Le bouturage est une méthode de multiplication végétative très simple que certaines plantes tolèrent parfaitement. C’est également l’avantage de retrouver exactement la même plante que celle que vous aimez ! Peu coûteux et duplicable à l’envi, le bouturage permet d’obtenir des végétaux présentant les mêmes caractéristiques que celles du plant mère. Un plus indéniable pour le développement harmonieux d’une haie. Avec le bouturage, une tige nue devient une plante entière en assez peu de temps. Le bouturage consiste à sectionner une partie d’une plante et à la stimuler à produire des racines et de nouvelles tiges.
Cependant, réussir ses boutures, particulièrement dans le climat spécifique de la Lorraine, demande de la méthode et de la rigueur. Cet article se propose de démystifier cette pratique, en passant des principes fondamentaux aux spécificités techniques pour les haies les plus courantes.

Les fondements du bouturage : comprendre la biologie végétale
La multiplication d’une plante se fait par bouturage. Contrairement à ce que l’on croit parfois, c’est un geste simple, à la portée du jardinier débutant. Il suffit de connaître la marche à suivre et de se lancer ! Le bouturage permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un fragment de la plante mère. Dans tous les cas, les plantes obtenues sont identiques à la plante mère, avec toutes ses caractéristiques (couleur, odeur…), ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on fait un semis.
Selon l’espèce et la partie de plante utilisée, plusieurs techniques de bouturage sont possibles :
- Le bouturage de tige : De loin le plus courant au jardin. On l’utilise aussi bien pour les arbustes que pour de nombreuses vivaces et plantes d’intérieur.
- Le bouturage de feuille : Méthode utilisant une feuille entière ou un fragment.
- Le bouturage de racine : On réserve cette technique aux plantes qui ont un système racinaire vigoureux et traçant.
- La division de touffe : Une autre forme de multiplication végétative.
L'importance de la saisonnalité en climat lorrain
Il n’existe pas de « meilleure période pour le bouturage » universelle : différentes variétés de plantes préféreront diverses périodes, entre le début du printemps et la fin de l’automne. D’une manière générale, l’été constitue une excellente période.
Boutures de printemps (mai-juin)
On réalise des boutures à partir de tiges ou de rameaux verts et tendres : on parle de boutures herbacées ou encore de boutures en vert. L’intérêt d’un bouturage en début d’été ? Vos arbustes auront développé de jeunes rameaux suffisamment vigoureux pour générer leurs propres racines. Mis en pot en juin, ils bénéficieront d’une période clémente avant la mise en place en début d’automne.
Boutures d’été et d’automne (mi-août à mi-octobre)
On réalise des boutures semi-ligneuses, encore appelées boutures semi-aoûtées, à partir de rameaux de l’année qui commencent à durcir et à changer de couleur, prenant une teinte brune à la base. “Mais que sont des rameaux aoûtés ?“ Ce sont simplement les branches de l’année qui commencent à se lignifier, c’est-à-dire à produire du bois, à partir du mois d’août. Ils sont facilement reconnaissables grâce à leurs taches brunes qui gagnent peu à peu sur le vert.
Boutures d’automne-hiver
En fin d’automne ou en début d’hiver, on réalise des boutures de bois sec, encore appelées boutures ligneuses ou boutures sur bois dormant. Elles se font à partir des rameaux de l’année qui ont pris une texture de bois.
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Préparation et outils : la rigueur avant tout
Une étape souvent négligée par les jardiniers amateurs mais essentielle dans le succès de leurs boutures est le choix des outils et la préparation minutieuse du matériel. Le sécateur doit être parfaitement tranchant et désinfecté avant chaque usage. En effet, le maintien d’un matériel propre empêche la propagation des champignons et bactéries qui peuvent compromettre la survie des boutures.
Pour prélever des boutures, utilisez soit un greffoir, soit un sécateur très tranchant, que vous aurez stérilisé au préalable avec de l’alcool à 70°.
