Boosters pour boutures : Comprendre et optimiser l'enracinement

La multiplication des plantes par bouturage est une technique gratifiante, permettant de reproduire fidèlement ses végétaux préférés à partir d'un simple fragment. Pour accompagner ce processus de rhizogenèse adventive, de nombreux jardiniers se tournent vers des activateurs racinaires, communément appelés hormones de bouturage. Ces substances visent à stimuler l'apparition de nouvelles racines et à augmenter significativement les chances de reprise de la bouture.

Schéma de la rhizogenèse adventive

Le rôle essentiel de l'auxine dans le bouturage

Le développement des plantes est régulé par des hormones végétales, ou phytohormones, parmi lesquelles l'auxine occupe une place primordiale. L'auxine circule dans tous les organes de la plante et joue différents rôles selon sa localisation, sa concentration et l'espèce végétale. Elle est essentielle pour la croissance des fruits, l'élongation des feuilles, et surtout, pour la production et le développement des racines.

En effet, la participation de l'auxine dans la production et le développement des racines est essentielle. Une forte concentration d'auxine favorise la production de racines, mais ralentit leur élongation, tandis qu'une faible concentration est favorable à la croissance des racines, mais pas à leur production.

Dans les opérations de bouturage d'organes aériens (tiges, feuilles), qui reposent sur la capacité du végétal à produire de nouvelles racines, l'auxine est primordiale. La phytohormone intervient directement dès les premiers stades de l'embryogenèse, puis contrôle aussi bien l'organisation du méristème apical et la ramification des parties aériennes de la plante, obtenant immédiatement une dominance apicale, que la formation de la racine principale, l'initiation des racines latérales et des racines adventives. En effectuant un apport supplémentaire d'hormones à la base de l'organe bouturé, l'émission de nouvelles racines est stimulée, voire accrue, et, par conséquent, les chances de reprise du bouturage augmentent.

L'auxine intervient également dans les tropismes, en réponse à la gravité (gravitropisme) ou à la lumière (phototropisme). Ces multiples effets à l'échelle de la plante résultent du contrôle qu'elle exerce sur la division cellulaire, l'élongation cellulaire et certaines étapes de différenciation. L'auxine est présente dans l'ensemble du règne végétal et est primordiale pour les végétaux supérieurs. La forme majoritaire de l'auxine est l'acide indole-3-acétique (AIA), mais d'autres molécules naturelles présentent également une activité auxinique. L'auxine est synthétisée principalement dans les jeunes feuilles et est activement transportée vers les autres tissus de la plante pour en coordonner la croissance et faciliter les réponses aux variations de l'environnement.

Les hormones de bouturage commerciales : formes et utilisation

L'auxine naturelle (AIA) est très fragile, peu stable à la lumière et à la chaleur. C'est pourquoi les horticulteurs ont recours à des auxines de synthèse, que l'on retrouve dans le commerce sous l'appellation « hormones de bouturage ». Elles agissent comme l'auxine sur la croissance de la plante et de ses racines.

Les hormones de bouturage les plus répandues dans le commerce contiennent l'hormone de synthèse AIB, l'acide β-indole butyrique. Dans l'idéal, il faudrait pouvoir adapter l'apport d'hormones en fonction des besoins particuliers de chaque plante. Les produits destinés aux professionnels sont d'ailleurs disponibles à des concentrations en AIB variables (0,5 à 8 %). Dans le commerce, bien que les hormones de bouturage soient conditionnées sous différentes formes, les concentrations sont standardisées. Le résultat peut s'en trouver non garanti, mais l'utilisation en est ainsi simplifiée.

Infographie sur les différentes formes d'hormones de bouturage

On peut trouver les hormones de bouturage sous forme de poudre, très souvent conditionnée dans des sachets pré-dosés de 5g, et dosée à 0,25 % d'AIB. On les trouve également sous forme de comprimés à broyer, dosés à 0,25 %, ou de comprimés à diluer, dosés à 20 %. Parfois, elles sont disponibles en gel. Les hormones de bouturage présentes dans le commerce sont composées d'une hormone de synthèse simulant l'effet de l'auxine : l'acide β-indole butyrique (AIB). Cette hormone de bouturage synthétique est proposée sous différentes formes et avec différentes concentrations pour s'adapter aux différents types de plantes. Elles peuvent être polyvalentes, ou dédiées à certains types de plantes. On peut ainsi trouver un produit adapté à chaque espèce, à un prix avoisinant les 15 €.

Comment utiliser les hormones de bouturage ?

Suivant la forme sous laquelle sont proposées les hormones de bouturage, il faudra procéder différemment pour les utiliser sur ses boutures :

  • Les sachets de poudre : La poudre d'hormone est prête à l'emploi. Elle est simple à utiliser, avec peu de risque de surdosage. Il suffit de tremper la base de la bouture, sur 2 ou 3 cm, dans le sachet. Ensuite, secouez la bouture pour faire tomber le surplus de poudre et ne pas le répandre sur les feuilles. Mettez en place la bouture dans un trou préformé et pulvérisez un peu d'eau pour humidifier le terreau. Les comprimés à broyer s'utilisent de la même façon ; ils sont moins courants.

