Le monde du bonsaï est une aventure captivante, où l'art rencontre la nature. Parmi les diverses espèces d'arbres qui peuvent être transformées en ces chefs-d'œuvre miniatures, le pin sylvestre se distingue par son élégance et ses éléments de caractères. Le pin sylvestre (Pinus sylvestris) est un choix inévitable pour un amateur de bonsaï. Avec son écorce épaisse, ses aiguilles et ses bois morts caractéristiques, ce pin apporte une touche de caractère à une bonsaïthèque.
YAMADORI est le nom japonais pour prélèvement d’arbre en nature. C’est la méthode la moins coûteuse pour trouver de beaux spécimens ayant du caractère (parfois tout fait par la nature). La nature crée des formes naturelles que l’on ne peut reproduire. On peut trouver aussi des YAMADORI en pépinière spécialisée mais ils sont souvent très chers. On peut en découvrir prés de chez soi, chez les voisins, dans les vieux jardins abandonnés ou en cours de destruction, lors de nouvelles constructions, sur le bord des routes, dans les fossés, le long des lignes de chemin de fer et enfin à la montagne. Sachez qu’il est important de toujours prélever avec une autorisation.

Les défis spécifiques du Pin sylvestre
Les conifères, et particulièrement le Pin sylvestre, sont plus difficiles à redémarrer et à prélever. Les radicelles sont éloignées du tronc et beaucoup sont cassées lors du prélèvement. Ils peuvent rester verts plusieurs mois après le prélèvement sans que la reprise soit assurée. C’est seulement après l’été que nous pourrons être sûr que l’arbre est repris. Le pin sylvestre rentre dans la catégorie d'arbres difficiles à prélever et affirmer que l'on rencontre que des succès serait mentir.
L’idéal pour assurer la reprise est de trouver des arbres dont les racines n’ont pu s’étendre et sont restées dans une sorte de niche. A éviter les troncs trop droits, les faux double-troncs (branche ne partant pas vraiment du nébari), les arbres dont les racines sont trop loin du collet. Réfléchir au devenir de l’arbre, savoir quoi en faire (style, bois mort…) et pourquoi je le déterre ; si hésitation, le laisser.
Critères de sélection et préparation avant extraction
Pour réussir, il faut chercher un arbre pas trop grand, avec un beau tronc possédant de la conicité et du mouvement (ne pas prendre trop petit, diamètre mini 4 cm). Il faut viser un jeu de racines réparties en étoile, pour un beau nébari et moins de pivot possible. Observez la présence de branches basses et nombreuses, pas trop grosses, et vérifiez que les aiguilles ou bourgeons sont proches du tronc. Recherchez une belle écorce, de l'émotion à la vue, et surtout évaluez la possibilité de le déterrer sans le condamner.
Avant le prélèvement, nettoyez le terrain autour de l’arbre. Tout d’abord, coupez les branches inutiles trop grosses ou laides. Rabattez toute la végétation si trop importante. Attachez les branches si nécessaire entre elles pour faciliter le prélèvement. Pour les conifères, il faut garder des bourgeons forts aux extrémités des branches restantes car ce sont eux qui font démarrer le mouvement de sève au printemps. Dans le cas d’un prélèvement difficile, absence de petites racines à la base du tronc, on peut laisser l’arbre en place, faire un cernage et revenir une saison plus tard pour l’extraire.
Conseil pratique : Planter à racines nues - Silence, ça pousse !
Techniques de déterrage et outils nécessaires
Les outils indispensables sont : une pioche, une pelle bêche, un sécateur à deux mains (grosses racines), une scie pliante, bottes, gants, quelques sacs plastiques et ou de solides toiles, un vaporisateur. Faire un cernage, c’est à dire enfoncer l’outil tout autour de l’arbre pour localiser les grosses racines, puis avec la pioche faire une petite tranchée en cercle autour du végétal et couper les racines importantes. Ensuite, piochez sous le végétal pour trancher les racines plongeantes. Essayez de soulever cette motte pour la sortir du trou, bien protéger les coupes en les enveloppant ou en les mastiquant pour éviter la perte de sève. Enveloppez immédiatement ce bloc dans une toile ou un sac, bien serré. Une fois terminé, bien rebouchez le trou pour ne pas laisser de traces de son passage.
Sur des mottes argileuses, on peut bien sûr essayer de réduire doucement la motte à l’aide d’une griffe pour arriver jusqu’aux premières racines. Sur des arbres poussant dans la roche, il faut vraiment dégager le maximum de racines au marteau burin, en essayant de passer sous l’arbre. Il ne faut surtout pas tirer sur le tronc ce qui casse le départ des racines et la future motte !
Installation et soins post-prélèvement
De retour chez soi, mettez les racines à nu, retaillez si besoin les mauvaises coupes ou racines déchirées, et gardez le plus de petites. Mettez en pot de suite, ou en nourrice dans du sable ou de la terre. Pour permettre au conifère de bien reprendre et de développer du mycélium, prélever sous un grand pin un peu de substrat contenant ce champignon nécessaire au bon développement de l’arbre et l’ajouter lors du rempotage.
Trouvez un pot assez grand pour que les racines soient à l’aise ou fabriquez une caisse adaptée au volume des racines. Prévoyez un bon drainage dans le fond, un petit grillage sur les trous de drainage et un fil de ligature (2 à 4 mm) pour ancrer l’arbre. Préparez un mélange grossier et drainant (sable grossier, écorces de pin, un peu de terreau pour apporter de l’humus, et un substrat genre pumice, pouzzolane, chabazite). La granulométrie de tous ces éléments doit être importante pour que le mélange soit bien drainant et bien aéré (3-4 mm). Jusqu’à maintenant, j'arrose la motte abondamment avec de l'osyril et ensuite avec de l'acide humique. Il faut faire très attention car un pin peut rester "vert" jusqu'à 12 à 15 mois après le prélèvement.