Prélever la bouture
Sur une plante mère parfaitement saine, sélectionner une tige ou un beau rameau de l’année, défleuri ou n’ayant pas porté de fleurs. Prélever à l’extrémité de la tige ou du rameau un fragment de 10 à 15 cm de long, en le coupant en biais sous un départ de feuille ou un bourgeon. Pour multiplier les chances de réussite, prélever plusieurs boutures sur une même plante.
Dans certains cas, une « bouture à talon » a plus de chances de réussir : elle se fait à partir d’un rameau secondaire, en conservant à la base un fragment du rameau principal (« talon »). Ce type de bouture se pratique en particulier pour les arbustes fruitiers tels que la vigne, et parfois pour des arbustes comme le lilas.
Préparer la bouture
- Étêter la bouture en la coupant juste au-dessus d’un bourgeon (environ 15 cm).
- La base de la bouture doit être prélevée juste sous un nœud ou bourgeon.
- Éliminer toutes les feuilles sauf deux ou trois au sommet.
- S’il s’agit de grandes feuilles, les couper en deux pour limiter l’évaporation.
- Enlevez les fleurs et les boutons floraux (ils saperont l’énergie de la plante). On peut pincer l’extrémité des boutures pour stimuler une meilleure ramification.
Techniques d'enracinement : terre, eau et étouffée
Une fois préparée, la bouture doit être plantée immédiatement dans un pot rempli à l’avance d’un substrat léger (mélange de terreau et de sable ou terreau de bouturage).
Le bouturage en terre
À l’aide d’un crayon, creuser un trou dans le substrat, puis glisser la bouture dedans. Si le pot est grand, on peut parfaitement y planter plusieurs boutures provenant de la même plante mère. Tassez doucement le terreau pour que la bouture se tienne debout. Arrosez sans noyer la bouture.
La culture à l’étouffée
L’enracinement se fait mieux à l’étouffée. La vaste majorité des boutures s’enracineront mieux sous une forte humidité. Après tout, les boutures n’ont pas encore de racines et s’assècheront donc très rapidement, surtout si elles ont des feuilles minces. Recouvrez le pot d’un dôme ou d’un sac de plastique transparent, créant de ce fait une mini-serre où l’humidité relative sera à presque 100%. Aérez vos boutures de temps en temps (tous les deux jours) pour éviter à la bouture de pourrir.
Le bouturage dans l’eau
Il y a une longue tradition de faire des boutures dans un verre d’eau. Je ne dis pas que le bouturage dans l’eau ne fonctionne pas parfois, et d’ailleurs, souvent tout semble bien aller au début. Le problème, c’est que les racines produites sur une bouture placée dans un verre d’eau s’acclimatent à un milieu aquatique. Quand vous transplantez la bouture dans un pot plus tard, les racines aquatiques sont endommagées et pourrissent. La pauvre jeune plante doit recommencer à zéro. Dès que les racines commencent à se pointer (petites bosses blanches), transplantez rapidement dans du terreau.

Spécificités par espèces de haies
Le Thuyas
Au printemps, vous prélevez des pousses annuelles d’au moins 10 centimètres de long et de plus de 5 millimètres d’épaisseur sur les branches latérales du thuya. Mettez-les complètement sous l’eau dans un bac. Vous verrez que ces boutures forment des racines assez facilement.
Le Laurier
À la fin du printemps ou en automne, prélevez des boutures semi-rustiques du laurier. Placez les boutures dans une terre de bouturage spéciale et ajoutez un peu de fongicide. Cela favorise la croissance des racines. Les boutures aiment un environnement chaud (environ 18 degrés) et humide.
Le Troène
Le Ligustrum se coupe de préférence en hiver. Coupez un morceau de la partie ligneuse de 10 centimètres. Traitez les boutures avec un produit antifongique. Attachez les boutures ensemble et mettez-les au réfrigérateur ou dans un pot à l’extérieur. Veillez à ce qu’elles ne gèlent pas. Au printemps, placez les boutures dans un pot de multiplication. Ce n’est qu’à ce moment-là que les racines commenceront à pousser.
