Les bouteilles accrochées aux arbres : Usages, fonctions et enjeux environnementaux

L’observation de bouteilles en plastique suspendues dans les branches ou fixées sur des tuteurs dans les jardins et vergers suscite régulièrement l'interrogation des passants. Si ce spectacle peut sembler insolite, il répond à des besoins précis, allant de la protection des cultures à la gestion des ressources en eau. Cette pratique, souvent issue de systèmes D ou de méthodes ancestrales remises au goût du jour, s'inscrit dans un contexte plus large de gestion du jardin et de lutte contre les nuisibles.

Bouteilles en plastique détournées en système d'irrigation au pied d'un arbre fruitier

La gestion de l'hydratation des arbres fruitiers

Durant les mois d'été, le verger se trouve au centre de toutes les attentions. En juillet et août, alors que le soleil tape fort, même les vergers les mieux entretenus souffrent. Les poiriers, notamment, apprécient les sols frais et redoutent la sécheresse : ils demandent pas moins de 850 mm d'eau répartie sur l'année. Lorsque l'eau vient à manquer, les signaux d'alerte ne tardent pas : les jeunes feuilles perdent leur éclat, jaunissent, puis tombent. Les fruits, au lieu de grossir joliment, restent petits et calleux, tandis que la croissance générale de l'arbre stagne.

L'arrosage à l'arrosoir ou au jet, bien que simple, se révèle souvent peu efficace et largement consommateur en eau. De plus, un arrosage trop rapide ou mal ciblé entraîne un ruissellement, ne profitant qu'aux adventices et privant les fruitiers de la précieuse humidité dont ils ont cruellement besoin. Une solution inspirée des gestes du passé, remise au goût du jour, promet une efficacité remarquable : la bouteille percée.

Pour les petits budgets, la bouteille percée s'avère astucieuse : un bidon de 5 litres enterré sous la canopée d'un jeune poirier peut maintenir l'humidité deux semaines. Pour l'installer, choisissez une bouteille ou un bidon d'au moins deux litres. Percez le bouchon de plusieurs trous fins à l'aide d'une aiguille chauffée et, pour faciliter l'appel d'air, n'hésitez pas à percer le fond de la bouteille. Remplissez-la, remettez le bouchon, puis enterrez-la tête en bas près de la zone racinaire, sans coller au tronc. En maintenant l'humidité au plus près des racines, les bouteilles enterrées stimulent la croissance des fruits, réduisent le stress hydrique et préservent la vigueur générale de l'arbre.

Protection contre les risques physiques et sécurisation du matériel

Au-delà de l'irrigation, la présence de bouteilles sur des piquets ou des tuteurs répond à des impératifs de sécurité et de maintenance. Pour les aubergines, poivrons et autres, de nombreux jardiniers utilisent de petits tuteurs en métal de récupération. La bouteille placée au sommet évite de "s'empaler" sur le tuteur.

Cette technique préventive est également motivée par la protection de la faune. Certains jardiniers utilisent cette méthode car ils ont déjà retrouvé de petits oiseaux morts, étranglés par les tuteurs. Par ailleurs, sur les piquets en bois, les boîtes ou bouteilles servent à limiter le pourrissement lié aux intempéries. Enfin, sur des tuteurs métalliques, ces dispositifs permettent d'installer des filets au-dessus des petits fruitiers sans que le piquet ne passe au travers du filet, tout en aidant, selon certains, à faire fuir les taupes.

Comment créer et installer un goutte à goutte très simple avec bouteille et sans budget ?

Luttes biologiques et enjeux sanitaires en milieu arboricole

Il ne faut pas confondre ces pratiques de jardinage avec les dispositifs de lutte institutionnels, tels que les pièges à chenilles processionnaires du pin. Dans de nombreuses communes, des sacs sont accrochés aux arbres pour lutter contre ces nuisibles. Ces "Ecopièges®" sont une bague qui encercle le tronc, reliée par un tube et un sac. Les chenilles qui descendent tombent donc dans la bague puis dans le sac et se retrouvent piégées.

Cette espèce est dangereuse car elle provoque des réactions allergiques chez l’homme et est également très nuisible pour les animaux. Les poils de ces chenilles sont très urticants et particulièrement volatils. En plus de ces pièges, il existe un procédé biologique : le bacille de Thuringe qui détruit le système digestif des chenilles lorsqu’elles l’ingèrent en même temps que les aiguilles. Ce produit est sans danger pour l’homme, les animaux et l’environnement.

Schéma explicatif du fonctionnement d'un piège à chenilles processionnaires sur un tronc de pin

Le chaulage : une approche traditionnelle complémentaire

Parfois associée à la gestion des vergers, une autre technique visuelle frappe les promeneurs : les troncs d'arbres peints en blanc. Il s'agit du chaulage, une méthode ancienne et traditionnelle qui aide à protéger les arbres contre les maladies. Mettre de la chaux à titre préventif sur les arbres fruitiers protège ceux-ci contre toutes sortes d’organismes vivants : mousses et lichens, champignons, parasites, car elle agit comme un insecticide et un fongicide.

Les troncs des jeunes fruitiers sont également protégés des brûlures du soleil grâce à ce badigeon qui renvoie la lumière, ainsi que des changements rapides de température (gel/dégel) au cours de l’hiver, qui blessent les jeunes arbres. Le signal pour l'application est le début de la chute des feuilles, qui indique que l’arbre est en repos. Il est préférable de réaliser l’application durant des journées calmes. Brossez vivement le tronc de l’arbre avec une brosse dure pour le nettoyer, puis passez la chaux à l’aide d’un pinceau large, en commençant par le départ des premières branches pour descendre jusqu’à la base du tronc.

Réflexions sur le cycle de vie du plastique et la consigne

La question de la présence des bouteilles en plastique dans nos paysages renvoie inévitablement au débat sur le recyclage. La consigne, souvent évoquée comme une solution environnementale, soulève des problématiques complexes. Elle vise à rémunérer les citoyens pour collecter sélectivement des bouteilles, mais cette mesure remet en question l'idée d'un système collectif de collectes sélectives des emballages.

Les collectivités ont investi massivement dans des centres de tri de nouvelle génération, conçus pour traiter les bouteilles issues des bacs jaunes. Si ces bouteilles sont détournées vers les supermarchés via la consigne, la viabilité de ces centres de tri est menacée. De plus, on peut légitimement se demander pourquoi cette mesure ne s'applique qu'aux bouteilles, qui ont une valeur marchande, et non aux autres déchets plastiques comme les pots de yaourt qui ne sont pas recyclés. En fin de compte, la gestion du plastique, qu'il soit réutilisé au jardin ou trié pour le recyclage, reste un enjeu majeur de notre société contemporaine.

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