  • Les comprimés à dissoudre : Diluez un comprimé dans 250 ml d'eau. Trempez la base de la bouture pendant 10 secondes, pas plus, dans la solution et plantez-la dans le terreau d'enracinement. Attention : la solution ne se conserve pas pour un usage ultérieur.

Bouturage Poncirus trifoliata : Hormones en poudre ou liquide ? (Test + résultats surprenants)

L'importance du dosage

Quelle que soit la forme utilisée, il est très important, pour la réussite de l’opération, de respecter les consignes de dosage. Un surdosage d'hormone peut entraîner l’apparition d'un cal, des déformations et la mort de la bouture. C'est le principal risque avec les hormones de bouturage de synthèse : en mettre trop ! Un excès de cette poudre blanche peut provoquer l'effet inverse de celui recherché : les tissus tendres de la tige vont brûler sous l'effet de l'acide, la croissance des bourgeons est inhibée, et des malformations peuvent apparaître sur les racines. Pour la plante, un développement d'un système racinaire rapide, mais souvent moins dense que celui d'une plante ayant "bataillé" naturellement, peut résulter d'un surdosage.

Pour quelles plantes sont-elles utiles ?

Bien qu'on serait tenté d'utiliser les hormones pour toutes les boutures, beaucoup de végétaux se passent d'un apport extérieur. L'hormone de bouturage est un simple coup de pouce. Les actions de l'hormone de bouturage grâce à l’acide indole-3-acétique favorisent l'enracinement (l'émission de racines). On peut aussi réaliser des boutures sans utiliser ces produits. Certaines plantes produisent assez d'hormones naturelles d'enracinement pour se passer d'hormone de bouturage chimique (renouée, misère, etc.). N'abusez pas des hormones de bouturage, ne les utilisez que pour des végétaux plus capricieux à développer de nouvelles racines et à reprendre.

Alternatives naturelles aux hormones de bouturage commerciales

Si leur efficacité n'est pas remise en question, la composition des hormones de bouturage de synthèse l'est davantage. Les composants des hormones de bouturage, et en particulier l'acide indole-3-butyrique (AIB), sont classés comme irritants et sont potentiellement toxiques pour les organismes aquatiques. De plus, les hormones de croissance sont relativement chères, un coût augmenté par leur durée de péremption très courte. Heureusement, il existe différentes alternatives écologiques et économiques pour remplacer les hormones de bouturage du commerce.

Image d'herbes et produits naturels pouvant servir d'hormones de bouturage maison

L'eau de saule : une solution scientifiquement proche

L'eau de saule est la solution la plus proche, scientifiquement, des produits du commerce. En effet, la substance principale qui active la croissance des boutures s'appelle l'acide salicylique, il ne s'agit pas de la molécule d'auxine. Toutes les variétés de saules peuvent être employées. La recette de l'eau de saule n'a rien de sorcier. Il suffit de broyer légèrement quelques branches fraîches de saule à l’aide d’un marteau pour en libérer les substances actives, puis de les laisser tremper dans l’eau (de pluie de préférence) pendant une période variant de 24 à 48 heures, voire 72 heures selon la recette. Après une macération de courte durée, les boutures devront y tremper une nuit, idéalement, avant de les mettre dans le substrat. L'eau ainsi enrichie, communément appelée « eau de saule », devient une source d’hormones d’enracinement naturelles. Les boutures plongées dans cette préparation bénéficient d’un milieu stimulant qui favorise l’apparition précoce de racines. À noter qu'il est préférable de faire des petites quantités car les propriétés ne sont pas actives très longtemps (environ 48 heures). Par contre, l'eau de saule peut facilement se conserver au congélateur, dans des petits contenants comme des bacs à glaçons. Au bout de ce temps de macération, un gel se forme en surface de l'eau et sur le bois (et sur les racines qui se seront éventuellement formées).

L'infusion de ronce : l'auxine naturelle à portée de main

On peut procéder de la même façon avec des tiges de ronces à mûres (Rubus fruticosus). L'infusion de tiges de ronce commune contient de l'auxine. Ceux qui se battent contre les ronces qui n'ont de cesse de les envahir savent bien qu'en marcottant, elles développent des petites racines, encore fragiles, toutes blanches. Ce sont elles qui concentrent la plus forte teneur en auxine, d'où l'intérêt de récupérer ces morceaux de tiges en train de marcotter afin de les couper en mini tronçons pour les faire macérer dans de l'eau de pluie, sans enlever les radicelles minuscules. Prenez soin de bien rincer les fragments afin que l'eau de ronce ne soit pas terreuse. Hachez-les finement puis laissez-les macérer 24 h dans de l'eau (de pluie de préférence).

