Le jardinage, tout comme les gestes de premiers secours, repose sur des techniques précises dont la maîtrise peut transformer une situation complexe en réussite. Que vous souhaitiez multiplier vos végétaux préférés ou agir face à une hémorragie, la précision du geste est primordiale. Cet article explore deux univers distincts mais exigeants : l'art du bouturage, pour reproduire vos plantes, et la pose d'un garrot, un geste de survie vital.

Les fondements du bouturage : multiplier à l'identique
Le bouturage est une méthode simple et économique qui permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un fragment de la plante mère. Contrairement à ce que l’on croit parfois, c’est un geste simple, à la portée du jardinier débutant. Il suffit de connaître la marche à suivre et de se lancer ! Dans tous les cas, les plantes obtenues sont identiques à la plante mère, avec toutes ses caractéristiques (couleur, odeur…), ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on fait un semis.
Le choix des végétaux
Toutes les plantes ne se prêtent pas au bouturage avec la même facilité. En revanche, les annuelles ne se bouturent pas. Certaines plantes sont plus faciles à réussir que d’autres :
- Plantes d’appartement : coléus, misère, papyrus.
- Plantes de balcon : géraniums (pélargoniums) et bégonias.
- Vivaces : anthémis, asters, aubriète, corbeilles d’argent, lavande, lupins, népétas, œillets, penstémons, santoline.
- Plantes grimpantes : chèvrefeuille, lierre, vigne vierge.
- Plantes aromatiques : thym, romarin, basilic, menthe, sauge.
- Arbustes : abélia, buddléia, buis, camélia, forsythia, fuchsia, groseillier à fleurs, hibiscus, hortensias, laurier rose, lavatère arbustive, lilas, millepertuis, rhododendron, seringat, skimmia, spirées, sureau, troène, viornes, weigelia, certains rosiers.
- Arbres fruitiers et ornementaux : saule, érable, marronnier, thuya, olivier, figuier, poirier, pommier.

Les stratégies de bouturage selon les saisons
Le bouturage peut concerner un fragment de tige, une feuille ou un fragment de racine. Le calendrier est déterminant pour le succès de vos boutures de tiges ou de rameaux, qui se pratiquent à trois périodes privilégiées.
Boutures de printemps (mai-juin)
On réalise des boutures à partir de tiges ou de rameaux verts et tendres : on parle de boutures herbacées ou encore de boutures en vert. De manière générale, celles-ci seront effectuées à « l’étouffée ». Cela permet à la bouture d’évoluer dans une atmosphère chaude et saturée d’humidité. Les vivaces et de nombreuses plantes d’appartement comme l’abutilon ou le caoutchouc se bouturent bien de cette façon.
Boutures d’été et d’automne (mi-août à mi-octobre)
On réalise des boutures semi-ligneuses, encore appelées boutures semi-aoûtées, à partir de rameaux de l’année qui commencent à durcir et à changer de couleur. Certains arbres, comme l’olivier, et la plupart des arbustes (hortensias, rosiers, lilas des indes) se bouturent à cette période.
Boutures d’automne-hiver
On réalise des boutures de bois sec, encore appelées boutures ligneuses, à partir des rameaux qui ont pris une texture de bois. De nombreux arbres et arbustes à feuilles caduques (buddléia, forsythia, troène, figuier, saule) s’y prêtent parfaitement.
Réussissez toutes vos boutures !
Le protocole de bouturage de tiges classiques
Pour réussir, le fragment de tige prélevé est d’abord convenablement préparé, puis planté dans un substrat adéquat.
- Prélever la bouture : Sur une plante mère saine, sélectionnez une tige de l’année. Utilisez un sécateur bien affûté et désinfecté pour prélever un fragment de 10 à 15 cm en coupant en biais sous un départ de feuille. Une « bouture à talon », conservant un fragment du rameau principal, augmente les chances de réussite pour la vigne ou le lilas.
- Préparer la bouture : Étêtez la bouture au-dessus d’un bourgeon. Éliminez toutes les feuilles sauf deux ou trois au sommet. Pour les grandes feuilles, coupez-les en deux pour limiter l’évaporation. Vous pouvez tremper la base dans une poudre d’hormone de bouturage en tapotant l’excédent.
- Planter la bouture : Plantez immédiatement dans un mélange de terreau et de sable. Creusez un trou, insérez la bouture, tassez légèrement et arrosez sans noyer. Pour les boutures à l’étouffée, recouvrez le pot d’une cloche transparente, type bouteille en plastique coupée, en aérant tous les deux jours pour éviter la pourriture.
- Rempotage : Quelques mois après, quand les bourgeons se développent, rempotez dans un substrat horticole ou plantez en pleine terre.
Cas particulier : Le bouturage dans l'eau
C'est une méthode ludique pour le papyrus, la menthe, le lierre ou le laurier rose. Prélevez une bouture de 10 cm, débarrassez la base de ses feuilles, et placez-la dans un verre d'eau à changer tous les 3-4 jours. Dès que les racines atteignent 4 cm, repiquez en terre.
Le garrot : une mesure d'urgence vitale
Le garrot est un geste de premier secours qui peut sauver des vies. On l'utilise dans l'urgence pour stopper une hémorragie abondante au niveau d'un membre. Le garrot est un dispositif médical que l'on utilise en cas de blessure entraînant une hémorragie externe au niveau d'un membre supérieur ou inférieur.
Quand et comment intervenir ?
Si vous êtes témoin d'un accident et ne savez pas faire de garrot, ou êtes en état de choc, il est préférable de vous abstenir et de compresser manuellement la plaie. La pose d'un garrot n'est pas anodine.
- Précautions : Ne jamais poser sur une articulation ou sur la plaie. N'utilisez sous aucun prétexte une grosse corde en nylon, des tendeurs élastiques ou du fil de fer.
- Technique : Utilisez un lien large (3 à 5 cm). Faites deux tours autour du membre, un nœud, placez une barre (bâton, stylo) et tournez jusqu'à l'arrêt du saignement.
- Suivi : Notez l'heure de la pose. Un garrot ne doit jamais être laissé en place plus de 2 heures. Ne le retirez jamais vous-même ; seuls les secours le feront.

