L’art du marcottage : Maîtriser la multiplication végétale par la boule de marcottage

Le marcottage est un mode de multiplication végétative qui nous a été montré par Dame nature. Ce mot ne dira rien à nombre d’entre vous. Pour les autres, ils savent ô combien cette technique est efficace dans la multiplication des plantes ! Il s’agit d’utiliser le pied mère pour provoquer la multiplication des végétaux. Par cette action, les racines se développent sur la partie aérienne de la plante et recréent un clone du pied mère. La technique appelée rhizogenèse consiste à « marier » une branche avec un substrat humide afin de produire des racines qui permettront de sevrer la nouvelle plante.

Il est conseillé de marcotter au printemps ou en été et quand le bouturage est difficile, notamment sur les plantes grimpantes ou les arbustes ligneux. À savoir : parfois, une année est nécessaire pour obtenir les résultats escomptés. Mais le jeu en vaut vraiment la chandelle tant les effets de cette opération sont spectaculaires !

Schéma illustrant le principe de la rhizogenèse sur une tige encore attachée au pied mère

Les fondements biologiques de la multiplication végétative

Parmi les modes de multiplication des plantes supérieures, la nature nous offre deux voies. La voie sexuée utilise la fécondation d’une gamète femelle par une gamète mâle. Les gamètes étant des cellules incomplètes génétiquement puisqu’elles ne comportent qu’un nombre n de chromosomes alors qu’une cellule complète en comporte 2n, on parle de diploïdie. Normalement, quand une gamète mâle, souvent mobile, rencontre une gamète femelle, les deux noyaux de ces cellules fusionnent et la gamète femelle, une ovule, devient un œuf puis une graine avec une nouvelle identité génétique issue de l’addition des caractères héréditaires des deux parents comme l’a découvert en son temps Gregor Mendel.

La voie asexuée, presque uniquement réservée aux végétaux et aux bactéries, utilise une particularité que beaucoup de végétaux possèdent : celle de reproduire une nouvelle plante identique génétiquement à la plante mère à partir d’un simple morceau du végétal. C’est ainsi que parfois, il suffit qu’une partie d’un organe aérien d’une plante soit en contact avec le sol pour qu’il émette de nouvelles racines. À partir de ce moment, cette partie de la plante acquiert une autonomie qui lui permet éventuellement de se détacher de la plante mère.

Les techniques traditionnelles de marcottage

Pour rendre l’exposé plus compréhensible, nous donnerons des noms aux différentes techniques décrites qui ont toutes le même principe de base.

Le marcottage par couchage

Pour les plantes à rameaux souples, optez pour le marcottage par couchage : c’est la méthode la plus simple et la plus couramment utilisée. Effeuillez l’une des tiges de la plante mère, puis enterrez-la en partie afin qu’elle produise de nouvelles racines. Il sera ensuite possible de la replanter ailleurs, une fois bien enracinée et désolidarisée de son pied mère. Astuce : enterrez cette tige mère dans un godet, maintenue par un cavalier. Quand les racines auront bien prises, vous pourrez couper la tige mère. On peut le faire sur le lierre, la potentille, l’hortensia, le rhododendron, la clématite, la viorne, le kiwi.

Le marcottage en serpenteau

Pour les plantes grimpantes, préférez le marcottage en serpenteau basé sur la même technique, avec une différence : la tige choisie doit être suffisamment longue pour être enterrée à divers endroits. Là aussi, vous pouvez enterrer la tige dans des pots. À chaque point enterré, un nouveau pied va se développer. Les végétaux que l’on peut marcotter de cette façon sont : la glycine, l’aristoloche, la vigne vierge, l’akebia ou encore la passiflore.

Le marcottage en cépée ou en butte

Le marcottage en cépée ou en butte s’adapte aux arbustes, mais aussi aux plantes buissonnantes aux rameaux trop rigides pour être courbés et enterrés dans la terre. Rabattez tout d’abord le pied mère à une vingtaine de centimètres du sol, puis ajoutez un mélange de sable et de tourbe que vous butterez avec le pied. Le haut des rameaux doit rester hors du sol. Un an après, retirez la butte et prélevez les pousses ayant produit des racines. Ce type de marcottage est parfaitement adapté pour multiplier les cognassiers à fruits et cognassiers du Japon, les bruyères, le forsythia et le seringat.

Comment bouturer un arbuste? Le marcottage

La révolution moderne : La boule de marcottage

Vous aimez vos arbustes ou vos plantes d’intérieur et rêvez de les multiplier sans passer par l’achat en pépinière ? Il existe une astuce simple, presque magique, qui séduit de plus en plus de jardiniers amateurs : les boules de marcottage. Compactes, faciles à utiliser et très efficaces, elles transforment une vieille technique horticole en méthode moderne à la portée de tous.

Qu’est-ce qu’une boule de marcottage ?

La boule de marcottage, aussi appelée coquille ou sphère de marcottage, est une coque en plastique rigide, souvent transparente ou teintée, composée de deux parties qui s’assemblent autour d’une branche. Elle s’ouvre facilement, se remplit de terreau ou de sphaigne, puis se referme grâce à un système de clips. Des trous situés sur la boule permettent d’aérer le substrat et d’éviter l’excès d’humidité. Une fois en place, la branche continue de recevoir la sève de la plante mère, ce qui limite le risque d’échec.