La patience comme maître-mot
C’est là où on a fait beaucoup d’erreurs. On travaille trop vite nos pins et on vit ensuite les déboires qui viennent avec. J’ai cette année des pins qui sont faibles à cause de ce travail trop précoce et important. Un pin faible a du mal à remonter; du coup, on perd soit l’arbre, soit des années de travail. Il faut compter 2 à 3 ans (voir plus) avant de rempoter l’arbre dans un substrat entièrement drainant sans terre d’origine puis attendre 2 à 3 ans avant d’envisager une première mise en forme. En gros, pendant ces 3 à 5 ans de culture selon l’arbre, on doit avoir multiplié la végétation du pin par 3 ou 4. Ça peut paraître très frustrant mais quand j’ai vu quelques uns de mes yamadori finir au compost à cause de mon impatience et de méconnaissances, je conseille la PRUDENCE et la PATIENCE. C’est l’arbre qui décide et non nous !
Éthique et responsabilité du prélèvement
Le terme "yamadori" trouve ses racines dans la langue japonaise, où "yama" signifie "montagne" et "dori" signifie "prise". Il est plus politiquement correct et écologique de dire "récupérer", "récolter" que "prendre" voir "arracher". Il faut également savoir que cette technique utilisée par des bonsaïka est toujours sujette à controverse, car malheureusement nombreux sont ceux qui profitent du pillage de la nature, sans se soucier des arbres morts laissées en chemin.
Il est impératif que les amateurs et les professionnels adoptent une approche éthique et responsable du yamadori. Cela implique de ne pas piller la nature sans discernement, mais plutôt de collecter avec civilités et dans le respect de l’environnement. Personnellement, je m’applique à replanter au moins un jeune plant pour chaque arbre que je prélève. Certes c’est une goutte d’eau, mais j’ai au moins le sentiment d’avoir fait ma part. Le commerce des yamadori est un domaine où l’éthique et la légalité sont parfois mises à l’épreuve. Il est donc crucial de sensibiliser le public à l’importance d’acheter des arbres auprès de sources légales et éthiques.
Techniques de mise en forme et esthétique
La taille est l’une des compétences les plus importantes dans la création d’un bonsaï de pin sylvestre. Cette espèce produit des chandelles et des rameaux robustes, ce qui signifie que la taille doit être précise pour créer l’illusion d’un arbre miniature.
- Taille des aiguilles : Réduire la longueur des aiguilles afin de donner à l’arbre une apparence proportionnée. Vous pouvez le faire en coupant délicatement les aiguilles avec des ciseaux bien aiguisés.
- Éclaircissage : Pour encourager une ramification dense, éclaircissez afin de favoriser une ramification à deux rameaux.
- Pincement : Le pincement ou metsumi est une technique courante pour encourager la ramification. Il s’agit de pincer délicatement les extrémités des chandelles lorsque ces dernières font 2 ou 3 cm. Je préfère le Mekiri qui consiste à supprimer complètement la pousse de l’année fin de printemps début d’été. Cela stimule la croissance de nouveaux bourgeons et rameaux.
- Désaiguillage : Les parties internes de l’arbre peuvent être désaiguillées pour créer de l’espace et favoriser la croissance de la structure des branches.

Structure et entretien courant
L’entretien régulier est essentiel pour la santé et la vitalité d’un bonsaï de pin sylvestre. Les pins sylvestres préfèrent des sols légèrement humides. Veillez à ne pas laisser le substrat sécher complètement, mais évitez également un excès d’eau, car cela peut entraîner la pourriture des racines. Fournissez à votre résineux les nutriments dont il a besoin en utilisant un engrais équilibré spécialement conçu pour les bonsaïs. Les pins sylvestres préfèrent un endroit ensoleillé et bien aéré.
Les pins doivent être rempotés tous les deux à trois ans pour rafraîchir le substrat et encourager la croissance des racines. Cela devrait être fait au printemps, avant le début de la saison de croissance. Pour avoir des arbres avec des caractéristiques uniques, ajoutez des shari (entailles ou parties mortes) ou des jin (branches mortes). La formation d’un bonsaï de pin sylvestre est une expérience enrichissante qui demande de la patience, de la dévotion et une compréhension profonde de la nature. Qu’il s’agisse de tailler avec précision, d’entretenir avec soin, de choisir le bon spécimen ou de travailler avec des yamadori, chaque aspect de l’art du bonsaï est une invitation à vous connecter avec la nature de manière intime.
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