Les risques liés à une mauvaise manipulation
Une mauvaise manipulation peut avoir de lourdes conséquences. Un garrot trop serré et laissé trop longtemps (plus de deux heures) risque de provoquer une paralysie du membre. Après quatre à six heures, les risques de gangrène et de troubles rénaux augmentent, pouvant mener à l'amputation ou au décès. La libération rapide des toxines lors d'un desserrage sauvage peut provoquer un arrêt cardiaque. C'est pourquoi la formation aux gestes de premiers secours est recommandée.
Le bouturage à garrot : une technique spécifique pour les espèces réfractaires
Il existe une méthode de multiplication fascinante qui emprunte le nom de « bouture à garrot ». Cette méthode est généralement très efficace pour la bouture d’espèces réfractaires comme l’abricotier. Elle se base sur le blocage de l’auxine, une hormone végétale de croissance qui provoque notamment l’émission de racines.
Mise en œuvre de la bouture à garrot
Une semaine avant de prélever la bouture, un rameau semi-aoûté de l’année d’une vingtaine de centimètres, vous allez poser du fil métallique sur le rameau, 2 cm en-dessous d’un œil, en serrant légèrement sans entamer l’écorce. La bouture est ensuite prélevée, coupée en-dessous de la strangulation. Vous pourrez ensuite couper précisément entre la strangulation et le bourgeon. Rabattez de moitié les feuilles de la bouture et entaillez l’écorce à la base sur 1 cm de chaque côté.
Ensuite, trempez la base dans de l’hormone de bouturage et installez-la dans un pot, si possible transparent, enterrée de 5 cm. Le pot est placé à la lumière mais protégé des rayons du soleil et recouvert d’une cloche. Environ 3 semaines plus tard, des racines commencent à se former, visibles si vous avez opté pour des pots transparents. Gardez encore une semaine sous cloche avant de planter au printemps ou à l’automne suivant.
La multiplication des arbres fruitiers : entre greffe et bouturage
Les arbres fruitiers sont rarement multipliés par bouture, le résultat étant souvent décevant en termes de vigueur ou de santé. Cependant, pour l'abricotier, après avoir réussi une bouture par la méthode du garrot, on peut pratiquer une greffe pour assurer la qualité des fruits.
Les techniques de greffe sur boutures
- La greffe en écusson : Réalisée durant l'été, elle consiste à insérer un écusson (un œil avec un morceau d'écorce) dans une entaille en T sur le porte-greffe. C’est une méthode largement recommandée aux débutants.
- La greffe en incrustation : Pratiquée au printemps, elle utilise un greffon prélevé en hiver et conservé au frais. On insère le greffon taillé en biseau dans une encoche triangulaire sur le porte-greffe.
- La greffe en chip-budding : Très souple, elle peut être pratiquée même en dehors des périodes strictes en insérant un copeau d'écorce portant un œil dans une encoche correspondante.
- La greffe à l’anglaise : Nécessite que le greffon et le porte-greffe aient exactement le même diamètre. On réalise une coupe en biais sur les deux sujets avant de les assembler.
L'utilisation de porte-greffes issus d'autres espèces, comme le prunier Myrobolan ou Mariana, permet souvent de compenser les faiblesses de l'abricotier en améliorant sa vigueur, son ancrage au sol ou son adaptation à des terres plus compactes. La multiplication par rejets (drageons) ou par semis de noyaux (pour les variétés anciennes) complète les options offertes au jardinier expert souhaitant diversifier son verger.