Le Photinia
Pour le photinia, notamment la variété ‘Red Robin’, la période conseillée est la fin de l’été jusqu’au début de l’automne. Cette plante ornementale se distingue par ses feuilles rouges flamboyantes qui se renouvellent régulièrement, donnant à votre haie un effet dynamique et coloré. Ces étapes respectées avec rigueur maximisent vos chances de voir vos boutures s’enraciner en 4 à 8 semaines.
Suivi et entretien des jeunes plants
Pensez aussi à étiqueter vos godets en indiquant le nom de la plante et la date du bouturage. Selon la plante et la saison, l’enracinement peut prendre de 2 semaines à 2 ou 3 mois.
Gérer le stress du repiquage
Rempotez lorsque les racines remplissent le godet et tiennent bien la motte. Au cours du repiquage, les racines sont arrachées ; elles iront “goûter” au terreau enrichi de terre du jardin. Ce stress physiologique peut causer la perte de la jeune plante. Pour éviter une reprise difficile, rabattez les rameaux les plus longs, afin de conserver un port compact mais aussi de réduire la demande en sève.
Prévenir les maladies
L’entretien des boutures ne s’arrête pas à l’obtention des racines ; il faut aussi anticiper la gestion des maladies et des parasites qui pourraient compromettre la bonne croissance des futures haies. Au moment de la taille, il convient d’adopter une technique précise pour aider la plante à cicatriser et éviter les blessures ouvertes qui servent de porte d’entrée aux agents pathogènes. L’observation attentive de la croissance vous permettra de détecter rapidement toute anomalie. Par exemple, le photinia peut parfois souffrir d’une maladie fongique appelée entomosporiose, reconnaissable à l’apparition de taches brunes sur les feuilles.
Stratégies de réussite pour le jardinier amateur
Si vous voulez être sûr d’un bon et beau résultat - et surtout rapide - achetez de nouveaux plants de haies. Mais si vous avez du temps, il est inutile d’acheter de la poudre d’hormones. Certains végétaux d’ailleurs s’enracinent très vite (la renouée, la misère, le pélargonium, etc.). Seules les plantes ligneuses ont habituellement besoin d’une hormone d’enracinement. Pour ces plantes, achetez une hormone d’enracinement et, avec un coton-tige, badigeonnez ce produit sur la partie inférieure de la bouture. Il faut alors prendre la précaution de tapoter légèrement la bouture avec le doigt pour éviter un surplus néfaste d’hormones.
L'importance du substrat
Évitez les gros pots, car le terreau a tendance à y rester détrempé. Les plantes s’enracinent mieux dans de petits pots de 6 à 10 cm de diamètre qui permettent au terreau de s’assécher un peu plus rapidement. Remplissez le pot de terreau pour plantes d’intérieur ou pour semis ou encore, de perlite ou de vermiculite.
Acclimatation graduelle
Quand de nouvelles feuilles paraissent sur les boutures, ou que les boutures résistent quand vous tirez doucement dessus, c’est qu’elles sont enracinées. Enlevez alors le dôme ou sac peu à peu sur 4 ou 5 jours, puis acclimatez-les graduellement aux conditions d’extérieur: quelques jours à l’ombre, quelques jours à la mi-ombre, etc. Repiquez-les en pleine terre dans une pouponnière (peut-être un coin du potager).
Vers une autonomie végétale durable
Vous voulez planter une haie chez vous, mais le prix des plantes à haie vous estomaque? Prenez alors des boutures l’année précédente! Cherchez un voisin qui taille une haie de la variété qui vous intéresse et ramassez les retailles: elles font d’excellentes boutures! Si tous vos plants s’enracinent, profitez alors des bourses aux plantes pour troquer votre surplus, et ainsi faire découvrir vos variétés préférées.
Multiplier le laurier ou le cyprès par bouturage s’inscrit dans une démarche écologique et économique tout en permettant de maintenir l’apparence homogène de votre haie. L’association de la taille et du bouturage assure une haie à la fois esthétique et résistante. Associer le bouturage des haies à une rotation des cultures même dans un jardin domestique contribue à mieux gérer le sol et à prévenir les maladies. En consacrant seulement un peu de votre temps, vous pourrez ajouter régulièrement de nouvelles plantes dans votre jardin !