Le miel : propriétés antibactériennes et antifongiques

Le miel, même s'il ne contient pas d'hormones de croissance à proprement parler, est riche en enzymes et possède des propriétés antibactériennes et antifongiques puissantes. La principale cause d'échec des boutures est l'attaque de champignons qui fait pourrir la tige. Le miel permet de mieux réussir ses boutures grâce à ses propriétés antibactériennes, antifongiques, antiseptiques et cicatrisantes. Pour l'utiliser, il suffit de tremper la partie basse du fragment de bouture dans le miel avant de la planter. N'oubliez pas qu'il ne faut jamais abuser des traitements.

La cannelle : un stimulant à l'enracinement

Relativement riche en nutriments et en vitamines, la cannelle va quelque peu faciliter l’enracinement de la bouture. La recette est simple, il vous suffit de tremper la partie basse du fragment de bouture dans la poudre de cannelle avant de la planter. Si vous faites une bouture dans l'eau, il suffit de verser un peu de cannelle en poudre dans l'eau, en renouvelant l'opération à chaque changement d'eau.

L'aspirine : un dérivé de l'acide salicylique

On retrouve dans l'aspirine un dérivé de l’acide salicylique, contenu dans les saules, appelé acide acétylsalicylique, qui est la substance active du médicament. Prescrite comme anti-coagulant chez beaucoup de personnes sujettes à des risques d'accidents vasculaires, l'aspirine conserve ce rôle avec les plantes. Pour obtenir une matière pâteuse avec laquelle vous pourrez enduire les boutures, il convient d'écraser des cachets d'aspirine sans enrobage en les mélangeant avec un peu d'eau. La recette est simple, il suffit de mettre des comprimés d'aspirine dans un verre rempli d’eau et d'attendre qu’ils se dissolvent. Puis, de tremper vos boutures dans ce verre d'eau, et de les laisser tremper pendant quelques heures pour qu’elles puissent absorber le liquide.

L'Aloe vera : cicatrisant et nutritif

Le gel d'Aloe vera contient de l'acide salicylique et des nutriments qui aident à la cicatrisation des tissus végétaux. Il suffit d'appliquer le gel directement sur la base de la bouture avant de la planter.

Les graines en germination : un concentré d'hormones

Les graines en germination libèrent une quantité massive d'hormones pour lancer leur croissance. Pour en faire une hormone de bouturage maison, il suffit de faire tremper des graines (par exemple, de lentilles ou de blé) dans de l'eau pendant 24 à 48 heures. Filtrez l'eau et utilisez-la pour arroser vos jeunes boutures.

L'urine et la salive : des sources d'auxines inattendues

Si l’auxine est naturellement présente dans les plantes, on en trouve également en quantité intéressante chez l’homme, notamment dans la salive et l’urine. Votre urine s'avère être un bon engrais naturel riche en azote, mais ce n'est pas tout, elle contient aussi des auxines. L'urine serait également un bon substitut d'hormone de bouturage, que l'on peut utiliser par simple trempage des boutures.

Techniques complémentaires pour un bouturage réussi

Outre l'utilisation de boosters racinaires, plusieurs pratiques peuvent améliorer significativement les chances de succès de vos boutures. Pour améliorer les chances de succès lors de la multiplication de plantes par bouturage, surtout avec celles dont les tiges ligneuses présentent un défi particulier à l’enracinement, l’utilisation d’une hormone d’enracinement se révèle être une technique extrêmement efficace. Cette substance stimulante peut être appliquée de manière simple mais précise sur l’extrémité inférieure de la tige. Pour ce faire, l’usage d’un coton-tige imbibé de l’hormone ou l’immersion directe de la partie concernée dans un récipient contenant cette hormone sont deux méthodes couramment employées. Une fois l’hormone correctement appliquée, la bouture doit être plantée dans un pot rempli de terreau préalablement humidifié.

Pour favoriser un environnement propice à l’enracinement, la pratique consistant à cultiver la bouture à l’étouffée est fortement recommandée. Cette méthode implique de recouvrir la bouture d’un sac en plastique transparent ou d’un dôme spécifique, créant ainsi une atmosphère humide et chaude qui stimule la croissance des racines. L’apparition de nouvelles feuilles sur la bouture est un indicateur fiable de la réussite de l’enracinement.

Bouturage Poncirus trifoliata : Hormones en poudre ou liquide ? (Test + résultats surprenants)

Il est parfois impossible d'insérer le grain dans une bouture trop fine. Placez ensuite votre bouture en terre et maintenez le substrat humide. Couvrez vos boutures avec une cloche ou une bouteille en plastique pour conserver l'humidité ambiante. Pour ceux qui privilégient une approche plus naturelle ou qui souhaitent expérimenter avec des solutions faites maison, la fabrication d’une hormone d’enracinement à partir de tiges de saule représente une alternative écologique et économique.

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