et à ce que l'humidité ambiante soit suffisante, par exemple en plaçant une coupelle d'eau à leur pied.

Comparaison entre bonsaï d'intérieur et d'extérieur

Préparation automnale pour l'hivernage

La préparation du bonsaï pour l'hiver commence dès l’automne. Il est conseillé d'incliner légèrement les pots avec une cale pour forcer l’écoulement de l’eau de pluie, fréquente en cette saison. Il est également important de protéger au mieux les bonsaïs de la pluie, sous un préau par exemple. Cela permet d'éviter que la terre du pot ne se gorge d’eau. Il est crucial que durant les périodes de gel, le substrat ne soit pas trop humide, au risque de former des cristaux qui blesseraient les racines.

Techniques de protection contre le froid

Lorsque l’hiver est arrivé, plusieurs méthodes de protection peuvent être mises en place pour les bonsaïs d'extérieur. Une technique consiste à remplir une cagette en bois d’un paillis isolant, tel que de la paille, du papier journal ou du plastique à bulles. Le pot du bonsaï est ensuite placé dans cette cagette, en s'assurant que le paillis recouvre entièrement le pot, jusqu’au ras du tronc.

Pour les climats froids, il est recommandé de conserver ses arbres dans une serre ou un châssis froid pendant l’hiver, car les racines dans des pots peu profonds gèlent aisément. Si ce genre d’infrastructure n’est pas disponible, on peut utiliser des couvertures autour des pots pour protéger les racines des bonsaïs. Pendant la dormance, il faut faire attention à ne pas exposer ses arbres à des températures élevées pendant une longue période (par exemple, ouvrir la serre quand elle s’échauffe pendant les jours ensoleillés), puisque cela risque de les sortir de leur dormance.

L’hivernage des bonsaïs, quelles précautions à prendre ?

Les bonsaïs à protéger impérativement et ceux qui restent vulnérables

Même si le bonsaï d’extérieur est de petite taille, il ne s’agit pas d’une plante d’intérieur. Cet arbre nain provient souvent de régions tempérées, nécessitant une bonne aération, un plein soleil et un temps de repos hivernal. Parmi les espèces gélives ou sensibles, il est impératif de protéger : le ficus (Ficus ginseng/microcarpa/retusa, etc.), le serissa (Serissa foetida), le Bougainvillier (Bougainvillea sanderiana), l’Orme de Chine jeune (Ulmus parvifolia), le carmona (Carmona microphylla), et d'autres. À cette liste s'ajoutent les bonsaïs d’origine subtropicale et ceux installés en pot peu profond, dont les racines sont davantage exposées.

Parmi les espèces rustiques qui restent vulnérables, il est important d'hiverner : l’érable du Japon (Acer palmatum), le genévrier (Juniperus sp.), le pin blanc du Japon (Pinus sp.), le bonsaï mélèze (Larix sp.), et d'autres. S’ils supportent le froid, ces bonsaïs redoutent le gel prolongé du substrat, la neige lourde et le vent sec et desséchant. En extérieur, tout type d’arbre à petites feuilles se prête à la culture en pot. Les conifères comme le genévrier et le sapin sont des exemples. Le rempotage de ces espèces se fera tous les 3 à 4 ans.

Exemples de bonsaïs gélifs et rustiques

Solutions d'abri pour l'hivernage

L'hivernage, indispensable, doit tenir compte du climat, de l’espèce du bonsaï et du type d’abri disponible. Voici un comparatif des avantages et inconvénients de chaque type d’abri pour aider à faire le bon choix :

1. L'abri extérieur non chauffé (abri de jardin, appentis, sous-sol ventilé)

Cette solution offre l’avantage d’assurer une bonne protection contre le vent et les précipitations. Toutefois, les températures y sont proches des températures extérieures, et une bonne aération s’avère indispensable. C’est une solution idéale pour les bonsaïs rustiques, en climat doux ou mi-continental.

2. La serre froide (non chauffée)

La serre froide permet de conserver la lumière naturelle et de profiter de températures légèrement plus élevées qu’à l’extérieur. Cependant, une mauvaise aération peut être nocive à votre bonsaï en provoquant une condensation propice au développement de maladies cryptogamiques. Il est donc impératif de bien ajuster l’arrosage afin de garder le substrat humide sans excès. Cette seconde solution est parfaite pour les bonsaïs à rusticité moyenne, en climat frais ou humide.