Mise en œuvre de la technique aérienne

Le marcottage aérien est recommandé pour les arbustes difficiles à enraciner. Incisez légèrement le bout d’une tige et dotez-la d’un manchon rempli de terreau ou de sphaigne humidifié. Le tout, hermétiquement fermé, formera une sorte de petit ballon de rugby. Les racines vont ensuite naturellement se développer en l’air.

Il est aussi possible de « torturer » les rameaux à marcotter pour perturber la circulation de sève, soit en étranglant la tige avec un fil métallique en faisant plusieurs tours serrés autour de la partie enterrée, soit en créant de petites encoches dans la partie verticale du rameau. Pour les boutures aériennes, on fait parfois un annelage, c’est-à-dire qu’on enlève un anneau d’écorce autour de la marcotte, là encore pour perturber la descente de sève. Ces techniques sont intéressantes pour multiplier des végétaux, principalement des arbres, qui ont de la peine à émettre des racines, qu’on ne peut donc pas bouturer.

Diagramme montrant l'annelage d'une branche avant la pose de la boule de marcottage

Applications pratiques et espèces concernées

Les boules de marcottage sont surtout efficaces sur les arbustes et les plantes ligneuses, difficiles à bouturer autrement. Parmi les plus courantes, on retrouve :

  • Les fruitiers : figuier, agrumes (citronnier, oranger), grenadier.
  • Les arbustes ornementaux : camélia, rhododendron, azalée, magnolia, érables, laurier rose, cordyline, lilas, hibiscus.
  • Les plantes grimpantes : jasmin, vigne, glycine.
  • Les plantes d’intérieur : ficus (dont Ficus benjamina), monstera, caoutchouc (Ficus elastica), Yucca, Dracaena, Philodendron, Dieffenbachia, Croton.

Le temps nécessaire à l’apparition des racines varie. Sur un figuier ou un ficus, on peut obtenir une plante en quelques semaines. Sur un camélia ou un magnolia, il faudra parfois patienter plusieurs mois. L’automne est une période propice à cette opération, car les températures sont plus douces, l’humidité naturelle plus élevée, et les plantes ne souffrent plus des fortes chaleurs estivales.

Analyse des avantages et limites

Le succès des boules de marcottage tient à plusieurs atouts :

  1. Un taux de réussite élevé : La branche reste reliée à la plante mère et continue à recevoir la sève.
  2. Une méthode simple : Inutile d’être un expert du bouturage.
  3. Une observation facilitée : Les coques translucides permettent de suivre la formation des racines.
  4. Réutilisabilité : Le matériel est peu coûteux et peut servir plusieurs fois.

Cependant, cette méthode présente quelques limites. Elle convient surtout aux plantes ligneuses, moins aux herbacées. Certaines boules en plastique bas de gamme s’usent vite ou retiennent trop l’humidité. La patience est de mise : selon l’espèce, le processus peut prendre plusieurs mois. Il faut alors surveiller l’humidité : le substrat doit rester humide, mais non détrempé. Après quelques semaines à quelques mois, selon la plante et la saison, les racines apparaissent. Il suffit alors de couper la branche sous la boule et de replanter le nouvel individu en pot ou directement en pleine terre.

Photo montrant des racines visibles à travers une boule de marcottage transparente

Perspectives sur la multiplication végétale

Si certaines refusent obstinément de s’enraciner par simple bouturage, la technique de la boule de marcottage offre une alternative simple et efficace. Cette méthode, utilisée depuis longtemps par les horticulteurs, consiste à faire raciner une tige tout en la laissant attachée à sa plante mère. On sélectionne une tige saine, idéalement semi-ligneuse, sur laquelle on pratique une légère incision pour stimuler la production de racines. La zone blessée est ensuite entourée d’un substrat humide (sphaigne, mousse ou mélange de terreau et de fibre de coco) que l’on enferme dans une boule de marcottage. Pendant la mauvaise saison, la tige continue de puiser les nutriments nécessaires à sa croissance auprès de la plante mère.

Plus tard dans l’histoire de l’agriculture, l’homme a découvert le bouturage, un procédé proche du marcottage mais plus rapide et permettant d’obtenir encore plus de clones quand les portions de plantes ont la capacité d’émettre des racines en étant déjà séparées de la plante mère. Néanmoins, le marcottage reste une technique de choix pour les espèces récalcitrantes. Le jardinier, l’horticulteur ou le pépiniériste peuvent mettre à profit cette particularité biologique pour cloner des plantes sélectionnées pour certaines particularités, assurant ainsi la pérennité de variétés spécifiques sans altérer leur patrimoine génétique.

La pratique de la multiplication, qu'elle soit par bouturage ou par marcottage, s'inscrit dans une démarche plus large de compréhension du cycle végétal. Que l'on utilise des méthodes traditionnelles ou des outils modernes comme la boule de marcottage, l'objectif demeure identique : accompagner le vivant dans son processus naturel de régénération. Cette approche, loin d'être un simple acte technique, est une véritable plongée dans la physiologie végétale, permettant à chacun de contribuer à la diversité et à la vitalité de son espace vert.

tags: #boule #de #marcottage #botanic