3. La véranda non chauffée ou le jardin d’hiver lumineux

Cette troisième possibilité offre l’intérêt de pouvoir facilement contrôler l’humidité. L’éclairage doit être adapté car la lumière est souvent filtrée : le bonsaï risque de s’étioler s’il ne bénéficie pas d’assez de luminosité. Un autre risque est que le redémarrage végétatif ait lieu trop précocement si la température dans la serre est trop élevée. Cette troisième solution reste, cependant, adaptée aux bonsaïs semi-rustiques ou méditerranéens.

4. L'intérieur de maison chauffée (à éviter sauf exceptions)

Enfin, la quatrième et dernière solution consiste à installer votre bonsaï dans votre intérieur. Toutefois, l’air y est trop sec et la température trop élevée. Le risque est que la plante sorte trop tôt de sa dormance. Pour cette raison, c’est une solution exclusivement réservée aux bonsaïs tropicaux (ficus, carmona). Les arbres d’intérieur apprécient un bon bassinage.

Schéma des différents abris pour bonsaïs

Risques fréquents à surveiller et entretien durant l'hivernage

Quelle que soit la solution choisie, une attention particulière doit être portée à plusieurs facteurs. Il faut surveiller la condensation et l’humidité stagnante, souvent observées dans une serre mal ventilée. Il est recommandé de prévoir des ouvertures régulières ou la pose de petits absorbeurs d’humidité pour éviter la pourriture et les maladies cryptogamiques.

Un autre point à surveiller est le manque de lumière, fréquent dans une véranda ou une serre exposée au nord. Une lampe horticole basse consommation peut être installée pour éviter une croissance au ralenti, des feuilles pâles et des tiges molles.

L'arrosage inadapté est un risque majeur, car il peut créer un stress hydrique latent s’il est insuffisant ou asphyxier les racines s’il est en excès. Au passage de l’hiver, les arbres entrent en dormance, état qu’il est important de respecter pour les bonsaïs. Dans la nature, les arbres sont souvent soumis à des températures de moins 10 degrés Celsius, voire moins encore, et leurs racines sont trop profondes pour geler. Pendant l’hivernage, il faut garder un œil sur les arbres. Il faut arroser quand le substrat sèche ; les arbres n’ont pas besoin de beaucoup d’eau lorsqu’ils hibernent, donc attention à ne pas trop arroser. Il est également important de contrôler régulièrement l’apparition de parasites ou de maladies sur vos arbres.

Les bonsaïs ne dédaignent pas un apport régulier de fertilisant, qu’ils soient en intérieur ou extérieur, mais cet apport est généralement réduit pendant la période de dormance hivernale.

L’hivernage des bonsaïs, quelles précautions à prendre ?

Taille et formation hivernale

L'hiver est également une période propice à la taille et à la formation des bonsaïs. Pour former votre bonsaï, il est judicieux de vous renseigner d’abord sur les différentes formes que peut adopter votre arbre. Si votre bonsaï est déjà formé, il convient de poursuivre la taille d’origine en ne taillant que les pousses qui se lignifient : concrètement, laissez celles qui sont vertes et concentrez-vous sur celles qui brunissent. Il faut également ôter celles qui sont tournées vers l’intérieur de la ramure, ainsi que les branches cassées ou malades. Ensuite, il est important de se concentrer sur la forme de votre bonsaï : respectez au maximum la forme originelle et n’hésitez pas à prendre du recul entre chaque coup de ciseaux.

Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi diriger une branche tel un marionnettiste. Pour cela, vous entourerez ladite branche d’un fil de cuivre ou de laiton que vous orienterez dans la direction voulue. L’idéal est de procéder en hiver et de laisser les fils en place pendant au minimum 6 mois. Cela permet aux branches de prendre la forme désirée pendant que l'arbre est en dormance, minimisant le stress. Vous pouvez même, si vous êtes suffisamment confiant, vous lancer dans la miniaturisation d’un jeune arbre.

Techniques de taille et de ligaturage du bonsaï

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